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Publié par Patrice Cardot

Le Fonds monétaire international (FMI) a exprimé hier, mercredi 18 avril, dans son rapport semestriel sur la "stabilité financière dans le monde", ses inquiétudes sur le prochain reflux du crédit en Europe.

D'après l'institution de Washington, les 58 plus grandes banques de l'Union européenne (UE) devraient réduire leur bilan d'environ 2000 milliards d'euros, du fait qu'elles sont sujettes à de nombreuses pressions.

Parmi celles-ci figurent le risque que pose la dette publique, la faible croissance économique ou encore le manque de confiance des investisseurs.

Les prévisions de croissance du FMI ne sont guère plus enthousiasmantes : un recul du produit intérieur brut (PIB) de la zone euro de 0,3% en 2012 et une croissance de 0,9% en 2013.

Les experts du Fonds préconisent de "renforcer encore le dispositif de gestion de la crise, poursuivre la restructuration des banques, et s'engager à mettre en œuvre un plan de route pour une union monétaire plus intégrée financièrement et budgétairement".

Pour cette institution financière, " La BCE dispose d’une certaine marge de manoeuvre pour encore abaisser son taux directeur, car l’inflation devrait tomber sensiblement au-dessous de son objectif d’une inflation «proche mais inférieure» à 2 % à moyen terme et les risques d’une deuxième vague d’effets des cours élevés du pétrole ou des hausses des impôts et des prix administratifs semblent faibles; selon les projections des PEM, l’inflation globale mesurée par l’indice des prix à la consommation tomberait à environ 1½ % d’ici 2013, soit en deçà de l’objectif de la BCE (*). Le faible niveau de l’inflation intérieure peut entraver l’amélioration indispensable des bilans des débiteurs et faire obstacle à des ajustements indispensables de la compétitivité. La BCE doit continuer d’appliquer ses mesures non conventionnelles pour maintenir l’ordre sur les marchés du crédit et ainsi faciliter la répercussion de la politique monétaire sur l’économie réelle. [...]

Aux États-Unis, au Japon et au Royaume-Uni, les taux directeurs sont déjà au plus bas ou en sont  proches. Si les risques de dégradation des perspectives de croissance menaçaient de se matérialiser, les banques centrales de ces pays pourraient intensifier leurs mesures non conventionnelles, de préférence de manière à alléger le coût du crédit pour les PME et les ménages. Les tensions inflationnistes étant très faibles au Japon, un nouvel assouplissement de la politique monétaire pourrait de toute manière être nécessaire pour que l’objectif d’inflation à moyen terme soit atteint. Les dirigeants pourraient aussi envisager de prendre d’autres mesures en faveur des agents ayant difficilement accès au crédit. Les programmes de restructuration des prêts hypothécaires peuvent être un moyen efficient de soulager des ménages endettés. Aux États-Unis, par exemple, ces programmes ont bénéficié à beaucoup moins de ménages que prévu initialement, mais des mesures supplémentaires ont maintenant été adoptées. Le coût de l’emprunt pourrait être abaissé directement pour les PME grâce à des subventions temporaires et à des programmes de banques publiques de développement.

 

Les bilans des banques centrales, et les pertes possibles dans leurs comptes financiers, ont fortement gonflé, car elles ont accru leurs achats de valeurs mobilières et assoupli leurs critères en matière de garantie. Cependant, l’ampleur de ces expansions des bilans donne très peu d’informations sur le risque d’inflation. En raison de la montée de l’incertitude, les banques et les autres agents économiques détiennent bien plus de liquidités qu’avant la crise. À mesure que la situation économique s’améliore et que l’offre de crédit s’accélère, les banques centrales peuvent absorber ces liquidités, par exemple en laissant expirer les opérations de refinancement, en vendant les valeurs mobilières qu’elles ont achetées ou en émettant leurs propres titres. Des problèmes surviennent lorsque la capacité du secteur public à réduire son déficit à plus long terme est limitée pour des raisons politiques ou pratiques. Il en résulterait une inflation chroniquement élevée uniquement si une telle impasse était fort probable. Pour éviter d’en arriver là, les banques centrales doivent conserver l’indépendance leur permettant de chercher à atteindre un objectif de faible inflation, et les budgets publics doivent être viables à terme, pour ce qui est de leur faisabilité politique et de la taille prévue du déficit (**). Plus la politique budgétaire fait face avec succès à ce problème intertemporel, plus la politique monétaire est en mesure de jouer un rôle de soutien.

À court terme, l’accent doit être mis sur la gestion de la crise : il faut éviter que les risques de dégradation susmentionnés se matérialisent. L’injection de liquidités en quantités suffisantes contribuera à empêcher des coûts de financement anormaux pour les pays et les banques, ainsi qu’à éviter la contagion. À cette fin, la zone euro a besoin d’un pare-feu crédible qui soit suffisamment volumineux, robuste et flexible pour freiner la contagion et faciliter l’ajustement dans les pays très endettés. La décision récente de combiner le MES et le FESF est donc opportune et, conjuguée à d’autres efforts européens récents, renforcera le mécanisme de crise européen et facilitera les efforts déployés par le FMI pour renforcer le pare-feu mondial. Les mécanismes de crise (FESF/MES) doivent aussi être suffisamment souples pour prendre des participations directes dans les banques et faciliter la restructuration les établissements financiers si nécessaire. Cela devrait freiner la chaîne de réactions négatives entre les risques bancaires et souverains dans la zone euro.
Il est essentiel aussi de briser les chaînes de réactions négatives entre croissance inférieure à la normale, détérioration des positions budgétaires, hausse des besoins de recapitalisation des banques et désendettement, qui font entrevoir le risque d’une période prolongée de déflation. La BCE devrait assouplir davantage sa politique monétaire pour veiller à ce que l’inflation évolue conformément à son objectif à moyen terme et se prémunir contre les risques de déflation, ce qui faciliterait aussi des ajustements indispensables de la compétitivité (***). Par ailleurs, les autorités bancaires nationales devraient collaborer avec les autorités de contrôle des pays d’accueil pour surveiller et limiter le désendettement de leurs banques à l’intérieur du pays et à l’étranger. Les autorités de contrôle bancaire doivent faire tout leur possible pour éviter un désendettement excessivement rapide qui réduit le crédit à l’économie réelle. À cette fin, des fonds propres supplémentaires doivent être injectés dans les banques de la zone euro.
Il faudra peut-être utiliser des fonds publics, y compris par exemple du FESF/MES.
L’enjeu principal est de retrouver une croissance soutenue. Les déficits de réformes structurelles varient d’un pays à l’autre, mais il est nécessaire de manière générale de réduire les obstacles à l’entrée sur les marchés de produits et de services et de laisser les marchés du travail créer davantage d’emplois. Les pays ayant une position extérieure fragile font face à la perspective de devoir enregistrer une inflation très faible ou une déflation («dévaluation interne») pour rétablir leur compétitivité, car ils ne disposent pas de l’option d’une dépréciation en tant que membres d’une union monétaire.
Cependant, une dévaluation interne aggraverait le problème du surendettement à court et à moyen terme.
À moyen terme, il faudra prendre beaucoup de décisions difficiles pour remédier aux failles de la conception de l’UEM qui ont contribué à la crise.
Il est urgent de mettre en place un mécanisme solide qui conduit à l’exécution de politiques budgétaires responsables. À cet égard, le «pacte budgétaire» qui a été arrêté récemment marque des progrès importants dans l’amélioration de la crédibilité budgétaire sans guère peser sur la flexibilité, ce qui est important étant donné la période de croissance faible qui s’annonce. Cependant, il sera essentiel de faire respecter ce pacte, et cela pourrait signifier que les institutions de l’Union européenne (UE) devront participer activement aux plans budgétaires nationaux, comme prévu dans les propositions actuelles («two pack»). Le pacte budgétaire devra aussi être complété par un plus grand partage des risques budgétaires afin de veiller à ce que des problèmes économiques dans un pays ne dégénèrent pas en crise budgétaire et financière coûteuse pour toute la région.
Il est nécessaire aussi d’établir un mécanisme de partage des risques du secteur privé qui repose sur un système financier plus intégré dans la zone euro (****). On pourrait à cet effet progresser vers un modèle commun de contrôle et de règlement des défaillances, y compris une ligne de liquidité et une assurance des dépôts partagées; une responsabilité conjointe en matière de contrôle va de pair avec une responsabilité conjointe en matière d’aide financière.
L’absence d’un système commun de ce type à l’heure actuelle fausse la politique monétaire et la concurrence dans le système financier : les banques saines dans les pays de la périphérie peuvent se financer sur les marchés uniquement à un coût bien plus élevé que leurs homologues dans les pays du coeur de la zone (voire pas du tout) en raison de la fragilité de leur pays. Les opérations de refinancement à long terme de la BCE contribuent à corriger ce problème, mais seulement à titre temporaire.
Il faut mieux s’ajuster aux déséquilibres réels, ainsi que budgétaires et financiers. Une accélération de l’achèvement du marché unique des biens et services et des réformes des marchés du travail pourraient stimuler la croissance et l’ajustement. Plusieurs pays de la périphérie de la zone euro sont en train d’exécuter des réformes d’envergure, en particulier de leur marché du travail. On ne peut exagérer l’importance des progrès dans ces domaines pour le bon fonctionnement de l’union monétaire. [...] "

(*) Un taux d’inflation moyen de 1½ % se manifestera de manière très différente dans les pays du coeur et de la périphérie de la zone euro.

(**) Les fonds propres et les réserves de réévaluation des banques centrales ne sont pas une considération majeure. Les pertes comptables n’ont pas d’importance aussi longtemps que les banques centrales sont indépendantes et que les politiques budgétaires sont jugées viables.

(***) Les indicateurs généraux de l’inflation intérieure (déflateur du PIB) sont proches de 1 % depuis 2009. Dans ces conditions, il est très difficile de procéder à un rééquilibrage interne.

(****) Le secteur financier, y compris la détention d’actifs financiers diversifiés, représente une grande partie du partage des risques aux États-Unis (voir Asdrubali, Sorensen et Yosha, 1996). "

Voir l'intégralité du rapport du FMI : FMI-avril2012 FMI-avril2012

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