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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 10:23

Eu égard à l'importance de ce rapport, Regards-citoyens.com met à la disposition de ses lecteurs la susbtance essentielle du document réalisé par le groupe d'éminentes personnalités qui se sont instituées sour l'appellation 'Initiative du Palas-Royal' pour réfléchir  à la réforme du système monétaire international, et proposer une approche coopérative pour le vingt-et-unième siècle.

I. LA NECESSITE D’UNE REFORME

1. La crise mondiale. La crise qui a submergé l’économie mondiale en 2008 a pris par surprise la plupart des experts et des responsables politiques. Elle mettait en lumière un certain nombre de vulnérabilités passées jusque-là inaperçues. Bien que ces vulnérabilités aient été principalement situées dans les secteurs financiers des principales économies avancées, les difficultés se sont rapidement étendues à l’ensemble du système monétaire et financier international et ont donné lieu à l’interruption soudaine voire à l’inversion des flux de capitaux, d’où une pénurie de liquidité ; les investisseurs se sont, en effet, hâtés de réduire leur exposition au risque et à limiter leurs financements financés par emprunts. La crise a mis en évidence davantage encore les liens étroits entre les économies et les marchés financiers du monde : un choc subi par un grand pays se propage rapidement à l'ensemble du système.

2. La réponse. La réponse à la crise a mis en lumière l’effet bénéfique d’une coordination mondiale des politiques de relance budgétaire et monétaire ; l’injection massive de liquidités a évité un effondrement encore plus spectaculaire de l’activité économique dans le monde. Cela a permis une certaine réduction des déséquilibres mondiaux. Dans la sphère financière, une série de réformes ont été adoptées et sont mises en oeuvre ; d’autres sont en cours d’examen. Ces évolutions justifient un certain optimisme.

3. Des dangers persistent. Le secteur financier, toutefois, présente toujours d’importantes vulnérabilités liées, entre autres, au rôle du « système bancaire de l’ombre » (shadow banking system) en rapide développement. En outre, il n’a pas été remédié pour l’instant aux faiblesses structurelles présentes de longue date dans les dispositifs monétaires internationaux. Ces faiblesses mettent en cause la capacité du système monétaire international à remplir durablement son objectif fondamental, qui est de « fournir un cadre facilitant les échanges de biens, de services et de capitaux entre nations et favorisant une croissance économique saine » (article IV des statuts du Fonds monétaire international). Parmi ces faiblesses, citons notamment :

Un processus d’ajustement mondial inefficace

· Le système manque d’une discipline efficace et les pays peuvent accumuler d’importants déséquilibres de leurs comptes courants pendant des périodes prolongées sans subir de réelles pressions pour leur ajustement.

· L’« examen par les pairs » des politiques des États membres dans le cadre du FMI -sa surveillance- s’est souvent révélé inefficace lorsqu’il s’est agi d’amener des pays en déséquilibres interne et externe à ajuster leur politique ; il en a été notamment ainsi en l’absence de besoin d’emprunter auprès du Fonds, reflétant entre autres l’insuffisante rigueur des procédures du FMI.

· Cette situation comporte trois risques majeurs : (a) la réapparition de déséquilibres prolongés et, finalement, insoutenables des comptes courants, pouvant conduire à de graves désordres, (b) des tensions inflationnistes mondiales si de trop nombreux pays mènent des politiques budgétaires et monétaires trop expansionnistes ou, à l’inverse, (c) un effet de resserrement sur l’économie mondiale si de trop nombreux pays tentent simultanément de dégager des excédents de leur compte de transactions courantes.

Des excès financiers et des flux de capitaux déstabilisants

· Dans la période qui a précédé la crise, une expansion mondiale insoutenable a été favorisée par une croissance rapide du crédit à l’échelle mondiale. Des taux d’intérêt exceptionnellement bas, accompagnés d’une accumulation massive d’avoirs de réserve officiels sur cette période, ont suscité une poursuite effrénée de rendements. Dans le cadre d’une surveillance inadéquate d’un système financier en rapide développement, les primes de risque ont atteint des niveaux irréalistes et des « bulles » ont affecté les prix d’actifs. Ces vulnérabilités croissantes ont échappé à tout contrôle, pour partie en raison de l’absence de définitions et d’instruments de mesure communément admis de la liquidité mondiale.

· Les importantes fluctuations des flux de capitaux observées récemment, reflétant en partie l’essor incontrôlé de la liquidité mondiale, sont de nature à compromettre l’aptitude des pays à préserver leur stabilité macroéconomique et financière.

· La capacité des différents pays ou des institutions internationales à faire face à une future crise systémique de liquidité n’est pas garantie. Il n’existe pas de prêteur en dernier ressort au plan mondial pour faire face aux variations brutales de la liquidité internationale, contrairement à ce qui existe au niveau national. Au plus profond de la crise récente, des mesures de coopération efficaces ont été adoptées. Elles ont pris la forme de swaps et de lignes de crédit octroyées par un certain nombre de banques centrales à leurs partenaires, y compris sur certains marchés émergents. Un triplement des ressources du FMI est intervenu ainsi qu’un réaménagement de ses facilités de prêt pour offrir à grande échelle un soutien de précaution et des liquidités ; enfin, une allocation de droits de tirage spéciaux (DTS) a été décidée pour un montant de 250 milliards de dollars. Toutes ces mesures, cependant, demeuraient ponctuelles.

Des variations excessives des taux de change et des écarts par rapport aux fondamentaux

· Depuis l’avènement du flottement généralisé en 1973, les taux de change des principales monnaies du système ont largement fluctué, reflétant le jeu de forces spéculatives puissantes et changeantes, souvent sans lien avec les fondamentaux. Les taux de change n’ont pas toujours évolué dans un sens favorable à la résorption des déséquilibres. Ces écarts par rapport aux fondamentaux peuvent découler de politiques budgétaires, monétaires et de change inappropriées, ou du comportement des marchés. Les économies ouvertes de petite taille, en particulier, ont été confrontées à des difficultés. Des fluctuations fortes et durables des monnaies peuvent ainsi entraîner des distorsions sévères dans l’ensemble du système et affecter l’allocation des ressources.

Une expansion excessive des réserves internationales

Ni l’offre ni la demande d’avoirs de réserves ne relèvent de décisions collectives. Il en résulte plusieurs conséquences :

· Un certain nombre d’économies émergentes et -à un moindre degré- d’économies avancées, ont accumulé un volume sans précédent de réserves internationales, soit comme un objectif en soi (par exemple, pour se prémunir contre des incertitudes futures), soit en vertu d’autres politiques intérieures ou extérieures (pour limiter, par exemple, l’appréciation de leur taux de change). Les exportations nettes de capitaux des économies émergentes vers les économies avancées qui en découlent semblent en contradiction avec les priorités à long terme de leur développement économique.

· L’accès facile au financement a contribué aux déséquilibres financiers en permettant de retarder les ajustements nécessaires, y compris des politiques nationales, en matière budgétaire par exemple.

· Les avoirs de réserves sont restés concentrés sur un petit nombre de monnaies, principalement le dollar des États-Unis. Une certaine diversification des avoirs de réserve se manifeste actuellement. La question se trouve posée du besoin d’un moyen multilatéral pouvant faciliter cette diversification et éviter que les anticipations relatives aux décisions des détenteurs de réserves officielles ne suscitent des arbitrages déstabilisateurs de la part des investisseurs privés.

Il est important de traiter cette question de façon appropriée.

4. L’absence d’une gouvernance mondiale effective. Il n’existe aucune structure de gouvernance globale à l’échelle mondiale qui garantisse la cohérence entre elles des décisions majeures de politique économique et financière prises au niveau national, y compris en matière de change, et qui puisse contribuer ainsi à la stabilité mondiale. Pourtant, dans un monde aussi étroitement interconnecté, les résultats de chaque pays dépendent très largement des évolutions et des décisions prises ailleurs. Dans un tel environnement, la nécessité s’impose de règles et de procédures contribuant donc à garantir cette cohérence globale. Le FMI était censé offrir ce cadre de cohérence, mais trois raisons ont contribué à réduire son efficacité :

· Pendant trop longtemps, on a largement admis qu’il serait suffisant -pour garantir la stabilité mondiale- que chaque pays gère convenablement ses propres affaires et évite de manipuler son taux de change. Cette conception d’une fonction auto-équilibrante des marchés et des économies s’est révélée trop optimiste.

· Il n’existe pas de cadre d’analyse largement accepté pour mesurer les effets des politiques menées dans les grands pays sur les autres économies et sur le système financier dans son ensemble.

· Le FMI, au centre du système, a souffert d’un « déficit de légitimité », lié à la fois à la sousreprésentation de certaines économies émergentes et de certaines pays en développement, et à l’inefficacité du processus d’« examen par les pairs » pour influencer les politiques de ses principaux pays membres.

L’échec du Fonds à adapter à temps sa structure de gouvernance a compromis sa capacité à jouer le rôle qui lui était dévolu de mécanisme institutionnel de promotion de la coopération monétaire internationale (Article I). Le G20, qui s’est imposé de facto comme la principale instance de coopération économique et financière, a contribué à combler cette lacune. Au-delà de ses succès face à la récente crise, le G20 pourrait voir son efficacité et sa légitimité renforcées s’il était en mesure, de quelque manière, de s’exprimer au nom de l’ensemble des pays constituant l’économie mondiale.

5. L’urgence. La plupart des problèmes évoqués ci-dessus ne sont pas nouveaux, mais tout retard à y porter remède constitue autant d’obstacles empêchant de recueillir tous les effets bénéfiques de la mondialisation. Aussi longtemps que les problèmes du système monétaire international ne seront pas traités, l’économie mondiale en voie d’intégration croissante sera de plus

en plus vulnérable. Des réformes au coup par coup sont donc de plus en plus inadéquates. Pour être pleinement significative, une réforme globale passe nécessairement par la mise en oeuvre de mesures à court terme s’inscrivant dans une vision à plus long terme.

La suite de ce rapport présente les grands axes de réforme susceptibles de permettre la réalisation de ces objectifs. À la demande du Président du G20, un rapport plus détaillé fournira des propositions plus précises sur ces questions.

.../...

Pour la suite de ce rapport, voir : 'La réforme du système monétaire international : une approche coopérative pour le vingt-et-unième siècle' (Initiative du Palais-Royal) - seconde partie -

Voir également : Comment fonctionne le Fonds monétaire international (FMI) ?  

 

 

 

 

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