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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 10:00

François Hollande essaie d'imposer une politique plus déterminée qui risque bien de ne rester qu'une liste d'intentions. Le nombre important de Français jouissant de positions acquises et de rentes de situation, et qui constituent une bonne partie de l'électorat du Président, empêchera les vraies réformes dont la France a besoin.

Le nouveau Hollande qui a déboulé sur les écrans de télévision depuis le début de l’année n’est visiblement plus le même. Enfin c’est ce qu’on dit. Des vœux du 31 a l’exposé ex-cathedra d’une nouvelle politique économique, François Hollande se comporte comme s’il voulait tout changer. Son style, (il parle plus déterminé), sa coiffure (les cheveux n’ont jamais été aussi noirs), ses projets économiques (la logique d’offre), son positionnement idéologique (social-démocrate, évidemment) et sa vie privée (ou il a pris enfin sa décision).

Ce changement annoncé n’a évidemment pas encore entrainé d’effets positifs. Le « Hollande nouveau » existe dans les intentions mais pas dans la réalité.  Il va falloir gérer la séparation du couple, (quel désordre)  puis annoncer une  nouvelle organisation privé puisque tout est public. Il va falloir passer aux choses sérieuses enfin, et mettre au point les reformes, les définir et les appliquer et là on est encore loin. Engager des coupes sombres dans les dépenses publiques et changer aussi l’organisation territoriale. Mais pour l’instant ce ne sont que des projets, des intentions, des promesses.

En revanche ce qui a déjà changé très vite, c’est  la réaction de tous ceux qui dans ce pays peuvent légitiment s’inquiéter de perdre certaines positions ou avantages.

Le cortège des vaches sacrées est donc en train de se former très vite. Et ces vaches sacrées, dans l’histoire des trente dernières années, ont toujours eu la peau de tous les gouvernements qui ont cherché à les remettre en ligne. Tous les gouvernements de droite ou de gauche se sont cassés devant la horde des vaches sacrées.

Et les vaches sacrées sont présentes partout en France. Le gros du troupeau travaille dans la fonction publique ou les entreprises publiques avec des bastions inviolables, le corps des enseignants par exemple, les services hospitaliers, les personnels de collectivités locales, les cheminots, les salaries de la RATP. Ne parlons pas de l’aristocratie des vaches sacrées de la haute fonction publique. Le corps des Mines qui se croit propriétaire de tout le secteur de l’énergie, ou des promos de l’ENA… (comme la promotion Voltaire celle de François Hollande gouverne la France aujourd’hui). Tous ces personnels protégés par un statut qui leur garantit un emploi à vie, avec une grille qui évolue en fonction de procédures mécaniques, et des systèmes de retraite qui ont toujours échappé à la reforme. Les régimes spéciaux n’ont pas bougé d’un millimètre.   

Mais il n y a pas que des fonctionnaires qui se croient intouchables, il y a aussi beaucoup de professions règlementées jouissant d’un monopole qui a généré des rentes. Les chauffeurs de taxis ont bloqué la circulation cette semaine parce qu'ils se battront bec et ongles pour se protéger de  la concurrence. Les pharmaciens sont en guerre avec les hypermarchés, et  les avocats avec  les notaires, tout ce beau monde  harcèle son ministère de tutelle respectif pour qu'il les protège. Les routiers l’ont fait, ils sont prêts à recommencer. Les intermittents du spectacle sont passés maitres dans l’exercice. Ne parlons pas des associations culturelles, des producteurs de cinéma ou de théâtre et des permanents syndicaux qui n’ont pas à souhaiter des syndicats forts et représentatifs. Plus un syndicat sera fort, plus ses dirigeants auront des comptes à rendre. Ce n’est guère confortable.  L’inverse est plus cool comme disent les jeunes, mais la performance du syndicat ne correspond plus à l’intérêt général.

Ne parlons pas enfin de la cohorte des élus, députes, sénateurs ; conseillers généraux et régionaux, les seigneurs locaux, ceux qui assurent le service de proximité avec l’électeur qui sont paniqués à l’idée de perdre leur fonction, c’est à dire pour tous,  leur Job, leur bureau, leur chauffeur. Ils craignent que leurs électeurs les chassent, mais ils seront remplaces illico par les cousins d’en face. Plus grave tous les politiques de droite et de gauche et du centre, et des extrêmes tous se disent que si on supprime des collectivités locales, on n’existera plus. Ils vont donc tous le liguer pour protéger la corporation. Depuis mardi, jour de la conférence de presse, ils saluent le courage du président mais ont commencé à comploter pour imaginer des scénarios afin de faire avorter une réforme des départements pas encore conçue. Ils ont toujours fait cela. Sous tous les régimes.

Le résultat : la France a l’appareil de gestion local le plus émietté, le plus compliqué et le plus couteux de toutes les vieilles et grandes démocraties. François hollande voudrait maintenant le reformer, comme Nicolas Sarkozy qui avait commencé, comme jean Pierre Raffarin qui a très vite abandonné, comme Raymond Barre jusqu’à ce que VGE lui explique qu’il y avait autre chose à faire de plus important. Courage Fuyons devant les représentants de la nation.

La France des vaches sacrées est finalement très importante, très peuplée. Très bien organisée aussi. Elle se nourrit de rentes de situation, octroyées par l’état ou les collectivités locales,  elle se conforte par la démagogie et la lâcheté des  responsables politiques.

Cette France des vaches sacrées recrutent à tour de bras aujourd’hui  parmi ceux qui ont peur de la mondialisation parce qu’ils pensent qu'elle provoque les délocalisations et par conséquent le chômage.

Elle se recrute aussi chez tous ceux qui craignent le progrès technologique, facteur d’obsolescence qui oblige chacun à réagir par l’effort et l’innovation. Alors plutôt que de consentir l’effort nécessaire on demande et on obtient l’application du principe de précaution, instrument clef du conservatisme puisqu’il fige tout. 

Les vaches sacrées se recrutent enfin dans toutes les catégories qui refusent la concurrence. Parce que la concurrence c’est se comparer aux autres et prendre le risque d’être moins bon. Donc fermons toutes les ouvertures possibles.

François Hollande a été élu président de la république avec une majorité de vaches sacrée, les élus et les permanents du parti, la fonction publique, les professionnels  menacées par la mondialisation et la révolution technologique, le permanents de partis politique  etc. etc. … c’est le cœur de son marché politique.

Or le virage qu'il annonce au niveau de la politique économique le conduit automatiquement à remettre en cause la situation des vaches sacrées.

Quand le président dit qu'il faut désormais initier « une politique de l’offre », il cherche à faire ce qu’ont fait toutes les grandes démocraties développées. De L’Allemagne a la grande Bretagne … Pour trouver de la croissance et des emplois,  il faut inventer des produits et des services nouveaux. Plus de 60% des dépenses de consommation aujourd’hui sont faites avec des produits et des services qui n’existaient pas il y a dix ans. Plus de 60% des dépenses,  donc de l’activité, donc de l’emploi seront faits avec des produits, et des services qui n’existent pas encore aujourd'hui.

Il faut donc les inventer si non d’autres le feront dans le monde et nous seront oblige de les importer si nous pouvons…alors bien sur c est beaucoup plus difficile que de se lâcher sur le déficit budgétaire et distribuer des revenus fictifs financés sur emprunt qu'on ne pourra pas rembourser. Ce qui est le cas aujourd’hui.   

Cette logique de l’offre a deux conséquences, D’abord elle ringardise les activités anciennes, (pourquoi soutenir une demande dans les pays occidentaux qui sont déjà saturés...) donc elle fragilise encore davantage les secteurs traditionnels. Il est évident que l’avenir de l’industrie automobile traditionnelle n’est plus en occident. Faudrait mieux l’expliquer plutôt que de faire croire qu'on peut encore sauver la fabrication d’automobiles Peugeot en France. 

Ensuite, elle concentre tous l’effort sur l’économie marchande, l’investissement, l’innovation technique ou commerciale, la compétitivité, l’objectif étant de créer de la valeur sur une offre concurrentielle. Mais ce faisant elle engendre un transfert de moyens du public au privé.

D’où l’objectif de réduire les dépenses publiques, de réduire le périmètre de l’état. A moins que l’état soit capable de produire une offre nouvelle et inédite.

Une telle orientation met évidemment à mal la France des vaches sacrées. Les fonctionnaires craignent d’avoir moins de moyens ; ils ont raison, les professions protégées craignent la concurrence  dans tous les domaines, de l’éducation à la santé. Et ils n’ont pas forcement raison mais faudrait encore leur prouver. Ce qui est possible. Un seul exemple : dans l’éducation nationale par exemple, bastion du conservatisme, on sait bien que dans les régions ou les établissements privés sont très nombreux, (en Bretagne) , la qualité de l’enseignement publique est meilleure… cela étant ces expériences de concurrence public-privé sont rares.

Dans l’ensemble, la France des vaches sacrées va se retrouver pour s’opposer aux reformes obligées par la modernité. Le président de la République les a tellement caressées dans le sens du poil pendant la campagne électorale, qu'elles n’accepteront pas qu’il se retrouve aujourd’hui sur un modèle sponsorisé par le Medef.


Voir l'article : http://www.atlantico.fr/decryptage/quand-corporatismes-et-corps-intermediaires-preparent-rebellion-francois-hollande-veut-tout-reformer%E2%80%A6-mais-avec-qui-jean-marc-sy-956736.html#6vvJJoxqbW3ESvlV.99

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