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Publié par Nicolas Gros-Verheyde

Dans une conférence de presse qui n’avait rien d’improvisé, le premier ministre turc, Recep Erdogan (AKP), a donné, mardi (3 mai), plus qu’une inflexion à la politique turque vis-à-vis du régime de Mouammar Kadhafi.  (Télécharger le texte de la déclaration d’Erdogan )

 Le durcissement est net. « Kadhafi a choisi de faire couler le sang, au lieu de suivre nos conseils et d’éviter de faire couler le sang » explique-t-il. « La sortie de secours la plus convenable dans la situation actuelle, est de redonner à son propriétaire, ce qui lui appartient… La Libye n’est pas une propriété familiale… La paix et la justice ne peuvent être établies sur le sang, sur le sang fraternel…Nous souhaitons que Kadhafi s’éloigne de la Libye et se retire du pouvoir, pour son avenir et pour celui de son pays ». Cette prise de parole avait également suivi un acte diplomatique symbolique et le bombardement d’un navire humanitaire turc dans le port de Misrata. Il semble y avoir donc un tournant dans la position turque vis-à-vis du régime libyen qui la rapproche ainsi du point de vue américain et européen.

Suspension de la représentation à Tripoli

La Turquie a, en effet, décidé, dimanche soir (1er mai) de suspendre l’activité de son ambassade à Tripoli et de rapatrier ses diplomates en Tunisie. Décision prise « en raison du changement des conditions de sécurité ». Mais parallèlement à cela, le consulat turc à Benghazi reste ouvert. Précisons enfin, que la Turquie a très vite envoyé des navires ravitailler les rebelles de Misrata.

 

Un navire turc pris pour cible à Misrata

Le 1er mai, un navire turc – envoyé par l’ONG « IHH » qui n’est pas n’importe quelle ONG (*) – a essuyé quelques bombardements. Ainsi que le relate le blog turc, Turkishnavy, le navire a été la cible de plusieurs tirs de roquettes Grad, alors qu’il était en train de décharger du matériel. « Certaines ont éclatées à peine à 10 mètres du navire » raconte Serkan Oktem un des coordinateurs d’IHH, sur le site de l’organisation. « Nous avons juste le temps de quitter le port, très vite, en coupant les cordes qui étaient à quai ». Plusieurs des migrants qui attendaient ont été tués. « J’ai vu au moins deux morts » précise-t-il.

La feuille de route turque : une proposition en trois points

La Turquie se pose également en intermédiaire en proposant aux belligérants une « feuille de route » en trois points, feuille de route pas très éloignée proche de la position de l’UE et du Groupe de contact : 1. Cessez le feu immédiat et véritable, retrait des villes des éléments militaires affiliés au gouvernement, levée des sièges, rétablissement de l’électricité, du gaz et de l’eau dans toutes les villes et les régions. 2. Formation de zones humanitaires sécurisées qui permettraient une circulation sans entrave de l’aide humanitaire à tous, sans discrimination. 3.  Lancement urgent d’un processus de dialogue ouvert à tous sur le changement démocratique et de transformation qui prend en considération les intérêts légitimes de tout le peuple libyen.

 

(*) La Fondation pour les droits de l’homme, la liberté et les secours humanitaire (IHH) est aussi connue pour avoir affrété un des navires de la flottille pour la paix à Gaza l’année dernière, le MV Mavi Marmara, qui avait été l’objet d’un assaut sanglant par les forces israéliennes. Elle a d’ailleurs lancé un appel pour réitérer l’opération en juin. Elle a été placée sur la liste des organisations interdites, car soupçonnée d’être liée au Hamas, notamment par l’Allemagne et, très récemment, par les Pays-Bas.

 

Cet article a été préalablement publié sur mon blog : http://www.bruxelles2.eu/afrique/maghreb/la-turquie-durcit-le-ton-avec-le-regime-kadhafi.html

 

 

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