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31 janvier 2014 5 31 /01 /janvier /2014 11:53
Contexte

Fin 2008, l’Union européenne s'est donné, avec le « paquet climat-énergie », des objectifs pour 2020 : des émissions de gaz à effet de serre réduites de 20 %, une efficacité énergétique accrue de 20 % et une part des énergies renouvelables dans la consommation d’énergie portée à 20 %. Cependant la cohérence entre ces objectifs reposait sur des anticipations économiques et politiques qui se sont révélées erronées. 

Aucune des projections sur lesquelles elle reposait ne s’est cependant confirmée. La crise financière est passée par là, mais aussi la révolution des gaz de schiste aux États-Unis.

Le recours au charbon s’est accru, son prix ayant baissé sous l’effet du développement des gaz de schiste (le prix du charbon en Europe a baissé d’environ 30 % entre janvier 2012 et juin 2013), et les émissions allemandes ont augmenté en 2012. Quant au leadership de l’Europe dans le domaine des renouvelables, il a été entamé, partiellement au moins, par la poussée chinoise dans le domaine du photovoltaïque.

Eléments nouveaux

Le système électrique européen ne tient pas ses promesses, selon une étude du commissariat à la Stratégie et à la Prospective, proche du premier ministre. Les énergies renouvelables sont largement responsables de cet échec.              

C'est un des fondements du grand marché européen. La politique énergétique de l'UE passe surtout par la gestion de l'électricité, l'énergie la plus indispensable au Vieux Continent.

Pourtant, le système électrique européen ne fonctionne pas, pour le Commissariat à la stratégie et la prospective, qui a présenté mardi 28 janvier les conclusions d'une étude menée à l'automne sur le sujet.

Une politique qui n'atteint pas ses objectifs

 « C’est une politique qui n’a pas atteint ses objectifs », résume Jean Pisani-Ferry, commissaire à la stratégie et à la prospective. Qu’il s’agisse de permettre une croissance sobre en carbone, ou de faciliter cette même croissance par des prix qui soient compétitifs, ou encore de garantir les approvisionnements sur le long terme, aucun des bénéfices d’une politique commune de l’électricité ne semble apparaître.

Difficile pourtant de jeter la pierre aux institutions européennes, qui ont mis en place tant bien que mal une série de réglementations permettant de faire passer l’électricité d’un marché à l’autre.

« Le marché unique de l’énergie est aussi important que le marché unique monétaire, en terme d’impact financier pour les Européens. Et comme pour l’euro, ses problèmes sont politiques. Le fait que les prérogatives nationales soient restées en place alors que l’on tentait de mener une politique énergétique commune a faussé la donne » assure Marc-Olivier Bettzüge, professeur d’économie et directeur de l’Institut de l’économie de l’énergie à Cologne.

 Des choix avant tout politiques

Le fait que l’Allemagne interrompe du jour au lendemain sa production nucléaire a ainsi des impacts en termes de garantie des approvisionnements, mais aussi de prix. Les subventions massives accordées aux énergies renouvelables pèsent sur les industriels français de l’électricité dont les installations peinent à conserver leur rentabilité. Là encore, il s’agit de choix politiques (nucléaire ou pas), qui se répercutent sur le consommateur.

Enfin le manque de visibilité du marché européen d’échange de quotas, dont les prix plafonnent à 5 euros par tonne de CO2 alors qu’ils devraient atteindre les 40 euros pour convaincre les électriciens de renoncer à utiliser du charbon par exemple, a aussi une explication politique.

 En effet le manque de visibilité de la contrainte carbone qui sera mise en place en Europe après 2020 a encouragé les intervenants à déserter le marché en question.

 La question politique n’est toutefois pas le seul problème identifié par Fabien Roques, économiste et consultant chez Compass Lexecon. Qui constate que le comparatif États-Unis/Europe n’est pas très flatteur aujourd’hui.

En effet, les États-Unis ont davantage recours au gaz qu’au charbon. L’Europe, qui a pourtant un marché du carbone, est en train d’opérer le chemin inverse.

Les énergies renouvelables cannibalisent la compétitivité du marché

La faute à…une politique de soutien aberrante aux énergies renouvelables, selon l’économiste, qui estime que la proportion de l’électricité restant véritablement soumise au prix du marché diminue si l’on subventionne les prix d’une partie de la production.

« Les énergies renouvelables finissent par cannibaliser leur propre compétitivité » constate l’économiste, en soulignant que la baisse des prix du marché de gros entraîné par les énergies renouvelables les empêche de se trouver dans des conditions où elles pourraient un jour être compétitives, sans subvention.

Les économistes sont unanimes sur la faible efficacité économique des subventions à outrance des renouvelables, dont les subventions totales sont estimées à 13 milliards de dollars en Allemagne. Et ce en dépit de leur efficacité en termes de production d’énergie.

Un marché déjà obsolète

 Quant à l’organisation du marché, Fabien Roques l’estime perfectible. Le marché au comptant de l’électricité tel qu’il existe aujourd’hui a été mis en place pour être optimal pour des centrales thermiques à gaz ou à charbon. Des installations industrielles dont on peut prévoir la disponibilité, ou non, d’un jour à l’autre. Le marché fonctionne donc à J-1. L’irruption des renouvelables dans le décor change la donne : le marché doit désormais être capable de prévoir d’heure en heure, or il n’est pas prévu pour.

« Par conséquent les messages envoyés par le marché ne sont pas les bons, les effets de rareté de très court terme ne se reflètent pas dans les prix, alors qu’au contraire les surcapacités sont prises en compte ».

D’où des prix largement déprimés, voire négatifs, constatés notamment en Espagne ou en Allemagne.

La réponse à cette multitude de constats d'échec n’est pas simple. Mais les chercheurs proposent tout de même de regarder du côté du Royaume-Uni, précurseur en la matière. Un prix plancher du carbone y a été mis en place, qui pourrait inspirer les futures politiques européennes.

La coopération plus poussée des politiques énergétiques, dans les faits et non plus dans la théorie, semble la préconisation la plus logique pour rendre au mécanisme son efficacité.       

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