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22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 17:47

Si l'on en croit les experts, l'opération libyenne aurait porté un coup fatal à la politique commune de sécurité et de défense (PSDC) de l'Union européenne : ce qui marche ce sont les coalitions de "volontaires", la coopération franco-britannique et l'OTAN, mais pas l'Europe, trop divisée. Près de vingt ans après la crise balkanique qui avait provoqué un sursaut européen avec une série d'initiatives communes, l'Union européenne de la sécurité et de la défense, en perte de vitesse, semblerait incapable de surmonter cette nouvelle crise.

Le manque d'unité politique au sein des vingt-sept Etats membres, une certaine culture de la démilitarisation et la volonté de jouer cavalier seul ont eu raison de cette impulsion. Aucune nouvelle opération militaire ni mission de police n'a été lancée depuis plus de deux ans, malgré les acquis du traité de Lisbonne. Ce ne sont pourtant pas les crises qui manquent. La région du Sahel en est un cas d'école, avec des menaces immédiates, illustrées par les prises d'otages, et des problématiques de plus long terme, tels que les flux migratoires, la sécurité alimentaire et l'instabilité institutionnelle. On sait ce qu'il faut faire et les plans d'action sont prêts. Ils articulent sécurité et développement au travers d'actions d'assistance, de formation de civils et de militaires, de fourniture d'équipements, de reconquête des services publics et d'aide au développement. Mais ces plans restent dans des cartons. Décidément, la politique a des raisons que la raison ne semble pas connaître.

La bonne nouvelle est que le contexte politique est susceptible de changer. Le Royaume-Uni a besoin de développer un agenda européen plus positif pour contrebalancer ses demandes de désengagement dans le domaine social. Il pourrait choisir d'adopter une attitude plus entreprenante en matière de sécurité commune et de relations extérieures. Marquée par l'opération libyenne, l'Allemagne ne pourra échapper à un rôle stratégique à la mesure de sa stature de géant économique, et qui s'inscrira dans l'UE.

La France doit, quant à elle, clarifier les ambiguïtés d'une position en faveur d'une PSDC ambitieuse, mais aussi séduite par la dynamique des coopérations bilatérales et par le retour au sein du commandement de l'OTAN.

De leur côté, les institutions européennes se mobilisent et sont attentives à l'érosion possible de la crédibilité de l'UE sur la scène internationale, comme l'a rappelé le président de la Commission dans son discours à Berlin le 9 novembre. Enfin, les Etats-Unis se font de plus en plus pressants, car ils veulent partager le fardeau financier des dépenses de sécurité et attendent de l'Europe qu'elle prenne ses responsabilités, comme l'ont rappelé récemment Robert Gates et Léon Panetta, les deux derniers secrétaires américains à la défense.

93 milliards d'euros

Les progrès que l'Europe économique fait sous la pression de la crise de la dette montrent le chemin à suivre pour relancer et renforcer la PSDC. Une intégration accrue est nécessaire si l'on veut tirer les leçons du passé. Les axes d'action possibles ne manquent pas mais sans une communautarisation de la PSDC, une "européanisation" de la mise en commun des moyens militaires et l'élaboration d'une nouvelle stratégie européenne de sécurité et de défense, il sera difficile de faire un réel saut qualitatif.

Le renforcement de la base industrielle européenne de défense est également indispensable et indissociable du volet politique. L'industrie européenne de défense pèse 93 milliards d'euros, 30 % de la production mondiale et près de 400 000 emplois. Mais elle souffre des restrictions budgétaires - les dépenses militaires de l'UE sont passées de 3 à moins de 1,7 % du PIB en trente ans.

Le président de la Commission vient de demander à Michel Barnier et à Antonio Tajani d'animer un groupe de projet au sein de la Commission dont l'objectif est d'explorer les options possibles pour rendre l'industrie européenne de défense et de sécurité plus forte et plus compétitive. Ce chantier permettra à la Commission de mobiliser tous les instruments de sa boîte à outils politique industrielle, marché unique, financement de technologie et d'innovation, et d'alimenter le dialogue et la coopération avec l'Agence européenne de défense, autre acteur-clé dans ce domaine.

Enfin, rien de durable ne pourra être effectué sans un renouvellement du discours politique sur la nécessité pour l'Europe d'utiliser toutes les cordes à son arc diplomatique, y compris la force.

Dans un monde globalisé dans lequel chaque acteur défend ses intérêts et ses valeurs bec et ongles, il ne faut pas être naïf. Il s'agit de la capacité de l'Europe de défendre la sécurité et la prospérité de ses citoyens.


Les opinions présentées dans cet article n'engagent pas la Commission européenne.

 

Eric Peters est conseiller au bureau de politique européenne du président de la Commission européenne (BEPA)

 

Voir également :

 * Une task force "défense" est créée au sein de la Commission européenne

 * Sous l'impulsion d'Alain Juppé et de Gérard Longuet, la France revient en force sur les grands dossiers de la politique de défense et de sécurité commune de l'UE

 * Financer la défense par des fonds communautaires. Une idée qui sent le soufre, par Nicolas Gros Verheyde (Bruxelles2.eu)

 * Il est plus que temps de rationaliser les dépenses d'équipements militaires des Etats européens surendettés ! 

 * "La contraction des budgets de défense va relancer les coopérations", par Patrick Bellouard (La Tribune)  

 * Quelle est la véritable stratégie du Royaume-Uni ? Ne joue-t-il deux partitions sur les dossiers internationaux : celle de Londres et celle de C. Ashton ! (nouvelle édition)

 * Mettre la sécurité au service du développement en la repensant de manière systémique (nouvelle édition) - première partie -

 * Mettre la sécurité au service du développement en la repensant de manière systémique (nouvelle édition) - seconde partie - 

 

  

 

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