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Publié par Patrice Cardot

Sont présentés ci-après quelques éléments de clarification de certaines notions clés qui apparaissent spontanément utiles au débat  public qui vient d'être ouvert en France sur l'identité nationale

Identité
(Cf. Alain Joxe, Président du CIRPES, dans « La globalisation stratégique - Causes, représentations, conséquences économiques, politiques, militaires de la globalisation », ouvrage de stratégie théorique paru aux éditions CIRPES, in Cahiers d'Etudes Stratégiques 40-41, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales - Paris, 2006)

« [L'identité est] le code d'un groupe d'individus ou de collectivités conscients de leur relation commune d'appartenance. Une identité s'accompagne d'un « sentiment d'appartenance à une collectivité ». Ce sentiment conscient n'est pas une stratégie individuelle rationnelle, c'est une « passion » qui va jusqu'à la capacité des individus de sacrifier leur vie individuelle à la survie du groupe. Cette définition n'est pas liée à une présence de l'Etat. [....]

Qu'elle soit tribale ou religieuse, l'identité est politique, dès que le pouvoir dans un rapport de forces devient l'enjeu spécifique de l'identité, dès que le leadership devient symbole de l'identité. [....]

L'identité n'est identité politique d'Etat que dans le cas particulier où apparaît l'Etat, qui comme dit Alain Badiou, « ne se fonde pas sur le lien social qu'il exprimerait, mais sur la déliaison qu'il interdit » et il s'interdit cette déliaison par la force ou par la raison [...].

L'Etat n'est qu'une des représentations de la violence légitime, celle qui prétend au monopole et qui, par là, se donne les moyens d'interdire par la violence la décomposition de l'identité étatique en sous entités violentes.

L'Identité d'Etat peut mettre en œuvre une stratégie impériale, c'est-à-dire orienter la violence légitime vers la conquête et non seulement la défense. L'Empire se compose alors, toujours, d'un noyau conquérant et de marches dont l'identité réapparaît en cas de décomposition, mais sous une forme modifiée par le moment de l'appartenance à un Empire. »


Identité européenne

Telle qu'elle se dégage des principaux textes communautaires, l'Identité européenne revêt trois formes dont l'usage a varié au cours des 50 dernières années et qui, prises dans leur globalité, sont porteuses de trois attributs majeurs (Cf. le rapport intitulé « Pour une autonomie responsable et solidaire » fait au Premier ministre de la République française par Jean-Baptiste de Foucaud, inspecteur général des finances, ancien Commissaire général au Plan, à l'occasion des débats nationaux relatifs à l'autonomie des jeunes et au rôle de la puissance publique en la matière), ceux d''individualisation', d'‘autonomie' et d''indépendance' (voir infra) :

  - la première a une visée essentiellement externe,

  - la deuxième correspond à l'expression du projet commun et/ou de l'acquis communautaire,

  - la troisième tente de refléter l'existence d'une communauté culturelle et citoyenne.
(Cf. Marjorie Jouen et Nadège Chambon in « L'identité européenne dans les textes et les politiques communautaires », cahiers de Notre Europe - Paris, 2006)


S'agissant de sa dimension externe, « La politique étrangère est une façon d'exprimer notre identité. Mais agir ensemble sur la scène internationale permet aussi, progressivement, de construire et de renforcer notre identité commune [...] Et plus nous agirons ensemble, plus nous partagerons des succès et, à l'occasion, des échecs, plus nos réflexes convergeront, plus cette identité européenne sera solide et moins virtuelle. » (Cf. Javier Solana, Secrétaire général du Conseil de l'UE, Haut Représentant pour la PESC, ancien Secrétaire général de l'OTAN, lors de la conférence annuelle de l'Institut d'Etudes de Sécurité de l'UE - Paris, le 6 octobre 2006)


Individualisation

L'individualisation est un phénomène visant à singulariser, au sein d'un espace social, une entité socio-culturo-politique aspirant à affirmer son propre soi, c'est-à-dire à pouvoir orienter soi-même sa propre existence (liberté ontologique de délibérer, de juger, de choisir et de négocier), et animée par un besoin de sécurité ontologique ; s'agissant d'un espace socio-politique, l'individualisation se manifeste au travers d'une nouvelle régulation sociale, organisée et institutionnalisée de manière à anticiper et à se prémunir contre les menaces que font peser sur elle les phénomènes de désincrustation et de détraditionalisation (voir infra).

Il existe deux dimensions distinctes du processus d'individualisation : l'autonomie et l'indépendance.

Pour devenir une entité individualisée, il faut avoir les moyens d'adosser les formes de l'autonomie sur une structure objective d'indépendance, notamment économique.


Autonomie

Concept fondateur de la liberté politique, l'autonomie est une notion contemporaine de l'individualisation des rapports sociaux ; l'autonomie est la maîtrise du monde dans lequel cette entité existe, monde défini par des règles qui lui sont propres ainsi que par des règles construites dans la négociation à plusieurs ; lorsque ces deux dimensions sont réunies, indépendance et autonomie, alors l'entité a le sentiment d'être libre ; les aspirations à l'autonomie s'inscrivent dans un contexte où le « privé » devient « politique ».

L'autonomie est, in fine, l'aboutissement du processus de construction de soi. Elle s'acquiert par la médiation d'un autrui significatif.


Indépendance

L'indépendance est la manière dont l'entité peut, grâce à ses ressources personnelles tirées de son patrimoine et de son activité, moins dépendre de son environnement social.


Désincrustation

La désincrustation consiste dans la disjonction qui s'opère entre les espaces relationnels et les espaces fonctionnels des organisations ; entre les espaces dans lesquels se déroulent les relations primaires (face à face) et les espaces multiples d'interrelations secondaires (basées sur l'anonymat, voire virtuelles). Cette disjonction ébranle le rôle des institutions classiques de diffusion des savoirs et des savoir-faire.


Détraditionalisation

La détraditionalisation est le processus enclenché par la fragmentation ou la désintégration - lente ou rapide - des formes traditionnelles de la vie sociale, ce qui réduit inévitablement l'efficacité des formes conventionnelles de socialisation et de contrôle social. Un monde en détraditionalisation se caractérise par la perte de sens et de légitimité d'une foule de coutumes, de traditions, d'institutions considérées comme dépassées, de même que de normes et valeurs qualifiées d'archaïques.


Citoyenneté européenne
 

Instituée par le traité de Maastricht et complétée par le traité d'Amsterdam, la citoyenneté de l'Union complète mais ne remplace pas la citoyenneté nationale : « Est citoyen de l'Union toute personne ayant la nationalité d'un Etat membre ». Le traité de Lisbonne consolidé reprend cette définition sans la modifier.

(cf. L'avenir du projet européen passe par le développement d'une Union politique et citoyenne autonome (1) )

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