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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 17:29

Une majorité d’Européens estiment que l’Europe n’apporte aucune réponse concrète à leurs difficultés et à leurs inquiétudes. Des dérives nationalistes se manifestent un peu partout, de la Hongrie à la Roumanie. Notre monnaie commune n’a jamais été aussi menacée. La gravité de la situation appellerait des mesures fortes et courageuses, mais François HOLLANDE n’a apporté aucune vision de l’Europe depuis son entrée en fonction.

Pourtant, c’est en Europe que se joue une partie de l’avenir de la France. Nos emplois dépendent de la force économique européenne. La stabilité de notre monnaie dépend de notre capacité à défendre l’euro contre les attaques spéculatives dont il fait l’objet. Notre puissance d’innovation dépend de notre volonté d’unir nos efforts de recherche européens. La  France par conséquent doit prendre avec l’Allemagne les mesures nécessaires pour remettre notre continent sur de bons rails. Elle doit proposer des règles nouvelles pour défendre une alternative crédible au modèle anglo-saxon ultra-libéral. Elle doit continuer à se battre pour mettre en place la taxe sur les transactions financières, que Nicolas SARKOZY avait portée. Elle doit refuser que la concurrence toujours plus violente entre les Etats membres tienne lieu de seule doctrine économique pour notre continent.

Nous devons refuser toute passivité. Nous devons croire en l’Europe, car nous ne trouverons aucune réponse durable au chômage, à la crise monétaire, à la crise énergétique, au défi environnemental sans une Europe forte. Je refuse de céder au repli sur soi et de laisser les Etats européens se battre seuls contre les grandes puissances nouvelles, la Chine, l’Inde, le Brésil. Je refuse la lente dérive européenne vers la facilité et le renoncement. Une autre Europe est possible, une autre Europe est nécessaire, une autre Europe attend notre courage et notre détermination. Nicolas SARKOZY avait montré le chemin durant la présidence française de 2008 : quand l’Europe voulait, l’Europe pouvait. A nous de reprendre le flambeau ! 

Le fonctionnement des institutions européennes est aujourd’hui insaisissable pour les européens eux-mêmes. Les procédures ont pris le pas sur les choix souverains, les codes et les traités sur les impératifs du moment, le droit sur la politique. Il est urgent de revenir à la démocratie. Il est urgent de rendre sa voix au peuple. Les 6 Etats fondateurs, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas, ont une responsabilité particulière : ils pourraient rédiger ensemble un projet de nouveau « Pacte » définissant les objectifs de l'Union. Ils pourraient proposer la fusion du Président de la Commission et du Président du Conseil en un seul Président élu et contrôlé par les Parlements nationaux. Ils supprimeraient la présidence tournante semestrielle. Ils pourraient exiger que les membres de la Commission soient désormais des élus, issus des rangs du Parlement européen. Quoi qu’il arrive, nous auront à inventer un modèle nouveau : une Union politique de Nations libres et fières de leur identité.

Nous devons être la grande famille européenne en France, contre les renoncements socialistes et les populismes du XXème siècle. Avec l'espoir que notre Europe saura se montrer à la hauteur des défis du moment et ne se réfugiera pas dans ses vieux démons du nationalisme, de la xénophobie, de la peur et du repli. Avec l'espoir que les responsables politiques sauront sortir des débats stériles sur le poids respectif de telle ou telle Nation, pour renforcer le poids collectif européen. Avec l'espoir que l'emploi, la formation des jeunes, la défense de nos producteurs, le contrôle de nos frontières extérieures deviendront des réalités. Avec l’espoir que la France reprendra sa place dans le concert des nations. Avec l'espoir que des hommes et des femmes émergeront pour incarner le visage et la voix du projet politique européen.  Source : http://www.brunolemaire.fr/bruno-le-maire/les-enjeux-de-demain/pour-une-autre-europe.html

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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 15:06

Le rapport Synopia « Refaire l’Europe : Esquisse d’une politique » a été présenté au Président de la République le 7 octobre 2013. Lien.  

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La première originalité de ce rapport tient à la qualité des signataires : quatre personnalités qui ont toutes une très grande expérience des affaires européennes, qui viennent de pays différents et dont l’analyse, les recommandations et l’avertissement sont essentiels pour le futur de l’Europe et de l’Union européenne :

- Pierre de Boissieu, ancien représentant permanent de la France auprès de l’Union européenne, ancien secrétaire-général du Conseil de l’Union européenne.

- Tom de Bruijn, ancien représentant permanent des Pays-Bas auprès de l’Union européenne.

- Antonio Vitorino, ancien membre du Parlement européen (élu du Portugal), ancien membre de la Commission européenne.

- Stephen Wall, ancien représentant permanent du Royaume-Uni auprès de l’Union européenne.

La seconde caractéristique de ce rapport est de proposer une démarche d’ensemble pour la zone euro et pour l’Europe des 28, afin de mettre les choses à leur place et de montrer qu’il n’y a pas contradiction mais complémentarité entre l’intégration de la zone euro et l’amélioration du fonctionnement de l’Union européenne « à 28″, avec le Royaume-Uni, bien sûr.

La troisième est de mettre en garde sur le péril que l’inaction et l’indécision feront courir à l’Union européenne à brève échéance. Nous ne sommes à l’abri d’aucune rupture. Il faut que nos leaders politiques mettent à profit les mois qui nous séparent des prochaines élections européennes pour décider et agir vite ; plus tard, il risque d’être trop tard. C’est possible, mais c’est d’abord et avant tout une question de volonté et de responsabilité politiques. Une prise de conscience est donc nécessaire et nous espérons y contribuer.

pdf-icon Rapport Synopia Europe

pdf-icon Report Synopia Europe

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Synthèse

L’Union européenne est parcourue de crises. Crise économique de la zone euro. Crise du fonctionnement de l’Union européenne proprement dite, à 28 Etats membres. Crises de confiance en Europe. La pertinence et la finalité du projet européen lui-même sont remises en cause et contestées ; la Communauté de destin d’origine est menacée de devenir une Europe à finalités différentes.

Faut-il se résigner ? Non. Nous affirmons que l’Europe a un avenir qu’il nous appartient de construire, nous affirmons que nos enfants eux aussi doivent pouvoir penser, travailler et créer en Europe. Mais il faut tirer la leçon des dix dernières années et remettre une Union européenne parfois insuffisante et même défaillante au service de l’Europe et des Européens. Il y faudra un cheminement d’ensemble qui seul permettra, tout au long du parcours comme à sa fin, d’assurer le meilleur équilibre des intérêts.

La survie et le succès de l’Union européenne dépendent de la vitalité de la zone euro. La priorité est en conséquence de donner à celle-ci une perspective claire à 10 ou 15 ans et de la transformer progressivement en un espace réellement intégré, qu’il s’agisse des engagements nécessaires pour mettre en œuvre des politiques économiques saines et convergentes, de la volonté de recourir aux instruments de solidarité les mieux adaptés ou de l’adoption de règles de gouvernance adéquates. Ainsi seront réunies les conditions d’une nouvelle croissance et d’un meilleur emploi.

L’Union européenne, à 28 Etats membres, doit elle aussi retrouver le chemin de la rigueur et de l’efficacité. Il convient de lui assigner quelques objectifs politiques essentiels, objectifs d’ores et déjà énoncés dans les traités et dont la mise en œuvre concrète devrait être approuvée par tous les Etats membres : énergie et environnement, marché intérieur, défense, conditions nécessaires pour préserver la libre circulation des personnes.

Le temps est maintenant à la consolidation, consolidation de la composition de la zone euro et de l’Union, consolidation des politiques, consolidation des institutions. Il faut cesser de procéder constamment à des modifications des traités, comme si des novations institutionnelles pouvaient produire par elles-mêmes les politiques adaptées. Les traités en vigueur comportent la flexibilité nécessaire et toutes les bases juridiques requises pour l’action, tant en ce qui concerne la zone euro que l’Union européenne elle-même. Il est de la responsabilité des institutions et des Etats de coopérer loyalement à cette fin. Les Etats doivent respecter les institutions. Et celles-ci doivent, chacune pour ce qui la concerne, remédier à certaines carences évidentes de leur fonctionnement. Le Conseil européen doit définir les orientations stratégiques et prendre les principales décisions, et ne plus être la chambre d’appel des dysfonctionnements du Conseil. Le Conseil des affaires générales et le Conseil des relations extérieures sont loin d’être à la hauteur de leur tâche. La Commission s’est affaiblie : les chefs d’Etat ou de gouvernement ont l’occasion, avec le renouvellement de 2014, de faire ce qu’il convient pour la régénérer. Le Parlement européen et les parlements nationaux doivent définir les voies et procédures nécessaires pour mieux coopérer, dans l’intérêt des électeurs qu’ils représentent chacun.

Le succès est à ce prix. C’est à ce prix que pourra être assurée la cohésion de l’Union européenne « à 28″, y compris, il faut l’espérer, avec le Royaume-Uni. Et, une fois encore dans l’Histoire de l’Europe, il est indispensable que l’Allemagne et la France ouvrent la voie et tracent un chemin.

 

Source : http://www.synopia.fr/?p=923

 

Voir également la critique de ce rapport également publiée sur ce blog :  Perseverare diabolicum

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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 14:59

Ma dernière chronique décrivait la cacophonie européenne. J'ai eu la confirmation de cette analyse en me rendant le 3 juin à New York pour le dîner d'anniversaire des 90 ans de Henry Kissinger. Tout ce qui comptait dans la pensée diplomatique américaine y était rassemblé. Or, pas un seul de mes interlocuteurs n'était à même d'exprimer une vue cohérente sur la problématique actuelle de l'Europe. La perception de la cacophonie européenne (le sort de la Grande-Bretagne, la pseudo-"crise" de l'euro, l'absence de toute réforme de l'Europe à 28 membres) a traversé l'Atlantique !

Que peuvent entreprendre ceux des dirigeants européens qui ont conscience que la survie de la civilisation et de l'influence de l'Europe passe par une nouvelle étape d'intégration, dans la continuité de ce qu'avaient imaginé les grands visionnaires Robert Schuman et Jean Monnet ?

1. Il faut, en premier lieu, proposer un objectif clair, compréhensible pour tous ceux qui souhaitent voir avancer l'intégration européenne : créer en quinze ans, c'est-à-dire d'ici à 2030, une communauté monétaire, budgétaire et fiscale, telle que toute personne, et toute entreprise, qui vit et travaille dans cette communauté Europa utilise la même monnaie, connaisse le même équilibre budgétaire, supporte le même endettement et paie les mêmes impôts sur son activité économique, sur son revenu et sur son patrimoine, quelle que soit sa résidence. Ainsi serait réalisé, enfin, le rêve d'une puissance économique unifiée sur le continent européen !

2. Cette proposition devrait être lancée par la France et l'Allemagne et un groupe de pays "fondateurs", auquel pourrait se joindre la Pologne. Elle s'adresserait exclusivement aux États décidés à s'engager dans l'intégration européenne et à en respecter strictement les règles. On ne peut envisager d'intégrer que les États qui le souhaitent réellement !

3. Il est inutile d'agiter l'épouvantail vieilli d'un "gouvernement économique de l'Europe", dont aucun État, y compris la France qui le propose, ne serait prêt à appliquer les décisions (niveau du smic, âge de la retraite...). Il s'agit seulement de compléter l'usage de la monnaie commune, comme c'était nécessaire depuis l'origine - et comme cela s'inscrit dans le droit-fil du "rêve européen" -, par l'adoption de nouvelles "compétences" qui créeront un espace européen homogène et seront gérées sur le mode fédéral.

4. La gestion de ces compétences serait assurée par la réunion régulière, à date fixe, des dirigeants de cette communauté Europa. C'est en effet à leur niveau que devraient être prises les décisions nécessaires, et surveillée leur exécution. Pour éviter la confusion avec les institutions de l'Europe à 28, siégeant à Bruxelles, ces réunions pourraient se tenir à Strasbourg. L'Europe monétaire aurait ainsi deux capitales, Francfort et Strasbourg, situées à courte distance.

5. Il faudrait éviter à tout prix la création d'une nouvelle administration. Un secrétariat général, s'appuyant sur les administrations nationales, serait suffisant, comme ce fut le cas lors de la création de l'OECE.

6. La mise en place du dispositif n'exigerait pas la négociation, toujours byzantine, d'un nouveau traité. Une charte d'engagements gouvernementaux, approuvée par les Parlements, serait suffisante.

7. Le temps fera évidemment évoluer ce dispositif, et ce dans deux directions :

- la mise en place d'une politique budgétaire commune conduira, à terme, à la création d'un "Trésor européen" gérant la dette des États ;

- la mise en place d'un accompagnement démocratique indispensable à la légitimité du dispositif, sous la forme d'un "Congrès des peuples d'Europe" réuni chaque année à date fixe, et s'appuyant sur les Parlements nationaux.

Ainsi l'Europe avancera en ligne droite vers son intégration économique, en oubliant la confusion et la frustration qui règnent aujourd'hui dans les esprits. Cette reprise de confiance favorisera la croissance de son économie.

Le plus important est de fixer clairement l'objectif. C'est à ce signe qu'on reconnaît les grandes aventures : la survie de la brillante civilisation européenne en est une, qui mérite d'être menée à son terme.

Source : http://www.lepoint.fr/editos-du-point/valery-giscard-d-estaing/la-ligne-droite-vers-l-integration-europeenne-20-06-2013-1683932_75.php

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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 12:57

François Hollande se montre ferme face à la colonisation israélienne en Cisjordanie. En visite à Ramallah, où il a été accueilli par le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, le président français a demandé, lundi 18 novembre, "l'arrêt total et définitif de la colonisation" israélienne.

Il avait auparavant déposé une gerbe au mausolée du dirigeant historique palestinien Yasser Arafat, mort le 11 novembre 2004 à l'hôpital militaire de Clamart, près de Paris, dont un portrait géant était tendu sur une façade.

 

(FRANCE 2)

Au premier jour de sa visite en Israël, dimanche, François Hollande avait semblé en retrait sur la diplomatie américaine, qui juge cette colonisation "illégitime". Il s'était contenté de demander des "gestes" – sans dire lesquels – au Premier ministre, Benyamin Netanyahu.

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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 12:42

Charles Rivkin, ambassadeur des Etats-Unis à Paris, quittera son poste dans quelques jours avec un petit pincement au coeur (le 19 novembre 2013). Il s’est confié à notre journal.

 

 Paris (VIIIe), vendredi. « L’esprit critique qui anime chacun des Français fait partie de ce que j’aime le plus dans ce pays », avoue Charles Rivkin.

                                         

               

            
Ambassadeur des Etats-Unis depuis quatre ans, Charles Rivkin, 51 ans, va quitter dans les jours qui viennent. Il peine à cacher son émotion, en racontant les coulisses des photos et des souvenirs soigneusement rangés dans son bureau. Ancien PDG d’une firme de divertissement, ce francophone fortuné s’apprête à rejoindre Washington pour occuper de nouvelles fonctions au sein du                                                                                                                   

 

 

 

 

 

 



Comment se portent les relations franco-américaines?
CHARLES RIVKIN.
Je suis un ambassadeur chanceux : le jour où a été élu, peu avant ma nomination, l’image des Etats-Unis en France a fait un bond de 11% d’opinions favorables à… 88%! Et pour sa seconde élection, l’année dernière, 93% des Français souhaitaient sa victoire. Durant ces quatre années, les relations entre la France et les Etats-Unis ont été les meilleures de la génération.


Lors de votre mandat, vous avez connu la France sous la présidence de Nicolas Sarkozy, puis sous celle de François Hollande. Quel impact sur le climat entre nos deux pays?
J’étais dans le Bureau ovale avec le président Obama lorsqu’il a reçu successivement ses homologues, les présidents Sarkozy puis Hollande. Je peux vous dire que notre président s’entend bien avec chacun d’eux. Et les respecte. Je ne puis dire en revanche lequel est le meilleur. Même s’ils ont des personnalités différentes, ils sont mus par les mêmes valeurs. En tout état de cause, l’amitié qui lie nos deux pays ne tient pas à la personnalité de nos dirigeants.

Hollande le socialiste est-il plus proche du démocrate Obama qu’un homme de droite comme Sarkozy?
On ne peut pas traduire les différences politiques entre nos deux pays. Ce sont deux systèmes très différents. C’est vrai, je suis démocrate, comme mon président. Mais un ambassadeur des Etats-Unis représente son pays, pas son parti.

Les Français ont découvert qu’ils étaient espionnés par les services de renseignement américains de la NSA. Pouvez-vous nous assurer qu’il n’y a plus d’écoutes?

Le président Obama s’est engagé à trouver le bon équilibre entre la vie privée et la sécurité. Alors que la technologie progresse partout à une vitesse fulgurante, ce n’est pas une question facile. Il a ordonné un audit de toutes les pratiques de renseignement en vigueur dans nos services. Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que la collaboration entre nos services et les vôtres a permis de déjouer quantité de complots terroristes. Dans ce monde digital, trouver le bon équilibre entre protéger la France, l’Europe et les Etats-Unis en respectant la vie privée est l’un des enjeux majeurs.

Un an après sa réélection, Obama apparaît comme un « canard boiteux ». Comment peut-il rebondir?

Barack Obama est déjà entré dans l’histoire comme un grand président. Ce n’est pas un canard boiteux. Il a réussi beaucoup de choses, à commencer par sa capacité à surmonter le désastre financier global dans lequel les Etats-Unis étaient empêtrés. Notre pays perdait 800000 emplois par mois… Avec son travail, sa détermination, son leadership, l’Amérique est de retour. Et il a introduit un système d’assurance santé, l’Obamacare : une première historique. Il y a des couacs, certes. Mais il est normal qu’il y ait des difficultés lorsqu’on met en place des programmes qui impliquent massivement la population.

Bachar al-Assad continue de massacrer son peuple en Syrie. Pensez-vous que cela puisse changer un jour?

On est confrontés à une crise humanitaire d’ampleur dans ce pays. Il n’y a pas de solution militaire pour régler ce problème. Elle ne peut être que politique. C’est la menace de la force brandie par la France et les Etats-Unis qui a permis de mettre en place le programme de démantèlement des armes chimiques en Syrie.

L’idée de frappes contre le régime de Damas n’est donc plus d’actualité?

Je n’ai pas dit cela. Le président Obama garde toutes les options sur la table. On a été très clairs : il faut qu’il parte. Un homme qui massacre son peuple ne peut pas en être le leader.

Comme ambassadeur, vous avez multiplié les actions dans les quartiers difficiles. Pourquoi un tel choix?
Dans les banlieues, j’ai discuté avec des jeunes en colère parce qu’ils avaient l’impression que leur voix n’était pas suffisamment écoutée. Mon but n’est pas d’être mêlé à la politique intérieure française, mais je leur ai demandé ce qu’ils aimaient aux Etats-Unis. Ils ont répondu Will Smith, Samuel L. Jackson, Woody Allen, le rappeur Will.I.Am. Je leur ai promis de revenir avec l’un d’eux et je l’ai fait, avec l’acteur Samuel Jackson! Il leur a dit que le rêve américain et le rêve français n’étaient pas si différents que ça. Si vous avez un rêve et que vous le suivez, vous y arriverez. Il faut montrer le pouvoir de la diversité. Notre nation puise sa force de la diversité.


Quel regard portez-vous sur le mécontentement chronique des Français?
Les Français ont une habitude historique de descendre dans la rue. L’esprit critique qui anime chacun des Français fait partie de ce que j’aime le plus dans ce pays. Vous allez à un dîner, et il y aura toujours une discussion enflammée sur la politique, la religion. Et après, vous vous quittez quand même bons amis! Je trouve cela fantastique, ça va me manquer. Je quitte la France, mais la France ne me quittera jamais…

 

Source : http://www.leparisien.fr/international/la-france-va-me-manquer-18-11-2013-3326513.php

 

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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 12:38

Lors des négociations préalables à la signature du traité de Maastricht, un brillant diplomate français, Pierre de Boissieu, qui deviendra ensuite secrétaire général du Conseil, avait réussi à torpiller le projet d’inspiration fédéraliste de Delors repris par les Pays-Bas au titre de la présidence semestrielle. Au schéma Delors illustré par un arbre, tronc commun, Boissieu opposa, avec succès celui d’un temple à trois piliers. Ainsi la politique étrangère (deuxième pilier) et les questions de police et de justice (troisième pilier) échapperaient à la méthode communautaire. Cette présentation habile permit à François Mitterrand d’obtenir l’acquiescement du chancelier Kohl au projet d’union monétaire sans prendre aucun engagement contraignant pour l’union politique.

Le même Pierre de Boissieu est aujourd’hui à la manœuvre en vue d’écarter tout projet de réforme de l’UE d’inspiration fédéraliste ou même tout simplement communautaire. Ayant obtenu l’appui de l’ancien commissaire portugais Vitorino et de deux anciens représentants permanents, le britannique Wall et le Néerlandais, de Bruijn, il vient de remettre à François Hollande une note que l’on peut trouver sur internet (www.synopia.fr) et dont le Monde du 24 octobre a présenté une analyse sous la signature d’Arnaud Leparmentier (voir également Refaire l’Europe : Esquisse d’une politique - Par Pierre de Boissieu, Antonio Vitorino, Tom de Bruijn et Stephen Wall ). Emanant d’excellents connaisseurs des arcanes européennes, cette note reflète, sans l’exprimer ouvertement, la thèse suivant laquelle la seule légitimité serait celle des Etats. Ecartant un saut fédéral sans lequel on voit mal comment l’avenir de la monnaie unique pourrait être durablement assuré, ils contestent la nécessité de rapprocher l’Europe des citoyens et fondent leur espoir d’une relance sur la seule coopération entre gouvernements, sans nouveaux transferts de compétences et sans renforcement des institutions en charge de l’intérêt général, à savoir la Commission et le Parlement. Or l’histoire des dernières années a démontré qu’à défaut d’institutions communes fortes, les décisions nécessaires pour faire face à la crise n’étaient jamais prises dans les délais qui auraient garanti leur efficacité à un moindre coût. Cet automne même, le Parlement a réagi aux révélations sur l’ampleur de l’espionnage des Etats-Unis avec plus de vigueur qu’un Conseil européen de plus en plus paralysé par son hétérogénéité et ses divisions.

La note Boissieu s’inscrit dans une tradition de la diplomatie française à la recherche d’un compromis entre deux démarches contradictoires : progrès de l’intégration et sauvegarde de la souveraineté. Ce compromis a donné des résultats favorables aux intérêts français lorsque notre pays, appuyé sur l’entente avec une Allemagne d’avant la réunification, exerçait sur ce qui était alors la Communauté un leadership incontesté. Nous sommes aujourd’hui dans une autre époque. Nos chances d’orienter les politiques européennes dans un sens plus favorable à nos vues (cohérence des politiques en vue d’un retour à la croissance) résident de plus en plus dans la fédéralisation. Or la chance veut que l’Allemagne, par tradition historique, y soit encore favorable, en dépit des implications financières de la fédéralisation, car la politique allemande n’est elle-même pas exempte de contradictions. Il est vrai que l’euroscepticisme nourri par la crise et le rôle de bouc émissaire si commodément attribué à « Bruxelles » oblige à différer l’inéluctable saut fédéral jusqu’à ce que le balancier oscillant de l’opinion ne revienne, au moins dans l’eurozone à une position favorable  à de nouveaux progrès dans l’intégration.

Au lieu de renoncer à rapprocher l’Europe des citoyens, sous le prétexte qu’elle en sera toujours éloignée, il conviendrait plutôt de saisir toute occasion, notamment la commémoration de la guerre de 1914, pour rappeler ce que nous devons à l’Europe. Au-delà de la paix dont les jeunes générations mesurent mal le prix et la fragilité, c’est de plus d’intégration que nous pouvons attendre le retour à une ère de progrès économique, social et écologique. Curieusement, ceux-là même qui vouent l’Europe aux gémonies reconnaissent volontiers que c’est au niveau européen que pourraient être trouvées des solutions appropriées à la plupart de nos problèmes, retour de la croissance, énergie, écologie, immigration, capacité d’intervention extérieure.

Pierre de Boissieu et ses co-auteurs reconnaissent le rôle essentiel de la Commission et souhaitent à juste raison que son effectif soit réduit, ainsi que les traités l’avaient prévu avant une promesse inconsidérée faite aux Irlandais. Mais redoutant la politisation, ils ne sont pas favorables à ce que le choix du président de la Commission fasse l’objet d’une campagne électorale, chaque parti désignant son candidat avant les élections européennes. Madame Merkel semble les rejoindre en s’opposant à ce que le Parlement monopolise le pouvoir de désignation. Rappelons qu’en vertu du traité de Lisbonne, le Parlement élit la Commission sur la base d’une proposition du Conseil européen tenant compte du résultat des élections. Politiser la Commission ne signifie évidemment pas un collège monocolore, mais un collège dont le président et la composition reflètent les diverses orientations révélées par le scrutin. Plus décisive serait la réforme dont personne n’ose parler, celle qui confierait au président désigné le soin de choisir ses collègues, en fonction des compétences et d’un équilibre géographique n’impliquant pas que chaque Etat dispose d’un commissaire. Assurer la visibilité de l’Union à l’extérieur mais d’abord pour ses citoyens, commanderait enfin la fusion des présidences de la Commission et du Conseil européen, préconisée, après beaucoup d’autres par le président du Conseil italien, Enrico Letta, mais rejetée par les anti-fédéralistes qui redoutent l’émergence d’une légitimité européenne susceptible de concurrencer celle des Etats.

L’élection du président, après une campagne électorale serait le meilleur moyen de lutter contre l’abstentionnisme, ainsi que ne cesse de le rappeler Alain Lamassoure. Renforcer la légitimité du Parlement devrait être un objectif essentiel. La note Boissieu, tout en rendant hommage à la qualité de son travail législatif, propose de l’affaiblir en lui substituant, pour le contrôle de la zone euro, une Assemblée composée, pour l’essentiel, de délégués des parlements nationaux. La participation des parlementaires ressortissants de pays non encore membres de la zone euro mais décidés à la rejoindre ne devrait pas soulever d’objections. Il n’en est pas de même des pays qui, tels le Royaume-Uni et le Danemark, ont obtenu une dérogation où, comme la Suède, se la sont octroyée. Cela pose le problème de la différenciation dans l’intégration qui ne peut recevoir de solution satisfaisante que par la constitution d’un noyau fédéral ouvert, jouant le rôle de pionnier de l’intégration, sinon d’aimant qu’il ne manquerait pas de devenir en cas de succès.

La faute initiale que nous payons aujourd’hui est d’avoir accepté les élargissements successifs, l’adhésion du Royaume-Uni en 1972, celle des Neutres en 1985, celle des anciennes démocraties populaires en 2005, sans véritable clarification des finalités de l’Union. L’organisation d’une Europe à plusieurs vitesses, généralement admise aujourd’hui, suppose un accord sur le but vers lequel on se dirige, fût-ce à des vitesses différentes.

 

Cet article a été préalablement publié sur mon blog personnel : http://toulemon.blogspot.fr/

                                                                                             

 

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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 11:59

L'Europe s'est construite sur le partage des pouvoirs.
Dialogue obligé, négociation organisée, compromis forcé, tel est le parcours contraint de la décision européenne.
Aux discussions entre Etats, elle a ajouté la dimension supranationale, corde de rappel douloureuse des obligations qu'ils ont souscrites par traité. Il fallait vraisemblablement cela après des siècles de tumultes et d'affrontements.

Mais ce partage a produit des pouvoirs faibles.
Les Etats membres ont hésité à déléguer, n'ont pas construit de contrôle démocratique véritable des institutions communes et se sont montrés bien timides.
Simultanément, sous les coups de boutoir de nouvelles revendications de citoyens pour qui l'élection ne suffit plus à légitimer l'action des gouvernants et qui exigent des comptes en temps réel, les pouvoirs démocratiques en Europe se sont affaiblis.
Le parlementarisme s'est diffusé, imposant aux gouvernements qui en sont issus, des coalitions parfois improbables, au Royaume-Uni, en Europe centrale et même en Allemagne.
Les régimes les moins parlementaires, comme la France, se trouvent durablement affaiblis par le haut ou par le bas.
Certes les difficultés de réussir des adaptations inattendues au nouveau contexte mondial, y sont pour beaucoup. Mais l'Europe n'a pas eu besoin de "shutdown" - défaillance politique conduisant à la fermeture d'une partie des services de l'Etat - pour afficher la faiblesse de ses gouvernants.
Dans notre quête de droits démocratiques, peut-être avons-nous confondu le contrôle nécessaire des exécutifs avec l'affaiblissement des gouvernements.

Dans le même temps, les pouvoirs non-démocratiques en Russie, en Chine ou ailleurs, confrontés aux mêmes demandes citoyennes, se sont crispés et ont renforcé leur emprise totalitaire sur la société, accréditant l'idée qu'ils étaient mieux profilés pour le nouveau monde. 
Mais la Démocratie, ce n'est pas moins de pouvoir, c'est le Pouvoir exercé dans sa plénitude, assumé dans ses épreuves, contrôlé dans ses détails et sanctionné, parfois même injustement.

L'une des conditions des progrès de l'Europe, c'est d'inventer des pouvoirs mieux contrôlés mais forts et capables de décisions. Au niveau national comme au niveau européen.
On dira justement que cela dépend largement des femmes et des hommes qui occupent les premiers rangs.

Or, en 2014, toutes les institutions européennes seront renouvelées. Les gouvernements ont l'opportunité de choisir pour les plus hautes fonctions européennes - Commission, Parlement, Conseil européen, Affaires extérieures - des personnalités de premier plan capables de leadership, c'est-à-dire de prendre leurs risques pour l'intérêt général, même au détriment de leur propre sort.
Le feront-ils à Bruxelles alors qu'ils sont, pour la plupart et souvent pour les mêmes raisons, empêtrés chez eux dans d'inconfortables situations?
C'est le prix d'un nécessaire rebond européen.

Editorial paru sur mon site: www.jd-giuliani.eu

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Published by Jean-Dominique Giuliani - dans Réfléchir à l'Europe que nous voulons
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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 20:16
Alors que les sondages indiquent une montée importante des partis d'extrême droite et eurosceptiques, le dernier Eurobaromètre réalisé en France montre que le projet européen fait encore partie des intérêts des Français. D'après les chiffres publiés par la Commission européenne, environ trois quart de la population souhaitent que l'UE soit plus active dans différents secteurs (éducation, migrations, climat, économie).
La construction européenne contribue-t-elle à la prospérité de la France ? L'UE nous rend-elle plus forts face au reste du monde ? On pourrait imaginer qu'actuellement, et face à des questions de ce type, les Français auraient tendance à dire "non". L'euroscepticisme avance en France et en Europe, et les institutions européennes sont accusées d'avoir provoqué ou, du moins, mal géré la crise économique et financière. La réalité est pourtant moins sombre.

Le dernier Eurobaromètre réalisé entre le 21 et le 23 octobre par la Commission européenne montre en effet que le projet européen est encore important pour les Français. Pour 73% d'entre eux "la construction européenne permet de garantir la paix sur le continent", tandis que pour 63% des interviewés elle "nous rend plus forts face au reste du monde". Enfin, 50% des Français pensent que l'UE contribue à la prospérité de l'Hexagone (ce qui est par contre faux pour 47% des gens).

L'Union européenne ne doit pas être démantelée : c'est en tout cas ce qui ressort des résultats de l'Eurobaromètre : plus de trois quart des Français souhaitent que l'Europe soit plus active en 2020. 75% d'entre eux prônent un "véritable gouvernement économique européen" d'ici sept ans, tandis que pour 89% d'entre eux, l'UE devra s'occuper davantage de l'éducation, de la formation et de la recherche. Près de neuf Français sur dix souhaitent que les 28 politiques migratoires soient davantage coordonnées en 2020.

Enfin, les élections européennes de 2014 intéressent près de deux Français sur trois (59%). Les interviewés souhaitent que les hommes politiques (68%) et les médias (70%) parlent davantage de l'UE et indiquent qu'une personnalisation des élections (avec le choix du futur Président de la Commission) les inciterait davantage à participer au scrutin (59%).

Source : http://www.touteleurope.eu/actualite/les-francais-sinteressent-a-leurope-selon-le-dernier-eurobarometre.html

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 17:38

Un changement d'époque se produit parfois de manière très prosaïque. La semaine dernière, le report du sommet UE-Russie est passé presque inaperçu. Il a été reporté à fin janvier.

Il y a encore quelques années les liens entre l'Union européenne et la Russie semblaient être une priorité absolue. Et pour cause : l'UE représente  plus de la moitié des échanges commerciaux de la Russie, elle est une source de modernisation et le destin culturel et historique de la Russie y est intimement lié. Pendant la seconde moitié des années 1990 Moscou avait même insisté sur des réunions régulières au sommet deux fois par an.

L'UE n'avait accordé cet avantage à personne d'autre – ni les USA, ni la Chine, l'Afrique, ni l'Ukraine. Moscou faisait exception : à première vue l'ordre du jour était si chargé, si prometteur, qu'il fallait signer de nombreux contrats au plus au niveau.

Mais au milieu des années 2000 déjà la fréquence des sommets a commencé d’être pénible. Les bureaucrates se creusaient le cerveau pour trouver de nouveaux sujets de discussion et des accords à signer. Après tout, les chefs d'Etat ne pouvaient pas se rencontrer pour rien, sans donner de résultat. Le portefeuille a rapidement maigri. Pendant ce temps, les questions litigieuses demeuraient et la base sur laquelle les deux puissances devaient construire l'avenir avait disparu. A l'heure actuelle les relations UE-Russie ne sont plus qu’une caricature d’elles-mêmes : on parle des visas et des droits des homosexuels, c’est tout. Les liens économiques en sont restés au niveau interétatique bilatéral - Bruxelles n'est pas indispensable à leur développement.

Pourtant personne ne voudrait renoncer à l'un des sommets : cela signerait la dégradation des relations. Au final tout s'est terminé par une note technique indiquant que le calendrier, chargé, ne permettait pas un tel sommet pour l’instant. Personne n'a rien annulé, il s’agit simplement d’un "manque de temps"… Mais à quoi sont si occupés Moscou et Bruxelles ?

L'Europe cherche à surmonter sa crise intérieure et tente de construire de nouvelles relations avec les USA, ce qui est loin d'être une mince affaire. D'une part, elle abandonne ses ambitions du passé faute d'avoir réussi à devenir un centre d'influence autonome. Et il faut encore s'entendre sur les conditions d’action du patronat américain sur le Vieux Continent, cette fois dans le cadre d'une zone de libre échange transatlantique. Enfin, plus l'Europe découvre l'envergure des écoutes de leurs alliés par les Américains, plus l'irritation monte. Bien qu’il s’agisse d’une sainte colère.

La Russie, elle, se tourne vers d'autres horizons. Ces trois dernières semaines le président russe a accueilli à Moscou le premier ministre indien, s'est rendu au Vietnam et en Corée du Sud. Le premier ministre russe a effectué une visite en Chine avec une grande délégation et les ministres des Affaires étrangères et de la Défense ont participé à la première réunion 2+2 de l'histoire avec leurs homologues japonais. Un tournant vers l'Asie ?

Ces quatre derniers siècles, tous les événements majeurs se produisaient à l’Ouest de la Russie : l'eurocentrisme de la conscience politique russe était donc logique. Mais au XXIe  le Pacifique reprend à l'Atlantique sa place centrale. Il y a 300 ans le statut de grande puissance était défini par la présence en mer Baltique ou en mer Noire. Aujourd’hui il dépend du positionnement du pays dans l'océan Pacifique.

La Russie se retrouve dans une situation inhabituelle. Pour la première fois depuis des décennies son orientation culturelle et historique - elle restera européenne tant que le pays sera peuplé par les Russes et d'autres peuples qui y vivent depuis des siècles - ne coïncide pas avec les axes prioritaires de son développement politico-économique (vers l'est).

Par conséquent trois quarts du territoire russe se trouvent en Asie tandis que trois quarts de sa population vivent dans la partie européenne. Pour cette raison le problème de la reconquête et de l'intensification de l'exploitation de la Sibérie et de l'Extrême-Orient, en l'absence desquelles la Russie ne peut pas espérer jouer un rôle important en Asie, est très pertinent. Les méthodes de mobilisation n'y peuvent rien. Un programme complexe de mesures économiques et la promotion de cet espace sont nécessaires pour attirer le capital humain à l'extrémité orientale du pays. L’objectif ? Qu'elle ne soit pas perçue comme une sinistre périphérie mais comme la région la plus prometteuse du pays.

Depuis 2009 la Russie évoque la nécessité d'une stratégie asiatique globale, qui inclurait le développement de ses propres espaces dans cette région du monde et son positionnement en Asie-Pacifique. Les deux sont inséparables. Depuis cette date s'est tenu le sommet de l'APEC (Coopération économique pour l'Asie-Pacifique), un ministère du développement de l'Extrême-Orient a été créé, la diplomatie russe s'est activée sur l'axe asiatique et dans l'ensemble le thème de l'Asie occupe plus de place à l'ordre du jour national. Ces premiers pas sont principalement rituels, symboliques - bien qu'ils soient souvent coûteux, comme le sommet – et peu de choses pouvant réellement changer la situation ont été faites. Mais la Russie n'a pas le temps d’hésiter.

Il lui faut profiter du dynamisme de l'Asie pour faire percer sa région asiatique. Car c’est en Sibérie et en Extrême-Orient que verront le jour les riches perspectives de coopération économique avec les voisins asiatiques mais aussi avec l'Europe et l'Amérique.

D'ailleurs, le projet russe d'Union eurasiatique doit aussi être adapté pour relever les défis de l'axe asiatique. Dans un article de campagne en 2012, Vladimir Poutine avait dit que selon lui le début de l'intégration européenne était un premier pas vers la mise en place d'un grand espace économique de l'Europe à l'Extrême-Orient. Cette orientation est bien plus sensée que de se battre avec l'UE pour l'Ukraine ou les pays de l'ancienne périphérie soviétique.

Pour l'instant l'Asie est dans l'incertitude et n’est pas encore leader dans la politique mondiale. Le continent regroupe des puissances ayant un immense potentiel mais qui ne savent pas encore exactement comment l'utiliser - et sont en conflit entre elles. La nouvelle Asie en construction a besoin de la Russie comme facteur de stabilité, comme acteur indépendant qui a des relations constructives avec toutes les principales forces et aide à maintenir l'équilibre. C'est pourquoi les dirigeants russes sont attendus aujourd'hui partout – à Pékin, Tokyo, Hanoï, Jakarta, Séoul et Singapour.  Cela ne durera pas. Si la Russie n’adopte pas une approche active et créative, l'Asie se fera sans elle et elle devra alors s'y adapter.

Il est donc préférable d'éviter, en effet, de perdre du temps avec les dirigeants européens dans des réunions rituelles. La mise est plus élevée dans le Pacifique.

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

La Russie est-elle imprévisible? Peut-être, mais n'exagérons rien: il arrive souvent qu'un chaos apparent obéisse à une logique rigoureuse. D'ailleurs, le reste du monde est-t-il prévisible? Les deux dernières décennies ont montré qu'il n'en était rien. Elles nous ont appris à ne pas anticiper l'avenir et à être prêts à tout changement. Cette rubrique est consacrée aux défis auxquels les peuples et les Etats font face en ces temps d'incertitude mondiale.

Fedor Loukianov est  rédacteur en chef du magazine Russia in Global Affairs.

 

Source : http://fr.ria.ru/tribune/20131115/199789919.html

 

Voir également :

 * La Russie piégée par ses succès internationaux? par Fedor Loukianov (Ria Novosti)

 * UE/Partenariat oriental : Vilnius: un "partenariat" ambigu ?

  * L’UE ne doit-elle pas revoir sa stratégie à l’Est ?

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 14:18

Derrière les Digital Natives, on oublie souvent de voir qu’il y a des Crisis Natives... Portrait en quatre tableaux d’une génération pour qui rien n'est facile mais qui ne se laisse pas abattre pour autant.
En 2004, on parlait pour la première fois, outre-Atlantique comme souvent, de la « Generation C ». C pour « Content ». La première génération véritablement née avec le web, totalement familière de tout ce que le numérique peut offrir, n’éprouvant aucune inhibition à produire du contenu, ce fameux « content », en anglais, qui lui donne son nom. Une génération dont les plus jeunes sortaient de l’enfance au moment où Facebook naissait. Bref, les fameux Digital Natives qui sont, pour les baby-boomers, à la fois des enfants et des extra-terrestres.

Mais ces Digital Natives ne sont pas tombés que dans Facebook : ils sont aussi des Crisis Natives, notamment en France. Puisque pour eux entrer dans l’âge adulte, c’est aussi, depuis 2008, entrer en Crise.

Génération Crisisproof… Jusqu’à un certain point.

Premier enseignement : la Génération C comme Crise, en France, n’est pas une génération qui croit aux lendemains qui chantent. Normal : elle a été élevée à la dure, d’abord parce qu’elle a vu ses parents souffrir et changer de monde, passer de la stabilité à la précarité, de la sécurité à la fragilité économique :

« Mon père a connu cela (le licenciement) et depuis il ne trouve que des petits boulots, comme il le dit souvent « je suis devenu un bouche-trou, on m’appelle pour des maladies 3 ou 4 jours ou encore pour des départs en vacances… » Et croyez-moi il souffre intérieurement mais jamais il ne laisse apparaître ses émotions devant ses enfants. Moi qui suis le plus âgé je ressens et comprends ce qu’il ressent. » (1)

Pas question donc de verser dans un optimisme juvénile : la situation est dure, celle de ses parents, celle du pays, et il faut se préparer à lutter pour préserver ce qui peut l’être de son niveau de vie : ils sont pratiquement aussi nombreux que leurs aînés, soit 3 sur 4, à considérer que la crise va s’aggraver en 2013 .

Sont-ils pour autant désabusés, ou désespérés ? Non. Car, s’ils sont sans illusions sur ce que l’avenir leur donnera, ils restent nettement plus confiants en eux que leurs aînés sur ce qu’ils seront en mesure d’en obtenir : 45% des 18-24 ans disent se sentir « en contrôle de leur vie », contre 37% des 25-35 et seulement 33% des 35-44 ans (2). Un pourcentage qui dit à la fois leur lucidité et leur relatif optimisme – au moins jusqu’à 25 ans, l’âge où ils commencent à chercher un emploi…

Génération Consommation d’après

Deuxième élément du portrait : la Génération C, c’est aussi la génération qui a vraiment compris qu’il allait falloir réviser ses habitudes, changer d’attitude face à la consommation.

D’abord en assumant d’être une « Génération Contrainte » : voir petit, passer de la Nouvelle Economie aux nouvelles économies via l’utilisation intensive d’internet pour traquer les bonnes affaires, entrer dans l’ère de la consommation grise, où tout se négocie : ils le font comme leurs aînés. Mais ils sont prêts à aller plus loin. Parce qu’ils y sont contraints :

« Depuis que je suis majeure j’ai appris à ne pas dépenser beaucoup, même lorsque je fais des courses alimentaires… Je trouve certains produits superflus. C’est sûr, on peut se faire plaisir de temps en temps, je ne me prive pas j’ai grandi comme ça, en comptant et en me faisant plaisir en restant raisonnable… Et puis même si je ne prévois pas d’être maman avant 2 ou 3 ans je sais que je vais essayer de mettre ne serait-ce que 50 euros de côté dés que je pourrai travailler, pour commencer à prévoir un logement et un enfant. »

Une « Génération Contrainte » d’autant plus sous pression qu’elle se rapproche des fatidiques 25 ans, l’âge de la Grande Bascule : celle où on quitte le nid, où on cherche un travail, et où les pourcentages d’optimisme et de confiance chutent du reste très nettement, d’un seul coup…

Ensuite, en assumant de devoir arbitrer, quelquefois, entre consommation responsable (socialement, écologiquement) et raisonnable (financièrement). Ils sont plus sensibilisés que leurs parents aux enjeux environnementaux et sociaux ? Oui, bien sûr, et sans doute mieux informés aussi – Digital Nativeness oblige… Pour autant, ils admettent que faire entrer en ligne de compte dans son achat l’origine d’un produit n’est pas toujours facile : alors que pour 72% des Français, et 85% des 60 ans et plus, « la crise incite à davantage faire attention à l’origine des produits consommés », ce n’est le cas que pour 61% des 18-34 ans. Comme le dit l’un entre eux, interrogé sur ce qui lui semble prioritaire :

« Ce qui me semble le plus important est l’emploi et l’insertion… Ensuite je dirais que le pouvoir d’achat tient une grande place aussi. Le moins important me paraît être l’environnement car je pense qu’il faut savoir s’occuper du présent avant de prévoir le futur… »

Enfin, en se montrant plus ouverts encore que le reste des Français à la consommation collaborative, qui pour eux n’est pas simplement le dernier buzzword du marketing mais une réelle aspiration, une solution à mettre en œuvre dans le maximum de domaines et le plus vite possible. L’achat ou l’échange entre particuliers, c’est quelque chose qu’ils pratiquent ou souhaitent pratiquer pour les livres, CD et DVD (à 66% contre 56% pour l’ensemble des Français), pour l’achat d’un véhicule (à 59% contre 43% pour l’ensemble des Français), pour le mobilier (61% contre 45%).

« La consommation et l’économie collaboratives (…) permettent de faire des économies sur les objets que l’on a déjà mais dont on ne se sert pas, en les revendant. Et en proposant de s’entraider ou se rendre service - ça peut être très utile lorsqu’on ne connaît rien en plomberie mais que l’on s’y connait en électricité par exemple. Et ça socialise par la même occasion… »

.../...

Voir la suite de cet article : http://www.atlantico.fr/decryptage/connaissez-generation-c-ces-jeunes-adultes-ayant-grandi-avec-crise-xavier-charpentier-et-veronique-langlois-900666.html#p6ETZ5fKT1keB2RM.99

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