Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par ERASME

Alors que les grands équilibres du monde se modifient, il est crucial pour l'Europe de bénéficier des opportunités de la mondialisation en termes de croissance, d'emploi et de compétitivité. Dans ce contexte, l'Europe doit toutefois se garder de deux écueils dans ses relations avec ses partenaires économiques majeurs : une ouverture sans réciprocité et le repli sur soi. L'Union européenne (UE) devrait à cet égard montrer la voie d'une mondialisation bien régulée, s'appuyant sur des règles du jeu partagées assurant des conditions équitables pour tous. Le monde d'après la crise n'est plus celui d'avant la crise. L'émergence de nouveaux acteurs a changé la répartition de la richesse mondiale.

L'UE a de nombreuses cartes à jouer. Première puissance commerciale mondiale avec le plus fort degré d'ouverture, il est dans son intérêt de préserver un commerce mondial ouvert et juste et d'en faire la promotion au niveau international. Près de 36 millions d'emplois dans l'UE dépendent de notre performance commerciale.

Toutefois, nous ne pourrons développer nos avantages compétitifs qu'à une condition : qu'ensemble, nous nous donnions les moyens d'assurer une défense plus efficace et plus stratégique de nos intérêts. L'enjeu est majeur : il y va de la crédibilité de l'Europe sur la scène internationale, mais aussi de la longévité et du développement du modèle économique et social européen.

Le Conseil européen du 16 septembre 2010 a ouvert la voie à cette réorientation. Il a affirmé le besoin de promouvoir nos intérêts et nos valeurs avec plus d'assurance, dans un esprit de réciprocité et de bénéfice mutuel pour l'Europe et ses partenaires.

L'ouverture sur le monde est le socle historique de l'UE. Les bénéfices des marchés ouverts, du commerce et de l'investissement international sont indiscutables pour nos pays. L'Histoire a déjà montré que la fermeture commerciale n'est pas une solution pour des économies qui ont besoin, en priorité, d'améliorer leur compétitivité. C'est pourquoi nous restons déterminés à utiliser la fenêtre d'opportunité de 2011 pour parvenir à une conclusion ambitieuse, équilibrée et globale du cycle de Doha. Des accords multilatéraux sont essentiels pour revitaliser l'économie mondiale en cette période d'après-crise.

Mais il faut regarder au-delà de Doha. Nos priorités, pour n'en citer que quelques-unes, doivent porter sur l'accès au marché pour les biens, les services, l'investissement, les marchés publics, la protection de la propriété intellectuelle, l'offre de ressources naturelles et la libéralisation du commerce en lien avec le climat.

Sur l'accès aux marchés, par exemple, l'Union a ouvert plus de 80 % de ses marchés publics aux pays tiers, alors que les autres grandes économies développées n'ont ouvert les leurs qu'à 20 %. Et la plupart des pays émergents n'ont pris que peu ou aucun engagement en la matière avec l'Europe. Si l'Europe ouvre ses marchés aux pays tiers, nos entreprises doivent pouvoir accéder aux marchés de ces pays dans des conditions équivalentes, que ce soit dans le secteur privé ou pour la commande publique. C'est une simple question de loyauté des échanges. Nous souhaitons donc des clauses ambitieuses sur les marchés dans les accords de libre-échange que l'Union négocie actuellement. Cette volonté devrait guider notre conduite vis-à-vis de tous nos partenaires, développés et émergents, tout en s'accompagnant d'une stratégie différenciée selon les niveaux réels de développement de chaque pays.

Pour être plus crédible, l'Europe doit accroître son pouvoir de négociation pour améliorer son accès aux marchés des pays tiers. La prochaine révision de l'encadrement des marchés publics devrait le permettre. Cette même démarche de réciprocité doit aussi s'appliquer au niveau multilatéral, dans les négociations en cours sur l'accord sur les marchés publics de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Une autre piste d'action est la protection des droits de la propriété intellectuelle et l'encadrement des aides d'Etat. Peut-on se satisfaire de voir des entreprises européennes rachetées par des sociétés de pays tiers avec un soutien public alors que les aides d'Etat européennes sont - à juste titre - strictement limitées ?

Notre objectif est aussi de préserver et promouvoir les intérêts industriels de l'Europe. Il est donc dans notre intérêt de définir les conditions appropriées des transferts de technologie afin de maintenir nos acquis technologiques. Nous préconisons une approche européenne partagée autour de bonnes pratiques, seul moyen de maintenir une concurrence équitable et non biaisée. Dans le même temps, les efforts pour accroître le potentiel d'innovation en Europe doivent être accentués.

Ignorer que le monde a changé serait faire preuve d'un aveuglement coupable. L'Europe doit adapter son logiciel. Une Europe qui protège mais refuse le repli, une Europe réaliste qui défend ses intérêts en restant fidèle à son ouverture au monde et en développant sa capacité d'innovation : voilà le projet solide et dynamique que nous devons poursuivre pour être à la hauteur des mutations économiques mondiales et répondre aux attentes des citoyens européens.


Mikolaj Dowgielewicz, secrétaire d'Etat aux affaires européennes (Pologne) ;
Werner Hoyer, ministre délégué aux affaires européennes (Allemagne) ;
Diego Lopez Garrido, secrétaire d'Etat aux affaires européennes (Espagne) ;
Pedro Lourtie, secrétaire d'Etat aux affaires européennes (Portugal) ;
Paolo Romani, ministre du développement économique (Italie) ;
Laurent Wauquiez, ministre chargé des affaires européennes (France).

 

Voir également sur ce blog :

  * la série d'articles commençant par : De la fragmentation politique d'une Union européenne toujours en quête d'un projet politique clair et d'un leader charismatique (1) - nouvelle édition -

 * la série d'articles commençant par : UEM : Etablir des instruments supplémentaires n'est pas suffisant ! Il faut aller plus loin tant au niveau doctrinal que sur le plan institutionnel ! - première partie -

 * la série d'articles commençant par : Gouvernance économique : il faut donner un cadre conceptuel et doctrinal clair à la revitalisation de l'UEM ! (1)

* la série d'articles commençant par : Où en est l'Union européenne face aux défis globaux ? - première partie -

 * la série d'articles commençant par : Réviser en profondeur la stratégie européenne de sécurité ! De la nécessité et de l'urgence (1)

 * la série d'articles terminant par : Redonnons force et espoir aux Européens en construisant une Europe qui les protège ! - sixième partie -

 * Politique commerciale : l’UE établit une stratégie active pour les cinq prochaines années

 * Les institutions européennes se seraient-elles mises au service d'une prophétie autoréalisatrice d'Union transatlantique ?

 * A la recherche d'une pensée et d'une action politiques à la hauteur des défis globaux ! (Nouvelle édition)

 

 

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article