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Publié par De La Boisserie

Tout semble pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles lorsque l'on analyse les principes, valeurs et intérêts qui semblent en jeu au sein de action extérieure de l'Union européenne (cf. Objectifs politiques, principes, valeurs et intérêts en jeu au sein de l'Union européenne dans la double perspective politique et stratégique, par André Dumoulin ) !

Lorsque l'on y regarde de plus près, la politique étrangère et de sécurité de l'Union européenne a de quoi inquiéter les citoyens européens !

Qu'il s'agisse du très complexe dossier du conflit israélo-palestinien, du dossier nucléaire iranien, des relations partenariales avec la Russie ou de la Chine, de l'Afghanistan, de l'Irak et du Pakistan, ou de bien d'autres dossiers encore, que constate-t-on quant à la position de l'Union européenne et aux déclarations de son Haut Représentant ? 

1 - aucune position explicite n'a jamais été formalisée, et encore moins débattue dans les instances démocratiques appropriées sur le dossier israélo-palestinien qui ne se contente uniquement, explicitement et sans réserve, de reprendre celle du quartette dont l'Union européenne n'est qu'un des 4 membres, malgré l'inefficacité chronique de cette instance dont Tony Blair assure la représentation permanente au Proche-Orient avec la crédibilité et le succès que l'on sait ;

2 - s'agissant du dossier nucléaire iranien, les différents avatars de la position de l'UE sont soigneusement alignés y compris en terme de calendrier sur ceux de l'administration américaine, sans réserve non plus, .. Pour autant, il semble que la stratégie retenue qui privilégie un règlement pacifique du différend soit en mesure de produire les effets attendus (cf. à cet égard Penser la stratégie signifie aujourd'hui penser et agir de manière à la fois globale et systémique ) ;

3 - après avoir fait accroire que l'Union était prête à sceller un partenariat stratégique avec la Russie porteur d'une sécurité européenne repensée sur des bases mieux conformes à la globalisation des risques et à la multipolarisation qui caractérisent l'ère moderne des relations internationales, l'Union européenne s'est peu à peu éloignée de cette perspective au gré des vélléités américaines et otaniennes,

4 - s'agissant de la Syrie, l'Union européenne n'est pas parvenue à infléchir les positions suivistes et aventureuses de la France et du Royaume-Uni alors même que se multipliaient les alertes à l'égard des risques que comporteraient un soutien quasi inconditionnel à des factions armées rebelles aux visées incompatibles,

5 - s'agissant des contrôles des exportations à des fins de sécurité (cf. Contrôles des exportations à des fins de sécurité I - Biens et technologies à double usage ; Contrôles des exportations à des fins de sécurité II - Équipements militaires ainsi que L’exportation d’armes soumise à une clause 'droits de l’homme' ), l'Union européenne produit des textes qui ne sont pas suffisamment contraignants pour contraindre les Etats membres à s'y soumettre !

...

Alors que les Etats européens n'ont pas d'autre alternative que de poursuivre la construction européenne en faisant de l'UE un véritable acteur politique "global' (cf. Les Etats européens n'ont pas d'autre alternative que de poursuivre la construction européenne en faisant rapidement de l'UE un véritable acteur politique "global" (1) - nouvelle édition - ainsi que Les Etats européens n'ont pas d'autre alternative que de poursuivre la construction européenne en faisant rapidement de l'UE un véritable acteur politique "global" (2) - nouvelle édition - ), tout se passe comme si ce que l'on ose appeler "la diplomatie européenne" agissait sur injonction implicite ou explicite de deux capitales : Washington et Londres, avec la bénédiction de deux autres, Paris et Berlin, en étroite collaboration avec l'Alliance atlantique, sans qu'aucun débat politique n'ait jamais été engagé au niveau européen autour d'une telle orientation stratégique dont quiconque s'intéresse aux questions stratégiques et de sécurité sent bien qu'elle est fortement préjudiciable autant à la sécurité internationale qu'à la stabilité stratégique qu'aux intérêts stratégiques de l'Union lorsque ceux-ci différent de ceux des Etats-Unis autant qu'au développement de partenariats stratégiques équilibrés de l'Union avec les principaux acteurs internationaux !

Cet alignement est d'autant plus préjudiciable aux intérêts européens qu'il procède d'un rétrécissement stratégique sans précédent de l'Union, lequel procède d'un déficit d'ambition politique et stratégique comme le soulignent cruellement à la fois ce que l'on pourrait baptiser les 7 péchés capitaux de la PESC :

 1 -  la faiblesse stratégique des objectifs inscrits dans la "stratégie européenne de sécurité" qui traduit à la fois la faiblesse actuelle de la dynamique de l'Union relative à la sécurité (cf. Les limites actuelles de la dynamique de l'Union européenne relative à la Sécurité (1) - nouvelle édition - ainsi que Les limites actuelles de la dynamique de l'Union européenne relative à la Sécurité (2) - nouvelle édition -), une conception de la sécurité qui est sans commune mesure avec les véritables défis globaux de toute nature qui pèsent autant sur la stabilité que sur la sécurité, tant au niveau international qu'au niveau régional (cf. à cet égard Global Risks Report 2012 ainsi que Réviser en profondeur la stratégie européenne de sécurité ! De la nécessité et de l'urgence (1) et  Réviser en profondeur la stratégie européenne de sécurité ! De la nécessité et de l'urgence (2)), en même temps que le recours à la course aux instruments qui tiennent lieu de politique à défaut d'autre chose ainsi que l'incapacité et/ou le manque de volonté politique de penser l'intérêt européen en des termes stratégiques  ou de puissance (cf. PENSER L'INTERET EUROPEEN : Du compromis entre intérêts nationaux à l’intérêt général européen ou encore Quelle Europe dans quel monde ? par Pierre Vimont (Le Monde) ),  

 2 - un alignement doctrinal sur les Etats-Unis qui trouve sa justification dans le nouvel agenda transatlantique (cf. New Transatlantic Agenda ) ; un alignement que traduisent à la fois l'apparition récente dans les principaux Etats de l'Union de la notion de "sécurité nationale", le recours corrélatif à une approche globale de la sécurité, la prééminence d'une volonté d'en appeler à l'Otan sur toute autre forme de réponse 'collective' en matière de défense et 'coopérative' en matière de sécurité (cf. en particulier à cet égard Bâtir une défense commune pour assurer l’autonomie politique et stratégique de l’Union européenne ! Du constat d’absence d’un tel projet politique dans l’agenda européen !Union politique : la commission des affaires constitutionnelles du Parlement européen développe une vision qui mérite d'en débattre démocratiquement !José-Manuel Barroso plaide pour des liens renforcés entre l’UE et l’OTAN ainsi que Eléments d'une analyse critique du document préparatoire à l’actualisation du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale) en vertu d'une stratégie d'intégration euroatlantique inscrite explicitement dans les documents stratégiques des USA (cf. à cet égard, notamment Sustaining U.S. Global Leadership: Priorities for 21st Century Defense (DoD - January 2012) ), la volonté d'intégration du marché transatlantique à laquelle oeuvre le Conseil économique transatlantique (cf. Le Conseil économique transatlantique ) ainsi que le choix délibéré de faire de l'Union non pas un acteur diplomatique global comme le rpévoit le traité (cf. De la représentation de l'UE dans les organisations internationales) mais un simple médiateur international au service d'un ordre international orchestré peu ou prou par Washington, comme si l'Union, renonçant à la puissance (cf. notamment L'Union européenne est-elle encore une puissance normative crédible ?), sacrifiait délibérément sa propre affirmation politique et stratégique à cette double réalité selon laquelle, d'une part, la puissance globale américaine resterait opérante encore longtemps (cf. à cet égard Sustaining U.S. Global Leadership: Priorities for 21st Century Defense (DoD - January 2012) ainsi que Les Américains revoient leur stratégie. Pacifique toute…), et, d'autre part, la sanction internationale étant davantage associée à la puissance qu'au consensus (cf. à cet égard Bertrand Badie : "La sanction internationale est plus associée à la puissance qu'au consensus" (Le Monde)), il était préférable qu'elle adopte une posture intermédiaire dans le but, certes louable, de diminuer les « risques de déclenchement ou de résurgence des conflits » dans un contexte de globalisation stratégique qui tend à minimiser l'importance des stratégies de puissance non coopératives et des instruments de coercition militaire (mais est-ce vraiment un pêché capital ? ne serait-ce pas davantage de la lucidité !) (*),

 3 - l'abandon pur et simple de l'ambition inscrite expressément dans le Traité de Lisbonne d'instaurer une coopération structurée permanente dans le domaine de la défense ainsi qu'une politique européenne des capacités et de l'armement ; abandon qui vient en résonance avec le fait que le respect des trois critères qui, du point de vue des Etats-Unis, doivent conditionner la validité de la démarche européenne sur le registre de la Sécurité – y inclus la PSDC - (non duplication, non discrimination, non decoupling), et plus encore ceux qui s’y sont substitués en 1999 après la révision du concept stratégique de l’Organisation (improvement, inclusiveness, indivisibility), participe à entamer les marges d’initiative des Européens sur le registre d’une Sécurité commune appréhendée dans son interprétation la plus extensive,

 4 - l'affaiblissement du niveau des investissements dans la défense de ses principaux Etats membres, l'immobilisme des instances nationales et européennes concernées face à cette dégradation des systèmes de défense (cf. Tout le monde réarme, sauf les Européens, par Alain Frachon (Le Monde)Les institutions européennes comme les capitales nationales restent étonnamment sourdes aux nombreux appels en faveur d'une relance des investissements européens en matière de défense ainsi que  Politique européenne des capacités et de l'armement : l'heure du passage à l'acte est venu ! Et pourtant ..) en même temps que l'isolement - pour ne pas dire la neutralisation - de l'Agence européenne de défense et la faiblesse des ressources qui lui sont allouées par les capitales européennes,

 6 - une ouverture désormais systématique, et sans réciprocité aucune, de ses instruments d'intervention extérieure à des partenaires tiers comme l'illustre notamment la coopération avec les Etats-Unis pour les opérations de gestion de crise (cf. Union européenne : Coopération avec les États-Unis pour les opérations de gestion des crises)

 7 - un élargissement sans fin prévisible de l'Union qui met en péril le projet politique lui-même (La fatigue du processus d'élargissement de l'UE met le projet politique européen en péril ! )

sans oublier, "just for the fun", le profil des personnalités, des fonctionnaires et des agents sélectionnés pour exercer des responsabilités diplomatiques au sein du Service européen d'action extérieure. 

Décidément, l'Union européenne n'en finit pas de décevoir ses promoteurs les plus enthousiastes, ses acteurs les plus zélés et ses partenaires les plus ouverts tant ses propres institutions semblent inscrire leur action au service d'une prophétie autoréalistrice d'Union transatlantique (cf. Les institutions européennes se seraient-elles mises au service d'une prophétie autoréalisatrice d'Union transatlantique ? (nouvelle édition))  

L'heure est plus que jamais à la refondation de cette Union qui, non seulement ne parvient pas à apporter les réponses européennes efficaces qu'ils en attendent, mais a totalement échappé aux aspirations et à la volonté de ses citoyens aini qu'à leur contrôle démocratique !

Donnons malgré tout crédit au Service européen pour l'Action extérieure - SEAE - qui, conscient de ses lacunes, vient de définir un plan d'action pour opérer des changements de fond et de forme quant à son fonctionnement (cf. Un an de SEAE, le rapport de la Haute représentante). 

Les citoyens européens jugeront sur pièces le moment venu si le projet d'Union politique n'est pas tout simplement un leurre destiné à détourner le regard des citoyens d'un projet d'une toute autre nature !     

(*) “According to analysts, the security strategy documents released over the past five years by the United States, the EU, and NATO, as well as by France, Germany, and the United Kingdom, demonstrate a convergence of perceptions about the international security environment. This trend in the direction of a shared security strategy may present opportunities to recast the dynamics of the U.S.-EU-NATO relationship in ways that enable the Euro-Atlantic partners to better meet the challenges they face. In other words, by bridging the remaining gaps between the institutions’ respective worldviews, a shared security strategy might help  accelerate the development of complementary military and civilian capabilities that address the evolving set of interrelated external and domestic security threats faced by all EU and NATO member countries. [1] 


[1] Voir Simon Serfaty and Sven Biscop, A Shared Security Strategy for a Euro-Atlantic Partnership of Equals, Center for Strategic & International Studies, July 2009. Repris par the Congressional Research Service dans http://fpc.state.gov/documents/organization/171387.pdf

 

Voir également :

 * Les Français demandent que l'Europe les protège ! Mais que veulent-ils vraiment qu'elle protège ? - nouvelle édition -

 * Redonnons force et espoir aux Européens en construisant une Europe qui les protège ! - sixième partie -

 * Relancer sans délai le projet d’Union politique autonome pour éviter le rétrécissement stratégique de l'Europe 

 * La stratégie de sécurité de l’UE : bonne à la poubelle ?

 * Que doit-on entendre par 'approche globale' de la sécurité en Europe ? - nouvelle édition -  

 * Réviser en profondeur la stratégie européenne de sécurité ! De la nécessité et de l'urgence (1)

 * Réviser en profondeur la stratégie européenne de sécurité ! De la nécessité et de l'urgence (2)

 * Penser la stratégie signifie aujourd'hui penser et agir de manière à la fois globale et systémique  

 * Europe politique : un espoir est-il raisonnable ? par Alain Richard (Revue Politique étrangère)

 * Vouloir bâtir une Europe politique comporte des exigences irréductibles ! (nouvelle édition)

 * Où en est l'Union européenne face aux défis globaux ? - première partie - 

 *  en est l'Union européenne face aux défis globaux ? - deuxième partie -

 * Où en est l'Union européenne face aux défis globaux ? - troisième partie -

 * Où en est l'Union européenne face aux défis globaux ? - quatrième partie -

 * Où en est l'Union européenne face aux défis globaux ? - cinquième partie - 

 * Où en est l'Union européenne face aux défis globaux ? - sixième partie - 

 * Où en est l'Union européenne face aux défis globaux ? - septième partie -

 * Positions officielles du Général Charles de Gaulle sur l'Alliance atlantique, l'OTAN et la place de la France dans ces entités

 * 'De Gaulle & Jean Monnet face à l'Europe' de Aloys Rigaut 

 * Le 22 janvier 1963, le président français Charles de Gaulle et le chancelier allemand Konrad Adenauer signèrent le traité de l’Élysée 

 * Le Royaume-Uni bloque l’UE à l’ONU

 * Les Etats-Unis plaident pour le maintien de la Grande-Bretagne dans l'UE

 * Dépassons l'approche purement instrumentale pour traiter en Européens les questions de stabilité et de sécurité - nouvelle édition - (nouvelle édition)  

 * Les matières premières mettent l’Europe et ses entreprises au pied du mur des monnaies, par Patrice Hernu - nouvelle édition -

 * Influence européenne : la nécessité d'un changement de paradigme, par Elvire Fabry (Notre Europe – Institut Jacques Delors)  

 

 

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