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Publié par ERASME

La gestion de la politique commerciale de l'UE se transforme sous nos yeux. Les effets sont déjà sensibles dans les relations avec les pays tiers, même s'ils ne sont pas spectaculaires pour l'opinion publique. De temps en temps, l'un ou l'autre élément de cette évolution retient l'attention des moyens d'information ; mais ce sont des cas isolés, comme par exemple la réaction européenne à la nationalisation, en Argentine, d'une  entreprise pétrolière espagnole. En réalité, et c'est çà l'important, nous ne sommes pas face à des cas isolés, mais à une révision significative de l'attitude européenne dans les échanges commerciaux avec les pays tiers, conduite sous l'impulsion du Commissaire européen Karel De Gucht. Les relations commerciales de l'UE avec le monde extérieur sont et (surtout) seront progressivement modifiées, dans un sens largement positif. Le premier élément essentiel réside dans un concept trop souvent négligé ou pas toujours respecté : l'exigence de la réciprocité réelle.

Certes, ce qui arrive n'est pas à première vue aussi spectaculaire que les vicissitudes monétaires et financières. La mise à jour du comportement européen dans le domaine commercial ne comporte ni la révision de réglementations internationales, ni une transformation structurelle du domaine considéré. L'objectif est plutôt de corriger les anomalies, en considérant la politique commerciale comme un ensemble et en tenant compte, entre autres, du lien entre les échanges de marchandises, de l'accès aux marchés publics et de la réglementation des investissements. Les deux principes poursuivis sont : réciprocité réelle des pays tiers et fin des abus et irrégularités.

Cette action est d'autant plus nécessaire que les comportements nuisibles à l'Europe ne diminuent pas ; ils ont plutôt tendance à augmenter. Le nouveau rapport de la Commission européenne sur " les mesures de restriction des échanges adoptées par les pays tiers " indiquent que ces mesures continuent à augmenter. L'analyse, qui couvre les 31 pricnipaux partenaires commerciaux de l'UE, constate qu'entre septembre 2011 et avril 2012, 123 nouvelles restrictions ont été introduites et que pas plus de 13 anciennes ont été supprimées. Depuis octobre 2008, 89 restrictions ont été éliminées, sur un total répertorié de 534. Pour la Commission, ces statistiques (qui concernent une partie seulement des pays avec qui l'UE entretient des échanges commerciaux) indiquent une forte montée du protectionnisme dans le monde, les pays dits émergents (Amérique latine) et la Russie étant particulièrement cités (cf. à cet égard Forte montée du protectionnisme au sein du G20: l’Union européenne tire la sonnette d’alarme).

Ce n'est pas aujourd'hui que l'UE découvre les anomalies et l'exigence de les corriger : c'est un objectif que M. de Gucht poursuit depuis des années et les Etats membres sont en principe d'accord (cf. L’UE invite ses partenaires commerciaux à respecter leurs engagements et à lever les barrières protectionnistes). Le 21décembre 2010, le Conseil avait adopté des Conclusions sur la politique commerciale qui indiquaient déjà les objectifs : liberté des échanges, mais impliquant la réciprocité dans tous les domaines annexes au commerce (marchés publics ; droits de propriété intellectuelle ; accès aux matières premières ; interconnexion entre les biens et les services ; obstacles réglementaires et non tarifaires ; équivalence des garanties en matière d'investissement). De son côté, le Parlement européen et plusieurs organisations étendent le principe de réciprocité à d'autres conditions, comme le respect du bien-être animal, le respect des exigences écologiques, le travail des enfants.

Conformément au maintien du cap voulu par le G20 (cf. Retour sur le G20 de Toronto : réaffirmant leur engagement en faveur du libre-échange, les économies du G20 estiment " avoir fait le bon choix " ), l'Union européenne reste naturellement attachée au libre-échange (cf. Le libre échange toujours au centre des priorités !) mais sa fidélité à ce principe se veut désormais " moins naïve ". M. De Gucht avait à l'époque lancé le slogan : " Fidélité au libre-échange, mais moins naïve ".

Un délai de deux ans et demi et des changements profonds dans la réalité européenne ont été nécessaires pour que ce slogan devienne impératif. Que ce soit dans le cadre de l'OMC, dans les négociations de l'UE avec des groupes de pays (procédure désormais rare) ou bilatérales, l'UE est plus attentive aux situations réelles de chaque partenaire. la " plus vaste zone de libre-échange du monde " entre l'UE et le Mercosur est devenue une figure rhétorique valable pour les discours et quelques voyages de parlementaires. L'idée d'un accord global UE/ASEAN est abandonnée depuis au moins deux ans. Les négociations avec la Corée du Sud représentent peut-être l'exemple des évolutions en cours. Le cas des Etats-Unis est lui particulier (cf. à cet égard les articles suivants : New Transatlantic Agenda ; Les prochaines étapes du partenariat transatlantique ainsi que Le Conseil économique transatlantique). Les pays communautaires doivent retrouver la voie des exportations hors UE. C'est un aspect essentiel de la relance économique de l'Europe.

 

NB : Cet article reprend les termes de l'éditorial que Ferdinando Riccardi a publié dans l'édition n° 10631 du Bulletin Quotidien Europe en date du 12 juin 2012.

 

Pour en savoir plus sur la politique commerciale de l'UE : Zoom sur la nouvelle politique commerciale de l'Union européenne

 

Voir également sur ce blog :

 * The European Union and multilateral global governance, by José Manuel Barroso, President of the European Commission (Conference at the European University Institute - Florence, 18 June 2010)

 * Gouvernance multilatérale : José Manuel Barroso appelle à réformer de façon coordonnée pour remédier aux déséquilibres existants

 * La gouvernance mondiale est-elle au service de l’intérêt général global ? par Joseph Stiglitz - nouvelle édition -

 * A la recherche d'une pensée et d'une action politiques à la hauteur des défis globaux ! (Nouvelle édition)

 * Retour sur images : Pour une gouvernance mondiale hybride : des principes pour l'action !  

 * Comment la politique peut-elle retrouver des marges de manoeuvre par rapport à la globalisation ? 

 * Pourquoi il est important de réviser la méthode de calcul du PIB et de la croissance - nouvelle édition -

Ainsi que :

 *  Redonnons force et espoir aux Européens en construisant une Europe qui les protège ! - sixième partie -

 * La Commission européenne propose quelques pistes pour renforcer l'arsenal de défense commerciale de l'UE

 * Penser la stratégie signifie aujourd'hui penser et agir de manière à la fois globale et systémique

 * Sustaining U.S. Global Leadership: Priorities for 21st Century Defense (DoD - January 2012)

 * Jusqu'à quel niveau d'intégration l'agenda transatlantique nous entraînera-t-il, sans aucun débat démocratique ?

 * L'Union européenne cède à toutes les exigences des Etats-Unis, même à celles qui sont contraires à ses principes les plus fondamentaux