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Publié par Patrice Cardot et Olivier Jehin

En ouvrant la séance solennelle organisée au Parlement européen le 11 novembre 2009 pour commémorer la disparition du rideau de fer, le Président du Parlement européen, Jerzy Buzek, n'a pas caché sa joie d'accueillir dans l'hémicycle bruxellois " un homme qui, il y a vingt ans, a été de ceux qui ont fait tomber le mur ". Après une première ovation debout, Vaclav Havel a écouté Jerzy Buzek rappeler que " le communisme a été renversé par les gens de la rue ", par " leur détermination et leur courage ", ce qui prouve que " les rêves sont plus forts que les murs de béton ou les systèmes politiques meurtriers ".
Si, pour l'ancien Président tchèque, la disparition du rideau de fer a signifié la fin de la division bipolaire de l'Europe et dans une certaine mesure du monde, elle n'a pas conduit à la prospérité mondiale que certains avaient espérée. Cet anniversaire doit donc être aussi l'occasion d'une réflexion sur l'avenir. Une réflexion que Vaclav Havel a voulu lancer au travers de cinq commentaires sur l'unification européenne.
  (1) nul n'était préparé à une chute aussi rapide du rideau de fer, mais l'ouest a agi de façon correcte en s'ouvrant aux pays d'Europe centrale et orientale, même s'il existe toujours " quelques petits soucis avec ces pays ". Des soucis qui sont la conséquence du communisme : " la création d'une culture politique prend du temps ", a-t-il dit. Mais, en s'ouvrant, l'ouest a évité la résurgence des nationalismes et des populismes et le spectre d'un conflit yougoslave à grande échelle en Europe. L'ouest a fait le bon choix, il lui faut encore faire preuve de compréhension et de patience. D'autant plus que les nouveaux Etats membres ont des choses à apporter à l'Europe : l'explication du totalitarisme et de la manière dont il s'insinue, la prudence " pour ne pas reproduire ce que nous avons vécu ", " la solidarité avec tous ceux qui sont confrontés au totalitarisme partout dans le monde ". Il ne peut pas y avoir " même un compromis mineur, discret et bien intentionné " avec ces régimes, a-t-il dit, " parce que le mal tire avantage de la moindre concession ". Et d'ajouter : " Notre soutien peut aider, bien plus que nous le croyons, les gens (...) en Corée du Nord, Birmanie, Iran, au Tibet, au Bélarus, à Cuba et ailleurs ". " Cela nous aidera à préparer un monde meilleur, mais nous aidera aussi à être honnêtes avec nous-mêmes ", a-t-il poursuivi, avant de saluer l'attribution du prix Sakharov à l'organisation russe de défense des droits de l'Homme Memorial
  (2) l'identité de chacun de nous comporte plusieurs couches d'identité partagées au niveau de la famille, de l'entreprise, de la commune, de l'église, du parti politique, de la nation, etc. . Et " cette appartenance partagée engendre une souveraineté partagée à chaque niveau ", a dit Vaclav Havel en soulignant que c'est dans ce contexte que s'inscrit le débat sur la Constitution européenne et sur le Traité de Lisbonne. " Les souverainetés doivent se compléter ". " En tant que Tchèque, je suis Européen (...). L'Europe est la patrie de nos patries ". S'il est convaincu que la souveraineté de l'Europe se renforcera en raison du rôle toujours plus important joué par les communautés transnationales, Vaclav Havel ne peut dire à quelle vitesse cela se fera et il reste certain que " les Etats nationaux ne disparaîtront pas ".
  (3) l'Europe a été le principal centre de civilisation de la planète pendant de longs siècles, mais elle a souvent exporté la violence avec ses valeurs. A l'avenir, elle ne devrait plus rien imposer au monde et " se limiter à inspirer ", estime Vaclav Havel. Aujourd'hui, elle constitue " l'Union supranationale la plus forte au monde " sans être née d'une violence perpétrée par le plus fort sur le plus faible. Pour Vaclav Havel, elle devrait abandonner le profit à tout prix, le culte de la croissance quantitative, l'idéal primitif consistant à chercher à rattraper les Etats-Unis ou la Chine, le pillage de la planète qui ne tient compte ni de l'environnement, ni des générations futures. Pour résumer, " l'Europe devrait davantage se référer à l'éternité et à l'infini ". Mais elle ne doit pas oublier pour autant de définit ses frontières, parce que des frontières floues ou contestables sont souvent " source de malheur ".
  (4) le Parlement européen devrait avoir des compétences plus fortes, mais il faudrait aussi envisager une institution parlementaire réunissant des parlementaires nationaux sur la base d'une égalité entre les Etats. Cette institution ne se réunirait que rarement sur des sujets particuliers nécessitant le consensus. Cela permettrait de réduire les critiques des parlements nationaux qui ont le sentiment d'être marginalisés et d'autres exigences d'équilibre, notamment au sein de la Commission européenne. Pour Vaclav Havel, un Commissaire doit être un véritable expert de son dossier, plutôt que d'être choisi pour son origine nationale ou son appartenance politique. Il souhaite aussi donner un visage unique à l'Europe (" là où se trouve une direction collective, l'Etat est menacé de désintégration ") et plaide en faveur d'une " Constitution européenne compréhensible pour tous " comprenant la Charte des droits fondamentaux.
  (5) à distance, l'UE est vue comme une machine à fabriquer des normes. Elle devrait davantage se concentrer sur ses valeurs, notamment celle de la solidarité. L'Ode à la joie doit devenir " un symbole fort de notre lutte commune pour un monde plus humain ".

Source : Agence Europe (cf. Connaissez-vous l'Agence Europe ? et Les publications de l'Agence Europe ! )

PS : Le texte intégral de ce discours a été publié dans la série EUROPE/Documents de l'Agence Europe

 

NB : Cet article a été publié une première fois en décembre 2009.

 

 

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