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Publié par ERASME

Simone Weil (à ne pas confondre avec cette autre Femme illustre qu'est Simone Veil, ancienne déportée, ancienne ministre, présidente d'honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah) fait partie de ces êtres d'exception dont la vie comme la pensée constituent des manifestations non seulement vivantes mais exhaltantes de l'Espérance.
" Parler d’elle comme d’un philosophe chrétien est à la fois une évidence et un contresens. Elle s’est déclarée chrétienne («cette foi est mienne») tout en restant sur le seuil, dans le nartheix où se tiennent les catéchumènes («j’ai pour vocation d’être chrétienne hors de l’Église») et refusera jusqu’au bout un baptême que d’aucuns pourtant auraient bien aimé lui administrer. "
Elève de Terminale, je me souviens avoir été conduit à en investiguer la pensée profonde sur ce représente le risque pour l'Homme en cours de Philosophie, afin d'en dégager la substantifique moelle ; belle école que celle-là qui ne nous enseignait et ne pratiquait ni le "risque 0" ni la "tolérance 0" !
Profondément touché par l'élévation de sa pensée, je me suis même hasardé à écrire un poème sur le risque qui me permit d'être lauréat d'un petit concours local de poésie.
Qu'a-t-elle écrit à son propos qui ait pu susciter une telle motivation ?
Quelques passages tirés de son oeuvre intitulée "l'enracinement" permettront au lecteur d'en saisir toute la hauteur !
" Le risque est un besoin essentiel de l'âme. L'absence de risque suscite une espèce d'ennui qui paralyse autrement que la peur, mais presque autant. D'ailleurs il y a des situations qui, impliquant une angoisse diffuse sans risques précis, communiquent les deux maladies à la fois.
Le risque est un danger qui provoque une réaction réfléchie ; c'est-à-dire qu'il ne dépasse pas les ressources de l'âme au point de l'écraser sous la peur. Dans certains cas, il enferme une part de jeu ; dans d'autres cas, quand une obligation précise pousse l'homme à y faire face, il constitue le plus haut stimulant possible.

La protection des hommes contre la peur et la terreur n'implique pas la suppression du risque ; elle implique au contraire la présence permanente d'une certaine quantité de risque dans tous les aspects de la vie sociale ; car l'absence de risque affaiblit le courage au point de laisser l'âme, le cas échéant, sans la moindre protection intérieure contre la peur. Il faut seulement que le risque se présente dans des conditions telles qu'il ne se transforme pas en sentiment de fatalité ."

J'ai souhaité lui rendre hommage sur ce blog en invitant le lecteur à en découvir la vie et la pensée en parcourant le site http://www.culturesfrance.com/adpf-publi/folio/weil/08.html, où le dossier qui lui est consacré se termine ainsi :

" Si l’on ne peut parler en toute rigueur de doctrine weilienne (sa pensée ne formant pas système stricto sensu), si elle n’a pas laissé de disciples (il faut être un maître pour cela), demeure incontestablement un certain style weilien dans la problématisation des questions essentielles, une exigence entre toutes reconnaissable, la présence «ignée» au monde et à Dieu d’un pèlerin de l’absolu.
Si l’on ne peut parler de postérité weilienne en terme d’école, avec ses courants et ses clans, l’influence intellectuelle et spirituelle de Simone Weil est tout à fait considérable. Elle demeure pour un grand nombre de nos contemporains, célèbres ou obscurs, une référence obligée, voire un phare d’une exceptionnelle intensité.
En guise de florilège, retenons parmi ceux qui se reconnaîtront une dette, plus ou moins explicite, à l’endroit de sa pensée des esprits aussi différents que Maurice Schumann, homme politique, les cinéastes Roberto Rossellini (en particulier lors de l’écriture d’Europe 51) ou Henri Georges Clouzot, qui se convertira sur le tard au catholicisme le plus mystique, et que bouleversera la lecture d’Attente de Dieu. Des écrivains, comme Julien Green, Mircea Eliade, Czeslaw Milosz, Albert Camus, Iris Murdoch, Flannery O’Connor, Cristina Campo... Des philosophes, bien entendu, l’ont lue et méditée, tels Jean Guitton, Emmanuel Levinas, Émile Cioran («De la génération Sartre-Bataille, il n’est guère que Simone Weil qui m’intéresse»), René Girard, Michel Serres ou André Comte-Sponville (dont les analyses weiliennes sont toujours pénétrantes, et qui voit en elle « un des rares maîtres spirituels de notre époque »).
Témoin d’un siècle chaotique qu’elle voulut penser, Simone Weil est actuelle, en quelque façon, comme inactuelle, puisque survenant à contretemps, puisque résolument intempestive.
« L’objet de ma recherche n’est pas le surnaturel, mais ce monde. Le surnaturel est la lumière. On ne doit pas oser en faire un objet, ou bien on l’abaisse. » (La Pesanteur et la Grâce) "

Repères biographiques (cf. le site évoqué supra)
1909 Naissance à Paris, le 3 février. Simone Weil a un frère, de trois ans son aîné, André, futur cofondateur du groupe de mathématiciens «Bourbaki». Enfant de santé fragile.
1919 Entre au lycée Fénelon.
1921 Santé toujours très incertaine. Ne retourne au lycée qu’épisodiquement. Prend des leçons de piano avec Germaine Tailleferre. Lecture des Pensées de Pascal.
1923 Classe de première à Fénelon. Découvre Platon à travers le Phédon et le Criton.
1924 S’inscrit en classe de philosophie au lycée Victor-Duruy pour être l’élève de René Le Senne, philosophe spiritualiste disciple d’Octave Hamelin.
1925 Entre dans la classe d’Alain, en khâgne, au lycée Henri-IV. Se lie d’amitié avec Simone Pétrement.
1926 Influence décisive d’Alain, qui l’appelle «la Martienne». Lecture assidue de Platon, de Descartes, de Spinoza et de Kant.
1927 Formation du «Groupe d’éducation sociale»: Simone, son frère et ses amis y donneront des cours, destinés au peuple, à l’école municipale de la rue Falguière, jusqu’en 1931.
1928 Reçue à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm; parmi ses camarades de promotion: Jean Beaufret, Thierry Maulnier, Maurice Bardèche, Robert Brasil-lach, Claude Jamet...
1929 Adhère, et fait adhérer ses parents, à la Ligue des droits de l’homme. Donne des cours bénévoles à des cheminots.
1930 Commence à souffrir de violents maux de tête. Soutient son diplôme d’études supérieures: «Science et perception chez Descartes».
1931 Reçue à l’agrégation de philosophie. Nommée au lycée de jeunes filles du Puy. Contacts avec les milieux syndicalistes révolutionnaires. Participation active à la vie du mouvement ouvrier de la Haute-Loire et de la Loire.
1932 Séjour en Allemagne. Divers articles - en particulier dans La Révolution prolétarienne - sur la situation politique allemande à la veille de la prise du pouvoir par les nazis.
Nommée professeur au lycée d’Auxerre.

1933 Vacances en Espagne. Prend contact avec des militants de la Fédération communiste ibérique, dissidents du parti communiste espagnol. Article dans La Révolution prolétarienne sur l’échec de la révolution russe et sur la défaite du mouvement ouvrier allemand.
Collabore à La Critique sociale, revue du Cercle communiste démocratique dirigée par Boris Souvarine.
Rencontre et héberge à Paris Trotski.

1934 Traduit un texte de Machiavel sur le soulèvement des ciompi, ouvriers de la laine florentins.
Achève son «grand œuvre», son «testament», qu’elle ne publiera jamais: Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale.
Entre comme manœuvre chez Alsthom à Paris.

1935 Quitte Alsthom. Chômeuse, puis ouvrière spécialisée chez Renault.
Échange de lettres avec Alain, à propos des Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale.
Fin du travail en usine.
Vacances d’été en Espagne et au Portugal. Premier des «trois contacts» avec le catholicisme.
Nommée professeur de philosophie à Bourges.

1936 Correspondance avec Victor Bernard sur la vie ouvrière en usine. Expérience du travail agricole dans le Cher. Santé de plus en plus précaire.
Antigone, dans la revue Entre-nous.
Écrit La vie et la grève des ouvriers métallos, sous le pseudonyme de Simone Galois.
Lettre à Auguste Detœuf sur la signification des grèves ouvrières.
Assiste à une projection des Temps modernes de Charlie Chaplin.
Départ pour l’Espagne: engagement dans les rangs des anarcho-syndicalistes. Une blessure accidentelle hâtera son rapatriement.
Obtient un congé de maladie pour un an.
Textes divers, dont deux lettres: Lettre ouverte à un syndiqué et Lettre aux Indochinois (qui abordent la question coloniale en Extrême-Orient).

1937 «Ne recommençons pas la guerre de Troie», dans les Nouveaux Cahiers.
Voyage en Italie. À Assise, deuxième «contact» avec le catholicisme.
Compose un poème, Prométhée. Écrit La Condition ouvrière, qui sera publiée dans l’ouvrage éponyme.
Nommée au lycée de Saint-Quentin (Aisne).

1938 Nouveau congé de maladie, reconduit, d’année en année, jusqu’à sa mort. Semaine pascale à Solesmes. Troisième «contact» avec le catholicisme.
Lettre à Georges Bernanos, après la lecture des Grands Cimetières sous la lune.
Assiste au congrès du groupe Bourbaki, à Dieulefit (Drôme).
Première expérience mystique: est visitée par le Christ alors qu’elle récite le poème Love, de George Herbert.

1939 Rédige «Réflexion en vue d’un bilan», qui signe son abandon du pacifisme.
Écrit «Réflexions sur les origines de l’hitlérisme» et «L’Iliade ou le poème de la force».

1940 Lit la Bhagavad-Gîtâ, dont l’esprit lui semble très proche de l’esprit chrétien.
André Weil est inculpé d’insoumission et incarcéré à la prison du Havre: riche correspondance (en particulier sur les mathématiques) entre le frère et la sœur. Il s’embarquera bientôt pour les États-Unis.
Rédige un «Projet d’une formation d’infirmières de première ligne», qu’elle remaniera plusieurs fois.
Paris est déclarée «ville ouverte». La famille Weil s’installe à Marseille, via Nevers. Prend contact avec Les Cahiers du Sud, de Jean Ballard.
Lettre au ministre de l’Instruction publique pour protester contre le «Statut des juifs».

1941 Étudie le sanscrit avec René Daumal, qui lui fait rencontrer Lanza del Vasto.
Fréquente la Sociéte d’études philosophiques de Marseille, animée par Gaston Berger. Écrit pour lui un Essai sur la notion de lecture.
Rencontre le père Perrin, dominicain, qui lui fait connaître Gustave Thibon, écrivain catholique, qui exploite une ferme en Ardèche. Exprime sa volonté d’y travailler comme ouvrière agricole.
Lecture du Tao-Tö-King et des Upanishads. Vif intérêt pour le folklore. Apprend et récite le Pater en grec.
Lettre à Xavier Vallat, commissaire aux questions juives, sur le «Statut des juifs».
Grande fécondité intellectuelle. Nombreux articles dans Les Cahiers du Sud («Le Génie d’Oc et l’homme méditerranéen», «L’avenir de la science», «Réflexion à propos de la théorie des quanta»...). Deux poèmes: La Mer et Les Astres.

1942 Lettres au père Perrin (réunies dans Attente de Dieu).
Rencontre Joë Bousquet à Carcassonne.
Longues conversations avec dom Clément Jacob à l’abbaye bénédictine d’En-Calcat (Tarn).
Retour à Marseille. Nombreux textes: Réflexions sur le bon usage des études scolaires en vue de l’amour de Dieu; Formes de l’amour implicite de Dieu; Les Trois Fils de Noë; L’Amour de Dieu et le Malheur.
Lettres d’adieu à Joë Bousquet et au père Perrin.
Départ pour l’Amérique, via Oran et une longue escale à Casablanca (rédaction des Intuitions pré-chrétiennes).
Écrit la plus grande partie des Cahiers d’Amérique (La Connaissance surnaturelle).
Trois lettres importantes: au père Couturier (Lettre à un religieux); à son frère, lui recommandant ses parents; et à Jean Wahl, pour lever toutes équivoques concernant son attitude à l’égard de Vichy.
Embarquement pour l’Angleterre (novembre). Affectée, à Londres, comme rédactrice au Commissariat à l’action sur la France.
Intense production intellectuelle (Écrits de Londres et L’Enracinement).

1943 Entre à l’hôpital Middllesex (tuberculose diagnostiquée). Elle est transportée au sanatorium d’Ashford (Kent). Refuse de se nourrir et de se soigner.
Meurt le 24 août. Inhumation au New Cemetery d’Ashford, dans la section réservée aux catholiques.

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