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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 16:09

Passée inaperçue lors de son adoption le 20 août 2010, en pleine pause estivale, la communication de la Commission européenne intitulée " Le PIB et au-delà - mesurer le progrès économique dans un monde en mutation " a été présentée publiquement par Stavros Dimas, Commissaire européen à l'Environnement, le 8 septembre 2010, lors d'une conférence à Bruxelles (voir la communication : Le PIB et au-delà - Mesurer le progrès dans un monde en mutation). Une occasion pour le Commissaire d'expliquer à toutes les parties intéressées l'enjeu de la démarche - compléter le produit intérieur brut par d'autres indicateurs permettant de mesurer le bien-être économique, environnemental et social, au-delà de la seule croissance - et d'énoncer les cinq mesures envisagées pour ce faire : l'ajout au PIB d'indicateurs environnementaux et sociaux, une actualisation plus fréquente des données environnementales et sociales pour guider l'action des décideurs politiques, la précision accrue des rapports sur la distribution et les inégalités, l'élaboration d'un tableau de bord européen du développement durable dont une version pilote serait présenté dès 2009, et, à moyen terme, l'extension des comptes nationaux aux thématiques environnementales et sociales (voir les détails dans l'article de ce blog intitulé La Commission européenne propose 5 actions pour compléter le PIB par d'autres indicateurs pertinents ).
Cette initiative de la Commission fait la synthèse de la conférence "Au-delà du PIB " qu'elle avait organisée en 2007 (en partenariat avec le Parlement européen, le Club de Rome, le WWF et l'OCDE), et s'inscrit dans le débat international en cours depuis unequinzaine d'années en vue de remédier aux insuffisances du PIB qui ne mesure pas la durabilité environnementale ou l'intégration sociale.
Mais comment mesurer pareilles notions ? Pour Stavros Dimas, " il faut assigner une valeur monétaire à des biens et services qui ne sont pas sur le marché, à la pauvreté, à la pollution, aux mauvais soins de santé ". La chose n'est pas aise ; il en convient.

L'indice pilote de pression environnementale couvrira notamment les émissions de gaz à effet de serre, la destruction des paysages naturels, la pollution atmosphérique, l'utilisation de l'eau et la génération de déchets. le tableau de bord du développement durable permettra l'identification des tendances environnementales et le benchmarking des meilleures pratiques, a précisé le Commissaire.
Les cinq premières mesures à court et moyen termes que prône la Commission représentent des étapes vers un PIB qui soit plus à même d'aider les décideurs à s'attaquer aux défi du XXème siècle, marqué par la crise économique et financière, les changements climatiques, les changements démographiques et la globalisation. Mais Stavros Dimas ne cache pas qu'à long terme, c'est à davantage qu'il aspire. " Je voudrais qu'un indicateur de durabilité environnementale soit publié en même temps que les chiffres du PIB. Ce serait un indice national de durabilité aussi simple, aussi fiable et aussi communément accepté que le PIB, un indice dont les populations pourraient s'enorgueillir des résultats positifs, un catalyseur du changement ". Pour cela, il faudra attendre encore plusieurs années, a concédé le Commissaire.
La Commission européenne a collaboré avec l'OCDE, en amont de sa communication, ainsi qu'avec la commission Stiglitz (du nom du président de la commission de haut niveau sur la mesure de la performance économique et du progrès social) établie par le président français Nicolas Sarkozy (voir ci-dessous la note de problématique préalable ainsi que les 12 recommandations de la commission). Elisabet Falemo, secrétaire d'Etat suédoise à l'Environnement, a assuré la Commission du soutien de la Présidence suédoise à ce train de mesures " particulièrement opportunes " pour aider l'UE à s'orienter vers une économie éco-performante. C'est là une priorité de la Présidence, à laquelle les ministres de l'Environnement des 27 ont souscrit lors de leur réunion informelle à Are, a-t-elle souligné. Et d'ajouter : " Il faut parvenir à des indicateurs consolidés et fiables pour une économie éco-efficace. La Présidence insistera sur la nécessité de bons indices lors du Conseil Environnement du 21 octobre et lors de la révision de la stratégie de développement durable ".
Le WWF, quant à lui, se dit déçu que la Commission fasse " si peu de cas de l'empreinte écologique, alors que c'est une solution pou mesurer la durabilité environnementale ". (Source : BQE n° 9972 en date du 9 septembre 2009).

Source : Agence Europe

Note de problématique préalable établie par la commission Stiglitz : Issues_paper_VF.pdf Issues_paper_VF.pdf

Les douze recommandations de la commission Stiglitz pour mieux mesurer les performances économiques et le progrès social (présentées le 14 septembre 2009).
" Nous sommes tombés d'accord sur le fait qu'un chiffre unique ne pouvait tout synthétiser ", a averti l'économiste américain, mettant en avant que certains indicateurs existent déjà mais ont besoin de plus de visibilité, tandis que d'autres nécessitent encore un important travail statistique.
1 - Pour mesurer le bien-être, regarder les revenus et la consommation

Le PIB mesure essentiellement la production marchande, ce qui fait un indicateur utile, mais il est souvent utilisé comme un indicateur de "bien-être économique", or les revenus peuvent décroître quand la production croit, et inversement.
2 - Refléter la réalité "vue des ménages"
Il faut prendre en compte les impôts, les intérêts d'emprunts mais aussi la valeur des services en nature fournis par l'Etat (éducation, santé...).
3 - Refléter le patrimoine d'un pays
Faire en sorte que les pays disposent, à l'image des entreprises, d'un "bilan" (avec actif et passif), en plus de leur " compte de résultat ".
4 - Analyser comment sont répartis les revenus
S'éloigner de la référence au revenu moyen et lui préférer celle de revenu médian (celui de la personne au milieu si l'on sépare une population en deux groupes égaux)
5 - Prendre en compte les activités non marchandes (garde des enfants par exemple) et ne pas se limiter à celles qui font l'objet d'une rémunération
6 - Affiner les mesures chiffrées de la santé, de l'éducation, des activités personnelles

7 - Analyser en profondeur les inégalités et leur évolution

Evaluer les inégalités entre catégories socio-économiques, mais aussi en entre sexes ou entre générations
8 - Qualité de la vie: qu'est-ce qui influe sur quoi ?

Mettre en exergue les interactions entre les différents aspects de la vie grâce à des enquêtes d'opinion
9 - Proposer des indices statistiques chiffrés permettant de refléter les différentes dimensions de la qualité de vie

10 - Intégrer la dimension subjective dans les statistiques
Intégrer dans les statistiques des données reflétant l'évaluation que chacun fait de sa vie, de ses expériences, de ses priorités
11 - Intégrer la "soutenabilité" du bien-être

Cette recommandation doit permettre de répondre à la question: le niveau actuel de "bien-être" pourra-t-il être augmenté, ou au moins maintenu, pour les générations à venir ?
12 - Développer un ensemble d'indicateurs environnementaux

Ils doivent en particulier permettre d'indiquer clairement dans quelle mesure nous nous approchons de seuils dangereux (hausse des températures de la planète ou épuisement des ressources mondiales de poissons par exemple).

 

Voir également : Evaluer la performance économique, le bien-être et la soutenabilité (Conseil d'analyse économique & Conseil allemand des experts en économie)




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