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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 14:00

L’ouvrage de T. Piketty a le mérite de chiffrer avec précision l’évolution des revenus et des patrimoines en longue période dans un certain nombre de pays, dont la France, l’Allemagne et les États-Unis. Il permet de juger de la valeur de certaines théories économiques, ainsi que du bien fondé de telle ou telle formulation. Il permet de rejeter certaines affirmations trop vite assénées, comme, par exemple, celle selon laquelle la rente – socialement injuste – ne résulterait que d’une imperfection du marché : « elle est au contraire la conséquence d’un marché du capital “pur et parfait”, au sens des économistes » (p. 674).

Cet ouvrage présente toutes les vertus d’une oeuvre véritablement scientifique : ses 976 pages extrêmement denses sont, en effet, le fruit du travail d’une vingtaine de chercheurs pendant plus de quinze ans (p. 10). Pour faciliter les comparaisons entre pays aussi bien que dans le temps, Piketty et son équipe se réfèrent au revenu national. Le revenu national (RN) est le produit intérieur brut (PIB) diminué de la dépréciation du capital (de l’ordre de 10% par an dans la plupart des pays) et ajusté des revenus nets reçus de (ou versés à) l’étranger (p. 78-82). Pour juger des inégalités des revenus ou des capitaux, ils les répartissent le plus souvent entre la moitié inférieure de la population adulte (« classes populaires »), les 40% suivants (« classes moyennes ») et le décile supérieur (« classes supérieures »), lui même décomposé entre les 9 centiles suivants (« classes aisées ») et le centile supérieur (« classes dominantes ») (p. 389-400).

1. Revenu et capital en France

Les revenus du travail

Les revenus du travail qui représentaient 80% du revenu national en 1980, n’en représentent plus que 73% en 2010. (70% en 1820 ; 57% en 1860 ; 73% en 1900 ; 67% en 1910 ; 87% en 1940).

Les revenus du capital

Les revenus du capital sont donc passés de 20% à 27% du revenu national au cours de la même période. (30% en 1820 ; 43% en 1860 ; 27% en 1900 ; 33% en 1910 ; 13% en 1940). (graphique 6.2., p. 317)

La France a aujourd’hui 66 millions d’habitants. Le revenu national est de l’ordre de 30-35.000€ par habitant : le revenu du travail est de l’ordre de 21.000€ par habitant ; celui du capital est de l’ordre de 9.000 € par habitant.

Le capital

Le patrimoine – pour Piketty, les termes « patrimoine » et « capital » sont synonymes – représente aujourd’hui environ 6 fois le revenu national : 4 pour l’immobilier d’habitation ; 2 pour les bâtiments professionnels, les équipements et le patrimoine financier. (7 fois de 1700 à 1920 ; 3 fois entre 1920 et 1960 ; 4 fois en 1990 ; 5 fois en 2000). La valeur des terres agricoles (3-3,5 RN vers 1850) et celle du capital détenu à l’étranger (1-1,5 RN vers 1900), qui représentaient des montants considérables au XIXe et au début du XXe siècle, sont devenues négligeables aujourd’hui. (graphique 3.2., p. 189) Le patrimoine public est pratiquement nul (31% du RN) : les actifs représentent 145% du RN, mais le passif (la dette publique), à 114% du RN, est presque du même montant. (graphiques 3.4. et 3.6., p. 203-204) Le patrimoine privé est de l’ordre de 150-200.000€ par habitant.

Les inégalités (des revenus, comme des patrimoines) étaient considérables à la Belle Époque. Les chocs économiques et politiques causés par la Première Guerre mondiale, la crise de 1929, la Seconde Guerre mondiale, les mesures prises à la Libération contre les collaborateurs et l’inflation (50% pendant les 3 quatre années consécutives 1945-1948, 13% en moyenne pour la période 1913-1950), les ont fortement réduites. On a pu croire, lors des « trente glorieuses », que le capitalisme avait disparu, en même temps que s’était apaisée la lutte des classes et que s’était renforcé le rôle de l’État. Depuis 1980 toutefois, les inégalités ont réapparu. Elles tendent actuellement à se renforcer.

Les inégalités dans la répartition du capital

Le patrimoine est extrêmement mal réparti. Il se concentre dans le centile, voire le millime supérieur, tandis que la moitié de la population adulte la plus défavorisée est pratiquement dépourvue de capital : en 2010, la moitié la plus mal lotie possède # 4% du patrimoine total, tandis que le décile supérieur en a # 62% et le centile supérieur # 24% (p. 404). (Décile supérieur : # 80% en 1810 ; # 90% en 1910 ; # 60% en 1970). (Centile supérieur : # 45% en 1810 ; # 60% en 1910 ; # 20% en 1970) (graphique 10.1., p. 542). Il résulte de ces chiffre que les 40% qui représentent les « classes moyennes » possèdent (depuis les années 1970) # 34% du patrimoine national, « ce qui n’est pas rien » (p. 551).

Les inégalités dans la répartition des revenus

Le décile supérieur de la hiérarchie des revenus perçoit aujourd’hui environ 35% du revenu national (45-50% de 1910 à 1914 ; 30% en 1945 ; 37% en 1965 ; 30% en 1982) (p. 414 et graphique 8.1, p. 429). La part du centile supérieur est passée de 7% du revenu national au début des années 1980 à 9% – voire légèrement plus – au début des années 2010 (20% de 1910 à 1914 ; 8% en 1945). (p. 503 et graphique 9.3). Celle du millime supérieur passe d’à peine 1,5% du RN au début des années 1980 à environ 2,5% du RN au début des années 2010, soit un quasi doublement (p. 506) : « Un phénomène nouveau a débuté en France à partir de la fin des années 1990, à savoir un fort frémissement à la hausse des très hauts salaires, et en particulier des rémunérations des cadres dirigeants des grandes entreprises, et des rémunérations pratiquées dans la finance » (p. 458).

En résumé, l’évolution des inégalités est bien représentée par des courbes en U :

très fortes au début du XXe siècle, les inégalités se sont atténuées au milieu de ce siècle, mais elles s’accroissent depuis les années 1980. Les inégalités de la Belle Époque semblent néanmoins révolues. Parmi les sévères correctifs survenus entre 1914 et 1945, deux ont des conséquences qui perdurent : l’effondrement de la part des rentiers dans le revenu national (p. 428-432, et graphiques 8.1. et 8.2.) ; l’avènement d’une classe moyenne patrimoniale (p. 550-552).

2. Revenu et capital aux États-Unis

Les revenus du travail

Comme en France, la part des revenus du travail a diminué au cours des trente dernières années : elle représentait 80% du revenu national en 1980 et 72% en 2010 (soit 1 point de moins qu’en France).

Les revenus du capital

Les revenus du capital sont donc passés de 20% à 28% du revenu national au cours de la même période. (graphique 6.5., p. 351)

Les États-Unis ont aujourd’hui 320 millions d’habitants. Le revenu national est de l’ordre de 30-35.000€ par habitant, soit au même niveau qu’en France.

Le capital

Le patrimoine ne représente qu’environ 4,5 fois le revenu national : 2 pour l’immobilier d’habitation ; 2,5 pour les bâtiments professionnels, les équipements et le patrimoine financier. (4,5 fois de 1700 à 1880f ; 5 fois en 1910 ; 4 fois en 1920 ; 5,2 fois en 1930 ; 3,8 fois en 1950 ; 4 fois en 1970). Le rapport β y est, en longue période, beaucoup plus stable qu’en Europe : en effet, les États-Unis ont été bien moins affectés que l’Europe par les deux conflits mondiaux. La valeur des terres agricoles représentait 1-1,5 RN entre 1770 et 1910. Celle du capital détenu à l’étranger a toujours été négligeable : les États-Unis n’ont jamais été une puissance coloniale. (p. 238-247, graphiques 4.6. et 4.10.)

Le patrimoine public est pratiquement nul (# 20% du RN) : les actifs représentent # 120% du RN, mais le passif (la dette publiqueg), à # 100% du RN, est presque du même montant. (graphique 4.7., p. 242)

Le patrimoine privé est, comme en France, de l’ordre de 150-200.000 € par habitant.

Les inégalités

Les inégalités (des revenus, comme des patrimoines) sont aujourd’hui beaucoup plus fortes aux États-Unis qu’en Europe. De plus, elles s’accroissent rapidement.

Si le rythme actuel se poursuivait, elles pourraient atteindre les mêmes niveaux extrêmes que dans l’Europe de la Belle Époque.

Les inégalités dans la répartition du capital

Le patrimoine est encore plus mal réparti qu’en France. En 2010, la moitié la plus mal lotie ne possède qu’environ 2% du patrimoine total, tandis que le décile supérieur en a # 72% et le centile supérieur # 33% (p. 555). (Décile supérieur : # 58% en 1810 ; # 80% en 1910 ; # 63% en 1970). (Centile supérieur : # 25% en 1810 ; # 45% en 1910 ; # 29% en 1970) (graphique 10.5., p. 555).

Il résulte de ces chiffres que les 40% qui représentent les « classes moyennes » possèdent environ 26% du patrimoine national, c’est-à-dire nettement moins qu’en France. Il résulte aussi de ces chiffres que les États-Unis étaient, au XIXe siècle, bien moins inégalitaires que l’Europe et le sont restés jusqu’en 1960. C’est à partir de cette date que la situation s’est inversée et que l’écart n’a cessé de se creuser (comparer les graphiques 10.1. et 10.5.).

Les inégalités dans la répartition des revenus

Le décile supérieur de la hiérarchie des revenus perçoit aujourd’hui environ 50% du revenu national (40-45% de 1910 à 1925 ; près de 50% en 1928, à la veille de la crise ; 30-35% de 1945 à 1980 ; 40% en 1990) (graphiques 1.1., p. 52 et 8.5., p.460). La part du centile supérieur est passée de 8% du RN en 1970-1979 à 18% du RN en 2010 (18% de 1910 à 1914 ; 10% de 1953 à 1969 ; 15% en 1990) (graphique 8.6., p. 461). Celle du millime supérieur est passée de 2% du RN en 1970 à 8% du RN en 2010, soit une multiplication par 4 à 6 (p. 506 et graphique 9.5.).

Contrairement à ce qui se passait en Europe à la Belle Époque, les inégalités concernent aujourd’hui aux États-Unis aussi bien les revenus du travail que les revenus du capital. « La montée des très hauts revenus et des très hauts salaires reflètent avant tout l’avènement des “super-cadres”, c’est-à-dire d’un groupe de cadres dirigeants des grandes entreprises parvenant à obtenir des niveaux de rémunération extrêmement élevés, inédits dans l’histoire. […] Des recherches récentes […] permettent de constater que la grande majorité des 0,1% des revenus les plus élevés correspond pendant les années 2000 à des cadres dirigeants. […] La montée des très hauts revenus américains s’explique avant tout par l’explosion des rémunérations des cadres dirigeants des grandes sociétés, que ces dernières soient dans les secteurs financiers ou non financiers » (p. 477-478).

3. Revenu et capital dans le monde

Les revenus

En 2012, le revenu mensuel se montait à 760 € par habitant dans le monde. Cette moyenne reflétait de fortes inégalités géographiques : 1.800 € en Europe ; 1.620 € en Amérique ; 200 € en Afrique ; 520 € en Asie. (tableau 1.1., p. 109)

Les inégalités géographiques ont toutefois tendance à s’atténuer de plus en plus.

La diffusion des connaissances, l’éducation, l’avènement de gouvernances publiques plus efficaces sont les principales raisons de cette convergence, de même que celle des taux de fécondité. C’est là un phénomène politique et économique de toute première importance – à mettre, soit dit en passant, au crédit de la mondialisation – qui marque très fortement le monde d’aujourd’hui.

Le capital

La population mondiale s’élevait en 2012 à 7,05 milliards d’habitants : 10% était en Europe ; 13% en Amérique ; 15% en Afrique ; 61%en Asie. (tableau 1.1., p. 109)

Le PIB mondial était évalué en 2012 à 71.200 milliards € : 25% pour l’Europe ;

29% pour l’Amérique ; 4% pour l’Afrique ; 42% pour l’Asie. (tableau 1.1., p. 109)

Le patrimoine mondial représentait, toujours en 2012, 4 fois le PIB mondial, soit 280.000 milliards €.

Le rapport β du capital mondial au revenu mondial était de 4,4 en 2010. (4,3 en 1870 ; 5 en 1910 ; 4,5 en 1920 ; 4,6 en 1930 ; 2,6 en 1950 ; 3 en 1970 ; 3,9 en 1990). (graphique 5.8., p. 309)

La population de l’Union européenne s’élevait en 2012 à 540 millions d’habitants, soit à 8% de la population mondiale. Son PIB était de 14.700 milliards €, soit 21% du PIB mondial. Le PIB par habitant était donc de 27.300 €, ce qui correspond à un revenu mensuel de 2.040 € par habitant.

Les données concernant le Royaume-Uni sont aussi nombreuses et aussi fiables que celles disponibles pour la France. Il en va de même en ce qui concerne l’Allemagne, mais depuis une date plus récente.

Au Royaume-Uni, le patrimoine représente 5 fois le revenu national : 3 pour le logement ; 2 pour le capital productif. (7 fois de 1700 à 1910 ; 3 fois en 1920 ; 2,5 fois en 1950 ; 4 fois en 1980) (graphique 3.1., p. 188). Le patrimoine public est pratiquement nul : les actifs représentent # 100% du RN, mais la dette publique est du même montant. Le patrimoine privé est, comme en France, de l’ordre de 150-200.000 € par habitant.

En Allemagne, le patrimoine ne représente qu’environ 4 fois le revenu national. (7 fois en 1870 ; 6,5 fois en 1910 ; 2,5 fois en 1950 ; 3,5 fois en 1980) (graphique 4.1., p. 225). Ce rapport relativement bas provient de deux éléments : un faible niveau des prix immobiliers depuis la réunification de l’Allemagne ; une plus faible capitalisation boursière résultant de ce que les actionnaires ont moins les coudées franches dans les conseils d’administration du fait de la participation active des salariés et autres « parties prenantes » à ces conseils. Le patrimoine privé est, comme en France, de l’ordre de 150-200.000 € par habitant.

Les inégalités

Les inégalités géographiques tendent à s’atténuer : il y a convergence entre les pays riches et les pays pauvres. En toute vraisemblance, les inégalités entre les pays s’estomperont dans un futur lointain. Il n’en va pas de même des inégalités entre les individus : les chiffres recueillis par Piketty démontrent l’inexistence de stabilisateurs automatiques. Il n’y a pas de « main invisible ».

Loin d’être des modérateurs, les marchés accentuent au contraire les inégalités.

C’est ainsi que r, le taux de rendement du capital, joue mécaniquement pour les renforcer. En effet, si r est bien en moyenne de l’ordre de 5%, il se chiffre en réalité dans un éventail pouvant aller de 1% (pour les livrets A des « classes populaires ») à 12% (pour les « placements alternatifs » : private equities, hedge funds, niches de placements immobiliers, etc.), cet éventail étant directement fonction de la taille du capital investi. Piketty le démontre en étudiant le rendement pur des dotations universitaires américaines (p. 714-719).

« Il existe actuellement plus de huit cents universités publiques et privées aux États-Unis gérant des fonds de dotation. Ces fonds vont de quelques dizaines de millions de dollars […] à plusieurs dizaines de milliards de dollars. […] Les dotations en capital des universités américaines donnent lieu à la publication de comptes financiers fiables et détaillés, […] ce qui n’est pas le cas pour les patrimoines privés ».

Le tableau 12.2., p. 716, donne, pour le taux de rendement moyen annuel des dotations universitaires, les résultats suivants : toutes universités (850) = 8,2% ; Harvard-Yale-Princeton = 10,2% ; dotations > 1 milliard $ (60) = 8,8% ; dotations 0,5-1 milliard $ (66) = 7.8% ; dotations 0,1-0,5 milliard $ = 7,1% (226) ; dotations < 0,1

milliard $ (498) = 6,2%.

Les inégalités dans la répartition du capital

En 2010, les 50% les moins bien lotis ne possèdent, aussi bien en Europe qu’aux États-Unis, que 5% du capital. Les 40% du milieu en ont 35% en Europe et 25% aux États-Unis. Les 9% suivants en possèdent 35%. Les 1% les plus riches possèdent 25% du capital en Europe et 35% du capital aux États-Unis.

Certes l’Europe de la Belle Époque était encore plus inégalitaire (5% pour les plus pauvres, 5% pour les 40% du milieu, 40% pour les 9% suivants, 50% pour le centile le plus riche), mais les prévisions pour 2030 n’en sont guère éloignées. (tableau 7.2., p 391)

Le magazine Forbes publie depuis 1987 la liste de tous les individus dont le patrimoine dépasse 1 milliard de dollars. En l’absence de données institutionnelles internationales en ce domaine et malgré leurs limites méthodologiques, les informations publiées par Forbes ont, au moins, le mérite d’exister ! et Piketty ne manque pas de les exploiter (p 689 et suivantes).

Les milliardaires étaient au nombre de 140 en 1987 ; en 2013, ils étaient 1.400 (coefficient 10). Leur patrimoine s’élevait à 300 milliards $ en 1987 ; en 2013, il atteignait 5.400 milliards $ (coefficient 20). En 1987, il y avait 5 milliardaires pour 100 millions d’habitants ; en 2013, il y en avait 30. En 1987, leur patrimoine représentait 0.4% du patrimoine mondial ; en 2013, il en représentait 1,5%. (graphiques 12.1. et 12.2., p. 691)

Pour tenter de mieux faire ressortir la réalité :

- en 1987, le 1/20 millions d’adultes le plus riche, soit 150 personnes, avait un patrimoine moyen de 1,5 milliards $

- en 2013, le 1/20 millions d’adultes le plus riche, soit 225 personnes, avait un patrimoine moyen de 15 milliards $, ce qui représente une progression de 6,4% par an

- en 1987, le 1/100 millions d’adultes le plus riche, soit 30 personnes, avait un patrimoine moyen de 3 milliards $

- en 2013, le 1/100 millions d’adultes le plus riche, soit 45 personnes, avait un patrimoine moyen de 35 milliards $, ce qui représente une progression de 6,8% par an

- NB : le patrimoine mondial moyen par adulte ne s’est accru que de 2,1% par an au cours de la même période (tableau 12.1., p. 693).

Il faut noter aussi que la part des fortunes provenant de l’héritage représente 60%-70%, contre 90% en Europe à la Belle Époque (p. 707). L’héritage va néanmoins retrouver son importance dans les années qui viennent, avec une structure toutefois différente : moins de très grosses fortunes héritées ; de plus nombreux rentiers petits et moyens (p. 601).

Les inégalités dans la répartition des revenus

En 2010, les 50% les moins bien lotis ne perçoivent que 25% en Europe et 20% aux États-Unis du total des revenus. Les 40% du milieu en touchent 40% en Europe et 30% aux États-Unis. Les 9% suivants en perçoivent respectivement 25% et 30%. Les 1% les plus riches perçoivent 10% du total des revenus en Europe et 20% aux États-Unis.

Les États-Unis de 2010 sont, dès aujourd’hui, aussi inégalitaires que l’était l’Europe de la Belle Époque. Les prévisions pour les États-Unis de 2030 vont encore au delà : 15% pour les plus pauvres, 25% pour les 40% du milieu, 35% pour les 9% suivants, 25% pour le centile le plus riche. (tableau 7.3., p 392)

Comme on l’a vu précédemment, cette évolution est due au « décrochage inédit des salaires des super-cadres. […] En tout état de cause, il est clair qu’il s’agit potentiellement d’un puissant mécanisme poussant à la divergence de la répartition des richesses : si les personnes les mieux payées fixent – au moins en partie – leur propre salaire, cela peut conduire à des inégalités de plus en plus fortes » (p. 530-531). « Sans aller jusqu’à parler de la “main qui se sert dans la caisse”, force est de constater que cette image est sans doute plus adaptée que celle de la “main invisible”, métaphore du marché selon Adam Smith. En pratique, la main invisible n’existe pas, pas plus que la concurrence “pure et parfaite”, et le marché s’incarne toujours dans des institutions spécifiques, comme des supérieurs hiérarchiques ou des comités de rémunérations » (p. 527).

Piketty considère que ces inégalités vont devenir insoutenables et qu’elles portent en germe des troubles sociaux. Il est donc urgent d’y remédier. Pour lui, il est nécessaire d’instaurer – au niveau mondial ou au moins européen – à côté de l’impôt sur les revenus, un impôt fortement progressif sur le capital. Cet impôt serait basé sur une déclaration annuelle du patrimoine, une sorte de « cadastre financier », soubassement nécessaire, en tout état de cause, au contrôle et au débat démocratique. « Cela permettrait de contenir la progression sans limite des inégalités patrimoniales mondiales, qui s’accroissent actuellement à un rythme qui n’est pas soutenable à long terme, ce dont même les plus fervents défenseurs du marché autorégulé feraient bien de se soucier » (p. 944).

(Thomas Piketty, Le capital au XXIe siècle, Seuil, Paris, 2013, 976 p. ill., 25 €)

(Annexe technique sur http://piketty.pse.ens.fr/capital21c )

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