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Publié par ERASME

INSTITUT JACQUES DELORS - NEWSLETTER SPÉCIALE COVID-19

 

ÉDITO

Le nouveau « mode de vie européen »

 

La pandémie mondiale a pris l’Europe de court et entraîné d’abord des réactions nationales en ordre dispersé. Interdictions d’exportation de matériel médical par certains pays, fermetures inopinées de frontières par d’autres, le besoin d’échange des informations, de coordination des mesures et de mutualisation des moyens s’est en retour aussitôt fait sentir. Il y aura des leçons à tirer pour que la plus-value européenne soit mieux mise à profit devant une crise épidémiologique d’ampleur. Celle-ci annonce déjà une grave récession économique contre laquelle s’élabore une riposte européenne très attendue. Cette infolettre spéciale en explore quelques pistes.

Mais cette crise sans pareil n’ébranle pas seulement la mécanique européenne. Sa singularité historique la plus tangible est le confinement dans lequel elle tient actuellement des populations entières du continent, plus ou moins sévèrement. C’est tout un « mode de vie européen », dans son sens ici non polémique mais le plus littéral et quotidien, qui se trouve soudain mis entre lourdes parenthèses. De Rome à Bruxelles et de Madrid à Varsovie, les piazzas, grand’places et autres parvis urbains emblématiques de nos villes sont déserts, tout comme les bars à tapas, pubs, cafés ou brasseries. Nul doute qu’ils retrouveront de leur vivacité une fois le risque sanitaire levé. 

Pour autant, les retrouvailles passées, les Européens seront-ils complètement les mêmes au sortir de leur longue assignation à domicile ? Le télétravail aura fait des émules et la maîtrise des technologies numériques, quelques progrès, y compris dans le monde scolaire. Des déplacements professionnels ne paraîtront peut-être plus autant si incontournables. Chez soi, des intérieurs auront été rafraichis, des vêtements ressortis des armoires et des vieux livres dépoussiérés. Après des semaines de boutiques fermées, le tri des achats, entre ceux « de première nécessité » et le reste, sera un peu plus apprivoisé. La distanciation physique ne sera plus de mise mais elle se sera accompagnée d’un recul pour dégager l’essentiel, qui pourra perdurer. La patience, dans une société d’immédiateté, se sera frayée un chemin dans un mode de vie, en même temps, plus numérisé. Le retour ne sera plus à la normale, comme si de rien n’était.

Au-delà d’une inflexion possible des mœurs, c’est aussi notre attention pour les personnes âgées, notre respect pour le corps médical, notre confiance dans l’expertise scientifique, notre apprentissage du civisme collectif, notre obéissance aux autorités nationales, notre rapport à la mondialisation économique et notre attachement au modèle social et à l’Etat-Providence que cette crise fait évoluer tout à la fois. Et fondamentalement, le regard sur notre vulnérabilité personnelle et celle de nos sociétés. 

Et notre regard sur l’Europe ? À ce stade, il risque de ne pas sortir grandi, sur le plan institutionnel. Les récents et appréciables efforts de l’UE n’effacent pas l’impression chaotique de départ. L’aide chinoise aux Italiens, et aujourd’hui aux Français, a été plus médiatisée que celle de l’UE aux Chinois ou pour les rapatriements de ressortissants de l’Union à l’étranger. Les réflexes nationaux dominent lorsque la vie est en jeu. L’idée européenne peut s’en trouver abîmée, en particulier en Italie, comme s’en alarme notre président, Enrico Letta

Mais les Européens vivent aussi une épreuve collective. Elle marquera des générations entières, toutes concernées, sans exception. Dans d’autres régions du monde aussi, mais en Europe plus qu’ailleurs, tant il s’agit aujourd’hui de l’épicentre de cette crise. Confinés, les citoyens européens s’observent, comparent et échangent ensemble leurs expériences, leurs passe-temps sur les réseaux sociaux. Il pourra s’en dégager par cette mémoire partagée, un début de sentiment d’appartenance, une conscience plus aigüe d’interdépendance et de destins liés, dont le projet européen a besoin pour avancer.

Sébastien Maillard

Directeur de l’Institut Jacques Delors

 

PUBLICATIONS

« NOUS AVONS BESOIN D’UNE 
ALLIANCE MONDIALE CONTRE LE VIRUS »

Enrico Letta, ancien Premier ministre italien, président de l’Institut Jacques Delors.

Cet entretien, paru en italien dans La Repubblica le 15 mars 2020, a eté réalisé par Alberto D’Argenio.

« Pour l’Europe, la crise du coronavirus est plus grave encore que celle de 2008 et elle déterminera l’avenir de l’Italie dans l’Union. » Le Président de l'Institut Jacques Delors Enrico Letta nous livre une opinion radicale. Pour lui, le seul moyen d’éviter le pire du point de vue financier et politique est d’apporter une réponse tout aussi radicale à la pandémie : « Nous avons besoin sans délai d’un pacte européen qui devra ensuite s’étendre au G7 de façon à affronter le virus dans une véritable logique de guerre mondiale. »

En Savoir Plus

@EnricoLetta

CORONAVIRUS
KRACH FINANCIER ET KRACH POLITIQUE

Nicole Gnesotto, professeur du CNAM, Vice-présidente de l’Institut Jacques Delors

Cet article est paru le 15 mars 2020 dans la Lettre d’information de l’émission Le Nouvel Esprit public, dirigée par Philippe Meyer, à retrouver en podcast tous les dimanches.

Le plus stupéfiant dans le Krach boursier historique qui a marqué la semaine du 9 mars 2020, est qu’il ne se soit pas produit plus tôt. [..] Pourquoi un tel décalage ? Les marchés ont été en état de sidération. Pendant trois mois, personne n’y croyait ou ne voulait le croire : la fin de la mondialisation ne relève pas de l’ordre du pensable. [..] On entre aujourd’hui dans la mondialisation catastrophe. L’interdépendance est en effet un atout formidable pour réduire les coûts de production et booster la richesse mondiale. Mais sa face noire est tout aussi puissante : l’interdépendance des crises va aussi vite que celle des marchés. [..] L’autre Krach est politique et il concerne l’Union européenne. L’UE se retrouve aujourd’hui en état d’urgence sanitaire et économique, et son impréparation, son impuissance, sa frilosité sont sidérantes. Certes, la santé ne fait pas partie des compétences de l’Union : les États ont toujours voulu conserver leur souveraineté sur une politique qui peut, comme la défense et contrairement à l’agriculture ou le commerce, impliquer un risque de mort pour les citoyens.

En Savoir Plus

@NicoleGnesotto

FISCAL POLICY-MAKING IN THE TIME OF CORONAVIRUS (Blog Post en anglais)

L’actuelle pandémie causée par le virus COVID-19 est en train d’avoir de graves conséquences sur les système nationaux de santé et sur la croissance économique mondiale. Cela requiert une importante réponse budgétaire et monétaire coordonnée entre les décideurs politiques Européens. Pour sauver des vies humaines et atténuer les effets d’une profonde récession économique, il est primordial que les États Membres s’engagent dans une dépense illimitée (soit, dépenser autant que possible pour résoudre la crise) et dans un refinancement sans conditions (c’est à dire, assurer aux Etats toute la liquidité nécessaire).

Ce Blog Post passe en revue les clauses des actuels cadres financiers européen et nationaux qui permettent de s’écarter du seuil autorisé de déficit budgétaire et des limites à l’endettement public en circonstances exceptionnelles. Il analyse si ces clauses ont été invoquée par les gouvernements nationaux et détaille les spécificités contraignantes de certains cadres budgétaires nationaux, qui pourraient limiter la capacité des dirigeants politiques à être à la hauteur des immenses défis soulevés par cette pandémie.

En Savoir plus

@AndreasEisl

CORONA: UN FILET DE SÉCURITÉ EUROPÉEN POUR ACCOMPAGNER LA RÉPONSE BUDGÉTAIRE

Article de Lucas Guttenberg, Directeur adjoint, & Johannes Hemker, Chercheur associé, publié en anglais sur le site du  Jacques Delors Centre de Berlin.

Les efforts visant à contenir et atténuer le coronavirus se concentrent à juste titre sur la santé publique. Mais l’Europe se trouve aussi dans une situation économique sans précédent  : bon nombre de ses principales économies, si ce n’est toutes, sont à l’arrêt, et sans doute pour une longue période. La pandémie finira par passer. Mais son impact économique, envisagé initialement sur le court terme, pourrait affecter durablement l’économie européenne. La politique budgétaire jouera un rôle clé pour empêcher que ces conséquences ne perdurent. En l’absence d’instrument viable capable de fournir une réponse budgétaire coordonnée pour la zone euro ou l’UE dans son ensemble, la réponse devra venir des États membres. [..] Cependant, afin de pouvoir fournir une réponse massive, les gouvernements européens ont besoin d’un filet de sécurité, accompagné de mesures concrètes, pour s’assurer qu’en apportant une réponse adéquate, ils ne deviennent pas les cibles de pressions et d’attaques spéculatives sur les marchés obligataires.

En Savoir plus

@lucasguttemberg

Johannes Hemker

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