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Publié par ERASME

Il y a plus d'un an, la réaction d'Israël au printemps arabe avait été caractérisée par un attentisme prudent. Une raison de plus de maintenir le statu quo dans la relation avec les Palestiniens. De toute façon, avec qui négocier dit-on à Jérusalem ? L'Autorité palestinienne n'est plus représentative et le Hamas, son rival, est une organisation terroriste.

Au lendemain du second tour de l'élection présidentielle en Egypte, les Israéliens se sentent confortés dans leur scepticisme. L'histoire ne semble-t-elle pas leur donner raison ? Certes, ils ne voient pas les Egyptiens - islamistes réellement au pouvoir ou non -échanger une paix toujours plus froide pour une guerre chaude. L'Egypte n'a tout simplement pas les moyens financiers de se lancer dans une aventure guerrière. Sait-elle seulement comment elle paiera ses fonctionnaires dans quatre ou cinq mois ? Mais la participation du peuple dans les décisions prises par l'Egypte, et une évolution à long terme qui a priori ne peut se faire qu'aux dépens de l'armée ne convient pas à Israël. Le pays, qui se vantait hier d'être la seule démocratie de la région, regrette clairement aujourd'hui la bonne vieille stabilité et prévisibilité des régimes despotiques. Rien de bon, selon les dirigeants d'Israël, ne peut résulter du printemps arabe, ni pour les peuples directement concernés ni pour l'Etat hébreu lui-même. Le calme absolu de la frontière sud du pays, celle avec l'Egypte, permettait à Jérusalem de se consacrer pleinement à la menace nucléaire de l'Iran des ayatollahs et de forger ainsi une alliance implicite avec l'Arabie saoudite basée sur l'existence d'une menace commune. Pour les monarchies sunnites du Golfe, l'existence d'un Iran chiite nucléarisé ne représente-t-il pas en effet une menace presque aussi existentielle que pour l'Etat juif ?

Autre frontière instable potentiellement, celle avec la Syrie sinon avec le Liban. Prédire, comme le font de manière régulière les dirigeants israéliens, la chute inéluctable du régime syrien, ce n'est pas seulement dans ce cas « se placer du bon coté de l'histoire » mais c'est aussi une fois encore, comme sur la question de l'Iran, prendre une position commune avec les monarchies du Golfe. C'est aussi, profiter d'une situation violente et confuse, qui permet de détourner l'attention du monde du sempiternel conflit israélo-palestinien. Plus l'Histoire s'accélère avec un grand H dans le monde arabe du fait de l'existence d'un processus révolutionnaire à long terme, plus il apparaît possible à Israël de geler le statu quo existant sur le terrain avec les Palestiniens : un statu quo politique qui n'empêche pas, bien au contraire, la poursuite des implantations israéliennes. Autour de Jérusalem, la situation en raison de la multiplication des faits accomplis sur le terrain est devenue inextricable. Il faudrait des centaines de géographes et de géomètres pour négocier point par point un compromis acceptable.

Dans un tel contexte, il n'est pas surprenant d'être saisi en arrivant en Israël par un sentiment presque irréel - en dépit des missiles (NDLR Regards-citoyens.com : jusqu'à preuve du contraire, il ne s'agit pas de missiles mais de roquettes artisanales, ce qui n'en modifie pas par ailleurs le caractère inacceptable de leur présence et surtout, de leur usage, dans cette région !) qui s'abattent sur le sud du pays en provenance du Sinaï -de tranquillité. S'agit-il, comme au début de l'année 2000, du calme qui précède la tempête ? Sommes-nous à la veille d'une troisième Intifada qui dans ses modalités s'apparenterait davantage à la première qu'à la deuxième (la révolte des pierres plus que le retour des bombes humaines) ?

Ce qui est certain, c'est qu'il existe, en particulier chez les jeunes Palestiniens, une incontestable forme de radicalisation religieuse et politique. La rencontre entre la montée de l'islamisme dans le monde arabe et celle de l'humiliation et du désespoir au sein de la jeunesse palestinienne se traduit par l'abandon de tout esprit de compromis. « Puisque je ne suis rien, je veux tout, toute la terre de la Palestine, débarrassée de ses occupants juifs ! » Le contraste est beaucoup trop grand entre le mouvement qui s'accélère aux frontières d'Israël et le gel de la situation faite aux Palestiniens. Certes, comparée au sort actuel des Syriens, leur condition peut paraître préférable et ils ne veulent pas retrouver la « sauvagerie » qui fut celle de la seconde Intifada. Mais l'homme ne vit pas que de pain. Il a besoin d'espoir. Et d'espoir, les Palestiniens n'en ont guère. Ils opposent leur inertie historique à l'activisme forcené de type presque plus asiatique qu'occidental des Israéliens. Au Moyen-Orient, en dépit des apparences, le temps ne joue pas nécessairement en faveur des Israéliens.

Dominique Moïsi est conseiller spécial à l'Ifri (Institut français pour les relations internationales)

Voir également sur ce blog :

 * Géopolitique fiction : et si les printemps arabes annonçaient un vaste chantier de reconfiguration des Etats et des frontières au sud et à l'est de la Méditerranée ? (nouvelle édition) 

 *  Attention ! Danger ! La Syrie n'est pas la Lybie ! La réponse de la communauté internationale à la dégradation de la situation en Syrie doit être non seulement graduée mais responsable !

 * La France doit repenser son partenariat avec le monde arabe, par Laurent Fabius (Le Monde)

 * Le premier ministre "Téflon" d'Israël, par Laurent Zecchini (Le Monde)

 * Le roi "Bibi" et son énigme, par Alain Frachon (Le Monde)

 * Retour sur images : Sept messages pour redonner de l'espoir et une perspective au Proche Orient

 

 

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