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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 17:31

Le Président de la République a choisi Manuel Valls pour conduire la politique du Gouvernement. On sait aujourd’hui qu’il devra arbitrer le duo Montebourg/Sapin à l’Economie et aux Finances. Ce face-à-face, s’il risque d’être assez spectaculaire et s’il alimentera sans aucun doute les gazettes, est pourtant un faux-semblant.

Car Michel Sapin conserve, semble-t-il, les deux leviers principaux de Bercy, c’est-à-dire la tutelle sur la Direction du Trésor et la Direction du Budget. Autrement dit, la dépense et les recettes. Arnaud Montebourg n’aura quant à lui que la tutelle sur la Direction de l’Industrie et surtout sur le Ministère de la Parole. Il nous y avait habitués quand il était au Redressement productif : son arrivée à l’économie lui donnera certes une audience plus large et sa voix portera plus loin, mais il restera contraint par le pacte de compétitivité et par les engagements de restriction budgétaire dont Michel Sapin sera le garant vis-à-vis de Bruxelles… et de Berlin.

Cette situation conduit Manuel Valls et le gouvernement à une impasse pour une raison évidente : son gouvernement appliquera avec rigueur la même politique que les autres gouvernements européens. Une politique qu’auraient aussi bien pu appliquer Alain Juppé ou François Fillon, c’est-à-dire « euro-compatible », une politique d’austérité qui produit déjà ses effets puisque la stagnation s’installe durablement en Europe. Non seulement la croissance est nulle (y compris en Allemagne), mais partout les économistes agitent maintenant le spectre de la déflation.

Au-delà des indicateurs économiques qui dévoilent la contraction progressive de la masse monétaire, les politiques d’austérité répercutent leurs effets en cascade sur les donneurs d’ordre et les entreprises qui leur sous-traitent leurs services. Chacun peut le constater dans le business, en France comme en Allemagne comme au Royaume-Uni, mais plus encore en Espagne et en Italie, partout les prix baissent : dans les télécoms, dans les services, dans la grande distribution, dans l’automobile, dans les produits d’équipement, la concurrence organisée à l’échelle mondiale a conduit les entreprises à mettre la pression sur les prix et à organiser la déflation.

Cette déflation est mortifère. Elle est déjà l’œuvre d’une manière sous-jacente depuis 12 ans. Elle a conduit à la destruction de plus d’un million d’emplois industriels en France. Elle est en passe de devenir structurelle et évidente au sein de la zone euro. Tous les économistes le craignent désormais. Comme dans les années 30, la déflation ne peut conduire qu’au renchérissement du coût réel des intérêts bancaires (le différentiel entre le taux effectif nul ou positif et le coût de la vie négatif), à la baisse des investissements (on y est déjà : en 2013, par exemple, le nombre de permis de construire déposés a baissé de 30%), à la compression des salaires pour réduire encore plus les coûts de production, à la baisse du pouvoir d’achat donc à la baisse de la consommation, à l’amplification de la baisse des prix pour essayer d’attirer des consommateurs fuyants, au transfert accru de la production vers les pays à bas coût (Chine, Vietnam…), à la désindustrialisation irréversible du pays. Une spirale infernale dont il est très difficile de sortir.

Et bien entendu au chômage de masse : si l’on additionne les différentes catégories de chômeurs (jusqu’aux emplois à temps partiel de moins de 20 heures par semaine), on retrouve partout en Europe la même masse d’environ 20% de chômeurs, y compris en Allemagne où une très importante masse de chômeurs (ou de travailleurs) partiels vivent avec 400 € par mois. Dans certains pays comme l’Espagne, c’est 30%. Le chômage de masse est déjà là et rien n’interdit de penser qu’avec une politique d’austérité qui conduit directement à la déflation monétaire, cette masse ne va pas s’accroître encore. Avec les conséquences sociales et sociétales que l’on peut imaginer.

Manuel Valls n’a jamais caché son attachement sincère à cette politique « libérale ». Il s’en est fait le chantre au sein du parti socialiste dans la roue de DSK. Il est sans doute aujourd’hui le mieux placé pour l’appliquer. Michel Sapin sera son bras armé et consentant pour l’exécuter : comme François Hollande, il reste indéfectiblement attaché à l’euro, à la concurrence « libre et non faussée », aux engagements budgétaires européens, à la politique de l’euro fort (après celle du franc fort). Bref, à toute cette politique héritée de Jacques Delors (et de Jean-Claude Trichet) qui a fait tant de mal à la France et qui est en train de ruiner la zone euro. François Hollande s’en considère le digne héritier, Manuel Valls en sera l’administrateur.

Que va-t-il se passer maintenant ? Le gouvernement va mettre en œuvre son plan d’austérité. Il va essayer de négocier un petit délai avec Bruxelles. Peut-être l’obtiendra-t-il, mais le plan sera de toute façon appliqué. Comme les recettes budgétaires vont se contracter, un nouveau plan sera fabriqué pour amplifier le premier. Et de plans en plans, de contractions en contractions, de rigueur en austérité, la France va s’installer durablement dans la déflation. Et dans la dépression économique qui l’accompagne. Nous l’avons vu. Bien sûr, Arnaud Montebourg va s’agiter, courir au devant des entreprises qui licencient pour essayer de limiter les dégâts. Bien sûr, il va donner le change en s’affichant dans les médias pour rappeler qu’au gouvernement il soutient l’industrie. Mais de politique industrielle, il n’en a pas. En tout cas, aucune qui soit compatible avec le pacte de compétitivité que Valls et Sapin vont développer.

Quelles en seront les conséquences ? Les électeurs de gauche se sentiront toujours plus trahis par leurs élus, les électeurs de droite crieront au loup avec Copé et consorts, lesquels affirmeront que le gouvernement n’en fait pas assez dans la réduction budgétaire (alors qu’ils auraient fait la même chose s’ils étaient au pouvoir) : bref, la France va s’enfoncer dans le marasme et les divisions. Aucun grand projet  n’est à l’horizon, aucune vision positive ne se dégage, aucune espérance ne renaît. Le nouveau gouvernement à peine nommé est déjà dans une impasse. Manuel Valls est dans une impasse. Il sortira de cette aventure en guenilles et la France désemparée.

Source :  http://www.causeur.fr/impasse-manuel-valls,26940

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