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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 12:07

Les résultats de la votation suisse sur l'immigration et l'instauration d'une préférence nationale ont surpris les milieux européens qui estimaient encore, à la veille du scrutin, que le « oui » ne l'emporterait pas.

Les mises en garde préalables de José Manuel Barroso, le président de la Commission, et de Viviane Reding, la commissaire à la justice et aux droits fondamentaux, n'ont apparemment pas suffi à décourager les adversaires de la libre-circulation.

Dimanche, la Commission a publié une très brève réaction évoquant son « regret ». Selon elle, la votation « va à l'encontre du principe de libre-circulation des personnes entre l'UE et la Suisse ». L'Union, indique ce communiqué, examinera dès lors « les implications de cette initiative sur l'ensemble des relations » entre les Vingt-Huit et Berne. « Dans ce contexte la position du Conseil fédéral sera aussi prise en compte. »

REPLIS NATIONALISTES

Interrogé par la Radio suisse romande, le ministre luxembourgeois des affaires étrangères, Jean Asselborn, a été l'un des premiers à réagir. « Il faut accepter le choix du peuple suisse mais cela aura des conséquences », a-t-il indiqué. Pour le ministre, « la libre-circulation des citoyens européens a un pendant, c'est le marché intérieur. La liberté de circuler ne saurait être bradée, ni dans son principe, ni dans ses réalisations. Et le peuple suisse doit respecter les valeurs de l'UE ».

Pour M. Asselborn qui, dit-il, « refuse d'être radical », le vote de dimanche représente « en quelque sorte un coup d'arrêt aux relations anciennes entre la Suisse et l'UE ». Il estime que la politique du gouvernement britannique dans le domaine des prestations sociales pour les travailleurs de l'Est ou certains discours d'extrême droite ont pu influencer de manière négative le débat helvétique.ans un bureau de vote, le 9 février à Zurich. | AP/WALTER BI

 

Interrogé par Le Monde, le ministre belge des affaires étrangères, Didier Reynders, estime également que les débats sur l'immigration qui agitent divers pays européens ainsi que les replis nationalistes ou régionaux, conjugués aux impacts de la crise économique, peuvent expliquer « l'agitation » du moment.

Selon lui, les ministres affaires étrangères des Vingt-Huit, qui seront en réunion à Bruxelles lundi, devront examiner « les conséquences du vote pour la Confédération helvétique et les leçons qu'elle devra tirer ». « Nous devrons interroger ses responsables sur la manière dont ils traduiront dans la réalité le résultat de la votation », souligne le ministre belge.

« LA SUISSE A PROFITÉ DE L'IMMIGRATION EUROPÉENNE »

Au Parlement européen, Hannes Swoboda, leader du groupe socialiste, a évoqué « le recul inquiétant » qu'implique le résultat de dimanche : « La Suisse tourne le dos à l'un des éléments les plus importants de sa relation avec l'UE (…) L'immigration n'est pas une menace mais un atout appréciable pour le développement économique et social de tout Etat moderne. »

Pour l'eurodéputé social-démocrate, « la Suisse a longtemps profité de l'immigration européenne », et si elle suspend cette dernière « elle ne sera plus en mesure de compter sur les bénéfices économiques et commerciaux dont elle jouit à l'heure actuelle ».

Dimanche soir, Berlin a réagi à son tour à une décision qui va « créer de nombreuses difficultés » à la Confédération, selon le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble. Le plus européen des ministres d'Angela Merkel a déclaré dans une interview à la télévision publique allemande ARD : « La Suisse ne le prendra pas mal si je dis que nous regrettons cette décision. (…) Cela montre un peu, naturellement, que dans ce monde de la globalisation les gens ressentent un malaise grandissant vis- à-vis de la liberté complète d'installation (…) Je crois que nous devons tous prendre cela au sérieux. »

Lire : Suisse : « Un vote identitaire contre l'immigration, pas contre l'Europe »

Lire : Suisse : les jeunes de l'UDC n'en « reviennent pas » de leur victoire

 

 

Voir également : La Suisse illustre la tentation xénophobe en voulant refermer ses frontières (Euractiv.fr)

La presse européenne s'interroge sur les conséquences du vote suisse pour l'UE

En Allemagne, le journal conservateur Die Welt estime que « la Suisse doit revoir sa proximité avec l'UE ». « Continuer comme ça n'est pas une option. L'UDC va apprendre à quel point il est difficile de séparer les aspects positifs des contrats bilatéraux avec Bruxelles des aspects non désirés », souligne le quotidien. En revanche, le Berliner Zeitung se montre plus compréhensif : « Ceux qui se moquent ici de la peur d'être envahi par les étrangers devraient au moins réfléchir au fait qu'en Suisse, le pourcentage des étrangers est, avec 23 % de la population totale, presque trois fois plus important qu'en Allemagne. »

 

Le quotidien belge Le Soir titre de façon provocatrice : « Les Suisses aux Européens : dehors ! » Le quotidien francophone note que « c'est tout l'échafaudage des accords bilatéraux de la Suisse avec l'Union européenne qui est assuré de s'écrouler, pour 19 516 voix sur près de 3 millions de votants ».

 

En Espagne, le quotidien de centre gauche El Pais juge, lui, que « ce résultat contraindra l'Union européenne à repenser son étroite relation avec la Suisse et met fin à la libre-circulation des personnes en vigueur depuis 2002 ». Dans son éditorial, El Pais affirme que « a victoire des opposants à “l'immigration de masse” en Suisse aura des conséquences pour tout le monde en Europe ». « Non seulement cela remet en question l'accord sur la libre-circulation des personnes établi avec l'UE, mais cela reflète aussi l'agitation populiste et xénophobe parcourant le Vieux Continent moins de trois mois avant les élections européennes. »

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