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Publié par Patrice Cardot

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Quelques éléments de constat quant au désordre international

Depuis l’effondrement du bloc soviétique, les relations internationales se recomposent autour d’intérêts mal identifiés. Les alliances stratégiques deviennent plus floues ; des configurations nouvelles s’esquissent ; des partenaires s’affrontent sur un dossier précis pendant que des ennemis collaborent sur un sujet ponctuel. Comment interpréter une telle fluidité ?
La fin de la longue période de la guerre froide n’a pas produit les fruits espérés. Les tensionsinternationales aux accents polémogènes continuent de rythmer l’agenda des relations internationales.
Les Etats comme les Peuples semblent ne rien avoir appris des expériences dramatiques du XXèmesiècle, quand bien même des instances de gouvernance multilatérale ou internationale, des traités, desconventions internationales et des protocoles de toutes sortes ont été institués.Dans son ouvrage relatif à la justification de la guerre par le politique (déjà cité), Pierre-Marie Bonnaud
souligne le caractère illusoire de la souveraineté exercée en réalité par le peuple à l’égard de ce qui le concerne en premier chef :
« « En démocratie, la politique est l'art de faire croire au peuple qu'il gouverne » écrit Louis Latzarus dans son ouvrage 'La Politique'. En effet, les acteurs politiques ont désormais admis qu’afin d’investir l’auctoritas de la potestas, l’élection ne suffisait pas. Le politique en exercice doit convaincre, confirmer à son électorat qu’il a fait le bon choix afin de se maintenir au pouvoir. En d’autres termes, l’élu (et plus particulièrement l’élu au suffrage universel) doit exercer son pouvoir mandataire pour rassurer.
C’est dans cet objectif qu’il use de ce qu’Orwell définissait comme le discours « destiné à donner aux mensonges l’accent de la vérité, à rendre le meurtre respectable et à donner l’apparence de la solidarité à un simple courant d’air ». La communication politique est manipulation. Elle repose sur des mécanismes complexes et des constructions précis depuis l’antiquité. Cette rhétorique conforte lecitoyen dans son choix d’électeur, le politique dans ses choix d’exercice du pouvoir. La communication politique forme l’assise de la potestas.
[…] L’espace politique est « un théâtre où comptent non
seulement les actions des hommes, mais le retentissement de leurs actions et la façon dont elles sont comprises, perçues et interprétées » écrit Jean-François Bayart dans son Illusion identitaire. Est élu, choisi par le peuple, celui qui lui semble le plus à même de pouvoir agir, mais également de pouvoir garantir l’union en cas de besoin. Dans ce cadre, l’ennemi est un besoin social, une puissance concrète issue d’un imaginaire collectif. Avoir un ennemi est important pour se définir une identité, écrit Umberto Eco, mais aussi pour se confronter à un obstacle, mesurer son système de valeurs et montrer sa bravoure. Par conséquent, au cas où il n’y aurait pas d’ennemi, il faut le construire. (…) J’en arrive donc à penser que ce qui nous intéresse ici, ce n’est pas tant le phénomène presque naturel d’identification d’un ennemi qui nous menace mais plutôt le processus de production et diabolisation de l’ennemi.
C’est en nommant l’ennemi, que le politique le conceptualise.
« Les ennemis sont différent de nous, et ils suivent des coutumes qui ne sont pas les nôtres ». Ainsi présenté, l’ennemi provoque une interrelation. Il est celui « qui permet de reconnaître son identité propre, puisqu'on se définit par rapport à l'ennemi, celui qui menace notre forme d'existence, et puisque l'ennemi se définit par rapport à nous » note David Cumin dans sa définition de l’ennemi pour le Dictionnaire de la stratégie. En d’autres termes, le politique a besoin de l’ennemi car celui-ci rend légitime l’usage de la violence : l’ennemi provoque la création héroïque, il justifie le rôle du chef. Il éveille ce désir belliqueux dont René Girard parle, dans la Violence et le sacré, en ces termes : " Une fois qu’il est éveillé, le désir de violence entraîne certains changements corporels qui préparent les hommes au combat. Cette disposition violente a une certaine durée. Il ne faut pas voir en elle un simple réflexe qui interromprait ses effets aussitôt que le stimulus cesse d’agir. Stor remarque qu’il est plus difficile d’apaiser le désir de violence que de le déclencher, surtout dans les conditions normales de la vie en société. La justification d’une lutte par la figure de l’adversaire est stimulation populaire en cela qu’elle est pédagogie nationale et auto-affirmation d’un potentat nouvellement acquis par le souverain démocratique."
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