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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 17:47

Trois semaines après le début de l'opération française «Sangaris» en Centrafrique, la crise a pris en quelques semaines un tour inquiétant.

Avec son nom de papillon, son mandat de l'ONU, une force multinationale africaine en première ligne, et une communication soigneusement préparée, l'intervention française en Centrafrique devait être un modèle du genre: sécurisation, désarmement des parties, transition politique. Trois semaines après le début de l'opération «Sangaris», rien ne s'est passé comme prévu: les troupes françaises sont au cœur d'une situation quasi inextricable qui menace à tout moment de dégénérer, dans une ville pleine d'armes et de haine, et leur présence cristallise la colère des uns et des autres.

Les ex-Séléka, les miliciens du Nord, les accusent de vouloir les laisser désarmés face à la vengeance populaire, eux et leurs coreligionnaires musulmans. La majorité non musulmane, qui attendait de la France qu'elle renverse le président Djotodia et chasse les ex-Séléka détestés, reproche à présent à la France de les maintenir en place. Pour tout compliquer, des contingents de la force panafricaine prennent parti pour un camp ou pour l'autre, allant jusqu'à échanger des coups de feu entre eux.

Dès sa conception, la mission «Sangaris» repose sur un volet politique fragile, basé sur des accords caducs signés avant un changement majeur: depuis mars 2013, les rebelles de la Séléka sont devenus les maîtres de Bangui et Michel Djotodia président d'un régime détesté par la majorité de la population. La véritable mission est donc de désarmer ces conquérants, et de les faire abandonner poliment le pouvoir qu'ils ont conquis. Très séduisante sur les rives de la Seine ou de l'Hudson, l'idée est un peu moins convaincante sur celles de l'Oubangui.

Mille morts qui pèsent lourd

Ce plan n'a pas non plus tenu grand compte d'une réalité qui se transforme rapidement. La brutalité de la Séléka vis-à-vis de la population a vidé les campagnes, et suscité une jacquerie, celle des Anti-Balaka, qui sème à son tour la terreur chez les musulmans. Le conflit, politique à l'origine, se transforme à grande vitesse en guerre interconfessionnelle, beaucoup plus difficile à enrayer, comme on l'a vu en Irak ou ailleurs.

Le plan a aussi le tort de sous-estimer les adversaires potentiels. Les ex-Séléka sont des guérilleros sans instruction ni armes lourdes, mais ils sont déterminés, expérimentés, et conscients de se battre pour leur propre défense. Leurs ennemis Anti-Balaka sont pauvres et mal armés, mais néanmoins capables d'initiatives et de surprises. Notamment de prendre de vitesse la diplomatie internationale: le 5 décembre, jour du vote de l'ONU, l'attaque des Anti-Balaka sur Bangui modifie de fond en comble le contexte de l'intervention française. Si cette attaque échoue, elle déclenche une terrible répression de l'ex-Séléka dans les quartiers populaires de Bangui. À part quelques missions de protection de ressortissants, les troupes françaises n'interviennent pas: depuis Paris, les ordres sont d'attendre le mandat de New York.

Lorsque la résolution est adoptée le même soir, les rues de Bangui sont jonchées de cadavres et le cycle de la guerre confessionnelle est enclenché. Ce millier de morts pèsera lourd sur la suite des opérations. Au lieu de pouvoir utiliser Bangui comme base arrière et se déployer en province comme c'était prévu initialement, les soldats français vont devoir agir dans l'urgence dans la capitale, pour tenir à l'écart des communautés qui s'affrontent. Tout le processus politique est par terre. La population ulcérée exige le départ immédiat de Djotodia et des ex-Séléka, mais aussi de tous les musulmans. Les exactions des ex-Séléka ont creusé un fossé infranchissable. Eux et leurs familles, mais aussi la minorité musulmane, ne sont plus que des étrangers en sursis, entourés de la haine populaire.

Des risques de vengeances sanglantes

Malgré ces changements, le discours français continue de s'accrocher au plan initial. Organisée depuis Paris, la communication reste indifférente à la réalité du terrain: alors que les massacres se déroulent dans les ruelles, on compte sur l'effet psychologique des avions volant à basse altitude pour «sidérer» les adversaires. On accuse les médias, comme en Afghanistan et en Irak, de noircir la situation, voire de défaitisme, à la moindre image ou ligne déviant du scénario. On verrouille toutes les informations en provenance du terrain, laissant ainsi la place à toutes les rumeurs.

Pendant ce temps, l'ambassadeur de France à Bangui, personnage clef du dispositif, est remplacé au beau milieu de cette semaine folle, ainsi qu'un autre diplomate important. Hollande annonce que Djotodia doit partir, avant que Jean-Yves Le Drian et Laurent Fabius ne disent l'inverse. La mort de deux paras trois jours après le début des opérations fait encore changer de posture les forces françaises, renforçant la détermination des uns et des autres à pousser leur avantage. Et les visites officielles se succèdent, Hollande d'abord, Le Drian quelques jours plus tard, augmentant le fardeau opérationnel des unités débordées.

Les événements n'ont fait depuis que suivre cette pente. Anti-Balaka qui campent dans les faubourgs, ex-Séléka qui n'attendent que l'occasion d'en découdre, forces d'interposition tchadiennes et burundaises qui en viennent aux armes, populations rêvant de vengeances sanglantes, la crise centrafricaine a pris en quelques semaines un tour inquiétant. Elle peut receler encore des mauvaises surprises. Et ses conséquences, quelles qu'elles soient, seront désormais imputées à la France.

Source : http://www.lefigaro.fr/international/2013/12/25/01003-20131225ARTFIG00100-l-operation-sangaris-en-terrain-tres-mine.php

Voir également : Les conflits et crises civiles se multiplient en Afrique subsaharienne ! Dans quoi la France s'est-elle engagée depuis sa désastreuse aventure lybienne ?

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commentaires

Daniel Diakhaby 26/12/2013 13:07

Le but de cette opération semble être une diversion de politique extérieur (voyez comme le pouvoir assure son rôle) destinée à cacher la nullité de la politique intérieur. Le problème est que menée
dans la hâte et sans réelles mesures des conséquences, elle risque d'être non pas nulle mais dangereuse pour l'actuel pouvoir en France.

ERASME 26/12/2013 14:00



Si ce n'était que çà .... Ce pouvoir comme le précédent n'ont pas et n'ont pas eu la compétence nécessaire au redressement de la France ! Son échec ne génerait que ceux qui y sont attachés
pour des motifs qui n'ont aucun rapport avec l'intérêt de la nation !


Ce qui serait bien plus grave, c'est que celà mette en péril non seulement la vie des militaires engagés dans ce conflit régional larvé mais également celle de tous les européens et étrangers
vivants dans cette région !


Et que cet échec annoncé finisse par induire une crise internationale d'une bien plus grande ampleur enore !



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