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Publié par ERASME

 

Chronique du livre "La constitution de l'Europe" par Jürgen Habermas (Gallimard, 240 pages, 18,90 euros). Le philosophe n'épargne pas ses critiques à l'égard d'Angela Merkel. Mais il voit dans la crise une chance pour bâtir une Europe des peuples... 


Doit-on désespérer de l'Europe, cette construction fondamentalement inachevée ? En lisant Jürgen Habermas, celui que certains considèrent l'égal d'un Kant contemporain, il est encore possible d'avoir quelques espoirs. Non pas parce que l'euro est sauvé de la violence des marchés, mais parce qu'il existe - peut-être -une alternative  : l'approfondissement de la coopération européenne. Une question d'action commune, dit le philosophe allemand.

Car pour lui « ce ne sont pas seulement les "tricheries" des Grecs ou les "aspirations illusoires" des Espagnols qui sont en jeu ; il s'agit, au sein d'une zone monétaire, qui réunit des économies nationales hétérogènes, d'imaginer une politique économique qui compense les niveaux de développement ».

On ne peut qu'approuver ce propos écrit avant les tout derniers soubresauts politiques de la Grèce et ses difficultés à former un gouvernement. La pensée d'Habermas reste d'une actualité frappante. C'est le mérite de l'édition en France de son traité sur une constitution démocratique de l'Europe d'ouvrir une profonde réflexion sur le devenir de l'Union.

Une politique « à la hussarde »

Mais il y a aussi chez Jürgen Habermas une critique profonde de l'action de la chancelière allemande Angela Merkel qu'il soupçonne de défendre un pur « égoïsme national » face aux autres pays européens. « C'est à la hussarde qu'elle impose aux autres pays son propre modèle politique », dit-il. Et en reprenant les propos de l'ancien chancelier Helmut Schmidt, il affirme, dans la préface à l'édition française, qu'elle dilapide le capital de confiance que pendant un demi-siècle les gouvernements allemands étaient parvenus à constituer auprès de leurs voisins. Il voit même chez la chancelière une conception « ethnocentrique » de l'Europe. Peut-être un signe d'ailleurs d'une évolution importante depuis l'unification de l'Allemagne.

Habermas évoque ainsi une « redécouverte de l'Etat national allemand » avec cette inquiétude, tant le « paquet de mesures » de sauvetage de la Grèce a été mal ficelé, qu'on en impute la faute non plus à Bruxelles mais au « modèle politique allemand ».

Pourtant le penseur ne désespère pas. Car, à travers son petit traité, il voit se dessiner la chance - enfin -de bâtir une Europe des peuples. C'est avec un soin méticuleux qu'il articule les différentes institutions européennes, évoquant une « transnationalisation » de la souveraineté et un non-abandon de celle-ci.

 

Source : http://lecercle.lesechos.fr/cercle/livres/critiques/221147425/constitution-leurope-juergen-habermas

 

Voir également dans ce même esprit :

 * "Le joli mot de "gouvernance" n'est qu'un euphémisme pour désigner une forme dure de domination politique" par Jürgen Habermas (Le Monde)

 * Plus que jamais, l’Europe, par Jürgen Habermas (Le Temps)

 * Le sort de l'Europe, par Jürgen Habermas (Revue ESPRIT - Juillet 2010) - réédition -

 * La démocratie directe n'est pas à craindre, par Ulrich Beck

 * Créons une Europe des citoyens ! par Ulrich Beck (Le Monde) - nouvelle édition -

 * L’Union européenne à l’écoute des citoyens : les outils d’analyse des opinions publiques, par Salvatore Signorelli (Notre Europe)     

 * Du socle idéologique minimal d’une Union politique européenne en construction (extraits de « L’Union européenne dans le temps long » de Jean-Louis Quermonne ) ! - Première partie -

 * Du socle idéologique minimal d’une Union politique européenne en construction (extraits de « L’Union européenne dans le temps long » de Jean-Louis Quermonne ) ! – seconde partie –



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