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Publié par ERASME

Charles Rivkin, ambassadeur des Etats-Unis à Paris, quittera son poste dans quelques jours avec un petit pincement au coeur (le 19 novembre 2013). Il s’est confié à notre journal.

 

 Paris (VIIIe), vendredi. « L’esprit critique qui anime chacun des Français fait partie de ce que j’aime le plus dans ce pays », avoue Charles Rivkin.
               

            
Ambassadeur des Etats-Unis depuis quatre ans, Charles Rivkin, 51 ans, va quitter dans les jours qui viennent. Il peine à cacher son émotion, en racontant les coulisses des photos et des souvenirs soigneusement rangés dans son bureau. Ancien PDG d’une firme de divertissement, ce francophone fortuné s’apprête à rejoindre Washington pour occuper de nouvelles fonctions au sein du                                                                                                                   

 

 

 

 

 

 



Comment se portent les relations franco-américaines?
CHARLES RIVKIN.
Je suis un ambassadeur chanceux : le jour où a été élu, peu avant ma nomination, l’image des Etats-Unis en France a fait un bond de 11% d’opinions favorables à… 88%! Et pour sa seconde élection, l’année dernière, 93% des Français souhaitaient sa victoire. Durant ces quatre années, les relations entre la France et les Etats-Unis ont été les meilleures de la génération.


Lors de votre mandat, vous avez connu la France sous la présidence de Nicolas Sarkozy, puis sous celle de François Hollande. Quel impact sur le climat entre nos deux pays?
J’étais dans le Bureau ovale avec le président Obama lorsqu’il a reçu successivement ses homologues, les présidents Sarkozy puis Hollande. Je peux vous dire que notre président s’entend bien avec chacun d’eux. Et les respecte. Je ne puis dire en revanche lequel est le meilleur. Même s’ils ont des personnalités différentes, ils sont mus par les mêmes valeurs. En tout état de cause, l’amitié qui lie nos deux pays ne tient pas à la personnalité de nos dirigeants.

Hollande le socialiste est-il plus proche du démocrate Obama qu’un homme de droite comme Sarkozy?
On ne peut pas traduire les différences politiques entre nos deux pays. Ce sont deux systèmes très différents. C’est vrai, je suis démocrate, comme mon président. Mais un ambassadeur des Etats-Unis représente son pays, pas son parti.

Les Français ont découvert qu’ils étaient espionnés par les services de renseignement américains de la NSA. Pouvez-vous nous assurer qu’il n’y a plus d’écoutes?

Le président Obama s’est engagé à trouver le bon équilibre entre la vie privée et la sécurité. Alors que la technologie progresse partout à une vitesse fulgurante, ce n’est pas une question facile. Il a ordonné un audit de toutes les pratiques de renseignement en vigueur dans nos services. Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que la collaboration entre nos services et les vôtres a permis de déjouer quantité de complots terroristes. Dans ce monde digital, trouver le bon équilibre entre protéger la France, l’Europe et les Etats-Unis en respectant la vie privée est l’un des enjeux majeurs.

Un an après sa réélection, Obama apparaît comme un « canard boiteux ». Comment peut-il rebondir?

Barack Obama est déjà entré dans l’histoire comme un grand président. Ce n’est pas un canard boiteux. Il a réussi beaucoup de choses, à commencer par sa capacité à surmonter le désastre financier global dans lequel les Etats-Unis étaient empêtrés. Notre pays perdait 800000 emplois par mois… Avec son travail, sa détermination, son leadership, l’Amérique est de retour. Et il a introduit un système d’assurance santé, l’Obamacare : une première historique. Il y a des couacs, certes. Mais il est normal qu’il y ait des difficultés lorsqu’on met en place des programmes qui impliquent massivement la population.

Bachar al-Assad continue de massacrer son peuple en Syrie. Pensez-vous que cela puisse changer un jour?

On est confrontés à une crise humanitaire d’ampleur dans ce pays. Il n’y a pas de solution militaire pour régler ce problème. Elle ne peut être que politique. C’est la menace de la force brandie par la France et les Etats-Unis qui a permis de mettre en place le programme de démantèlement des armes chimiques en Syrie.

L’idée de frappes contre le régime de Damas n’est donc plus d’actualité?

Je n’ai pas dit cela. Le président Obama garde toutes les options sur la table. On a été très clairs : il faut qu’il parte. Un homme qui massacre son peuple ne peut pas en être le leader.

Comme ambassadeur, vous avez multiplié les actions dans les quartiers difficiles. Pourquoi un tel choix?
Dans les banlieues, j’ai discuté avec des jeunes en colère parce qu’ils avaient l’impression que leur voix n’était pas suffisamment écoutée. Mon but n’est pas d’être mêlé à la politique intérieure française, mais je leur ai demandé ce qu’ils aimaient aux Etats-Unis. Ils ont répondu Will Smith, Samuel L. Jackson, Woody Allen, le rappeur Will.I.Am. Je leur ai promis de revenir avec l’un d’eux et je l’ai fait, avec l’acteur Samuel Jackson! Il leur a dit que le rêve américain et le rêve français n’étaient pas si différents que ça. Si vous avez un rêve et que vous le suivez, vous y arriverez. Il faut montrer le pouvoir de la diversité. Notre nation puise sa force de la diversité.


Quel regard portez-vous sur le mécontentement chronique des Français?
Les Français ont une habitude historique de descendre dans la rue. L’esprit critique qui anime chacun des Français fait partie de ce que j’aime le plus dans ce pays. Vous allez à un dîner, et il y aura toujours une discussion enflammée sur la politique, la religion. Et après, vous vous quittez quand même bons amis! Je trouve cela fantastique, ça va me manquer. Je quitte la France, mais la France ne me quittera jamais…

 

Source : http://www.leparisien.fr/international/la-france-va-me-manquer-18-11-2013-3326513.php

 

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