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Publié par ERASME

" Vers la fin des années 1990, divers acteurs du développement ont recours sur un mode itératif à l’idée d’accès aux biens et services essentiels dans la formulation de leurs politiques, donnant à cette expression a priori relativement neutre une connotation nouvelle et forte dans le cadre international de la lutte contre la pauvreté. 

En effet, se sentant légitimes pour parler d’accès, des communautés épistémiques, des réseaux de défense de causes, des organisations internationales, des groupes d’intérêt, des multinationales et des États ont entrepris de mettre en circulation des expressions telles que « accès universel », « accès aux services essentiels », « libre accès aux savoirs ». Derrière ces expressions qui résonnent comme des revendications et des mots d’ordre se dessine une idée soudain présentée comme urgente : celle, désormais, de garantir aux plus pauvres l’accès à l’eau, à l’électricité, à l’éducation, à la santé, aux médicaments, à la connaissance … 

Promouvoir l’accès aux biens et services essentiels ressemble fort à une forme d’injonction et de renouvellement de la nécessité d’agir dans le monde en développement. Cependant, comment expliquer le succès de cette thématique auprès d’acteurs aussi différents que les multinationales, les États et les ONG ? Que met chaque acteur derrière cette expression ? Comment la mobilise-t-il dans les différentes arènes locales et transnationales sur les modes discursifs et opérationnels ? 

Notre objectif est, à travers l’analyse des différents usages, d’expliquer ce que produisent les discours en faveur de l’accès dans le champ du développement et de positionner cette notion au sein de la rhétorique du développement. Nous examinerons les éléments qui incitent à se rallier derrière ce paradigme (les efforts internationaux de relance des stratégies de développement depuis 2000 ; l’instrumentalisation du registre “droits de l’homme et développement”) et ceux qui en font un concept agissant (en particulier les concepts et notions de biens publics mondiaux, de services essentiels, de responsabilité sociale et de partenariat multiacteurs). 

Nous tenterons de montrer en quoi cette projection tautologique force l’adhésion au nom de l’efficacité et comment certaines représentations idéologiques sont rendues obsolètes, légitimant de nouvelles pratiques. En effet, les oppositions traditionnelles entre acteurs ainsi que les frontières (public-privé notamment) sont, respectivement, de moins en moins réalistes et de plus en plus poreuses. Ceci nous conduira à questionner le paradigme dominant en matière de développement qui en résulte : le nécessaire ou l’inévitable partenariat entre les sphères publique et marchande. Dans cette configuration complexifiée, le développement s’apparente plus que jamais à un marché où chaque acteur — prescripteurs, courtiers et destinataires des politiques de développement — est censé trouver son compte. 

La première section souligne l’ambiguïté de la notion d’accès aux biens et services essentiels par une analyse de ses fondements institutionnels et théoriques. La deuxième section examine les implications concrètes d’un tel paradigme par l’analyse des modalités d’accès promues par les acteurs internationaux dominant le champ du développement. Enfin, la troisième section esquisse une illustration de l’ambivalence de la notion d’accès dans le domaine de la santé et des répercussions au niveau de l’agenda politique et en matière d’action publique. "

Voir l'étude : « L'accès aux biens et services essentiels » : une notion centrale et ambigüe du développement

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