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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 17:45

« L’Europe possède des avantages comparatifs qui devraient lui permettre de trouver pleinement sa place dans l’économie monde. Si l’on accepte l’idée que sa meilleure intégration aux échanges internationaux relève d’abord de sa politique intérieure, il faut en revenir au problème de fond, celui d’une croissance économique européenne trop faible. Cela était déjà vrai avant la crise, lorsque le potentiel de croissance de l’Union européenne était de 2% à 2,5%. Depuis la crise, ce potentiel de croissance a diminué de moitié.

À l’échelle mondiale, l’Europe est un îlot de bien-être, grâce à un système social certes de qualité, mais dont la soutenabilité dépend d’une croissance significative de l’économie et de la population. Or, sur ces deux terrains, l’Europe a un problème. Une solution bien connue au problème de la démographie serait le recours à l’immigration, mais il est difficile de l’envisager à court terme au vu des positions des forces politiques européennes sur ce sujet. Il serait également opportun de faciliter la conciliation entre la vie professionnelle et la vie personnelle, et de réduire les obstacles à la natalité, qui atteint un niveau critique dans les pays européens où le renouvellement des générations n’est plus assuré, avec quelques exceptions, dont la France.

Concernant le potentiel de croissance, la crise a accentué les difficultés à travers la question de l’endettement excessif. Le seul moyen de maintenir le système de sécurité sociale sans accroissement démographique significatif est l’augmentation du taux de croissance économique. Or, il est difficile de renforcer la croissance d’une économie dont le potentiel a été endommagé par la crise, et qui doit faire face à une lourde charge d’endettement. C’est pourtant là tout l’enjeu : il s’agit d'augmenter le potentiel de croissance, de l’ordre d’un point ou d’un point et demi, pour pouvoir continuer à financer le système social européen et enrayer l’endettement qui a été accumulé.  

Les réformes nécessaires pour atteindre cet objectif, et tirer pleinement partie des avantages comparatifs de l’Europe, sont des réformes de long terme. Elles concernent principalement le système d’éducation, de formation et d’innovation. C’est sur ce plan que se fera la distinction entre les pays et les continents. Sur les quarante à cinquante dernières années, le niveau d’éducation de la population est la variable qui explique le mieux les différences de croissance et de réussite économique à l’échelle mondiale. Mais ces politiques publiques de l’éducation et de l’innovation produiront leurs effets à moyen et à long terme. Dès lors, comment stimuler la croissance à court terme ? Il s’agit d’imaginer des mesures dont les effets se feraient sentir immédiatement.

Une réponse à cette question peut être trouvée du côté du marché du travail. Il faut toutefois panacher les mesures fiscales et budgétaires pour ne pas réduire les dépenses publiques productives, qui ont un effet d’entraînement sur l’économie, et ne pas accroître le coût des facteurs de production, pour protéger la compétitivité des prix.

Enfin, la politique monétaire peut aussi servir de levier d’action à court terme. Selon le think-tank Bruegel, il est possible de gérer intelligemment le différentiel d’inflation au sein de l’Europe, de façon à restaurer une partie de la compétitivité qui fait défaut au sud. Une inflation de 2,5% à 3% dans le nord de l’Europe, couplée à une inflation plus basse, de l’ordre de 1%, au sud de l’Europe, permettrait progressivement aux pays qui ne peuvent pas dévaluer leur monnaie de retrouver, dans une certaine mesure, la compétitivité des prix qui leur manque.

*

Ne nous mentons pas : le marasme économique qui frappe l’Europe aujourd’hui, et dont elle doit sortir par le haut le plus vite possible, n’est pas dû à une concurrence internationale d'autant plus ravageuse que la politique commerciale européenne serait faible ou naïve.

Le manque de compétitivité des prix et de compétitivité « hors prix » doit être la cible de politiques publiques d’avenir, qui donneront à l’Europe les moyens de profiter des avantages comparatifs qui devraient être les siens. Politiques d’éducation, de formation, d’innovation, gestion fine de l’inflation intracommunautaire et fluidification du marché du travail constituent les piliers d’une réforme courageuse, et à la hauteur des ambitions légitimes de l’Europe dans un monde devenu plus compétitif. »

 

(Pascal Lamy - L’avenir de l’Europe dans la nouvelle économie monde, par Pascal Lamy (Notre Europe) )

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