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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 18:51

Israël, Syrie : le double discours de l'Iran

Poursuivant son offensive de charme, le chef de la diplomatie iranienne condamne la Shoah tout en niant l'implication de son pays dans le conflit syrien.

L'opération séduction de la République islamique, entamée mi-2013, se poursuit tambour battant en 2014. Pour définitivement effacer des pages de l'histoire les propos nauséabonds de Mahmoud Ahmadinejad sur l'Holocauste, le nouveau ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a tenu à condamner publiquement la Shoah. En déplacement à Munich, à l'occasion de la Conférence annuelle sur la sécurité, le chef de la diplomatie iranienne a déclaré que l'extermination des Juifs sous le régime nazi avait été "une cruelle tragédie funeste qui ne doit plus jamais se reproduire". "Nous n'avons rien contre les Juifs et le plus grand respect pour eux à l'intérieur de l'Iran et en dehors", a poursuivi le ministre, qui était interrogé par la chaîne de télévision allemande Phoenix.

Une annonce sans précédent pour un responsable iranien ? Loin de là. Les propos s'inscrivent dans la droite lignée du changement de ton opéré par Mohammad Javad Zarif lui-même en août 2013. Peu après sa nomination, cet ex-ambassadeur de l'Iran auprès de l'ONU, a inauguré une nouvelle ère pour la diplomatie iranienne, en se fendant d'un tweet historique souhaitant un joyeux "Rosh ha-Shana" aux Juifs du monde entier. Toujours sur Twitter, pourtant interdit en Iran, Mohammad Javad Zarif a souligné que l'Iran n'"a jamais nié l'Holocauste" et que "l'homme qui était perçu comme niant cela est maintenant parti". Des propos repris par le président lui-même, le mollah modéré Hassan Rohani, sur son compte officiel (tenu par ses proches).

"Loup déguisé en mouton" (Netanyahou)

"Méfiez-vous du loup déguisé en mouton", avait alors réagi le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, passablement agacé à l'idée que la principale menace au Moyen-Orient à ses yeux, sur laquelle il a bâti une part importante de sa politique, montre désormais un visage plus respectable. "La priorité du gouvernement iranien est la résolution du dossier du nucléaire afin de répondre à la crise économique que connaît le pays", explique le politologue iranien Abdolreza Tajik. "Pour ce faire, Hassan Rohani, à la différence de Mahmoud Ahmadinejad, s'est rapidement efforcé d'améliorer les relations de l'Iran avec l'Occident en évitant les sujets de tensions, dont fait partie l'Holocauste."

Le "mollah modéré" n'a pas toujours été aussi ouvert. Un mois à peine avant le lancement de cette "campagne de charme", le nouveau président iranien affichait un tout autre visage, bien plus fidèle à la traditionnelle rhétorique de la République islamique, qui ne reconnaît pas l'existence de l'État hébreu.

Double discours

Alors qu'il participe le 2 août 2013 au défilé annuel de la Journée de Jérusalem, en solidarité avec les Palestiniens et contre Israël, Hassan Rohani annonce, devant les caméras de la télévision iranienne, que "le régime sioniste est une blessure qui existe depuis des années dans le corps du monde musulman, et cette blessure doit disparaître". Des propos relayés par les agences de presse officielles iraniennes, qui ont immédiatement suscité l'indignation de Benyamin Netanyahou, pour qui ces déclarations montrent le "vrai visage" du nouvel élu.

Pour couper court à la polémique, l'agence de presse semi-officielle Isna, qui a pourtant révélé l'affaire, corrige sa dépêche en supprimant la mention "doit disparaître". Une autre agence semi-officielle iranienne, Mehr, lui emboîte le pays, sans apporter davantage d'explications. Quoi qu'il en soit, le nouveau visage du gouvernement iranien, couplé à des actes traduisant sa volonté claire de mettre fin à la crise nucléaire qui asphyxie son économie, lui a permis de conclure en novembre 2013 un accord historique avec la communauté internationale.

Volonté d'apaisement

Or, si cette crise est en voie de résolution, il est un autre dossier, impliquant tout autant la République islamique, qui n'est pas près de trouver une issue favorable : la sanglante guerre civile syrienne. À ce sujet, une semaine avant qu'il ne condamne sans appel l'horreur de Holocauste, le chef de la diplomatie iranienne s'est fendu d'une déclaration tout aussi apaisante. Lors du Forum économique mondial organisé en janvier à Davos, Mohammad Javad Zarif s'est dit "totalement engagé" pour "un futur meilleur" en Syrie, et a appelé tous les étrangers combattant en Syrie à quitter le pays. Une apparente allusion aux djihadistes, financés par des hommes d'affaires du Golfe, venus gonfler les rangs de la rébellion.

C'est pourtant oublier que l'Iran, dès l'été 2011, a envoyé en Syrie des conseillers militaires et des armes, pour mieux former l'armée syrienne à la répression des manifestations populaires qui secouaient le pays. À tel point qu'à l'automne 2012, sentant son allié syrien sur la sellette, Téhéran a pris la décision d'envoyer en Syrie des soldats chiites du Hezbollah libanais pour prêter main forte aux troupes pro Bachar el-Assad. En 2013, sont venues s'ajouter des milices chiites en provenance d'Irak.

Énorme contradiction

À une journaliste lui pointant cette énorme contradiction, le ministre iranien des Affaires étrangères a répondu que l'Iran "n'envoie pas de gens en Syrie". "Le Hezbollah a pris ses propres décisions", a-t-il insisté, devant un auditoire médusé. Il faut savoir que ce sont les Gardiens de la Révolution iraniens, garde prétorienne du régime islamique, qui ont créé en 1982 l'organisation armée libanaise, qu'ils arment et financent depuis. Une armée iranienne parallèle, obéissant aux ordres du Guide suprême iranien (l'Ayatollah Khamenei), qui soutient sans réserve Bachar el-Assad, reléguant sur ce dossier le gouvernement au rang de simple faire-valoir.

"En tant que ministre des Affaires étrangères de la République islamique d'Iran, Mohammad Javad Zarif ne peut aller à l'encontre de la politique du régime iranien, qui est autant impliqué en Syrie aux côtés de Bachar el-Assad que l'est l'Arabie saoudite avec les groupes salafistes de la rébellion", explique le politologue iranien Abdolreza Tajik. Une chose est sûre, la "République islamique nouvelle" a au moins changé sur un point. Contrairement à l'ère Ahmadinejad, dont les diatribes enflammées nuisaient considérablement aux intérêts de l'Iran, elle a finalement compris ce qu'est la Realpolitik.

Source : http://www.lepoint.fr/monde/israel-syrie-le-double-discours-de-l-iran-03-02-2014-1787451_24.php

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