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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 16:28

A la faveur des crises en série qui s’y succèdent en multipliant les traumatismes de toutes sortes (économiques, sociaux, humains, politiques), on assiste aujourd’hui à la manifestation quotidienne d’une une défiance généralisée à l’égard et entre les différents agents impliqués dans le fonctionnement de l’économie sociale de marché dans l’espace transatlantique.

La situation catastrophique créée d’abord par l’échec dramatique de l’aventure anglo-américaine en Irak a tout d’abord été porteuse d’angoisses particulièrement fortes à l’égard de la capacité de l’ONU, d’une part, et de l’hyperpuissance, d’autre part, lorsque le Conseil de sécurité des Nations unies se montre défaillant, à « régenter » les questions de sécurité internationale de manière acceptable, c'est-à-dire non structurellement traumatisante, pour les différentes parties. Avec elle, c’est la confiance dans la capacité de régulation stratégique des Etats les plus puissants militairement qui s’est soudainement effondrée.

Ensuite, la situation tout aussi catastrophique issue de la crise systémique financière initiée par de surprenantes « défaillances » du système économique et financier anglo-saxon a mis à mal la confiance des marchés autant que des peuples dans la capacité d’autorégulation d’une économie financiarisée qui se veut non seulement libérale, mais créatrice de richesses, et partant, porteuse de progrès.

L’incapacité de la puissance publique internationale incarnée dans des fora de régulation multilatéraux (G-8, G20, Union européenne, etc.) et internationaux (Institutions financières internationales) de produire un sursaut salvateur à même de pallier le défaut d’autorégulation des marchés financiers et des opérateurs bancaires par des mesures prudentielles et assurantielles appropriées autant que la défaillance des analystes et prévisionnistes de tous poils a participé à amplifier la défiance des agents économiques et sociaux à l’égard des gouvernants autant que de l’expertise technique sur laquelle les premiers tendent à appuyer leurs décisions.

La crise, désormais systémique, de la dette souveraine, en provoquant des tensions extrêmement traumatisantes sur les devises autant que sur les marchés monétaires et obligataires, a aggravé la défiance des populations à l’égard non seulement des technostructures en charge d’épauler les gouvernements démocratiquement élus, mais des monnaies elles-mêmes, portant du même coup atteinte à leur souveraineté.

Au risque de défaut généralisé de paiement des dettes publiques de nature budgétaire de la plupart des pays membres de l’OCDE, et non des moindres, s’ajoute désormais un risque de défaut généralisé d’intervention des amortisseurs sociaux que nos démocraties politiques socio-libérales avaient pourtant su générer, ces derniers se trouvant également placés face à une crise grave de liquidités.

Comment ne pas souligner, tout en la déplorant, la perte de confiance des citoyens-consommateurs dans des institutions publiques qui ne parviennent même plus à garantir de manière spontanée et automatique le respect des principes et des valeurs qui fondent le contrat politique et social que consacrent les lois fondamentales ; une défiance qui puise chaque jour davantage sa substance dans des scandales qui traduisent publiquement leur incapacité à garantir la sécurité alimentaire et la sécurité sanitaire pour tous.

La défiance des citoyens aussi impatients qu’incrédules à l’égard des partis politiques, qu’ils jugent, pour une majorité d’entre eux, dévoyés et incapables de traduire en programmes crédibles leurs espoirs, ne cesse de croître comme en attestent les taux croissants d’abstention aux différentes élections démocratiques.

Comme si cela ne suffisait pas au tableau, la perte de vitesse du système productif de ces mêmes pays dans la compétition internationale favorisée par une mondialisation et une globalisation qui ne font aucune place aux tergiversations improductives et aux replis sur soi impulsifs, ajoute encore à la morosité sociale et aux angoisses collectives de populations meurtries auxquelles les leaders politiques de tous bords avaient pourtant promis de tirer, à leur profit aussi, le meilleur parti du libre échange économique, de la dérégulation, de la réglementation, et de l’ouverture de nouveaux marchés internationaux mieux à même d’absorber leurs propres productions.

Quant à la technologie, bien qu’elle soit pourtant quelquefois érigée en dieu des temps modernes (celle grâce à laquelle tout serait désormais possible), les fractures sociales et générationnelles qu’elle engendre comme les bulles financières qu’elle favorise et les traumatismes qui en résultent ne la qualifie plus pour redonner cette confiance perdue dans l’économie sociale de marché telle qu’elle est aujourd’hui à l’œuvre dans des démocraties libérales de plus en plus vacillantes !

Quant à la culture, et à l’espoir si grand que chacun tend à placer dans ce qu’elle peut produire de fécond et d’universel, sa marchandisation rampante et sa politisation à quatre sous participent à lui retirer une bonne part de la confiance qu’une société doit lui accorder sauf à créer les conditions d’un déclin inéluctable ! Comme le déplore Stiegler, la médiacratie désormais à l'oeuvre participe à la désintégration et à déshumanisation de notre corpus socio-culturel !

Même la belle utopie portée par les projets politique et culturel européens en lieu et place d’un rêve américain quelquepeu émoussé n’a plus ce pouvoir d’entraînement et de fascination qui en fit pourtant pendant plusieurs décennies l’un des ressorts d’une espérance dans un avenir meilleur et plus juste, et dans l’Homme ; une espérance partagée par tous : hommes et femmes, jeunes, moins jeunes, personnes âgées, sympathisants de gauche, de droite, du centre, actifs, retraités, individus sans emploi, malades, bien portants, handicapés, croyants, athées, agnostiques ; une espérance qui permet de faire ‘société des Hommes’ une société multiculturelle qui se construit, dans la sérénité de processus apaisés, un destin, des projets, et un avenir collectif fondés sur une confiance mutuelle, un dynamisme fécond et une solidarité de fait.

On le voit bien : la perte de confiance mutuelle à l’oeuvre entre ses différents agents rend improbable une reprise vertueuse de l’économie sociale de marché dans l’espace transatlantique en même temps qu’elle porte atteinte au modèle actuel de démocratie libérale.

En face d’un tel constat particulièrement débilitant d’une défiance généralisée de chacun de ces agents individuels et collectifs envers l’autre, il n’est pas étonnant de voir se multiplier les discours et les programmes populistes les plus ravageurs autant que les adhésions d’individus libres en souffrance à des sectes ou mouvements sectaires tout aussi ravageurs !

L’heure est venue d’un sursaut collectif salvateur !

Une nouvelle 'nuit du 4 âoût' est indispensable, sous une forme ou sous une autre mais aussi pacifique que déterminante !

A chacun de prendre, en toute liberté, en responsabilité et en conscience, sa part de la tâche qui lui revient pour qu’il en soit ainsi !

Voir également : 

 * Reconstruire la confiance dans la capacité des Etats à honorer leurs engagements, notamment politiques et financiers

 * Comment la politique peut-elle retrouver des marges de manoeuvre par rapport à la globalisation ? - nouvelle édition -

 * La social-démocratie, naufragée de la dette ? Réhabiliter d'urgence la solidarité budgétaire ! par Frédéric Ménager (Le Monde)

 * L’UE dans la crise du capitalisme occidental - Du marché comme fondement de l’intégration économique au modèle social

 * Crises mondiales : il est urgent de redonner confiance à ceux qui l'ont perdue (nouvelle édition)

 * Jacques Attali : "Les Etats se comportent comme Bernard Madoff" (Le Monde)

 * Le 4 août 1789, premier des "grands soirs" (Jérôme Gautheret et Thomas Wieder, Le Monde.fr) - nouvelle édition -

 * "La vérité si j'mens" : un programme qui ne fait recette nulle part !

 * Contre la dictature financière, la révolte nécessaire, par Edwy Plenel (Mediapart) 

 * "Nous vivons une crise non pas de la zone euro mais de l'endettement public", par Herman Van Rompuy, président du Conseil européen (Le Monde) 

 * Retour sur images : Les Européens ont voté pour que la crise continue, par Michel Rocard 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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