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Publié par ERASME

Pour en finir avec l’hypocrisie des nations…
" Les nations les plus riches (G7) se sont retrouvées en Allemagne, cette fois-ci sans la Russie, nouveau paria international, pour promettre une aide de 600 milliards de dollars à destination des pays en développement afin de développer leurs infrastructures de base. Cette soudaine sollicitude des pays riches vient, à point nommé, pour contrer l’offensive chinoise dans le même sens, dénommée « Route de la Soie », qui consiste à construire partout et surtout dans les pays pauvres, des routes, des ports, des voies ferroviaires, des aéroports dans le but manifeste d’ouvrir la voie à ses produits vers ces pays et en même temps leur permettre de se doter d’infrastructures qu’ils n’arrivent pas à faire financer par des banques internationales, faute de crédibilité financière convaincante…
La chine a compris que la conquête de nouveaux marchés et pour s’assurer une alimentation continue en ressources minières et énergétiques, il lui fallait mettre la main à la poche et aller s’installer carrément dans les pays cibles en leur offrant des crédits bas, à long terme et en finançant des infrastructures de taille.
Pendant un demi-siècle les pays anciennement colonisés par l’occident, principalement africains, avaient vainement attendu que les anciennes puissances colonisatrices daignent financer de manière significative leur développement.
C’est naturellement que beaucoup de ces pays, las d’attendre, se sont tournés vers la Chine, qui ne leur posait pas de questions sur les droits de l’homme ou le détournement de l’aide au développement, les chinois étant des marchands et non des donneurs de leçons, car en matière d’exactions et d’abus des droits humains, ils ont réussi à ériger quelques bibliothèques mémorables dans ce sens…
Malgré les mises en garde des anciennes puissances colonisatrices, devenues plus présentables sous le vocable de « Monde Libre », les pays pauvres, hantés par une démographie astronomique et un consumérisme naissant de leurs populations, questions auxquelles, ils n’arrivent pas à faire face, ont trouvé en Chine une oreille bienveillante qui écoute leurs doléances répétées et y répond rapidement, alors que l’occident, riche indécemment, les ignore ou au mieux met toujours des conditions à l’aide au développement.
Certes les chinois ne sont pas des enfants de cœur, et finissent par réclamer la possession des infrastructures qu’ils financent dès que les pays emprunteurs se trouvent en défaut de remboursement de leurs dettes. Mais toujours est-il que l’infrastructure est là, et les pays pauvres sont bien heureux de l’abriter, au lieu d’attendre éternellement et souvent en vain, qu’elle soit réalisée…
Et c’est tardivement que le « Monde Libre » se réveille et se rend compte que les anciennes colonies commencent à changer de zone d’influence, se cherchent de nouveaux protecteurs, se rebellent face à son autorité, aspirent à vivre dignement, avoir accès à tous les biens de consommation qu’ils ne possèdent pas ou que seul le monde occidental monopolise. Pourtant ils ne demandent pas grand chose, ces « damnés de la terre ». Ils veulent voyager dans le monde entier sans visas, avoir des trottoirs et des feux de signalisation dans leurs villes, avoir des routes asphaltées et des voies ferrées pour se déplacer, posséder des cartes de crédit pour payer leurs achats, pouvoir construire des écoles, des hôpitaux et des universités pour leurs concitoyens, avoir des supermarchés gorgés de produits frais, posséder des livres et des ordinateurs pour accéder au savoir et à la connaissance. Bref, devenir enfin des êtres humains respectables et respectés à l’échelle du monde. Ne plus être, ces pauvres hères débraillés, habillés de haillons, lotis dans des casemates et des masures fissurées, affamés et sales, pour qui on organise périodiquement des caravanes de secours et des ballets aériens humanitaires, des Mega « Band Aid », en chantant un hypocrite air de « We are the world »…
Les pauvres du monde entier veulent de la dignité et du respect, non de l’aumône et de la charité. Ils n’ont pas choisi cette situation et n’ont pas été conquérir des nouveaux territoires pour exporter leur « civilisation ». Bien au contraire, ils ont été conquis par des colons déguisés en moines, qui leur ont piqué leurs terres et leurs richesses minières et leur ont donné des bibles et des breloques en échange, comme le disait si bien le premier président Kenyan Jomo Kenyata, il y’a de cela un demi siècle.
Aujourd’hui ce « monde libre » pris à ces propres contradictions, cherche à rattraper le coche en jetant ces quelques 600 milliards à la face des pauvres, espérant ainsi les détourner du dragon chinois ou de l’ours russe. Ce n’est même pas 10% des échanges du marché des changes (Forex) dont le volume quotidien est de 6.590 milliards de dollars.
De toutes les façons les pauvres nations qui recevront cette obole ne sont pas dupes et elles prendront tout ce qu’on leur daigne jeter avec condescendance et mépris. De toutes les façons, elles savent pertinemment que ce n’est pas demain la veille qu’elles deviendront riches, même avec cette aide.
C’est voulu, quelque part, sinon à qui les riches vendront leurs breloques et chez qui iront-ils spolier les terres et les ressources minières ou énergétiques ?
La seule revanche que les pauvres ont trouvé pour enquiquiner les riches c’est de venir les « manger » chez eux. Ces flots ininterrompus de migrants qui ne sont découragés ni par les mers, ni par les déserts qu’ils traversent à grande peine, pour venir escalader les grilles barbelées de l’Europe, de l’Angleterre ou de l’Amérique, à Ceuta, à Mellilia, en Grèce, au Havre, en Estonie, à Lampedusa ou à Juarez, sont là pour nous le rappeler chaque jour. Tels les Huns des temps obscurs, ils essayent de prendre d’assaut les citadelles de la prospérité née en grande partie des anciennes colonies auxquelles appartiennent ces éclopés.
Les pays aux frontières du monde riche n’en peuvent plus de gérer ces marées humaines incessantes, de plus en plus nombreuses et incontrôlables.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la crise migratoire internationale ne s’estompera pas de sitôt, juste par qu’un groupe de riches capitalistes aura décidé de faire la charité aux pauvres du reste du monde.
On ne le voit pas encore, mais le monde a plus changé en ces deux ans de Covid, que durant les cinquante dernières années et les pays développés ne l’ont pas encore senti.
Les pays pauvres, par contre, ont vu comment le monde riche était si hypocrite et si attaché à sa propre survie, quitte à laisser sur le carreau tous ceux qui ne pouvaient pas se payer un vaccin ou un masque. C’est une tâche d’infamie marquée de façon indélébile sur le front des pays riches et cela restera dans la mémoire collective des pays pauvres.
À présent, chaque nation ou groupe de nation cherche sa voie, selon ses propres moyens et ses intérêts propres.
Le projet de gazoduc géant qui doit relier le Maroc au Nigeria et qui parcourra 4000 km et 10 pays de l’ouest africain est un nouveau témoignage de cette tentative de prise en main de leur destin par les pays africains. Il permettra non seulement d’acheminer du gaz vers l’Europe, client final, mais permettra d’alimenter en électricité et en énergie tous les pays traversés. Il permettra aussi le développement de l’agriculture à une vaste échelle dans ces pays. Du jamais vu, depuis les indépendances africaines au début des années soixante…
Si les occidentaux veulent réellement aider les pauvres, c’est ce genre de projets qu’ils devraient financer en priorité, sans réserves et rapidement.
La stabilisation des populations dans leurs milieu d’origine n’est plus une nécessité, mais un impératif urgent si on ne veut pas que dans dix ans, il y ait 10 ou 20 millions de migrants qui viendront, d’un coup, former un « pont humain » vers l’Europe ou l’Amérique…
En attendant, les riches devraient mettre un peu plus de respect dans leur vin. Le fait de refuser la libre circulation des personnes en distribuant au compte-goutte les visas n’est pas la meilleure réponse à une coopération internationale efficiente.
Cela ne fait qu’accentuer le ressentiment et le rejet des pauvres envers eux. Un jour, les pauvres instaureront aussi des visas pour accéder chez eux et ça ne sera pas marrant à vivre pour les riches, d’autant plus que les pauvres, quand ils veulent prendre une revanche sur leur destin, ils ne mettent pas de gants, ni les manières, non plus…
Le destin des humains, à travers les âges, a toujours été de migrer vers des terres plus fertiles et des lieux plus amènes et plus prospères.
Les murailles érigées n’ont jamais empêché les empires de s’effondrer…
Pour une fois, les humains d’où qu’ils viennent et où qu’ils vivent, devraient se poser et réfléchir sereinement à leur destin commun sur terre.
Après tout, ce ne sont pas les pauvres qui polluent le plus ou qui assèchent les ressources du globe. Mais ils en subissent les conséquences, à cause du dérèglement climatique, qui nuit à leur propre survie…
Nous méritons tous et toutes, riches ou pauvres, blancs, noirs, jaunes, rouges ou gris, de vivre dans un monde meilleur, partagé et enfin apaisé. Loin, très loin de l’hypocrisie des nations, riches ou pauvres…"
Rachid Boufous
29/06/2022
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