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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 13:19

En février 2011, profitant d'un relmarquable article de Laurent Zecchini sur ce pays publié dans Le Monde, Regards-citoyens.com s'est intéressé à la situation réelle en Jordanie, ce pays si singiulier qui jouxte la quasi-totalité des zones de crises et de conflits au Proche Orient et dont l'avenir est incontestablement scellé à leur issue.

Voir http://www.regards-citoyens.com/article-quelle-est-la-situation-reelle-en-jordanie-67001170.html

A peine trois années plus tard, il apparait des plus utile de revenir sur l'état réel de ce pays.

C'est pourquoi Regards-citoyens.com propose ici à ses lecteurs de prendre connaissance du regard porté au cours du premier semestre 2013 par Anne Bernas pour le compte de RFI.

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La Jordanie, un pays sous perfusion, par Anne Bernas (RFI)

(source : http://www.rfi.fr/moyen-orient/20130621-jordanie-abdallah-syrie-perfusion-pris-etau-etats-unis-voisins-turbulents)

Dans l’ébullition proche-orientale actuelle, la Jordanie fait peu parler d’elle. La situation économique et sociale est pourtant dramatique et les crises se déroulant chez ses voisins pour le moins turbulents ont des conséquences aggravantes sur le pays. Le royaume hachémite vit sous perfusion étrangère, mais il semblerait s’en accommoder, quitte à parfois transformer les aléas en bénéfices.

Pays à 92 % désertique avec des ressources naturelles proches de zéro, l’économie jordanienne est encore debout, principalement grâce aux aides. La Jordanie est un pays sous perfusion extrême. Et le phénomène ne cesse de s’accroître. L’aide provenant de Riyad est fonction de la situation en Syrie. Un deal officieux existe entre l’Arabie Saoudite et la Jordanie. Le premier arrose de dollars le second. Quant à la Jordanie, elle aide  militairement les Etats du Golfe.

Mais, depuis le départ des Britanniques et à côté des multiples aides fournies par les grandes institutions mondiales (Banque mondiale, Union européenne, FMI, etc), ce sont les Etats-Unis qui sont le principal donateur. Les aides civiles et économiques ont atteint jusqu’à deux milliards de dollars ! Depuis l’arrivée au pouvoir d’Abdallah II, Washington verse à Amman 900 millions de dollars par an. Mais cette aide financière a des contreparties.

Terre d’accueil… de forces spéciales étrangères

Dans le domaine sécuritaire, la totalité des matériels utilisés en Jordanie, des tanks aux avions en passant par les lance-roquettes, a été « donnée » à Amman. Sans les Américains, là encore, la Jordanie aurait des frontières aussi poreuses que le Liban. Le roi Abdallah II qui, jusqu’à présent, affichait une neutralité décomplexée face au drame syrien, a affirmé le 16 juin dernier que son pays pouvait se défendre « seul » face à une éventuelle propagation du conflit syrien.

 

 

Seul, mais uniquement après que les Etats-Unis aient confirmé le maintien d'avions et de missiles dans le pays. Des avions de combat F-16 et des missiles Patriot, qui vont rester sur le territoire après les manœuvres qui viennent tout juste de s’achever dans le cadre de l’opération Eager Lion 2013. Face à la gravité de la crise syrienne, les Américains vont aussi conserver des navires amphibies sur la côte de la mer Rouge, en accord avec les autorités jordaniennes.

Selon le Los Angeles Times daté du 21 juin, la CIA et des forces spéciales américaines formeraient par ailleurs dans le plus grand secret, depuis novembre 2012, des rebelles syriens au sud-ouest d’Amman. Information que la Maison blanche a refusé de commenter et qui a été rapidement démentie par le Premier ministre jordanien Abdallah Nsour.

La démarche des Américains répond à leur crainte de voir le conflit syrien se propager chez leur précieux allié jordanien, l'un des deux seuls pays arabes à avoir signé un traité de paix avec Israël, en 1994. En avril, le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, a révélé que quelque 150 militaires américains avaient été déployés en Jordanie depuis 2012, portant à plus de 200 hommes la présence américaine dans le royaume. Ce 21 juin, Washington a annoncé que quelque 700 soldats supplémentaires venaient d'être déployés sur le territoire jordanien.

Des forces spéciales britanniques et françaises sont aussi présentes aux côtés des forces américaines dans le royaume. Le mois dernier, les forces spéciales françaises, renforcées, se seraient entraînées dans le Wadi Rum en vue d’une éventuelle intervention en Syrie.

Par ailleurs, probablement sur demande des Etats-Unis, la Jordanie autorise désormais des drones israéliens à survoler son territoire pour effectuer des missions de surveillance en Syrie, au grand dam du dictateur syrien qui n’a pas tardé à menacer publiquement son voisin de représailles.

En échange de toutes les aides reçues, Amman essaie perpétuellement de se vendre et de se rendre utile, via sa participation dans les différentes missions de l’ONU, en Afghanistan, en Libye, et maintenant en Syrie, alors que tout laisse penser que, vu le contexte régional, le pays aurait plutôt intérêt à faire le dos rond…

Terre d’accueil historique de réfugiés…

 

 

La moindre secousse régionale a un effet direct sur la Jordanie, et avant tout en ce qui concerne les réfugiés. Dans les années 1950, c’était les Palestiniens. Plus de la moitié de la population du royaume est constituée de Palestiniens. La reine Rania est elle-même d’origine palestinienne.

Officiellement, il y aurait deux millions de réfugiés palestiniens dans le pays, principalement concentrés dans les villes du nord-ouest. Officieusement, ils seraient majoritaires sur les Jordaniens « de souche », qui eux sont issus de tribus, de grandes familles bédouines, et qui jouissent de faveurs considérables (dans l’armée, dans l’administration, etc) de la part de la monarchie hachémite en échange d’un soutien plus ou moins indéfectible.

Les Irakiens sont arrivés en masse dans le pays à partir de 2003. Leur nombre a atteint 700 000 pour être aujourd’hui d’environ 450 000 selon le Haut commissariat aux réfugiés de l’ONU. Depuis 2011, les Syriens ne cessent d’affluer. Plus de 500 000 se sont aujourd’hui réfugiés dans le royaume hachémite. Ainsi, les Jordaniens « de souche » sont de moins en moins nombreux. Situation qui contribue à la fragilité du pays.

Sur 6,5 millions d’habitants, plus de 4 millions viendraient de l’extérieur (des Circassiens, Tcherkesses et Caucasiens peuplent également la Jordanie). Actuellement, le déficit budgétaire de la Jordanie dépasse 10 % du PIB, les emplois mal rémunérés sont souvent pris d’assaut par les réfugiés. Certes, l'afflux massif de réfugiés affaiblit l’économie du royaume, mais il représente également une manne financière sans précédent. Le 16 juin dernier, le Canada a, par exemple, promis 100 millions de dollars à la Jordanie pour qu'elle puisse continuer d'accueillir temporairement les milliers de Syriens. La question de l’aide aux réfugiés syriens en Jordanie devrait d’ailleurs être en première ligne de la visite du président français François Hollande, ce dimanche à Amman.

Une population « dépossédée » de son pays

Ainsi, la Jordanie est totalement dépendante des pays étrangers, et se trouve dans une réelle impasse économique ce qui la place dans une perpétuelle fragilité. Les Jordaniens se retrouvent, selon la formule de la chercheuse Hana Jaber, « dépossédés » de leur pays. D’autant que la libéralisation effrénée, la spéculation massive et la demande croissante des bailleurs ajoutées à la pression de la population laissent une marge de manœuvre très étroite pour le roi.

Pourtant, les fragilités du pays pourraient en réalité préserver la monarchie. Car les turbulences externes et la dépendance économique vis-à-vis de l’extérieur tendent à unir dans une certaine mesure les Jordaniens, toutes catégories confondues.

Et si les heurts et les manifestations violentes se poursuivent malgré tout dans le royaume, les Jordaniens « de souche » restent avant tout attachés à leur tribu, les Palestiniens ne sont pas unis et des différences sociales entre eux sont gigantesques. Quant aux islamistes, à l’origine en majorité Palestiniens mais de plus en plus rejoints par des Jordaniens « de souche », ils restent divisés sur de nombreuses questions.

Le souffle des printemps arabes incite certains à évoquer une prochaine chute du régime. Les revendications d’une partie de la population, médiatisées depuis 2011, ne sont pas nouvelles. L’opposition islamiste se fait entendre dans le royaume depuis des années. Elle réclame des changements politiques, mais surtout sociaux et locaux, sans appeler au départ du roi.

Dès lors Abdallah II joue l’apaisement. Et les derniers « réchauffements » entre le roi et Khaled Mechaal illustrent, entre autres, son désir de satisfaire les partisans islamistes et de calmer les Palestiniens de l’intérieur.

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