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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 10:44

La « révolte de Kiev » sera à l’ordre du jour, ce lundi 10 février, de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Bruxelles, lors du « lunch » (déjeuner en français, dîner en belge). La tactique de « pourrissement » jouée par le régime – n’est cependant pas de bon augure. Et chacun peut craindre qu’après les jeux de Sotchi – et la relative trêve olympique -, la répression ne reprenne son cours, de façon plus intensive. Les Européens auront-ils le temps de réfléchir aussi au long terme de leurs relations avec l’Ukraine et au-delà ? On l’espère. Car l’Union européenne ne peut plus avancer les yeux bandés sur sa politique « d’association » comme sur les « bordures » de l’Europe, qu’il parait nécessaire de revisiter ou redéfinir.

Revisiter la politique de voisinage

« Revisiter » ne signifie pas abandonner la politique de voisinage. Il faut réexaminer cette politique sous un angle nouveau : celui d’un élargissement de l’Europe en passe de se terminer et d’un voisin russe qui a réaffirmé sa volonté de présence politique, de façon éclatante en 2008 avec le passage en force de la frontière géorgienne. 1991 est loin aujourd’hui… Le temps d’une Russie affaiblie par la fin de l’ex-Urss doit être vu comme une page de l’histoire qui est en train de se tourner.

Un accord d’association n’est pas neutre

Même si les Européens s’en défendent, signer un accord d’association avec un pays n’est pas « neutre ». Cela signifie une ouverture profonde d’une économie sur l’autre, certaines réformes structurelles et un certain engagement en matière de gouvernance comme de Droits de l’Homme, qui a une réelle signification politique comme économique. Cela signifie également un contrecoup sur les autres accords que pourrait signer le pays concerné avec ses autres voisins. Ce n’est donc pas un simple accord d’importation de voitures ou de produits laitiers. C’est un acte d’importance à la fois pour les habitants du pays concerné, ceux des pays aux alentours et les Européens plus généralement.

L’Est n’est pas le Sud

Avoir une politique de « voisinage » fondée sur les mêmes « calibres » entre l’Est et le Sud c’est oublier certaines données géopolitiques.

Au Sud, nous sommes face à une multitude de pays qui ne sont que très peu liés entre eux, sinon par un sentiment d’appartenir à une communauté arabe (pour certains), ou sont en hostilité latente et ont achevé leur processus de décolonisation. Pour ces pays, il est aussi assez clair qu’un accord d’association (Turquie mis à part) ne signifie pas un premier pas vers l’intégration dans l’Union européenne. Car manque une condition primaire : être sur le territoire européen.

A l’Est, il y a des pays certes aujourd’hui indépendants mais qui n’ont pas encore achevé leur « décolonisation » de leur ancien suzerain, russe. D’une part, il y a cette « ombre » permanente de Moscou. Un géant russe qui ne peut être ni ignoré, ni méprisé. D’autre part, ces pays sont, plus ou moins, sur le territoire européen et ont « vocation » intrinsèque à entrer dans l’Union européenne, du moins en l’état de la définition politique de l’élargissement. Et ils y croient. Ce n’est pas l’association que les Ukrainiens visent, c’est faire partie de l’Europe. Ce d’autant qu’ils sont très proches de certains pays avec qui ils partagent une même histoire : l’Ukraine avec la Lituanie et la Pologne et la Moldavie avec la Roumanie. Il ne faut pas minimiser ces liens, cette histoire et cette psychologie communes qui ne sont pas seulement le hasard de la géographie. Un accord d’association apparait donc pour ces pays de la bordure comme une simple étape nécessaire vers l’intégration dans l’Union européenne. Même si un pays comme l’Ukraine ne ressemble à un État de droit que de nom…

Ouvrir les yeux sur les liens entre la Russie et ses voisins

En promettant un accord d’association, en voulant le négocier à « deux » avec Kiev et en n’impliquant pas Moscou, l’Europe a joué et joue toujours avec le feu. Même si la théorie politique veut que chaque État soit indépendant, il est une réalité géographique, politique, historique : l’Ukraine a de forts liens avec la Russie. Sauf à revenir à une époque où ce territoire faisait partie… de la Pologne, négocier aujourd’hui un accord « d’association » avec Kiev oblige d’une certaine manière à avoir l’accord de Moscou. Négocier « contre ou sans Moscou », comme le rappelait à la conférence sur la sécurité de Münich, dernièrement, le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, ne semble donc pas possible dans la vie réelle.

Une différence d’approche

Les Européens ne veulent (et ne peuvent) pas s’engager dans un nouveau conflit de guerre froide avec leur voisin russe. Moscou qui mène sur ce plan une « vraie approche globale », celle dont se vantent les Européens mais qu’ils n’arrivent pas à mettre en œuvre. Le Kremlin a la haute main sur l’instrument juridique et politique, comme sur les principaux éléments économiques (le gaz notamment). Face à lui, les Européens apparaissent divisés. Poutine le sait et peut jouer de ses divisions.

Le voisinage a besoin d’une vraie politique, l’Europe a besoin de stabilité

Il faut trouver « autre chose » qui soit à la fois plus fort et plus utile pour les pays à sa bordure, qui ne sonne pas comme une provocation ou un détachement pour les puissances régionales, et qui organise le pourtour européen non pas comme des pays « associés » de façon unitaire à l’Europe mais les organise selon des logiques régionales. L’Europe a, avant tout, besoin de stabilité à ses frontières. Ce qui est en train de se produire en Ukraine pourrait ouvrir sur une grave période d’instabilité sur un pays important de notre voisinage qui couvre quasiment toute la frontière Est de l’Europe : des pays baltes à la Roumanie. De façon réaliste, Bruxelles comme Moscou n’ont pas intérêt à ce que le « baril de poudre » ukrainien explose de façon incontrôlée. Et la Russie est, quelque part, un allié « objectif » de la construction européenne (même si nous ne partageons pas vraiment toujours les mêmes valeurs). Il paraît nécessaire donc d’ouvrir un dialogue Bruxelles-Moscou-Kiev.

Délimiter l’Europe

Un flou sur les frontières à éclaircir

Cette affaire met en lumière, le flou qui règne aujourd’hui sur les limites de l’Europe. Ce flou – utile – dans le passé – se révèle néfaste aujourd’hui, à l’intérieur comme à l’extérieur. Quand le commissaire à l’Elargissement Stefan Füle, indique qu’il faudra un moment se poser la question de l’adhésion de l’Ukraine à l’UE, il rallume un baril de poudre, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’UE. (Füle a dit à Münich : « Si nous sommes sérieux pour aider la transformation de l’Ukraine, nous devons envisager des instruments sérieux, notamment utiliser l’instrument d’élargissement »).

A l’intérieur, il génère un certain sentiment d’insécurité, une absence d’appropriation de ce qu’est l’Europe : à Quinze hier, à 27 puis 28 aujourd’hui, à 33 demain (avec les pays des Balkans). Où s’arrêtera ce qui ressemble de plus en plus à une fuite en avant ? D’autant que la plupart des questions liées à l’élargissement ne sont toujours pas réglées. Les sommets « constitutionnels » successifs : à Nice dans le début des années 2000, comme à Lisbonne en 2007 n’ont pas vraiment réglé le problème de gouvernance à l’Européenne, notamment sur le « comment » organiser à 35 les structures européennes.

A l’extérieur, cette expansion progressive peut être regardée de manière inquiétante. Comme une tentative d’appropriation. A commencer par la Russie, si jalouse de son ancien empire, avec des dirigeants qui pensent encore en zone « ex-Union soviétique ».

Il importe donc clairement de définir la limite à l’Union européenne. Et vite. Point n’est besoin d’un changement de Traité, il suffit d’une réaffirmation des critères accompagnée d’une déclaration politique que l’Union européenne a atteint aujourd’hui (avec l’intégration des Balkans) son seuil de maturité. Et qu’aucune décision de nouvel « élargissement » en dehors des négociations déjà engagées ou promises (Balkans, Norvège, Islande, Turquie) ne sera plus entamée.

PS : Un test ! En politique, comme en recherche scientifique, il faut parfois raisonner en « test ». Faisons donc le « test de Moscou ». Supposons que le Kremlin change d’avis (d’ici dix ans par exemple) et demande à signer un accord d’association puis à négocier une adhésion à l’Union européenne, en s’engageant à respecter tous les critères indiqués. Sera-ce possible sans dévoyer l’Union européenne et menacer les équilibres, souvent difficiles à trouver entre les pays européens, d’accepter une telle candidature ?

Source : http://www.bruxelles2.eu/politique-etrangere/quelques-lecons-de-la-crise-ukrainienne.html#comment-39725

Voir également :

 * L'Ukraine n'est absolument pas prête à une association avec une Union européenne qui peine à assurer sa mission à l'égard de ses propres nations !

 * Euromaïdan, ou la « bataille d’Ukraine », par Jean-Marie Chauvier (Mondialisation.ca)

 

 

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