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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 09:35

Le projet de « super ministère » européen des affaires étrangères pourrait donner plus de cohérence à l’aide apportée par l’UE aux pays en développement. Au sein de la commission "Développement" qu’elle préside au sein du Parlement européen, l’eurodéputée d'Europe Ecologie Eva Joly reste vigilante. Interview.

  

Le service européen d’action extérieure (SEAE) pourrait enfin permettre de mettre en place des instruments pour une meilleure coopération au développement. Quels sont les changements attendus ?

Jusqu’à présent, un distinguo clair était fait entre les pays ACP (Afrique - Caraïbes - Pacifique), majoritairement constitués des anciennes colonies des empires européens, et les autres pays en développement. Le Fonds européen de développement est utilisé pour les premiers ; et l’Instrument de Coopération au développement, pour les seconds. Deux outils mis sous la responsabilité de deux personnes, le Commissaire au développement et celui chargé des relations extérieures.

Les négociations du SEAE en cours font état d’une fusion de ces outils au profit du Commissaire au développement. Cette évolution permettrait une véritable cohérence dans la définition et la programmation entre les différentes aides au développement allouées par l’Union européenne. Et cela mettrait fin à la distinction archaïque et néo-coloniale faite entre les anciennes colonies et plus largement les pays en voie de développement.

 

Comment la politique de développement de l’UE peut-elle s’intégrer à une nouvel organe de politique étrangère ?

La politique de développement est indéniablement une politique extérieure de l’Union (cela pourrait être aussi le cas de la politique commerciale européenne : son intégration au SEAE n’a même pas été soulevée ! C’est dire sa toute puissance). L’Union européenne, avec les apports de chaque Etat-membre, est le plus gros donateur au niveau mondial. Ses fonds représentent environ 50 milliards d’euros, dont 9 milliards sont strictement communautaires. Intégrer cette politique de coopération au développement dans une structure à vocation diplomatique représente un risque non négligeable…

 

Que peut-on craindre ?

Si la proposition de Catherine Ashton - qui semble rencontrer des échos favorables auprès des Etats membres - venait à être appliquée, les phases de planification stratégique et de programmation des outils de développement seraient décidées au sein du SEAE. Quelles garanties aurons-nous alors pour que la politique de développement ne devienne pas, entre les mains de Catherine Ashton et de ses services, un simple instrument de politique étrangère ? Comment être certains que les fonds voués à éradiquer la pauvreté dans les pays en développement ne seront pas utilisés pour s’assurer l’accès à des ressources naturelles et stratégiques ? Comment éviter la confusion des genres lorsque les décisions concernant l’allocation de fonds visant à permettre le développement du Nigeria et les négociations pour s’approprier ses ressources en uranium seront prises au sein des mêmes instances ?

 

Quelle est votre position sur ce point ?

Le groupe des Verts au Parlement ne cesse de pousser pour une délimitation claire des responsabilités dans le domaine du développement. Le Commissaire au développement et ses services devraient non seulement établir les programmes stratégiques mais également avoir le dernier mot en cas de désaccords avec Lady Ashton. Si l’on s’en tient strictement aux textes, la politique de coopération au développement de l’Union n’a qu’un seul et unique but, celui d’éradiquer la pauvreté – et toutes les politiques extérieures menées par l’Union européenne (pêche, commerce, affaires étrangères…) se doivent d’être cohérentes avec cet objectif.

 

Source : www.europe-ecologie.fr/

 

Voir également sur ce blog :

  * La gouvernance mondiale est-elle au service de l’intérêt général global ? par Joseph Stiglitz - nouvelle édition -

  * Comment la politique peut-elle retrouver des marges de manoeuvre par rapport à la globalisation ?

  * Une taxe sur les opérations financières pour aider les pays les plus pauvres, par Gordon Brown

  * Mettre la sécurité au service du développement en la repensant de manière systémique (nouvelle édition)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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