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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 13:48

Un monde présumé nouveau est apparu en 1989, avec la chute du mur de Berlin. Certains, tel Fukuyama, ont cru y voir la "fin de l'Histoire". Le ralliement de nombreux pays au système capitaliste marchand a paru établir une phase nouvelle des sociétés humaines, sur la planète.

La nécessité pour les sociétés occidentales et démocratiques d'investir massivement dans la défense avait été, au cours de la guerre froide, une condition de la victoire de leur modèle. Les dépenses militaires, ainsi que le maintien et l'extension de la démocratie dans le monde, avaient eu un coût élevé, qui s'était traduit par des fractions de PIB allant au delà de 10 % aux Etats-Unis, et approchant les 5 % – dans les faits – en France et en Grande-Bretagne.

 L'ORDRE MONDIAL ACTUEL EST FINANCÉ PAR LES DETTES SOUVERAINES

Depuis 1989, d'autres dangers mondiaux ont été enregistrés : les débordements nationalistes en Yougoslavie, les guerres civiles ethniques en Afrique, le terrorisme islamiste, la menace iranienne, les problèmes du Moyen-Orient, sans compter l'instabilité dans le Caucase et à la périphérie de l'ancienne URSS. De ce fait, les pays démocratiques ont poursuivi des dépenses de défense et d'intervention dans le monde – à un niveau certes moindre que sous la guerre froide – mais qui reste important. Ils financent celles-ci par le déficit budgétaire et la dette.

Ainsi, cela fait maintenant de nombreuses années que, indirectement, la Chine finance une partie des opérations militaires américaines, tandis que des emprunts sur les marchés de capitaux et la création de dollars alimentent l'autre partie. S'agissant de la France, de la Grande-Bretagne, et de leurs alliés espagnols, italiens et allemands, les marchés internationaux financent également de façon indirecte – via les déficits budgétaires et la dette souveraine – leurs opérations militaires. Car les peuples qui prennent quelque responsabilité dans la sécurité mondiale ne parviennent pas à tirer de leur substance économique les ressources nécessaires pour les dépenses militaires. L'affaire se corse dans la zone euro, car la France – sous la férule d'une banque centrale qui refuse de faire marcher la planche à billets – doit financer intégralement ses dépenses militaires par ses capacités budgétaires et par sa dette. Or ces dépenses ont indiscutablement un intérêt régional et global. Tant il est vrai que tout pays sécurisé, et en devenir démocratique, est un pays où les affaires financières peuvent être traitées dans des conditions pertinentes.

 LES MARCHÉS FINANCIERS S'ATTAQUENT IMPRUDEMMENT AUX BUDGETS DE DÉFENSE DES GRANDS PAYS DÉMOCRATIQUES

Les marchés financiers n'ont pas de conscience politique. Les agences de notation, particulièrement en faute professionnelle dans de nombreuses occasions récentes, ne distinguent pas entre emprunts à visées domestiques, et emprunts impliqués dans des opérations de sécurité. Malgré ses velleités humanitaires, un spéculateur comme Georges Soros raisonne en termes purement financiers et s'attaque aux finances de grands peuples garants de la démocratie mondiale, particulièrement à celles de la Grande-Bretagne, de la France, de l'Italie et de l'Espagne. C'est pitié de voir des pays qui font un effort authentique de maintien de la sécurité en Afghanistan, en Afrique, et même pour certains en Irak, qui ont payé le prix du sang, attaqués avec de l'argent souvent virtuel par des financiers internationaux irresponsables. Car répétons-le, les déficits budgétaires de nombreux pays seraient moindres si ces mêmes financiers n'avaient pas joué avec les subprimes et n'avaient pas cassé la croissance mondiale. Mais aussi, les déficits budgétaires des grands pays démocratiques seraient moindres, et leurs dettes également moindres, si leurs gouvernements n'avaient pas contribué massivement à la sécurité mondiale.

Disons le franchement : la spéculation contre la monnaie européenne doit cesser car elle est dangereuse pour la sécurité mondiale. Il faut siffler la fin de la récréation financière. On ne gagne rien a obliger la France à emprunter cher pour financer ses opérations militaires en Afrique et dans le monde. On ne gagne rien à obliger l'Italie à cesser ses participations à la guerre en Afghanistan pour des raisons financières.

ENTRE LE RENCHÉRISSEMENT DU TAUX DE LA DETTE FRANÇAISE ET LA PRÉSENCE DE LA FRANCE EN AFGHANISTAN, LES MARCHÉS DEVRONT CHOISIR

Certes, un effort devra être fait dans la gestion des différents pays, et il faudra en revenir à une stratégie d'emprunts exclusivement destinés à des investissements, et non au fonctionnement, comme on le voit actuellement.

Mais précisément, les emprunts ayant pour but la sécurité mondiale sont des investissements. Le système de la finance internationale n'est viable que par la protection en définitive militaire qui lui est assurée. Les mêmes financiers qui attaquent la France sont contents de pouvoir faire des opérations en Côte d'ivoire et en Libye. Des explosions à Wall Street et à la City auraient tôt fait de ruiner un système financier fragile, qui doit tout à une sécurité universelle coopérative.

Le message de ce texte est le suivant. D'une part, le Etats qui participent à la sécurité mondiale doivent avoir des emprunts spécifiques, garantis à taux bas, à cet effet. Ceci est particulièrement vrai des Etats de la zone Euro qui sont dans un système de monnaie forte, lequel refuse de faire marcher la planche à billets. D'autre part, les marchés doivent cesser d'attaquer ces nations responsables et doivent les respecter financièrement. S'agissant de la France, les marchés doivent choisir entre l'augmentation du taux de sa dette et son maintien en Afghanistan : on ne peut avoir les deux.

Enfin le problème du financement de la sécurité mondiale devra un jour être posé. Une partie de cet effort est produite dans le cadre de l'ONU. On peut imaginer des emprunts spécifiques de l'ONU aux fins de la sécurité mondiale, en plus des contributions des Etats.

S'agissant des pays membres permanents du Conseil de sécurité, obtenant des missions de l'ONU, il n'est pas ridicule d'imaginer des emprunts du FMI ou à la Banque Mondiale, pour la réalisation de buts faisant l'objet d'un consensus mondial. Ainsi une partie utile de la dette mondiale – celle qui a pour but de sécuriser les sociétés humaines mondiales - serait identifiée, évaluée, gérée et bonifiée.


Paul Trouillas, essayiste politique, est l'auteur de Séparation et Civilisation (Hermann, 2010).

 

Voir sur ce même sujet, notamment :

 * 'La réforme du système monétaire international : une approche coopérative pour le vingt-et-unième siècle' (Initiative du Palais-Royal) - première partie -

 * 'La réforme du système monétaire international : une approche coopérative pour le vingt-et-unième siècle' (Initiative du Palais-Royal) - seconde partie -

 * Système monétaire international, OTAN : de quelles réformes / ruptures a-t-on réellement besoin ? (nouvelle édition)

 * Où en est l'Union européenne face aux défis globaux ? - troisième partie - (nouvelle édition)

 * Il est plus que temps de rationaliser les dépenses d'équipements militaires des Etats européens surendettés !

 * Pour un Pacte international permettant de limiter les risques systémiques associés à l'inflation et à la prolifération des dettes souveraines (nouvelle édition)

 

Voir également :

 * Retour sur image : Les limites actuelles de la dynamique de l’Union européenne relative à la Sécurité (extrait d'un rapport officiel publié et diffusé le 1er février 2007)

  * UEM et Sécurité (globale) de l’Union européenne : du Policy Mix au Security Mix (1) - nouvelle édition -

  * UEM et Sécurité (globale) de l’Union européenne : du Policy Mix au Security Mix (2) - nouvelle édition -

  * UEM et Sécurité (globale) de l’Union européenne : du Policy Mix au Security Mix (3) - nouvelle édition -

 * UEM et Sécurité (globale) de l’Union européenne : du Policy Mix au Security Mix (4) (nouvelle édition) - nouvelle édition -

 * UEM et Sécurité (globale) de l’Union européenne : du Policy Mix au Security Mix (5) - Synthèse schématique -





 

 

 

 

 

 

   

 

 

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