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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 11:36
Contexte 

Souvent tenue pour acquise, l'alliance franco-allemande remonte au 22 janvier 1963. À cette date, le chancelier allemand Konrad Adenauer et le président français Charles de Gaulle ont fait table rase d'inimitié multiséculaire entre les deux nations.

La ratification du traité de l'Élysée visait à réconcilier le partenariat entre la France et l'Allemagne et avait parallèlement pour but de jeter les bases communes pour une construction européenne.

Le binôme franco-allemand est souvent cité comme le moteur de la construction européenne. À eux deux, ils représentent jusqu'à 33 % de la population totale de l'Union européenne. Économiquement, ils correspondent à environ 36 % du budget européen et 37 % du PIB de l'Union européenne.

Trois grands spécialistes politiques se sont confiés à EurActiv Allemagne à quelques jours du 51e anniversaire du traité de l'Élysée. Ils passent en revue le partenariat franco-allemand et les défis à venir cette année.

 

Frank Baasner, directeur de l'Institut franco-allemand de Ludwigsburg, explique que le temps est venu de repenser le traité de l'Élysée, 51 ans après sa ratification (voir « Contexte).

L'année 2014 devrait être historique pour l'Allemagne, la France et le reste de l'UE, poursuit Frank Baasner. En effet, l'Union est mise à rude épreuve : la zone euro n’est pas encore sortie de la crise et l’UE est engagée dans une intervention militaire en Afrique. Par ailleurs, c'est aussi l'année des élections européennes, où les citoyens voteront pour les futurs députés européens.

Selon le politologue, l'année a commencé par des annonces fortes, comme le « pacte de responsabilité » du président François Hollande entre les syndicats et les employés, ou sa politique économique résolument tournée vers l’offre.

Par cette droitisation de sa politique, le président souhaitait alléger la charge fiscale sur les sociétés en contrepartie d'une augmentation de taux d’emploi, estiment les politologues. Le gouvernement compte également réduire les dépenses publiques de 50 milliards d'ici 2017.

Après le discours, certains commentateurs ont rapidement fait le parallèle avec l'Agenda 2010 de l'ancien chancelier Gerhard Schröder, ajoute Franck Baasner.

Si le projet de François Hollande est appliqué, ce serait une « très bonne nouvelle pour toute l'UE », affirme avec conviction Franck Baasner à EurActiv Allemagne.

De son côté, l'eurodéputé Andreas Schwab issu de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) souligne que la France doit mener des réformes en profondeur, ce qui sape tout espoir de changement rapide. Le pays est confronté à des difficultés très importantes. Sa croissance économique est en berne et le marché de l'emploi est atone, selon l'eurodéputé conservateur.

« Le discours d'Hollande n'a pas mis ces problèmes de côté, » poursuit Andreas Schwab.

Il indique qu'il ne partage pas l'idée, largement répandue en France, que les coupes budgétaires sytématiquement créeraient de nouveaux emplois. La flexibilité doit se poursuivre au sein du marché de l'emploi, surtout en ce qui concerne les PME, constate le député.

Le chrétien-démocrate considère que la France peut s'inspirer de l'Agenda 2010 de Gerhard Schröder comme exemple de réforme économique, mais ne peut pas se contenter de le transposer dans son pays tel quel. Les différences entre les deux économies sont trop grandes, explique Andreas Schwab à EurActiv Allemagne.

« Le gouvernement français doit prendre des mesures [adaptées à la] France, » selon lui.

La France ne peut pas jouer un rôle de second plan au sein de l'UE

La prescription d'une solution uniquement française à un problème français est nécessaire selon Georg Walter, responsable de programmes des relations franco-allemandes au sein de la fondation Asko Europa-Stiftung à Sarrebruck en Allemagne.

Dans une déclaration envoyée à EurActiv Allemagne, le politologue souligne que les différences tant politiques que socioculturelles entre la France et l'Allemagne devraient être prises en compte pour expliquer les différences économiques.

En 2014, l'Allemagne reste imbattable et domine l'espace économique européen. La République fédérale encourage la France à mener des réformes selon le modèle allemand. Cette attitude ne peut que déterrer les vieilles peurs françaises face à une potentielle domination du pays germanique, a prédit Georg Walter.

Si François Hollande cherche à trop se rapprocher d’un système économique à l'allemande, il risque de devoir faire face à une opposition au sein de son pays, a prophétisé Georg Walter.

Georg Walter ne conçoit pas que la France puisse jouer un rôle de second plan aux côtés de l'Allemagne, . Pour cette raison, selon le politologue, il reste à voir si la France compte effectivement donner satisfaction à l'Allemagne dans le cadre du processus de réformes que mène le pays.

Marchandage politique

Alors que l'Allemagne reste dominante d'un point de vue économique, la situation est totalement différente pour ce qui est de la politique de défense, explique le politologue Georg Walter. La France reste la Grande Nation qui part en opération militaire seule. Ce fut le cas pour le Mali et actuellement pour la République centrafricaine.

De par son passé colonial, la France a une présence en Afrique et éprouve aussi un sentiment de responsabilité quant à la stabilisation des États francophones en crise, selon Georg Walter. En revanche, l'Allemagne tend traditionnellement à éviter les interventions étrangères (aussi pour des raisons historiques), ce qui est flagrant dans le cas de l'Afrique.

Dans un tel contexte, le spécialiste de la politique franco-allemande s’interroge sur la possibilité d'un marchandage politique entre les deux pays. La France pourrait faire des concessions à l'Allemagne dans le domaine de la politique économique et en retour l'Allemagne offrirait son soutien dans le cadre des interventions militaires françaises, propose Georg Walter. Selon lui, ce serait une situation bénéfique pour les deux parties.

« En théorie, cette idée pourrait être étendue [à d'autres domaines] », précise Andreas Schwab. Néanmoins, il nuance ses propos. Selon lui, les différences historiques entre les deux pays sont trop profondément ancrées.

L'Allemagne n'enverra de troupes militaires qu’après une analyse en profondeur de la situation, assure le jeune conservateur allemand.  Ainsi, à ses yeux, au lieu d'une action précipitée, la France devrait élaborer une planification préliminaire en vue de donner plus de marge de manœuvre à l'Allemagne lors des interventions étrangères.

« Il y a une vraie volonté en faveur d’une plus grande coopération [militaire] », déclare Andreas Schwab.

Remettre en marche « le moteur de l'intégration européenne »

Selon les trois spécialistes, 2014 semble être le moment parfait pour que le partenariat franco-allemand précise les prochaines étapes vers plus d'intégration politique dans le domaine de l'économie et de la sécurité.

« Il est crucial que l'Allemagne et la France restent unies derrière le projet européen et, malgré des concepts et des raisonnements divergents, continuent à trouver des points d'accord afin d'avancer dans le processus d'intégration », déclare Georg Walter.

Dans le même ordre d’idée, « en 2014, l'Allemagne et la France doivent devenir de nouveau le moteur de l'intégration européenne », selon lui.

Même à une époque où de nombreux États membres connaissent une montée du nationalisme, George Walter se dit optimiste et pense que les dirigeants d'État et de gouvernement vont trouver une solution en adoptant une attitude proactive et tournée vers l'avenir.

« La coopération en Europe ne peut juste tourner autour des euros et des cents, autour du marché unique et de l'union bancaire, […]elle doit aussi comprendre une dimension humaine qui maintient les personnes ensemble », conclut Andreas Schwab.

 

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