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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 11:00

La question de savoir comment l’État d’Israël devrait répondre à la nouvelle vague d’antisémitisme, et s’il doit y répondre, devenue partie intégrante de la protestation violente en Ukraine, n’est pas entièrement nouvelle pour Israël. En fait, elle touche à nouveau au noyau même de l’existence de l’Etat juif. Le profond dilemme peut être réduit à une simple question. Si vous mettez de côté la question de savoir si Israël doit être un “Etat de tous ses citoyens", se pose à gauche la question non moins intéressante de savoir si Israël est uniquement la patrie des Juifs qui y vivent, ou s’il s’agit de la patrie de tous les Juifs, peu importe où ils vivent.

La question n’a jamais été un sujet de débat public, mais la réponse a été donnée il y a longtemps : Israël perçoit son rôle comme une patrie pour tous les Juifs, responsable pour eux et qui les encourage ouvertement à venir vivre ici. Les Juifs de par le monde sont donc confrontés à un dilemme parallèle : ils chérissent le fait d’avoir une patrie en cas de problème d’une part, mais sont partout confrontés à des sentiments anti-israéliens. Dans le cas de l’Ukraine, la situation est encore plus complexe.

L’antisémitisme, souvent étroitement associé à un fort sentiment nationaliste, se retrouve dans les deux camps rivaux. Il faut se rappeler d’un facteur : le rideau de fer est tombé depuis longtemps, mais malgré les difficultés, les Juifs ukrainiens, au moins pour le moment, ont choisi de rester là-bas. Ce choix et ses conséquences doivent être soigneusement pesés.

Alors que le monde suit la crise en cours en Ukraine pour différentes raisons - politiques, économiques, humaines - la sphère politique et sociale israélienne a une motivation supplémentaire : les 180.000 Juifs qui vivent encore dans la grande république post-soviétique. Il y a beaucoup de raisons d’être inquiets. L’Ukraine a une histoire longue et amère d’antisémitisme vicieux qui ne peut être classé comme "passé". Il y a à peine quelques mois une lettre signée par 61 membres de la Knesset israélienne de tous les partis, Juifs et Arabes, exigeant des sanctions symboliques en réponse à la position antisémite de certains politiciens ukrainiens associés avec le Conseil européen, a été transmise au Conseil européen.

L’antisémitisme en Ukraine est bien vivant, et le bouleversement actuel va de pair avec le nombre croissant d’incidents antisémites. Si dans des temps plus paisibles les Juifs sont blâmés pour voler le pays - à présent ils sont blâmés pour tenter de voler la révolution. Un membre d’un groupe parlementaire de l’opposition est venu récemment sur la Place de l’Indépendance, principal lieu de la manifestation à Kiev, habillé comme un Juif orthodoxe, et a montré une maquette qui disait : "J’ai beaucoup d’argent, je peux acheter les politiciens, les médias et dans les faits l’ensemble du pays". Il était à peine drôle. Les participants juifs des manifestations entendent souvent : " ce n’est pas un endroit pour les Zhydim" - un mot offensif pour dire juif. Les manifestants juifs se plaignent d’être chassés de la place. Un Juif orthodoxe a été agressé et hospitalisé. Les institutions religieuses juives ont embauché des sociétés de sécurité privées qui emploient d’nciennes forces de sécurité israéliennes et des champions de boxe ukrainiens. L’atmosphère de peur règne. Le harcèlement verbal est facilement transformé en menace physique. Alors que la situation se détériore et le sentiment nationaliste se développe - l’antisémitisme prospère.

Les officiels israéliens suivent la situation de loin avec une certaine perplexité. Malgré tout ce qui a été dit ci-dessus, seuls 1997 juifs ont choisi d’immigrer en Israël en 2013, 7% de moins que les 2.138 juifs arrivés en Israël en provenance d’Ukraine en 2012. Des chiffres très décevants pour l’establishment israélien, toujours désireux de "sauver" les Juifs ou d’équilibrer la démographie israélienne. Aussi, soit la menace n’est pas si effrayante, soit la terre promise n’est pas si attrayante pour les Juifs d’Ukraine pour le moment. Il se pourrait aussi qu’ils se sentent profondément ancrés dans le tissu de la société ukrainienne et restent se battre pour elle.

Telle est la question : Israël doit-il faire plus que simplement suivre la situation avec préoccupation ? La semaine prochaine, le comité de l’Aliyah à la Knesset va consacrer une réunion spéciale pour discuter du sort des Juifs d’Ukraine. Le Chef de la commission, le député Yoel Razbozov ( lui-même immigrant d’ex-URSS ) a dit à I24News : "Lorsque les Juifs en Ukraine sont exposés à cette violence, nous devons leur montrer en tant qu’Etat que nous sommes auprès d’eux.

Je crains qu’un jour nous nous réveillions avec une nouvelle "Nuit de cristal" . Nous gardons le contact avec les dirigeants de l’opposition en Ukraine, et demandons que les décideurs dans ce pays renforcent et imposent des peines sévères à toute manifestation d’antisémitisme".

Ça sonne bien, mais qu’en est-il ? Toute étreinte fraternelle à distance ne fait qu’accentuer la double identité des Juifs, et les étiquette comme "différents". Un haut fonctionnaire de l’établissement de l’Aliyah considère même ce genre de "participation à distance" de l’establishment juif et israélien comme très risqué en Ukraine. En attendant, il est important de se rappeler : les portes sont ouvertes pour que les Juifs d’Ukraine partent et les portes d’Israël sont ouvertes pour qu’ils viennent. Tant qu’il s’agit de leur choix, la responsabilité d’Israël est d’obéir à ce choix et non à l’ethos israélien.

Lily Galili est analyste de la société israélienne. Elle a cosigné un livre, "Le million qui a changé le Moyen-Orient" sur l’immigration d’ex-URSS vers Israël, son domaine de spécialisation.

Source : http://www.jforum.fr/forum/international/article/comment-reagir-a-la-montee-de-l

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