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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 10:12
Contexte

Les sommets UE-Russie sont organisés deux fois par an. Celui tenu le 21 décembre 2012 n'a abouti à aucune décision majeure. Le président russe, Vladimir Poutine, s'est donné en spectacle devant la presse et a déclaré au président de la Commission, José Manuel Barroso, que son interprétation des règles en matière de libéralisation de l’énergie était erronée.

Lors du dernier sommet de ce type le 4 juin 2013, les dirigeants européens et russes semblaient très divisés sur la question de la liberté des citoyens et sur la manière de résoudre la crise en Syrie. 

Les éléments nouveaux

Ni l'UE, ni la Russie n'a finalement cherché à condamner les actions de l'autre partenaire de négociations, notamment sur la question ukrainienne. Et un compromis a été trouvé sur la question du Partenariat oriental.

 

Malgré les déclarations de certains représentants nationaux, le dernier sommet UE-Russie n’a fait l’objet d’aucune confrontation et d’aucun reproche au sujet de l'Ukraine. Les deux parties ont semblé vouloir envoyer un message « de détente ». Le même jour, le pouvoir ukrainien lâchait du lest en vue de désamorcer les tensions au niveau national.

Le terme « détente » en russe a souvent été utilisé par le passé en vue de qualifier les périodes d'apaisements ses tensions géopolitiques entre l'Union soviétique et l'Occident.

Vladimir Poutine a indiqué que le sommet avait permis de réaliser des progrès des deux côtés.

De son côté, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a témoigné qu’en l'espace de dix ans, il avait pu constater que ces sommets et les relations entre l'UE et la Russie évoluaient « d'une façon spectaculaire ».

Des journalistes ont demandé au président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, si les questions des droits de l'Homme ont été abordées lors du sommet. Celui-ci a répondu qu'elles ont toujours fait partie de l'ordre du jour du sommet. Il a cependant reconnu que cette fois-ci, les droits de l'Homme n'ont pas fait l’objet d’un examen en détail.

Le Partenariat oriental dans les limbes

Vladimir Poutine a souligné que ce sommet, le 32eentre l'UE et la Russie, n'était pas consacré à l'Ukraine, mais plutôt à la question du Partenariat oriental.

Le Partenariat oriental est l'initiative phare de l'UE amorcée par la Pologne et la Suède en 2009. Il a pour objectif d'améliorer les relations entre l'UE et l'Ukraine, mais aussi avec l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Biélorussie, la Géorgie et la Moldavie.  Pour autant, le Partenariat oriental n’est pas synonyme d’une possible adhésion à l'UE pour les anciennes républiques soviétiques. Même s'il reproduit le même type d'engagements que ceux utilisés dans le cadre du processus d'élargissement de l'Union.

Le sommet de Vilnius du 28 et 29 novembre 2013, qui consacré à ce partenariat, s'était soldé par une très grande déception pour l'UE. Le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, avait en effet refusé de signer non seulement l'accord d'association, qui devait faire date dans les relations du pays avec l'UE, mais aussi l'accord de libre-échange approfondi et complet. Entre-temps, le président ukrainien s'est tourné vers la Russie et a obtenu de son voisin un prêt de 15 milliards de dollars (11 milliards d'euros), mais aussi un rabais sur le prix du gaz.

À la suite de cet accord conclu avec le Kremlin, des Ukrainiens pro-européens ont organisé des manifestations qui se sont muées en une révolution populaire contre Viktor Ianoukovitch.

La Russie a fait pression sur Kiev pour qu’elle ne ratifie pas l'accord d'association avec l'UE. Déjà avant la volte-face ukrainienne, l'Arménie s'était rétractée d'un tel accord en septembre 2013. Ce pays a préféré rejoindre l'Union douanière de la Russie, aux côtés de la Biélorussie et du Kazakhstan. À ce jour, seules la Moldavie et la Géorgie espèrent encore signer un accord d'association avec l'UE.

Malgré cette stratégie de la corde raide, le président russe et les pays membres de sa future Union eurasiatique n'ont fait référence qu'à la seule dimension économique des politiques européennes d'intégration. Herman Van Rompuy a insisté, de son côté, sur la nécessité de surpasser « les différentes interprétations et malentendus » sur l'accord d'association. 

Des consultations bilatérales

« [La Russie] et nous-mêmes sommes tombés d'accord pour poursuivre les consultations bilatérales entre experts sur l'accord d'association dans le cadre du Partenariat oriental, ainsi que sur les conséquences économiques de part et d’autre [de l’Oural],» a déclaré Herman Van Rompuy.

Nous avons ajouté que les accords d'association et les accords de libre-échange avec l'Ukraine, la Moldavie et la Géorgie étaient absolument compatibles avec les accords commerciaux conclus par ces pays avec la Russie ou encore avec l'Union douanière de la Russie. Il a aussi poursuivi en disant que l'UE souhaitait signer un accord d'association avec la Moldavie et la Géorgie au plus tard au début de l'automne prochain.

Le président du Conseil européen a affirmé que l'UE devrait se préparer à faire de même avec l'Ukraine « à condition que les autorités confirment leur adhésion [aux principes] d’une Ukraine démocratique ».

José Manuel Barroso s'est, quant à lui, félicité des conditions dans lesquelles s'est déroulé le sommet, qui a été caractérisé par un esprit de « franchise et d'ouverture ». Selon lui, ce sommet a donné la possibilité de « clarifier certains points ».

De Lisbonne à Vladivostok

Le président de la Commission a déclaré que la meilleure façon d'établir la confiance était de travailler sur les « objectifs partagés et les plus importants sur le plan stratégique ». Il a fait ici allusion au projet de créer un espace économique commun qui irait de Lisbonne à Vladivostok.

Vladimir Poutine avait proposé cette idée en 2010. Depuis lors, le président russe a préféré mettre en place une Union douanière, qui constitue la colonne vertébrale  pour une future Union eurasienne, véritable réminiscence de l'Union soviétique.

Le président de l'exécutif européen a poursuivi en disant que cet espace économique, qui rejoindrait l'Europe et l'Eurasie, ne peut se faire du jour au lendemain. Selon ses dires, le Partenariat oriental était essentiel pour atteindre cet « objectif stratégique ». « Le Partenariat ne vise personne, il a un but », a-t-il continué. Ce but est, d'après lui, de rendre les pays plus prospères et de fournir aux citoyens de meilleures conditions de vie.

« Cela peut sembler être un rêve, mais les rêves peuvent devenir réalité, » a assuré Jose Manuel Barroso.

De son côté, le président russe s'est dit satisfait de « l'ambiance ouverte et constructive » qui régnait lors du sommet. Il a expliqué que la création d'un « espace économique et humanitaire de Lisbonne jusqu'à l'océan Pacifique » a fait partie des discussions.

Sur la question des pays du Partenariat oriental, Vladimir Poutine a estimé que les pays, qui souhaiteraient développer leurs relations avec l'UE, voulaient en même temps maintenir leurs relations historiques et leur coopération avec la Russie.

« Nous devons sans aucun doute soutenir [de tels développements diplomatiques]. Mais provoquer de nouvelles divisions n'est pas acceptable, » a-t-il précisé.

Le dirigeant russe a indiqué qu'il avait proposé aux partenaires européens d'établir une zone de libre-échange entre l'UE et l'Union économique eurasienne. Mais, selon ses dires, l'UE n'était pas très enthousiaste vis-à-vis d’une telle perspective. Bruxelles a estimé qu'il était plus opportun de continuer les discussions entre experts.

Selon l'UE, les accords commerciaux européens peuvent cohabiter de façon constructive avec l'Union douanière russe, tant que les règles de l'OMC sont appliquées et que le principe de prise de décision en toute liberté est garanti.

Comme certains diplomates de l'UE l'ont expliqué, l'Union douanière chapeautée par la Russie n’est pas enregistrée auprès de l'OMC. Elle n'est donc pas tenue de respecter les traités internationaux. Depuis que la Russie a rejoint l'OMC en 2012, le pays est devenu « le champion du protectionnisme », ce qui a « profondément déçu » Bruxelles, ont confié les diplomates.

Un prêt au peuple ukrainien

Selon Vladimir Poutine, l’offre de prêt de 11 milliards d'euros de décembre dernier sera valable aussi longtemps que les Ukrainiens mènent des réformes structurelles, que ce soit par le pouvoir actuel ou l'opposition. En outre, la Russie doit être certaine de la solvabilité de Kiev. Selon certaines sources, la seconde tranche du prêt n'a pas encore été octroyée.

Il a aussi indiqué que ce prêt n'était pas destiné au gouvernement ukrainien mais au peuple ukrainien. Par ailleurs, le premier ministre, Mykola Azarov, a démissionné le 28 janvier.

Il a indiqué que la situation financière de l'Ukraine n'était pas bonne. Selon ses propres mots, Kiev a demandé un report des paiements pour cette année, et un rabais sur le prix du gaz. « C'est une situation difficile pour nous et pour Gazprom, car ces recettes étaient planifiées, » a-t-il continué.

« Mais nous allons poursuivre le dialogue avec nos partenaires ukrainiens, peu importe le dirigeant du gouvernement, » a-t-il assuré.

Des critiques à demi-mot

À un seul moment, le président russe a exprimé de légères critiques quant à l'ingérence européenne dans les affaires ukrainiennes.

« […] Je pense que le peuple ukrainien est capable de prendre une décision par lui-même. En aucun cas, la Russie a l'intention de s'ingérer [dans leurs affaires]. Mais je m'interroge sur la façon dont nos partenaires européens auraient réagi si, au milieu de la crise [de la zone euro], par exemple en Grèce ou à Chypre, lors d'un rassemblement contre l'UE, notre ministre des affaires étrangères était apparu et avait lancé de tels appels. Nous pensons que c'est particulièrement inapproprié, » a conclu Vladimir Poutine.

Il a aussi prévenu que les manifestants antigouvernementaux qui sévissent actuellement dans l'ouest de l'Ukraine, ne devaient pas être considérés comme des saints.

« Vos médias ne les montrent pas. Mais nous le voyons. En Ukraine occidentale, un prêtre a appelé le peuple ukrainien à se rendre à Kiev et à faire tomber le gouvernement. Et voici son discours : [la chute du gouvernement est nécessaire] afin que nous ne soyons plus gouvernés par des nègres, des " Ruskovs " et des Juifs. Le président s'est dit offusqué qu’un prêtre puisse tenir de tels propos. À ses yeux, il est complètement inacceptable qu'un nationalisme aussi exacerbé puisse avoir lieu dans un monde civilisé.

Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso ont souhaité au président russe que les jeux Olympiques à Sotchi, qui auront lieu du 6 au 23 février 2014, soient un succès.

Afin d’apaiser les tensions avec l'Occident dans l’optique des jeux, la Russie a libéré l'ancien PDG de Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski et deux membres du groupe punk, Pussy riot.

L’esprit de détente qui a caractérisé le sommet entre l'UE et la Russie pourrait également s’inscrire dans des efforts visant à assurer le bon déroulement des jeux. La Russie a dépensé en effet des sommes considérables pour cet évènement.

 

Prochaines étapes : 
  • 6-23 février 2014 : les jeux Olympiques d'hiver auront lieu à Sotchi, en Russie occidentale
  • 3 juin 2014 : prochain sommet de l'UE à Sotchi

 

Georgi Gotev - Adaptation de l'anglais

 

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