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25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 18:39

Tour_Babel2.jpg

La tour de Babel était selon la Genèse une tour que souhaitaient construire les hommes pour atteindre le ciel.

Selon les traditions judéo-chrétiennes, c'est Nemrod, le « roi-chasseur » régnant sur les descendants de Noé, qui eut l'idée de construire à Babel (Babylone) une tour assez haute pour que son sommet atteigne le ciel.

Descendants de Noé, ils représentaient donc l'humanité entière et étaient censés tous parler la même et unique langue sur Terre, une et une seule langue adamique. Pour contrecarrer leur projet qu'il jugeait plein d'orgueil, Dieu multiplia les langues afin que les hommes ne se comprennent plus. Ainsi la construction dut s'arrêter et les hommes se dispersèrent sur la terre.

Cette histoire est parfois vue comme une tentative de réponse des hommes au mystère apparent de l'existence de plusieurs langues, mais est aussi le véhicule d'un enseignement d'ordre moral : elle illustre les dangers de vouloir se placer à l'égal de Dieu, de le défier par notre recherche de la connaissance, mais aussi la nécessité qu'a l'humanité de se parler, de se comprendre pour réaliser de grands projets, ainsi que le risque de voir échouer ces projets quand chaque groupe de spécialistes se met à parler le seul jargon de sa discipline. Ce récit peut aussi être vu comme une métaphore du malentendu humain ; où contrairement aux animaux, les êtres humains ne se comprennent pas par des signes univoques, mais bien par l'équivocité du signifiant.

Babel, c'est à la fois une tour et une ville : une entreprise collective d'abord pour se faire un nom, disent les bâtisseurs, pour exister. L'interprétation de l'épisode de Babel peut relever d'un immense malentendu - mal-entendu. François Marty, à juste raison, évoque Babel comme une chance pour l'homme. Le mythe de Babel peut être lu comme instauration, par diversité qu'entraîne la multiplicité des langues, des conditions de l'altérité, de la "biodiversité" des hommes, comme condition sine qua non de capacité à devenir civilisé en habitant des villes. La ville devient alors un creuset d'humanité. C'est Dieu lui-même qui donne un nom à cette ville : Babel, c'est la porte du ciel grâce aux conditions de l'altérité qui sont ainsi mises en place. Babel est alors une invitation à "l'ouverture à l'autre que l'autre, celui qui m'est radicalement différent comme voie qui mène au Tout autre" pour paraphraser Emmanuel Lévinas. Cette tour n'a pas d'autre but que de donner sens à l'entreprise qu'est la construction de la ville. Mais il y a malentendu. Au sommet de la ziggourat est construit un temple avec un lit et une femme qui attend. C'est du moins ce que nous enseigne l'archéologie. C'est donc une invitation adressée à Dieu pour venir visiter les hommes. Simplement, l'homme arrivé au sommet de la tour est pris d'un vertige, celui du démiurge. Il est tenté alors de se prendre pour Dieu lui-même. Il nous faut sans doute relire ce mythe de Babel, mythe fondateur de l'altérité elle-même, avec une plus grande attention portée à l'écriture au-delà des gloses et des représentations. Babel est d'abord une ville et c'est en son milieu que les hommes édifient une tour, les deux sont liés. L'ensemble est construite sur une faille - Shinéar- dit la Bible, faille qui met en relation, pour les Anciens, deux mondes : celui des hommes et celui des dieux, les Enfers. Ce texte renvoie indirectement à la première ville, celle construite par Caïn et qui a pour nom Hénoch - le commencement -, dans le pays de Nod - de l'errance. C'est la ville des premières créations des hommes avec l'artisanat et les arts de Tubalcaïn et de Youbal ; mais c'est hélas aussi la ville du crime avec Lamek (Genèse 4, 17-24) et que Dieu détruisit pour cela par un déluge. C'est ce déluge dont nous retrouvons, comme par hasard, l'origine dans le pays même où furent édifiées Babel, Ur et bien d'autres villes avec leurs ziggourats et que les Hébreux découvrent lors de leur exil à Babylone.

Les récits de constructions que les hommes tentaient d'élever jusqu'au ciel ont depuis longtemps marqué les esprits, source d’inspiration pour bon nombre d’écrivains et d’artistes.

Origine du nom

 Babel vient du mot akkadien Bāb-allah (La porte du Dieu), Bāb voulant dire « porte » et ilu voulant dire « Dieu ». (décliné allah) Autre signification bab-'el (la cité de Dieu). On peut aussi y voir une onomatopée : cf babil.

Cette origine est clairement une référence à Babylone, située dans le chapitre 11 de la Genèse, dans le pays de Shinear (Sumer).

Origine possible

 L’origine de ce mythe est bien évidemment la Mésopotamie voisine mais ses modalités d’élaboration sont encore mal définies. Son origine pourrait être la déportation à Babylone d’une partie de la population juive en 597 après la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor II (604-552). La déportation de populations civiles était une pratique courante à cette époque pour amener le calme dans les régions rebelles. Les Juifs auraient été subjugués par la grande ziggurat du dieu Marduk, située au cœur du sanctuaire de l’Esagil : « temple dont la tête est élevée ». La ziggurat en elle-même était appelée l’Etemenanki : « temple-fondation du ciel et de la terre ». Selon Francis Joannès, elle était conçue comme « le pivot qui réunissait le ciel et la terre et assurait l’unité de l’Univers ».

Les ziggurats ont été construites dans toute la Mésopotamie de la fin du troisième millénaire à l’occupation achéménide. Les plus anciennes sont l’œuvre d’Ur-Nammu (2112-2095), roi sumérien de la dynastie d’Ur III. Etemenanki était exceptionnelle par ses dimensions. Elle a bénéficié à la fois des travaux de reconstruction entrepris par Assarhaddon (680-669) et des embellissements réalisés par les souverains néo-babyloniens qui ont pu profiter d’un gigantesque butin. La ziggurat avait une base de 90 mètres de côté et peut-être une hauteur équivalente. Cela devait en faire un des monuments les plus spectaculaires de toute l’Antiquité. Elle comptait probablement 7 étages, colorés par des parements de briques émaillées (le chiffre 7 avait une valeur symbolique en Mésopotamie). Cependant sa forme n'était pas circulaire : toutes les ziggurats avaient une base carrée ou rectangulaire.

L'origine des représentations picturales d'une tour ronde peut être liée à une association tardive entre la tour de Babel et le minaret de la mosquée de Samarra situé à 205 km au nord du site et 125 km au nord de Bagdad. La tour Malwiya, qui n'est ni plus ni moins celle que l'on peut admirer dans la majorité des représentations de la tour de Babylone, sa forme unique, en spirale, a influencé de nombreux peintres et explorateurs. Cependant cette mosquée date du IXe siècle, et n'a par conséquent aucun lien avec la cité antique de Babylone.

Texte français de la Bible 

La tour de Babel est évoquée dans la Genèse, au chapitre 11, versets 1 à 9 :

Traduction dans la Bible de Jérusalem

 Tout le monde se servait d'une même langue et des mêmes mots. Comme les hommes se déplaçaient à l'Orient, ils trouvèrent une vallée au pays de Shinéar et ils s'y établirent. Ils se dirent l'un à l'autre : « Allons ! Faisons des briques et cuisons-les au feu ! » La brique leur servit de pierre et le bitume leur servit de mortier. Ils dirent : « Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux ! Faisons-nous un nom et ne soyons pas dispersés sur toute la terre ! »

Dieu descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties. Et Dieu dit : « Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel est le début de leurs entreprises ! Maintenant, aucun dessein ne sera irréalisable pour eux. Allons ! Descendons ! Et là, confondons leur langage pour qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres. » Dieu les dispersa de là sur toute la face de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville. Aussi la nomma-t-on Babel, car c'est là que Dieu confondit le langage de tous les habitants de la terre et c'est là qu'Il les dispersa sur toute la face de la terre.

Traduction courante

Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots. Comme ils étaient partis de l’orient, ils trouvèrent une plaine au pays de Chmunter , et ils y habitèrent. Ils se dirent l'un à l'autre : Allons ! Faisons des briques, et cuisons-les au feu. Et la brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de ciment. Ils dirent encore : Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre.

L'Éternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes. Et l'Éternel dit : Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c’est là ce qu'ils ont entrepris ; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu'ils auraient projeté. Allons ! descendons, et là confondons leur langage, afin qu’ils n’entendent plus la langue, les uns des autres. Et l’Éternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre ; et ils cessèrent de bâtir la Ville. C’est pourquoi on l’appela du nom de Babel, car c’est là que l’Éternel confondit le langage de toute la terre, et c’est de là que l’Éternel les dispersa sur la face de toute la terre.

Une inspiration sumérienne ?

Il existe d'autres mythes antérieurs expliquant l'origine des langues par une intervention divine. Le plus vieux d'entre eux est le mythe sumérien appelé Enmerkar et le seigneur d'Aratta. Le texte est assez fragmentaire et difficile d'approche. Enmerkar, fondateur légendaire de la cité d'Uruk, tente de soumettre la cité d'Aratta, située sur le plateau iranien et demande l'aide de la déesse Ishtar. Celle-ci lui conseille d'envoyer un héraut pour négocier avec le seigneur rival. Au cours des négociations, le héraut récite une incantation dédiée à Enki qui entraine la division des langues. Ce texte offre au final assez peu de ressemblances avec le récit biblique, aussi établir un lien quelconque entre les deux textes est pour l'heure peu évident. Enfin, on peut trouver sur Internet un récit assez étrange attribué aux Sumériens dans lequel Marduk ou Enki prive l’humanité du langage... Sans référence sérieuse, ce mythe doit être pris avec beaucoup de circonspection. Les mythes sumériens ne se sont jamais intéressés à Marduk, du simple fait que l’ascension de Babylone, et par conséquent de son dieu tutélaire, est postérieure à la chute de la dernière dynastie d’Ur III. Les mythes qui mettent en scène Marduk sont élaborés par le clergé babylonien et ne pratiquent pas cette confusion des genres.

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