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Publié par ERASME

"Il est pénible de reconnaître le monde tel qu'il est, et plaisant de le rêver tel qu'on le souhaite. Nous préférons tous le Valium à l'angoisse, d'où notre penchant pour le "borderless world", cette berceuse pour vieux enfants gâtés... On cajole une planète lisse, débarrassée de l'autre, sans affrontements, rendue à son innocence, sa paix du premier matin, pareille à la tunique sans couture du Christ. Une Terre liftée, toutes cicatrices effacées, d'où le Mal aurait miraculeusement disparu. ...
Le réel c'est ce qui nous résiste et nargue nos plans sur la comète. Fossile obscène que la frontière, peut-être, mais qui s'agite comme un beau diable... "Only one world" chantonne le show-biz, et quatre fois plus d'États à l'ONU que lors de sa création. L'horizon du consommateur se dilate, celui des électeurs se recroqueville... L'économie se globalise, la politique se provincialise. Avec le cellulaire, le GPS et l'Internet, les antipodes deviennent mes voisinages mais les voisins du township sortent les couteaux et s'entretuent de plus belle.

C'est le grand écart. Rarement aura-t-on vu, dans l'histoire longue de crédulités occidentales, pareil hiatus entre notre état d'esprit et l'état des choses. Entre ce que nous tenons pour souhaitable et ce qui est. Entre ce qui se dit dans l'Internationale universitaire des penseurs euro-amėricains, maigre substitut des Internationales ouvrières disparues, et ce qui sévit dans l'arène planétaire. Il y avait aux États-Unis, après guerre, des abris antiatomiques. L'intelligentsia postnationale, dite à tort critique et radicale, nous offre des abris anti-realitė, avec des théoriciens de grand savoir et de peu d'expérience.

De quelle réalité veut-on s'abriter en fuyant dans le "wishful thinking", en brandissant ce mot-fėtiche, cet alibi commode qui dispense de vouloir les conséquences de ce que l'on veut, la diversité ? D'une réalité têtue qui nous flanque une claque chaque fois que nous oublions la recommandation avant-gardiste de Guiseppe Verdi: "Revenez à l'antique, ce sera le progrès". D'une absurdité très nécessaire, et insubmersible, qui a nom "frontière".

"En France, tout ce qui pèse et qui compte se veut et se dit " sans frontières ". Et si le sans-frontiérisme était un leurre, une fuite, une lâcheté ? Partout sur la mappemonde. et contre toute attente. se creusent ou renaissent de nouvelles et d'antiques frontières. Telle est la réalité. En bon Européen, je choisis de célébrer ce que d'autres déplorent : la frontière comme vaccin contre l'épidémie des murs, remède à l'indifférence et sauvegarde du vivant. D'où ce Manifeste à rebrousse-poil. qui étonne et détonne. mais qui, déchiffrant notre passé, ose faire face à l'avenir."

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