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Publié par ERASME

"À l’instar des États-Unis ou encore du Royaume-Uni, la France va créer une agence destinée à lutter contre la désinformation en provenance de l’étranger, agence qui sera placée sous l’égide du Secrétariat Général de la Défense et de la Sécurité Nationale (SGDSN). Séduction et manipulation cognitives constituent l’une des faces sombres du cyberespace, domaine du paradoxe par excellence. Le monde ouvert du partage de l’information s’avère être également, voire surtout, le monde cynique de la fabrique artificielle du sens et du consentement, attisant la défiance individuelle, approfondissant « l’archipélisation » sociale, menaçant la stabilité étatique.
La conflictualité (compétition, rivalité, confrontation, guerre) est un caméléon pour reprendre la formule clausewitzienne, et change d’aspect en fonction du contexte politique, social, économique, technologique, culturel. La conflictualité investit les champs et domaines disponibles, surtout lorsqu’ils sont peu ou pas réglés par le droit (espace exo-atmosphérique, cyberespace, champ informationnel). La conflictualité s’hybride, la conflictualité additionne, combine, conjugue des modes « réguliers » et irréguliers, directs et indirects, militaires et non-militaires, visibles et « invisibles ». Elle joue de multiples leviers de puissance pour prévaloir sur les volontés, en contrôlant les esprits et au besoin en contraignant les corps, pour reprendre les termes de Thomas Gomart dans son dernier opus « Guerres invisibles ».
Ce tableau stratégique contemporain peut être désarçonnant pour un esprit occidental, nourri de la conception « régulière » de la guerre forgée au cours de la Modernité. Un esprit occidental qui tend à considérer la confrontation, armée, organisée, encadrée, séquencée, comme l’essence même de la guerre et comme étant de portée universelle et intemporelle. En dépit des travaux et recherches soulignant que la conflictualité est « rebelle », plurielle et circonstancielle dans ses manifestations, cette conception « régulière » de la guerre reste prégnante dans la conscience collective en Occident. Le recours à la formule « déclaration de guerre à » en témoigne, que ce « à » puisse renvoyer à la pauvreté, au chômage, ou encore, plus près de nous, au virus de la COVID 19 !
Comme aime à le rappeler Alain Bauer, ce qui semble nouveau est le plus souvent ce qu’on a oublié. Sun Tzu faisait de l’espionnage et de la tromperie le pinacle de l’art stratégique. Le choc militaire ne devait porter que le coup final à un adversaire désemparé. Les adeptes de la manipulation cognitive dans la couche supérieure (dite sémantique) du cyberespace l’auront très tôt entendu. La « noosphère » chère à Pierre Teilhard de Chardin n’est pas un jardin irénique. Il est heureux sinon salvateur que la riposte se mette en place. ... "
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