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Publié par Patrice Cardot

Le présent article porte sur la constitution impérieuse d'une véritable puissance publique européenne, condition sine qua non pour l'émergence d'une Union politique pleine et entière. Articulé en 2 parties pour en alléger la lecture, il se contente de reprendre dans sa globalité le passage que Jean-Louis Quermonne consacre à cette nécessité dans son ouvrage.    

" Deux facteurs convergent aujourd'hui pour promouvoir une puissance publique européenne. A l'évidence l'un d'eux tient à la disparition de la menace soviétique qui rend le 'parapluie' américain obsolète, sauf reconversion éventuelle contre le terrorisme et les menaces résultant d'une prolifération des puissances nucléaires. Cette conjoncture offre à l'Union européenne l'opportunité de retrouver une marge d'autonomie que des observateurs empressés seraient tentés de confondre trop vite avec l'indépendance. L'autre facteur réside dans la montée en force de nouvelles grandes puissances asiatiques et sud-américaines, qui offre l'éventualité d'un nouveau multilatéralisme dont l'ONU, au prix d'une recomposition du Conseil de sécurité, pourrait redevenir le théâtre.

Face à cette nouvelle donne internationale qui fait l'objet de nombreuses réflexions d'ordre géopolitique, il va de soi qu'aucune des nations européennes ne sauraient atteindre seule la taille critique pour entretenir avec ces grandes puissances des rapports d'égalité et de partenariat. Le Royaume-Uni qui persiste à vouloir jouer un rôle à part, assorti d'une ' relation spéciale ' avec les Etats-Unis, se voit lui-même obligé de participer à des 'troïkas' ou des 'quartets' pour dialoguer avec l'Iran ou pour conserver un rôle au Moyen-Orient. Dans le domaine commercial, malgré les cris d'orfraie de certains dirigeants nationaux, seule la politique commune de l'Union européenne peut défendre efficacement les intérêts de Vieux Continent auprès de l'Organisation mondiale du Commerce. Et en matière climatique, le prolongement des accords de Kyoto ne saurait être assuré par une seule nation, l'Europe elle-même ne pouvant y pourvoir qu'en partenariat avec d'autres groupements d'Etats. Est-il besoin de rappeler que Raymond Aron écrivait déjà dans ses Mémoires : " l'élargissement de la scène politique a modifié l'échelle de la puissance. Telle nation, grande dans le cadre européen, devient petite dans le cadre mondial ".

A la faveur d'un remarquable effort de prospective, les chercheurs de l'Institut d'Etudes de sécurité ont entrepris sous la direction de Nicole Gnesotto de scruter les mutations qu'impliquent de tels changements. (cf. le-monde-en-2025-report fr le-monde-en-2025-report fr). Et des deux côtés de l'Atlantique, les chercheurs s'interrogent sur l'avenir de l'unilatéralisme et du multilatéralisme dans un monde bouleversé. La leçon qui s'en dégage déjà est pleine de contrastes. D'une part, des observateurs attentifs considèrent que la mondialisation ne peut que se poursuivre dans un univers de plus en plus interdépendant mais fractionné, et rendu plus périlleux du fait de la croissance démographique, de l'épuisement des ressources naturelles, notamment énergétiques, et de la détérioration de l'environnement. D'où l'impossibilité pour une seule grande puissance - comme ce fut le cas au cours d'un temps très bref de l'empire américain - d'imposer un nouvel ordre international ; et la prise de conscience du " rétrécissement de l'Occident ", qui ne saurait trouver dans un éventuel redéploiement des relations transatlantiques les seules chances de sa reconversion. D'autre part, la nouvelle géopolitique tend à souligner que cette pluralité des grandes puissances - " il n'y a plus de concert européen " écrivait encore Raymond Aron, " il n'y a plus qu'un concert mondial " - ne facilitera pas pour autant l'avènement d'une gouvernance internationale. Car, par rapport à l'influence croissante exercée à cette échelle par le capitalisme financier, les experts ne croient pas à la capacité des Etats isolés à jouer un rôle déterminant ; et ce, d'autant plus que la régression de la pauvreté  à l'échelle mondiale en faveur de la population des nouveaux grands Etats s'accompagne d'un renforcement des inégalités au sein des plus anciens. Or, en paupérisant leurs classes moyennes, ces derniers seront moins aptes à jouer un rôle moteur sur la scène mondiale.

Poursuivant dans cette direction, les mêmes auteurs, rappelant que le moment unipolaire a vécu, proclament donc le déclin de l'hégémonie occidentale, Europe et Etats-Unis confondus. Et prenant acte de la fin de la longue parenthèse que l'Occident a ouverte à l'époque des 'grandes découvertes' , ils croient pouvoir observer à travers le passage du XXème siècle " une redistribution monumentale de la puissance ". D'où la nécessité pour l'Occident de déborder les limites de la coopération entre ses seules composantes pour conjuguer autant que possible son action avec celles de l'Inde et de la Chine, tous grands Etats devenus incontournables. Par conséquent, face à une mutation de cette ampleur, les chances de l'Union européenne, écrit Pierre Hassner, pourraient être paradoxalement d'être mieux armée que les Etats-Unis pour promouvoir le multilatéralisme, tout en restant au moins temporairement à l'intérieur d'elle-même un " 'ilôt multilatéral' "

.../...

Voir la seconde partie de cet article : Vers une puissance publique européenne (extraits de « L’Union européenne dans le temps long » de Jean-Louis Quermonne ) ! - Seconde partie -

Voir également :

* Du socle idéologique minimal d’une Union politique européenne en construction (extraits de « L’Union européenne dans le temps long » de Jean-Louis Quermonne ) ! - Première partie -  

et

 * Du socle idéologique minimal d’une Union politique européenne en construction (extraits de « L’Union européenne dans le temps long » de Jean-Louis Quermonne ) ! – seconde partie –

 

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