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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 10:59

Nous reproduisons ci-dessous un texte de Pascal Boniface, directeur de l’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques). Le sujet en est l’inoxydable et inévitable Bernard-Henri Lévy. Les incursions de BHL dans les domaines de la politique et de la stratégie sont monnaie courante depuis de nombreuses années et illustrent une évolution caractéristique de la situation des élites occidentales, où le moralisme publicitaire à tendance impérative tend à remplacer l’analyse politique et stratégique. Elles concernent notamment l’appréciation qu’il est fortement recommandé d’avoir de la politique d’Israël. (Pascal Boniface a développé une réflexion sur ce cas étrange de l’analyse politique qui tient en général BHL en alerte: comment l’appréciation critique de la politique d’Israël semble si souvent considérée comme une faute inacceptable et un tabou intransgressible, – Voir son livre Est-il permis de critiquer Israël, Robert Lafont, 2003.) Le texte ci-dessous, du 22 octobre, que nous reproduisons avec l’autorisation de l’auteur, constitue aussi bien l’exemple d’une critique polémique de cette incursion des moralistes publicitaires dans le domaine de la stratégie et de la politique. BHL en est l’exemple le plus affirmé et le plus impudent.

L’évolution dont nous parlons a son origine dans une entreprise de recyclage joliment tournée à la fin des années soixante-dix. Les “nouveaux philosophes”, on connaît, une si belle opération de marketing. Sentant le roussi des causes gauchistes, les philosophes venus de mai 68 on sait comment ont cherché à se re-positionner. Ils ont pris leurs aises dans les années 1980, en s’installant dans l’anti-communisme sans trop de risque. Ils ont verrouillé dans les années 1990, grâce à l’excellent champ de manœuvre que furent l’ex-Yougoslavie et la Bosnie. D’une façon générale, il s’agissait de s’approprier de façon décisive les domaines de la politique et de la stratégie. Il faut bien admettre que cela tombait à merveille pour mettre en place une solide structure de défense, en général à coup d’arguments terroristes, de la politique israélienne, – laquelle, après l’assassinat de Rabin et 9/11, en avait bien besoin. L’opération est du type passez muscade, ou bien, pour être plus précis, plus mathématique, du type équation aboutissant aux équivalences qu’on imagine, où la place laissée à l’initiative intellectuelle non contrôlée est bien contenue pour ne pas faire de bruits intempestifs, avec appréciation positive de la CIA transformée en ONG pour intellectuels occidentaux en fin de piste. (L’équation se résumerait à ceci: critique de la politique israélienne = antisémitisme = antiaméricanisme.) Inutile d’aller au-delà pour l’explication du fond du “débat”, on en a vite compris les termes.

Si l’époque est une imposture (elle l’est, bien sûr), BHL est l’imposteur en chef. Personne ne l’a jamais contesté, comme s’il y avait décret de nature. Le fait est donc qu’il ne dépare pas son époque et son triomphe a quelque chose de logique. Cette appropriation de la politique et de la stratégie par la morale publicitaire est une grande tragédie de notre fin de siècle (le XXème), – mais une tragédie qui se conçoit aisément, qui est en même temps une fatalité de cette époque, tant elle lui ressemble. C’est un courant général de dissolution de nos structures de civilisation, l’appropriation des matières nobles (dans ce cas, le réalisme nécessaire pour la politique et la stratégie) par le poison courant de l’idéologie publicitaire, son verbiage, son sentimentalisme primaire, son affirmation terroriste. Là-dessus, BHL rajoute ses vertus habituelles, ses habitudes communautaires, ses imprécations elles aussi terroristes (ce qualificatif, entêtant, ne décolle pas de la plume), – son sens délicat de faire dépendre la liberté des autres d’une définition de la liberté qu’il a su arranger à sa sauce. L’imposteur s’est fait cuisinier. La mayonnaise a pris parce que le restaurant est du niveau McDo standard. Il est vrai que cela mérite un peu de bois vert, à la volée. Boniface s’y met.

BHL ou l’empereur de la morale aux habits neufs

Par Pascal Boniface, IRIS, 22 octobre 2007

Personne n’oserait imaginer Floyd Landis ou Lance Armstrong prendre la tête d’un grand débat sur la lutte contre le dopage. Pourtant, nul ne semble s’offusquer que Bernard-Henri Lévy soit devenu la référence de celui sur la place de la morale en politique nationale ou internationale et de la refondation de la gauche.

Comment comprendre que quelqu’un qui n’a jamais exprimé de préoccupations sociales puisse jouer ce rôle ? Comment expliquer surtout que celui dont plusieurs livres d’auteurs différents ont mis à jour les multiples mensonges (de ses rencontres avec Massoud, à sa ceinture noire de judo) puisse encore être crédible ? Sans doute suis-je d’une naïveté infantile, mais je pensais qu’on ne pouvait être à la fois un menteur multirécidiviste et se prendre pour une figure morale.

Comment quelqu’un ayant une pensée binaire (bien-mal, ami-ennemi, eux-nous), puisse passer pour un intellectuel incontestable ? Comment expliquer que dans un pays qui n’est pas totalitaire, nul ne se sente la force de refuser de l’inviter pour évoquer son livre ? De deux choses l’une, soit les journalistes vedettes qui le font n’ont entendu parler d’aucun des ouvrages qui méthodiquement ont démonté le système BHL, et on peut se poser des questions sur leur compétence. Soit ils invitent néanmoins BHL en connaissance de cause et c’est leur conscience professionnelle qui est en cause. Certes, c’est probablement la simple prudence qui les pousse à agir ainsi. Pourquoi risquer de se fâcher avec un homme qui a à la fois la rancune tenace et de solides appuis dans le monde des affaires, de la presse et de l’édition, qui récompense les services rendus et punit sévèrement ce qu’il considère comme des outrages ? Mais où est alors le respect dû au public ? Est-il éthiquement acceptable de le tromper par peur des représailles de BHL ou dans l’espoir de ses renvois d’ascenseur ? ...

Voir la suite de l'article :

http://www.dedefensa.org/article-bhl_comme_symbole_d_un_temps_historique_12_11_2007.html

Voir également :

 * L'opération libyenne était-elle une "guerre juste" ou juste une guerre ? (Débat 'BHL / R. Brauman' - Le Monde)

 * Si vous souhaitez changer un régime politique, faites comme BHL : composez le numéro du standard de l'Elysée et demandez le président !

 

 

 

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