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Publié par De La Boisserie

La montée en puissance de la Chine devenue en trente ans la troisième puissance économique mondiale et la fin d'un monde unipolaire dominé depuis la chute du mur de Berlin par les Etats-Unis sont sans conteste les phénomènes les plus marquants dans les relations internationales de ce début de XXIesiècle.

Cette montée en puissance suscite de plus en plus d'interrogations sur la redistribution des cartes géostratégiques dans la région Asie-Pacifique et dans le monde. Largement parce qu'elle s'est accompagnée d'une transformation en profondeur de l'Armée populaire de Libération. L'APL est passée d'une armée de masse conçue pour des guerres d'usure de longue durée sur le territoire national à une institution capable de mener, et de gagner, des combats de courte période et à forte intensité dans sa périphérie contre des adversaires high tech. Ce qui, selon le rapport annuel 2009 du département américain de la Défense, laisse planer une incertitude sur les intentions chinoises.

Certes, la Chine ne cesse de proclamer que la modernisation de son armée est purement défensive et ne vise qu'à protéger ses intérêts et sa sécurité. Certes, les tensions dans le détroit de Taiwan ont même très fortement diminué au cours des derniers mois. Certes, l'armée chinoise participe à des opérations multilatérales de maintien de la paix, sous chapeau des Nations unies, comme au Liban ou encore en Haïti, voire même au Soudan.

Mais cela ne signifie pas que tout risque a disparu, alors que la balance des forces militaires a changé en faveur de la Chine continentale face à l'île de Taiwan. De plus, la montée en puissance de la Chine s'accompagne aussi dans la région de celle de l'Inde.

Ce qui peut raviver d'anciennes tensions. « L'histoire montre que l'émergence d'une nouvelle grande puissance est généralement accompagnée, à un moment ou à un autre, par une stratégie d'éviction du ou des concurrents dans son environnement régional immédiat, avec le risque de réactions brutales de la part de ses concurrents », souligne Bruno Tertrais, maître de recherche de la Fondation pour la recherche stratégique dans une note récente. En outre, l'insuffisante transparence, notamment en matière de doctrine et de capacités militaires, risque de créer une mauvaise perception des intentions de la Chine, comme le soulignent nombre d'experts occidentaux.

*Lors d'un séminaire à Paris de la Délégation aux affaires stratégiques (DAS) du ministère de la Défense consacré à la Chine*, Michael Swaine du Carnegie Endowment for Peace n'excluait pas le risque de « conflits diplomatiques, voire militaires »

Militairement, il est vrai, l'effort est énorme, même si les dépenses militaires de la Chine restent en pourcentage du PIB largement inférieures à celles des Etats-Unis. Mais d'après des estimations américaines, de 1996 à 2008, le budget militaire de la République populaire chinoise a cru de 12,9 % par an, soit à un rythme supérieur à celui de la croissance économique. Selon le Pentagone, les dépenses militaires chinoises en 2008 se situent entre 105 et 150 milliards de dollars.

Le renforcement des capacités militaires a porté sur plusieurs domaines. Le premier est l'accroissement d'environ 25 %, de son arsenal nucléaire, qui reste très loin néanmoins de celui des Etats-Unis et de la Russie (qui représentent ensemble environ 96 % du total mondial de 23.360 armes nucléaires). La Chine détiendrait aujourd'hui quelque 240 armes, d'après le « Bulletin of Atomic Scientists », ce qui la classerait dans la catégorie des puissances nucléaires comme la France et la Grande-Bretagne. Mais surtout, nombre d'experts s'interrogent sur la doctrine même. Les Chinois ne cessent de répéter qu'ils restent attachés au principe de ne pas utiliser en premier l'arme nucléaire, mais un expert comme Michael Swaine s'interroge pour savoir si Pékin ne serait pas tenté de réduire le « seuil » d'utilisation, notamment face à une menace conventionnelle.

L'autre aspect est le développement d'une capacité maritime extrêmement importante qui permet à la Chine de s'affirmer comme la troisième puissance maritime au monde, devant le Japon. Parallèlement, comme le soulignait lors du séminaire de la DAS Roy Kamphausen du National Bureau of Asian Research, la Chine a lancé un programme spatial qui vise notamment, selon l'expert, à limiter l'avantage des Etats-Unis dans ce domaine. Et même si Pékin n'a pas fait toute la clarté sur ses intentions, ce programme comprend des applications militaires.

Reste que les incertitudes ne peuvent faire oublier un certain nombre de données fondamentales. D'une part, il existe entre la Chine et les Etats-Unis, selon les mots de Mathieu Duchatel de l'Asia Centre, « une double dissuasion », nucléaire et financière.

D'autre part, la Chine est militairement encore très loin des Etats-Unis en matière militaire. Enfin, la Chine n'a pas intérêt à une remise en cause de l'ordre mondial actuel qui finalement depuis Deng Xiaoping lui a permis son formidable développement. Et Pékin n'a pas montré un quelconque désir expansionniste dans le monde au-delà de son souci d'assurer la sécurité de ses approvisionnements énergétiques en provenance d'Afrique ou du Moyen-Orient. Mais cela ne signifie pas que toute menace a disparu. Les lignes rouges sont en tout cas connues : Taiwan et le Tibet.

Jacques HUBERT-RODIER est éditorialiste aux « ECHOS ».

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