Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par ERASME

Optimisme forcené ou déni de réalité ? En visite à Saint-Etienne (Loire), où il était venu présenter de nouvelles mesures destinées à favoriser l'innovation, Jean-Marc Ayrault, a assuré, lundi 4 novembre, que la France était "en train de remonter la pente".

 

Un an jour pour jour après la présentation du pacte de compétitivité, qui doit alléger de 20 milliards d'euros par an les charges des entreprises, "la reprise est là", a martelé le premier ministre, fustigeant les "discours déclinistes que nous entendons trop souvent" et se félicitant que l'action du gouvernement contribue à "renforcer et accélérer l'amélioration de la situation".

 

Las ! L'exécutif a beau répéter comme un mantra que tout va mieux, les faits sont têtus. Depuis quelques semaines, les mauvaises nouvelles se multiplient sur le front de l'emploi, faisant craindre une nouvelle série de plans sociaux, après celle qui avait suivi l'arrivée de la gauche au pouvoir.

 

Alors que Petroplus, PSA ou ArcelorMittal ont miné la première année du quinquennat de François Hollande, ce sont désormais La Redoute, Alcatel-Lucent, Tilly-Sabco ou FagorBrandt qui inquiètent et font dire aux économistes que la France n'est pas tirée d'affaire, loin de là.

 

"Les mois de novembre et de décembre vont être terribles, prédit un proche de Bercy. De grosses restructurations vont encore être annoncées, avec un impact local important sur l'emploi. Plusieurs centaines d'emplois pourraient disparaître d'un coup à certains endroits…."

 

Pour l'heure, le nombre de plans sociaux n'a pas explosé. Mais il remonte clairement, alors qu'après un pic spectaculaire début 2009, il était retombé à son niveau d'avant crise.

 

Quelque 736 plans de sauvegarde de l'emploi ont été notifiés à l'administration sur les neuf premiers mois de l'année, soit 16 % de plus que durant la même période de 2012. En un an, ce sont un peu plus de 1 000 plans sociaux qui ont ainsi été officiellement lancés, selon les données encore provisoires du ministère du travail.

 

UNE CRISE QUI N'EN FINIT PAS

 

Les chiffres des faillites envoient des signaux encore plus inquiétants. Au total, 12 790 entreprises ont déposé leur bilan au troisième trimestre, soit 7,5 % de plus qu'un an auparavant, indique le cabinet d'études Altares. Les redressements judiciaires et les liquidations ont atteint leur niveau le plus élevé pour un été depuis vingt ans. Et de plus en plus de grosses PME sont désormais touchées.

 

"Avec cette crise qui n'en finit pas, le regain des procédures judiciaires paraît inéluctable, commente l'avocat Guilhem Bremont, président de l'Association pour le retournement des entreprises (ARE). Dans de nombreux cas, on arrive au bout des problèmes qu'il était possible de régler par la voie de la conciliation. Aujourd'hui, les banques prêtent moins facilement, certains fonds d'investissement refusent tout réaménagement des dettes, et les dossiers deviennent très tendus."

 

 | Le Monde

 

Au total, les experts d'Altares estiment que près de 53 000 emplois directs sont aujourd'hui menacés par une procédure collective (cessations de paiement et sauvegardes), un chiffre en augmentation de 5 % par rapport à la même période de 2012.

 

"L'emploi salarié a continué de se dégrader au deuxième trimestre et cela ne devrait pas s'améliorer dans les prochains mois, confirme Jean-Christophe Caffet, économiste chez Natixis. Compte tenu du niveau d'activité des entreprises en France, il y a sans doute de 150 000 à 180 000 emplois en trop dans notre pays. On a encore de mauvaises heures devant nous."

 

A l'image des restructurations qui touchent Alcatel-Lucent ou Michelin, l'industrie continue de payer un lourd tribut. Sur les trois premiers trimestres de l'année, 191 fermetures d'usines employant plus de dix salariés ont été recensées par la société de veille économique Trendeo, un chiffre comparable à celui enregistré sur la même période en 2012.

 

Ce ne sont plus seulement les jeunes entreprises qui sont touchées, mais également les sociétés matures, plus résistantes et qu'on avait cru un peu vite sorties d'affaire. "Six mille entreprises de plus de cinq ans, soit près d'une défaillance sur deux, ont chuté au troisième trimestre, soit 15 % de plus par rapport au même trimestre de 2012", relève le cabinet Altares.

 

DES FINANCES TRÈS TENDUES

 

Faute de vraie reprise, certaines sociétés tricolores se retrouvent avec des finances extrêmement tendues. En moyenne, les fonds propres des sociétés en cessation de paiement représentent à peine plus de 10 % de leurs actifs, alors que leur endettement moyen dépasse 88 % du total de leur bilan.

 

"Malgré les mesures prises par le gouvernement, les entreprises françaises n'arrivent pas à améliorer leur rentabilité, ce qui est un cas unique en Europe en dehors de l'Italie", relève Gilles Moec, codirecteur des études économiques de Deutsche Bank à Londres.

 

Résultat : Arnaud Montebourg a beau répéter qu'il n'a "pas vocation à faire uniquement le pompier", comme il l'a encore souligné, mardi 29 octobre, devant un parterre de patrons réunis au Medef, le ministre du redressement productif passe toujours une bonne partie de son temps au chevet d'entreprises en difficulté.

 

Cette semaine, son équipe est mobilisée pour tenter de sauver Fagor Brandt, la filiale française de l'espagnol Fagor, dont les six sites tricolores (1 870 employés) sont menacés de dépôt de bilan. Mardi 5 novembre, le ministre lui-même devait appeler son homologue ibérique, pour tenter de trouver une issue.

 

"Nous n'avons pas une vision darwiniste, nous aidons tout le monde pour sauvegarder le maximum de nos outils industriels, reconnaît-on dans l'entourage de M. Montebourg. Mais nous passons autant de temps sur l'offensif que sur le défensif."

 

Pour preuve, le ministre du redressement productif a recruté à la fin de l'été un directeur-adjoint de cabinet, chargé uniquement de mettre en place les trente-quatre plans de reconquête industrielle présentés mi-septembre.

 

 

Lire : Dans une Europe industrielle qui repart, la France reste à la traîne

Lire aussi : Tensions entre l’exécutif et les patrons sur les conditions de cession des PME

 

Le Monde.fr a le plaisir de vous offrir la lecture de cet article habituellement réservé aux abonnés du Monde.fr. Profitez de tous les articles réservés du Monde.fr en vous abonnant à partir de 1€ / mois | Découvrez l'édition abonnés

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article