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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 09:35

Face aux nouvelles logiques de pouvoir adoptées par les économies émergentes, et aux évolutions actuelles et prévisibles des objectifs et intérêts stratégiques de son partenaire stratégique historique, les Etats-Unis, l’Union européenne souffre indubitablement aujourd’hui d’un déficit d'efficacité, de crédibilité et d’influence politiques sur la scène internationale, comme en ont témoigné à la fois son échec lors des négociations sur le climat qui se sont déroulées à Copenhague en 2009 et son incapacité politique récurrente à intervenir militairement dans les crises de haute intensité qui pouvaient le justifier, dans le cadre du droit international, et/ou ont pu parfois participer à affecter sa propre sécurité.

Pourtant, l’Union participe activement aux dynamiques visant à assurer un haut degré de coopération dans tous les domaines des relations internationales et à promouvoir un système international fondé sur une coopération multilatérale renforcée et une bonne gouvernance mondiale.

Sa politique de partenariats stratégiques s’inscrit dans cette perspective, en même temps qu’elle participe à favoriser la constitution et/ou à la consolidation de pôles régionaux de stabilité et de sécurité articulés entre eux par le jeu d’une dynamique d’interpolarisation décidée, voulue et organisée aux niveaux international ou multilatéral, et qui trouve dans la globalisation économique et dans un commerce international dynamique et ouvert ses principaux ressorts.

Or, la confidentialité, pour ne pas dire l'opacité, qui entoure l’identification des objectifs et intérêts stratégiques de l’Union participe à alimenter des doutes particulièrement préjudiciables à la fois à la confiance des citoyens européens dans la volonté et la capacité de l’Union de s'y référer dans la conduite de son action ainsi qu’à la prévisibilité et à la crédibilité de son action stratégique sur la scène internationale.

Sur la base de quel corps de doctrine agit-elle ? (voir en particulier à cet égard UE : un service européen d'action extérieure au service de quelles stratégies et de quelles politiques ?

En son état actuel, bien qu'elle offre un éclairage politique novateur et des perspectives claires, force est de déplorer que la ‘stratégie européenne de Sécurité’ ne saurait constituer à elle seule l’assise recherchée. En effet, sans dénier la complexité considérable de son élaboration, d’abord, sans nier la portée politique tout aussi considérable de son adoption dans un contexte de crise européenne grave, ensuite, et sans sous-estimer la portée du cap stratégique qu’elle esquisse, elle n’apporte que peu d’information sur ce qu’est le socle du concept stratégique de la politique de Sécurité de l’Union ; et ce alors  même que l’émergence d’un concept stratégique pour la politique monétaire de l’Union économique et monétaire (UEM) offrait des enseignements particulièrement précieux dont les Européens auraient pu / dû utilement s’inspirer lorsqu’ils en ont établi les termes de référence.

Outre le recours au conditionnel qui en atténue l'impact politique, ladite ‘Stratégie’ propose une caractérisation du nouveau paradigme sécuritaire trop exclusivement articulée autour des dimensions externe et internationale de la Sécurité, et qui laisse de côté une dimension interne pourtant si cruciale pour le pole régional de stabilité que l’Union a pour objectif de faire émerger, mais également pour le dessein civilisationnel qu’elle prétend vouloir incarner. Par ailleurs, elle propose une vision qui ne parvient pas à se soustraire du court terme.

Ce n’est donc pas cet élément doctrinal inachevé qui sert de fondement à ses politiques et actions stratégiques et de sécurité.

L’Union européenne possède-t-elle des objectifs stratégiques ?Les a-t-elle identifiés ?

Quand bien même son édification constitue encore un processus inachevé, et bien qu’une majorité de citoyens semblent l’ignorer ou le contester, l’Union européenne constitue d’ores et déjà une union politique d’Etats et de Peuples qui possède en propre des intérêts et des objectifs stratégiques identifiés par le Conseil européen sur la base des principes et objectifs énumérés à l'article 21 du Traité sur l’Union européenne.

Selon le traité, les décisions du Conseil européen à leur égard portent « sur la politique étrangère et de sécurité commune ainsi que sur d’autres domaines relevant de l’action extérieure de l’Union, peuvent concerner les relations de l'Union avec un pays ou une région, ou avoir une approche thématique. Elles définissent leur durée et les moyens que devront fournir l'Union et les États membres ».

Sans épuiser le sujet et sans chercher à transgresser la confidentialité qui y est attachée, il est possible d’esquisser certains objectifs stratégiques qui tombent sous le sens.

Bien que le traité limite – étonnamment - l’identification des objectifs et intérêts stratégiques de l’Union à la seule dimension externe de l’équation stratégique qui lui est posée, on peut distinguer deux catégories d’objectifs stratégiques pour l’Union.

- Une première catégorie d’objectifs stratégiques à trait à la sauvegarde de l’Union européenne en tant qu’union politique d’Etats et de Peuples soucieuse et dotée des instruments lui permettant de :

* sauvegarder son indépendance, ou, a minima, sauvegarder son autonomie, tant au plan stratégique que politique et économique, pour pouvoir décider, en pleine responsabilité, ses postures, ses positions et ses engagements lors des grands rendez vous des agendas stratégique et sécuritaire,  sauvegarder son intégrité, tant politique que physique et territorial,

* garantir sa pérennité en tant qu’entité politique unique dotée de la personnalité juridique et des institutions indispensables à l’exercice des compétences que lui ont attribuées ses Etats membres,

* sauvegarder les valeurs qui la fondent et qui sont communes aux États membres,

* sauvegarder sa sécurité et sa stabilité, sur les registres stratégique, institutionnel, politique et économique, en se dotant des garanties de sécurité (positives et négatives), en déployant des mesures de confiance et des mesures de réassurance, qui concourent à maintenir le plus bas possible les niveaux de tension stratégique et sécuritaire, y compris face aux nombreux risques globaux qui affectent de manière systémique les grands équilibres régionaux et internationaux (cf. à cet égard les articles figurant dans les rubriques de ce blog intitulées : Globalisation - Défis globaux et L'UE face aux défis globaux ),

* sauvegarder ses intérêts les plus fondamentaux, et notamment ses intérêts économiques et commerciaux (stabilité et sécurité de sa monnaie au sein du système monétaire international, stabilité financière internationale, stabilité et sécurité de son économie et de la totalité de ses flux d’échanges commerciaux et culturels, en particulier de ses flux d’approvisionnement en biens vitaux et/ou essentiels au développement de son économie, etc.).

- Une deuxième catégorie d’objectifs stratégiques dont la réalisation pleine et entière est indispensable à la concrétisation des précédents, a trait à l’affirmation de la place de l’Union dans le concert international en tant qu’acteur politique disposant d’une capacité globale d’influence, de médiation et d’intervention sur le registre stratégique, dans le respect du droit international, à partir d’une gamme très variée, bien qu’encore incomplète, d’instruments lui permettant d’agir de manière à :

a)    promouvoir dans le reste du monde les principes qui ont présidé à sa création, à son développement et à son élargissement : la démocratie, l'État de droit, l'universalité et l'indivisibilité des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le respect de la dignité humaine, les principes d'égalité et de solidarité et le respect des principes de la charte des Nations unies et du droit international,

b)    encourager une intégration équitable et durable de tous les pays dans l'économie mondiale, et contribuer à l'élaboration de mesures internationales afin de préserver et améliorer la qualité de l'environnement et la gestion durable des ressources naturelles mondiales, et d’assurer une stabilité financière et monétaire et une protection des biens publics mondiaux, partout dans le monde,

c)    préserver la paix, prévenir les conflits, renforcer la stabilité stratégique et consolider a sécurité internationale, conformément aux buts et aux principes de la charte des Nations unies, ainsi qu'aux principes de l'acte final d'Helsinki et aux objectifs de la charte de Paris, y compris ceux relatifs aux frontières extérieures.

Partager des objectifs stratégiques avec un partenaire stratégique implique-t-il automatiquement que l’on partage avec lui les mêmes intérêts stratégiques ?

Nombre d’exemples jalonnent la jeune histoire de la construction européenne qui attestent que lorsqu’elle partage avec ses principaux partenaires stratégiques des objectifs stratégiques communs, ceux-ci peuvent chercher à préserver des intérêts stratégiques différents.

Par exemple, la présence de bases américaines abritant des armements nucléaires tactiques participe très clairement à faire des territoires - et des Etats - qui les hébergent des cibles privilégiées pour des adversaires stratégiques des Etats-Unis, créant ainsi une vulnérabilité stratégique pour l’Union elle-même qui renforce sa dépendance stratégique à la performance du système de dissuasion des Etats-Unis. Dès lors, la concrétisation des objectifs stratégiques d’intégrité, d’indépendance et de sécurité et la sauvegarde des intérêts stratégiques qui y sont associés s’en trouvent très ouvertement affectés.

Autre exemple : alors que l’accès permanent à des ressources stratégiques comme l’interdiction d’accès à ces mêmes ressources constituent pour l’Union européenne et d’autres acteurs stratégiques tels que, par exemple, les Etats-Unis, la Chine, la Russie, la Turquie, Israël ou l’Iran, deux objectifs stratégiques communs, l’hypothèse - plausible - où, placés devant un risque de pénurie aux effets économiques vitaux, l’un ou l’autre viendrait à décider d’interdire le partage de l’accès de certaines ressources stratégiques (accès à l’espace, etc.) à tout Etat ou organisation tierce, porterait alors atteinte aux intérêts stratégiques d’une Union européenne obligée dès lors à rechercher, organiser et à sécuriser l’accès à d’autres sources d’approvisionnement pour ces mêmes ressources stratégiques.

Où l’Union européenne en est-elle à l’égard de la concrétisation des objectifs stratégiques qui lui sont propres ?

En son état actuel, et bien qu’elle soit confrontée à la réalité d’un double agenda stratégique et sécuritaire régi d’abord, de toute évidence, autant par les objectifs de puissance ouvertement affichés par les Etats-Unis[1] que par ce qui apparaît aujourd’hui comme l’alpha et l’oméga de la Sécurité internationale, à savoir la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive et la ‘guerre totale et longue’ contre le terrorisme, l’Union ne cesse de réaffirmer la détermination commune de ses membres (institutions communautaires, Etats membres) :

-      à privilégier le recours au système multilatéral à toute autre formule (notamment, unilatérale) pour régler de manière pacifique des questions sensibles pouvant conduire à des différends ou à des impasses insurmontables en dehors d’un dialogue politique à l’échelle internationale,

-      à soutenir toutes les démarches qui visent une intervention de plus en plus marquée de ‘codifications normatives collectives’ dans le champ de la Sécurité, au travers de Conventions, traités, protocoles internationaux appropriés,

-      à relancer l’intérêt de la communauté internationale pour les mesures de confiance, et à en réactiver l’utilisation en appui, notamment, de mesures de ‘Sécurité coopérative’,

-      et à ne limiter l’engagement effectif de ses capacités opérationnelles – civiles, civilo-militaires ou militaires - qu’à des interventions dans des opérations de prévention, de gestion ou de sortie de crises de faible intensité militaire placées sous mandat onusien, ses Etats-membres laissant à l’OTAN la responsabilité d’intervenir sur des théâtres requérant des opérations de ‘Sécurité collective’ de plus forte intensité militaire.

Une telle attitude place l’Union dans une situation singulière sur l’échiquier international.

Par ailleurs, les dispositions contraignantes des Conventions internationales, Chartes (au premier rang desquels figure la Charte des Nations Unies), Traités, Protocoles comme les décisions et arrêts des différentes Juridictions compétentes dans ces matières dessinent aujourd’hui les contours d’un ordre juridique international qui interfère de manière importante avec les postures de Sécurité, nationales ou collectives, dont il importe de relever qu’elles sont, dans la plupart des cas, davantage inspirées par des motivations d’une toute autre nature qu’un ‘simple’ respect du Droit international par l’application d’une soft law internationale[2].

Dans un tel contexte, les membres de l’Union ne peuvent plus faire l’économie de s’interroger sur la voie à emprunter pour permettre à celle-ci de s’affirmer comme acteur responsable et souverain sur les registres stratégique et sécuritaire.

Plusieurs éléments majeurs les y contraignent à brève échéance :

-      la prospérité mondiale, la sécurité internationale et la stabilité stratégique, et partant, celles de l’Europe, sont confrontées à des risques globaux dont la double nature systémique et « idiosyncratique[3] » rend aléatoire la performance des réponses qui peuvent leur être apportées ; un nouveau paradigme sécuritaire est apparu qui mobilise la Communauté internationale et ses nombreuses institutions au point que les différentes éditions du Forum économique mondial y a consacré ses travaux depuis 2007,

-      un nouvel élargissement de l’OTAN, tant en termes de missions (celles requises par les ambitions d’« une alliance pour la liberté ») que de format (élargissement à des Pays comme l’Ukraine, la Géorgie, le Japon, l’Australie et Israël) a été évoqué à plusieurs reprises, probablement en réponse aux initiatives sino-russes menées dans le cadre de l’Organisation de coopération de Schangaï,

-      la présentation par le Pentagone de la troisième édition de sa Quadriennal Defense Review (QDR) a fait apparaître de nouveaux objectifs stratégiques et militaires, de nouveaux éléments de doctrines, de nouveaux concepts (tels que ceux de Total Force et de Long War) ainsi que de nouveaux principes qui s’inscrivent dans le contexte de la révolution des affaires militaires, et qui viennent compléter et renforcer les principes énoncés antérieurement en même temps que les concepts plus anciens attachés à la Transformation[4],

-      les tentatives successives d’adaptation de l’Alliance atlantique à la nouvelle réalité stratégique ont induit - et induisent encore - une très grande confusion dans la manière de penser et d’agir des Etats membres de l’Union sur le registre stratégique lorsqu’il s’agit d’œuvrer au travers de l’Alliance non plus sur le registre de la Défense collective (Mission dévolue à l’OTAN par une très grande majorité d’entre eux) mais sur celui, à la fois plus exigeant et plus global, de la Sécurité collective, alors qu’il revient d’abord à l’ONU d’agir en la matière, conformément aux dispositions de l’article 1 de sa Charte, ou de la Sécurité commune, au travers de l’Union, conformément à la fois aux dispositions des articles 52 et 107 de ladite Charte, et, corrélativement, des dispositions appropriées du Traité sur l’Union européenne. Par ailleurs, le respect des trois critères qui, du point de vue des Etats-Unis, doivent conditionner la validité de la démarche européenne sur le registre de la Sécurité – y inclus la PSDC - (non duplication, non discrimination, non decoupling), et plus encore ceux qui s’y sont substitués en 1999 après la révision du concept stratégique de l’Organisation (improvement, inclusiveness, indivisibility), participe à entamer les marges d’initiative des Européens sur le registre d’une Sécurité commune appréhendée dans son interprétation la plus extensive,

-      eu égard au rôle prépondérant de la relation transatlantique dans les débats stratégique et sécuritaire internes à l’Europe, le repositionnement des Etats-Unis face aux évolutions du contexte stratégique place les Européens face à un dilemme essentiel pour l’avenir de l’Union politique, celui d’avoir à choisir entre deux options contradictoires :

·      agir de manière à ce que l’Union puisse construire sa propre posture et ses propres schémas sur les registres stratégique et sécuritaire, tout en respectant les obligations dues à ses engagements internationaux,  

·      ou bien renoncer à définir une identité européenne souveraine en pareilles matières.

Quelles sont les innovations qui doivent être introduites ?

Parce qu’une telle situation fait peser sur la dynamique intégrative de l’Union, encore fragile, le risque d’une altération, voire même d’une paralysie, en même temps qu’elle rend plus délicate et complexe la concrétisation de ses objectifs stratégiques, et parce que l’Union s’est elle-même construite en pôle d’équilibre régional autour d’un objectif de Paix, de Solidarité et de Stabilité, et non pas en Alliance au sein de laquelle des divergences d’intérêts et un système de décision à l’unanimité conduisent à des rapports de force préjudiciables à la performance de l’ensemble, l’Union a besoin d’une vision plus claire de ses intérêts stratégiques et du rôle qu’elle veut jouer à moyen et long terme dans le concert international avec le souci constant de ses responsabilités stratégiques.

Les Européens ne peuvent faire l’économie d’une étude d’impact de ces différents éléments sur leur propre analyse stratégique commune, laquelle est indispensable pour déterminer de manière précise le contour des objectifs et intérêts stratégiques de l’Union.

L’enjeu et l’objectif ne sont pas minces puisqu’il s’agit d’établir les conditions d'une meilleure Stabilité et d’une meilleure Sécurité, aux fins d’en tirer parti simultanément au niveau intérieur, au niveau régional, et enfin, sur le plan international.

Le nouveau contexte paradigmatique faisant apparaître des causalités plus fondamentales que les seules contraintes géopolitiques, il est indispensable de construire un instrument d’analyse ad hoc qui ne se réduise pas à la géopolitique[5].

Il ne s’agit pas seulement d’approfondir les dynamiques actuelles en matière de Sécurité, de nature essentiellement instrumentale et fonctionnelle, mais, bien davantage, de les inscrire dans une dynamique politique plus globale qui permette d’embrasser l’ensemble des contenus stratégiques et sécuritaires des défis posés à l’Europe.

Cette nouvelle approche stratégique doit conduire l’Union à changer de paradigme, à hiérarchiser les  priorités de son action stratégique, y compris de ses partenariats stratégiques (laquelle doit être entreprise en procédant à une meilleure évaluation des domaines dans lesquelles l’Union a une réelle valeur ajoutée sur le plan stratégique et en confiant à ses Etats membres qui en ont à la fois la volonté et la capacité, le pilotage et le contrôle des fonctions stratégiques à l’égard desquelles l’Union n’offre pas de valeur ajoutée équivalente), et à mettre en oeuvre une stratégie d’influence qui, sans renoncer à ses ambitions normatives, cherche moins à imposer ses propres objectifs qu’à impliquer ses propres Etats membres dont les objectifs et intérêts stratégiques sont voisins dans ses partenariats stratégiques qui nécessitent un niveau élevé de cohérence stratégique.  

Elle doit également la conduire à créer les conditions du partage de ses objectifs stratégiques avec des Etats de son voisinage dont elle envisage l’adhésion, à terme, par le biais de son processus d’élargissement. En premier lieu, pour qu’ils puissent être concrétisés à leur propre profit ; ensuite pour qu’ils puissent être concrétisés à terme au profit de l’Union élargie à ces mêmes Etats.

Une telle entreprise doit être conduite avec la volonté :

-      de ne pas focaliser l’agenda européen pour la Sécurité sur une  nouvelle réforme du concept stratégique de l’Alliance atlantique, en préparant un avenir où l’Union européenne et ses partenaires non européens au sein de cette organisation pourraient asseoir leur coopération en matière de Sécurité et de Défense collectives sur des bases conceptuelles, institutionnelles  et juridiques nouvelles, et respectueuses du dessein politique de l’Union,

-      de donner un nouvel horizon au processus d’intégration de façon à :

·      mieux caractériser et mieux affirmer ce qu’est, en termes de contenus, d’héritages, de valeurs, d’aspirations, de promesses, de volontés et d’exigences, l’identité européenne dans ses ressorts et déterminants politiques, stratégiques, sécuritaires et juridiques,

·  remobiliser les énergies, les expertises et les volontés qui entendent poursuivre le processus d’approfondissement politique de l’Union autour de priorités incontestables,

·      remettre le citoyen de l’Union en son cœur, à la fois comme sujet, acteur, passeur et investisseur, et comme objet et finalité première de l’action politique, a fortiori lorsque celle-ci a trait aux questions sécuritaires ; car le citoyen constitue le lien en même temps que l’acteur et l’objet naturels entre « Sécurité intérieure » et « Sécurité extérieure », deux notions qui, à travers lui et pour lui, ne se manifestent qu’au travers d’une ‘Sécurité globale’ ; un citoyen en quête d’identification à cette Union qui œuvre d’ores et déjà en son nom et à son service au travers des politiques communes menées dans les domaines politiques fondamentaux pour lesquels les Etats membres lui ont attribué une compétence,    

·   apporter des réponses claires aux questions centrales restées jusqu’ici sans réponses lisibles ni par les citoyens européens, ni par les opérateurs de la base technologique et industrielle européenne essentielle à la politique de Sécurité de l’Union, afin qu’ils disposent d’orientations suffisamment cohérentes et stables pour éclairer leurs choix les plus stratégiques.

Si le recours aux potentialités qu'offre l'équilibre de la terreur que permet le jeu complexe de la dissuasion nucléaire reste indubitablement pertinent pour asseoir une stabilité stratégique en équilibre précaire, comme le souligne Bruno Tertrais, dans un univers stratégique qui parviendrait bon gré mal gré à contenir les vélléités multiples de prolifération (cf. à cet égard Comment la France doit-elle se positionner à l'égard du projet de défense antimissile balistique (DAMB) ? ), une autre évidence s'impose aujourd'hui aux penseurs et acteurs de la stratégie contemporaine : le règlement pacifique des différents stratégiques sur la base d'initiatives collectives fondées soit sur la lettre ou l'esprit de l'article 33 du chapitre VI de la Charte des Nations Unies (Chapitre VI : Règlement pacifique des différends) soit sur la lettre ou l'esprit de son chapitre VII (Chapitre VII : Action en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d'acte d'agression) est d'autant plus efficace aujourd'hui qu'il repose sur des modalités d'action bien plus efficaces que jadis ! Et surtout beaucoup moins hasardeuses pour la paix et la sécurité internationale !   

L'Union européenne serait bien inspirée de capitaliser rapidement les acquis de son expérience récente en la matière, à l’égard de l’Iran, notamment ! Et de renforcer ce qui a pu apparaître un moment comme une marque de faiblesse alors que cela constitue un instrument essentiel de son arsenal stratégique, à savoir sa doctrine et ses instruments de médiation internationale (cf. à cet égard Agir au long terme sur les conflits : l’UE mise sur la médiation (Bruxelles2.eu)).

Une action collective à l'égard d'une Banque centrale, d'une monnaie ou, plus généralement, des ressorts les plus critiques d'une économie nationale d’un Pays tiers à l’égard duquel on souhaite entreprendre une initiative stratégique peut produire des résultats diplomatiques particulièrement prometteurs en regard des enjeux stratégiques en cause !

Mais une telle réorientation doctrinale ne sera efficace qu'à la condition qu'elle apporte des réponses robustes à son déficit de puissance économique et normative en revisitant en profondeur ses stratégies de sécurité autant que ses politiques communes pour les adapter aux grands mouvements du monde et aux véritables menaces globales sur les grands équilibres auxquels elle est attachée (cf. notamment à cet égard La refonte du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale doit être l'occasion d'une profonde réforme de la vision des défis stratégiques et pour la sécurité ! ; Réviser en profondeur la stratégie européenne de sécurité ! De la nécessité et de l'urgence (1) ainsi que Réviser en profondeur la stratégie européenne de sécurité ! De la nécessité et de l'urgence (2)) !

Et à condition d'avoir pris toute la mesure de ce qu'est une Union politique articulée autour de buts, de valeurs et d'intérêts bien compris qui en singularisent le projet autant que l'identité (cf. notamment à cet égard Du socle idéologique minimal d’une Union politique européenne en construction (extraits de « L’Union européenne dans le temps long » de Jean-Louis Quermonne ) ! - Première partie - ainsi que Du socle idéologique minimal d’une Union politique européenne en construction (extraits de « L’Union européenne dans le temps long » de Jean-Louis Quermonne ) ! – seconde partie – )


[1] parmi lesquels figurent notamment les suivants : influencer les politiques des Etats situés à la croisée des enjeux stratégiques, et agir pour empêcher l’émergence de puissances stratégiques concurrentes

[2] ambitions de puissance, volonté d’instauration de la démocratie et lutte contre les dictatures par recours à la coercition armée, objectifs de stabilisation motivés par l’objectif de sécurisation des approvisionnements stratégiques et/ou vitaux, …

[3] ce qui signifie qu’un risque pour un groupe peut présenter une opportunité pour un autre groupe

[4] Global War against Terrorism, Preemptive War, Homeland Defence, Homeland Security, Network Centric Warfare ou Effects-Based Operations

 

 

 

 

 

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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 19:59
Les points suivants seront examinés lors de cette session (1)  :
– Fiscalité des revenus de l'épargne : Proposition de directive du Conseil modifiant la directive 2003/48/CE en matière de fiscalité des revenus de l'épargne sous forme de paiement d'intérêts - Accord politique
– Déclaration de TVA normalisée : Proposition de directive du Conseil modifiant la directive 2006/112/CE relative au systèmecommun de taxe sur la valeur ajoutée en ce qui concerne une déclaration de TVA normalisée - Présentation par la Commission
– Lutte contre le blanchiment des capitaux : Proposition de directive du Parlement européen et du Conseil relative à la prévention de l'utilisation du système financier aux fins du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme - État d'avancement des travaux
– Mécanisme de résolution unique : Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil établissant des règles et une procédure uniformes pour la résolution des établissements de crédit et de certaines entreprises d'investissement dans le cadre d'un mécanisme de résolution unique et d'un Fonds de résolution bancaire unique, et modifiant le règlement (UE) n° 1093/2010 du Parlement européen et du Conseil - Orientation générale
– Rapport du conseiller spécial, M. Philippe Maystadt, relatif à la contribution de l'UE aux normes comptables internationales - Présentation
– Union bancaire : État d'avancement des travaux
– Statistiques de l'UE : Conclusions du Conseil
(1) 3271ème session du Conseil de l'Union européenne.

 

Les débats publics / délibérations publics (2) :
Le liste des points pour une débat public / délibération seront disponibles sur le page Open Sessions du site-web du Conseil. http://www.consilium.europa.eu/council/open-sessions?lang=en
En marge du Conseil:
Lundi 14 octobre
09h00 Dialogue informel entre représentants du Conseil (ECOFIN) et du Parlement européen
10h30 Dialogue macroéconomique au niveau politique
15h00 Eurogroupe
Mardi 15 octobre
09h00 Petit déjeuner ministériel
10h00 Session informelle
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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 18:43

Dans une interview au journal grec Naftemporiki, la responsable luxembourgeoise a prôné un renforcement de la coopération entre les services secrets des Vingt-Huit, ce qui permettrait, selon elle, de parler d'une voix "unie et forte" avec les Etats-Unis qui, dit-elle, "ont besoin d'un contrepoids" dans ce domaine.

"Ma proposition pour le long terme serait la création d'un service européen de renseignement en 2020", a-t-elle encore indiqué. Son idée n'aurait pas été débattue jusqu'ici au sein de la Commission.

La proposition peut surprendre. L'affaire Snowden a certes mis en évidence les pratiques de la NSA, mais aussi celles de certains services européens qui pratiquent leurs propres écoutes et espionnent parfois d'autres pays de l'Union.

En fait, les Vingt-Huit coopèrent déjà en échangeant certaines informations dans le cadre de l'Intelligence Analysis Center (Intcen), l'une des branches du service européen d'action extérieure, le service diplomatique des Vingt-Huit. Le Club de Berne réunit également, à intervalles réguliers, des responsables des services de l'Union, de la Norvège et de la Suisse.

"CIA EUROPÉENNE"

Au lendemain des attentats antiaméricains de 2001, certains responsables avaient évoqué la création d'une "CIA européenne". Un projet rapidement abandonné, les principaux Etats de l'Union étant peu désireux de renoncer à leurs compétences ou de partager trop d'informations par le canal des institutions bruxelloises (NDLR Regards-citoyens.com : ce que ne confirme pas l'inscription dans le Traité de Lisbonne de dispositions ambitieuses  en matière de sécurité nationale - voir plus bas (*). Une collaboration un peu plus poussée a toutefois été ébauchée dans le domaine du terrorisme, avec la nomination d'un coordinateur européen, qui formule des analyses, des propositions et présente un rapport annuel.

En 2011, le projet de création d'un service européen de sécurité, regroupant différentes agences (Europol, Eurojust, Frontex, coordination antiterroriste…) avait été évoqué. Toujours pour renforcer la coopération et l'efficacité présumée de l'action au niveau européen. Une autre idée restée à l'état de vœu pieux.

 

Source : http://www.lemonde.fr/technologies/article/2013/11/05/ecoutes-viviane-reding-propose-un-service-europeen-du-renseignemen_3508703_651865.html#xtor=AL-32280397

 

Lire  également (édition abonnés) : NSA : pourquoi Barack Obama ne s'excusera pas 

 

Bien que ce concept de sécurité nationale n'ait jamais fait l'objet d'une définition claire et harmonisée au sein de l'Union européenne, et qu'il soit très fréquemment absent des lois fondamentales et/ou Constitutions nationales, le traité de Lisbonne contient des dispositions relatives à la sécurité nationale qui semblent inconnues de la plupart des membres des personnels politiques nationaux et européens.

Pour en savoir plus à cet égard  :

 * Stratégie de cybersécurité de l'Union européenne: un cyberespace ouvert, sûr et sécurisé / Conclusions du Conseil

 * De la Sécurité nationale dans le Traité de Lisbonne - première partie - (nouvelle édition)

 * De la Sécurité nationale dans le Traité de Lisbonne - deuxième partie - (nouvelle édition)

 * De la Sécurité nationale dans le Traité de Lisbonne - troisième partie - (nouvelle édition) 

 * De la Sécurité nationale dans le Traité de Lisbonne - quatrième partie - (nouvelle édition)

 * De la souveraineté nationale en vertu des dispositions de la Constitution de la République française   

 * Le traité de Lisbonne : un traité imparfait qui fera néanmoins progresser l'Union politique sur les registres de la défense des libertés et de la sécurité (1)

 * Le traité de Lisbonne : un traité imparfait qui fera néanmoins progresser l'Union politique sur les registres de la défense des libertés et de la sécurité (2)

 * Intégrer la Sécurité nationale dans la Constitution de la Vème République : un enjeu important de la prochaine réforme de la Constitution  

* La protection de la sécurité nationale dans les accords internationaux d'investissement (AII)  

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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 17:59

Jean-Yves Le Drian a démenti lundi 11 novembre toute tension avec Bercy dans l'élaboration de la loi de finance rectificative concernant le budget de la Défense, contrairement à ce qu'affirment des informations de presse.    

Dans un communiqué, le ministre indique qu'il travaille avec son homologue du Budget pour garantir que les ressources nécessaires à la défense "seront au rendez-vous" pour respecter les objectifs de la Loi de programmation militaire en discussion devant le Parlement.    

Celle-ci est "l'expression la plus complète de la politique de Défense définie par le président de la République", poursuit-il. 

Dans le même temps, "ces objectifs tiennent compte (...) de la nécessité de garantir notre souveraineté financière aussi bien que notre autonomie stratégique".    

La mise au point de M. Le Drian fait suite à des articles de presse, notamment dans Le Monde daté de mardi, faisant état de vives tensions entre Bercy et la Défense en raison d'un refus du budget de dégeler des crédits sur lesquels comptait la Défense.    

Ces informations "ne reflètent ni la qualité des relations que j'entretiens depuis longtemps avec Bernard Cazeneuve, ni le travail que mon équipe et la sienne entreprennent de concert, y compris pour résoudre de la meilleure façon possible les difficultés qui marquent la fin de la gestion 2013 du budget de l'Etat", écrit M. Le Drian.    

"Notre objectif commun est de garantir que les ressources nécessaires à notre défense seront au rendez-vous, en particulier à travers le respect des objectif de la Loi de programmation militaire 2014-2019", assure-t-il.    

Une "communication commune avec le ministre du Budget permettra de le vérifier" mercredi, jour où la loi de finances rectificative doit être présentée en Conseil des ministres.    

Les industriels de la défense se sont notamment inquiétés de voir le ministre du Budget préparer des coupes dans le budget de la Défense que le président Hollande s'était engagé à préserver.    

"On parle d'annuler 600 millions d'euros de crédits sur le budget de la Défense 2013", avait déclaré vendredi à l'AFP Marwan Lahoud, président du Gifas qui regroupe les sociétés spécialisées dans l'industrie aéronautique, spatiale et militaire.

 

Voir également à ce sujet : Budget : les Français veulent faire des économies sur la Défense, selon un sondage

 

Commentaires : Ce gouvernement qui ne cesse de se proclamer soucieux de faire évoluer de manière pragmatique la construction européenne, notamment dans les domaines les plus politiques, serait bien inspiré de s'employer à promouvoir et à négocier les solutions financières alternatives qu'une véritable solidarité politique européenne devrait permettre de dégager à partir notamment de recommandations très précises émises dans des rapports officiels dont les institutions compétentes disposent depuis 2011.

Cf. notamment à cet égard :

 * De la nécessité de réfléchir à un recours au budget de l'UE pour le financement de la PSDC et des politiques qui lui sont connexes

 * De la prise en compte des investissements de défense dans le prochain cadre financier pluriannuel de l’UE : les termes de l'enjeu

 *  De la prise en compte des investissements de défense dans le prochain cadre financier pluriannuel de l’UE : éléments d’analyse complémentaires et pistes envisagées

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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 17:41
La décennie 2009-2019 sera-t-elle celle du déclassement militaire français ? Sur la période, les raisons de faire la guerre n'auront pas changé. Mais la crise économique aura profondément remodelé l'armée française, dans le cadre de deux programmations budgétaires difficiles - 2009-2014 puis 2014-2019.

Vingt ans après sa professionnalisation, cette armée présente un visage que beaucoup de pays lui envient. La défense demeure le troisième budget de l'Etat, 31,4 milliards d'euros, et le premier investisseur public, avec 16 milliards d'euros par an. Dans une Europe qui désarme, la France et le Royaume-Uni s'affichent comme les dernières puissances dotées de la volonté et des moyens de conduire des guerres, avec l'ambition d'« entrer en premier » dans un conflit.

La loi de programmation 2014-2019, en cours d'adoption au Parlement, prévoit de poursuivre la modernisation des moyens militaires du pays. D'abord l'arme nucléaire : les crédits augmenteront de 30 % par rapport à la période précédente, pour financer le sous-marin nucléaire lanceur d'engins de troisième génération, la version future du missile M51, les avions ravitailleurs MRTT. Autre priorité : le renseignement. Satellites, drones, effectifs des services... à l'heure du scandale des écoutes de la NSA, l'effort s'établit à 6 milliards d'euros au moins d'ici à 2019 pour préserver l'autonomie d'information nationale.

Quand certains de ses alliés assument des impasses majeures dans leurs capacités militaires, la France veut conserver la panoplie complète des...

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L'armée peau de chagrin

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Voir également à ce sujet :

 * Qu'est-ce qu'un Livre blanc ?

 * Adresse du président de la République aux membres de la commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale (Palais de l'Elysée - 29 avril 2013)

 * Livre blanc de la défense : la France prépare les guerres de demain avec des ambitions réduites, par Nathalie Guibert (Le Monde)

 *  Intégrer la Sécurité nationale dans la Constitution de la Vème République : un enjeu important de la prochaine réforme de la Constitution     

 * Savez-vous quel est le format actuel des armées françaises ?

 * Enabling the future. European military capabilities 2013-2025, by James Rogers and Andrea Gilli (EUISS)         

 * La refonte du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale doit être l'occasion d'une profonde réforme de la vision des défis stratégiques et pour la sécurité !  

 * Défense : L'ambition européenne de la France, par Nicole Gnesotto et Sophie-Caroline de Margerie (Notre Europe – Institut Jacques Delors)

 * Livre blanc – Défense et sécurité nationale 2013 (Europe,Diplomatie & Defense) 

 * Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale version 2013 : entre continuité subie et flou entretenu.  

 *  Livre blanc de la défense : le Livre noir du désarmement français

 *  Le grand déclassement de l'armée française - La loi de programmation militaire sonne le glas d'une ambition, par Nicolas Baverez (Le Point)

 *  Incohérence stratégique : les dirigeants français - et européens - persistent et signent ! (suite)

 * Incohérence stratégique : les dirigeants français persistent et signent !

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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 16:53

- De la dette transformée en capital et du déficit qui devient de la croissance... Nous vivons dans un monde merveilleux créé par des prestidigitateurs hors pair.

Le cercle des illusionnistes économistes fait salle comble en ce moment. Il paraît qu'il y a une reprise aux Etats-Unis, que l'Europe va renouer avec la croissance en 2014 et que nos banques seront recapitalisées sans douleur aucune au cas (improbable) où cela serait nécessaire.

Sondage

Bien sûr, tout cela ne coule pas de source. N'imaginez pas une minute que les gens puissent s'enrichir en vaquant niaisement à leurs affaires quotidiennes. Cette amélioration est due à la Fed et Janet Yellen, à la Banque centrale européenne et Mario Draghi, à la Banque d'Angleterre et Mark Carney, à la Banque du Japon et Shinzo Abe.

Depuis le début de la crise nos illusionnistes ont fait surgir du néant plus de 6 500 milliards de dollars. C'est l'addition des mesures non conventionnelles de tous les pays. "Enorme", comme dit la jeune génération. Par comparaison, le PIB des Etats-Unis est d'un peu moins de 16 000 milliards de dollars et celui de l'Eurozone d'un peu plus de 12 000 milliards de dollars. Quelle audace, ces illusionnistes !

Pourtant, en injectant presque la moitié du PIB de l'Europe en fausse monnaie dans les circuits financiers des pays développés, l'emploi ne repart pas. Incroyable, ça : comment peut-on créer des "reprises sans emplois" ? Très simple, il suffit de penser que la croissance du PIB crée automatiquement de la richesse, que la mauvaise dette peut se transformer en capital et le déficit (un peu plus de dette) en croissance.

Car ce n'est pas parce que le secteur financier reste hypertrophié (les actifs financiers du secteur bancaire européen pèsent 29 500 milliards d'euros, soit plus de trois fois le PIB de l'Eurozone) et que l'on a masqué les pertes latentes par de la création monétaire que tout va bien.

Dans le monde cruel, en contrebas de la scène où opèrent les illusionnistes et leurs amis appariteurs les banquiers, tout se passe différemment. Les entreprises embauchent lorsqu'elles gagnent de l'argent. Elles gagnent de l'argent lorsqu'elles vendent des biens et services à des gens qui peuvent les payer.

Quand les gens ne peuvent plus payer, les illusionnistes économistes font en sorte de leur distribuer de l'argent qui n'existe pas pour qu'ils puissent payer. Pour cela deux artifices :

- le déficit de l'Etat qui va se servir des banques pour placer ses emprunts, obtenir l'argent qu'il n'a pas et le redistribuer à la clientèle électorale la plus favorable au pouvoir en place ;
- le crédit à la consommation qui va être distribué par les banques si possible à des pauvres (les autres se méfient).

Voici une information intéressante publiée par Enjeux Les Echos en novembre qui montre comment le crédit à la consommation a évolué en 2012.

credits
Cliquez sur le graphique pour l'agrandir

Le crédit à la consommation a augmenté de 5,5% en 2012 aux Etats-Unis. La "croissance" constatée en 2012 est de 1,60%. Le PIB américain repose à plus de 70% sur la consommation des ménages. La part de croissance due à la consommation est donc de 0,7 x 1,6 = 1,12%.

- Donc sans croissance de la consommation financée à crédit, l'économie se contracterait Ceci explique probablement pourquoi les entreprises n'embauchent pas. Même en 2013, où le dernier chiffre connu de croissance en rythme annuel s'établit à 2,8%, la croissance américaine ne repose que sur de la dette.

Mais ce n'est pas tout...

Le merveilleux boom de la période 2001 à 2007 avait été obtenu de la même façon -- avec du crédit à la consommation --, à une différence près. En face des crédits à la consommation de l'époque 2001 - 2007, il y avait une hypothèque. Certes, une mauvaise hypothèque puisque le marché immobilier a chuté, mais malgré tout quelque chose d'un peu tangible.

Cette fois, les illusionnistes économistes font plus fort. En face du crédit, il n'y a rien. Car la bulle d'aujourd'hui ce sont les 1 200 milliards de dollars de prêts étudiants (chiffre de mai 2013) et en contrepartie, il n'y a aucune garantie. En effet, il est rare de trouver des étudiants avec des biens immobiliers (ou d'autres biens tangibles de valeur) à gager. Ces prêts étudiants représentent 30% des crédits à la consommation, contre seulement 17% en 2008. Le taux de défauts augmente inexorablement ; il atteignait 12% d'impayés à fin 2012. Normal, souvenez-vous, côté emplois, ce n'est pas la frénésie d'embauches. Ces crédits étudiants sont peut-être de la prochaine bulle qui va éclater et elle sera bien pire que celle du crédit subprime.

Les lumières vont se rallumer. Les économistes illusionnistes vont devoir quitter la scène sous les jets de tomates du public. Le jour approche où pour emprunter plus, il faudra payer plus, mais avec du vrai argent. Et là, c'est la bulle des obligations d'Etat qui va exploser.

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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 16:15

Allocution de M. Pierre Tartakowsky, Président de la Ligue des droits de l'Homme, lue par Madame Nadia Doghramadjian, secrétaire générale adjointe, lors du rassemblement qui s'est tenu à Angers le 11 novembre 2013 en présence de plus de 1.500 participants et de nombreux élus.  

 

Les agressions répétées, ouvertement et pleinement racistes dont la ministre de la Justice Christiane Taubira a été la cible indiquent clairement que nous avons affaire à une offensive assumée, concertée, froidement haineuse. Elles s’inscrivent en effet dans une trop longue liste de « dérapages » détestables.

Il y a eu cette déclaration hallucinante du député-maire de Cholet, à ce jour toujours membre de l’UDI, à propos des Roms : « Hitler n’en a peut-être pas tué assez ». Il y a eu le maire de Croix, dans le Nord, affirmant qu’il serait aux côtés de l’un de ses administrés s’il « commettait l’irréparable » à l’encontre d’un Rom… Il y a eu ce sénateur confiant à la cantonade qu’il avait « vraiment envie » de tirer sur François Hollande et la répartie du maire de Marseille, lui proposant obligeamment une Kalachnikov…

Ces saillies pseudo humoristiques ou soi-disant « maladroites » alimentent une foule de propos et d’actes de violence et toutes, contribuent à la fragmentation de notre société, tout en nous inscrivant collectivement dans une logique de désignation de boucs émissaires.

Cette remontée sidérante de pratiques et de discours qu’on pensait exorcisés n’est pas sans lien avec les consultations à venir. Mais les ramener à une simple poussée de fièvre préélectorale serait s’aveugler à bon compte et sous-estimer le danger.

Au-delà des femmes, des hommes et des populations prises pour cibles, c’est le débat démocratique qu’on vise, et en plaçant ses valeurs hors-jeu c’est la République qu’on veut atteindre.

Cette tentative d’OPA sur le débat public n’est donc pas que malsaine, elle est criminelle ; le racisme est certes odieux, mais c’est surtout un délit. La panacée de l’exclusion est évidemment un mensonge, mais c’est aussi et surtout, une invitation à la violence.

C’est pourquoi nous affirmons notre solidarité militante et civique avec toutes celles et ceux qui en sont la cible. C’est pourquoi nous en appelons à une réaction ferme de la puissance publique mais aussi de la société civile. Il s’agit de mettre hors-jeu tous ceux, toutes celles qui propagent la haine tout en se réclamant de la démocratie. Il revient aux citoyens, aux médias et aux élus de la République d’y contribuer, chacun à sa place, en veillant à la qualité des débats publics, en dénonçant sans complaisance ce qui relève de l’infraction à la loi, de l’incitation à la haine, en rejetant ceux qui investissent et spéculent sur le marché de la peur et de la haine.

Face aux démagogues et à ceux qui font preuve de compréhension à leur égard, la Ligue des droits de l’Homme le réaffirme solennellement : la République n’a d’avenir qu’égale, solidaire et fraternelle.

 

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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 20:29

Un sondage Ifop révèle que l'armée, les allocations chômage et l'écologie sont les trois postes de dépenses que les Français souhaiteraient réduire.


Si les Français étaient chargés des arbitrages sur le budget, où tailleraient-ils en priorité ?

Un sondage Ifop publié dans Le Journal du Dimanche, dimanche 10 novembre, indique que la défense serait un secteur prioritaire pour 33% des personnes interrogées. Viendraient ensuite les aides versées aux chômeurs (24%), l'environnement (20%), la culture (19%), la prime pour l'emploi (15%), la justice et les prisons (10%), la sécurité (9%), l'école (8%), la santé (5%), les retraites (4%) et les universités (3%).

Toutefois, 21% des sondés souhaitent que l'on ne touche à aucun de ces domaines. Et près des deux tiers des Français sondés (64%) se déclarent hostiles à l'effort d'économies budgétaires décidé par le gouvernement en 2014. Cet effort "n'est pas satisfaisant", peut-on lire sur la proposition retenue, "car il risque de détériorer les services publics et freiner la reprise économique". A l'inverse, 34% le jugent satisfaisant, "compte tenu de la situation des comptes publics et du niveau de la dette".

Par ailleurs, la diminution du nombre de députés est plébiscitée (87%, 13% contre), tout comme la fusion ou le regroupement entre les départements et les régions, réclamés par 62% des sondés (36% contre).

Sondage réalisée les 8 et 9 novembre par téléphone auprès d'un échantillon de 1.025 personnes représentatif de la population française de 18 ans et plus (méthode des quotas).

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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 12:03

Contrairement au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, où prédominent les responsabilités de l'Allemagne hitlérienne, l'embrasement de 1914 échappe à une cause unique. Personne n'avait intérêt à un conflit généralisé, mais chaque grande puissance jouait avec le feu...
Quand, le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France sous un faux prétexte – le survol de Nuremberg par un avion français, qui aurait largué des bombes – l’occasion est trop belle pour ne pas voir dans ce geste la conclusion logique du militarisme prussien. A Paris, Londres et Saint-Pétersbourg, unis depuis 1907 dans la Triple-Entente, les gouvernements voient dans ce dénouement la justification a posteriori de leur rapprochement « défensif ». Mais au petit jeu de savoir « à qui le crime profite », Berlin, Vienne et Rome, associées depuis 1882 dans la Triplice, n’en sont pas moins fondées à voir dans l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, le 28 juin 1914, à Sarajevo, capitale de la Bosnie, la preuve que la Russie, soutenue par la France et l’Angleterre, utilise l’hypernationalisme serbe pour remodeler à sa main les Balkans aux dépens des empires centraux et faire ainsi oublier son humiliante défaite de 1905 face aux Japonais.

« Si le tort n’était que d’un seul côté, disait La Rochefoucauld, les querelles ne dureraient jamais longtemps. » Rarement maxime ne s’est mieux appliquée aux relations internationales qu’à la veille de la Grande Guerre. Car aucune interprétation « totale » ne s’impose pour expliquer comment la civilisation la plus accomplie en même temps que la plus prospère de la planète, a pu, en une période si ramassée, s’engager avec tant de résolution dans la voie du suicide collectif. Et surtout pas la thèse marxiste, dont on connaît le leitmotiv : la Première Guerre mondiale est la conséquence directe de la course aux armements, elle-même fille du capitalisme qui, comme chacun sait, « porte la guerre comme la nuée porte l’orage » (Jaurès). Si le leader socialiste n’avait pas tort de considérer que les « masses » seraient les premières victimes du conflit, enrôlées qu’elles étaient au service d’intérêts bien éloignés de leurs préoccupations quotidiennes – d’où la noblesse de son combat pour empêcher l’irréversible – il n’en négligeait pas moins un aspect décisif : la psychologie des Etats qui n’avaient pas attendu les Krupp (en Allemagne), les Schneider (en France) ou les Guest (en Angleterre) pour se faire la guerre.  

Comme l’écrit Pierre Renouvin dans sa magistrale Crise européenne et la Première Guerre mondiale (PUF, 1969), si « la course aux armements, par un enchaînement inévitable, mène à la guerre [elle n’est] que le résultat d’une situation antérieure et des inquiétudes qu’elle a provoquées. [Elle] est un effet plus qu’une cause. »    

Causes économiques, alors ? Certes, la concurrence commerciale entre l’Allemagne et la Grande-Bretagne est exacerbée à la veille du conflit. La croissance rapide de la flotte allemande (celle de guerre, mais aussi de commerce) inquiète les Anglais qui ont entendu sans plaisir excessif le Kaiser déclarer que l’avenir du Reich était sur mer. Mais les documents aujourd’hui en notre possession (toutes les archives connues sont désormais exploitées) démontrent qu’à Londres, comme à Berlin, les milieux économiques sont vent debout contre la guerre. L’ambassadeur d’Allemagne le constate, en juillet 1914 encore, dans un rapport à son gouvernement : c’est à la City que le pacifisme souffle le plus fort. Comment s’en étonner, quand on sait que la prospérité britannique repose d’abord sur la liberté des transactions internationales ? Si le besoin d’assurer celle-ci peut provoquer des guerres (comme en Chine, au xixe siècle, pour ouvrir de nouveaux marchés), un conflit généralisé est, au contraire, le plus sûr moyen de ruiner le commerce. Le raisonnement vaut aussi pour l’Allemagne où les progrès foudroyants de la production avaient été tels, depuis la fin du xixe siècle, que celle-ci avait tout à gagner à prolonger une paix favorable à ses exportations. Quant à la France, deuxième puissance coloniale après l’Angleterre, c’est plutôt à l’endroit de celle-ci qu’elle pourrait avoir des griefs depuis l’affaire de Fachoda (1898) qui l’a privée de la maîtrise du bassin du Nil. En 1914, le souvenir des manœuvres d’intimidation de la Royal Navy devant Brest est encore dans toutes les têtes, de même que le mot du Kaiser rêvant tout haut à une guerre franco-anglaise : « La situation devient intéressante ! » C’est pourtant aux côtés de la France que, le 4 août, la Grande-Bretagne entre en guerre sans ciller, après que l’armée allemande eût violé la neutralité belge pour foncer droit sur Liège, puis sur Paris.    

Loin de procéder d’une cause unique, la grande ordalie de 1914 est donc, d’abord, la conséquence d’un jeu de puissances qui, jusqu’alors, s’équilibrait subtilement mais qui soudain, s’est modifié sous l’effet d’un précipité chimique : la décomposition des Balkans, prétexte à l’irruption sur le théâtre centre-européen d’un Empire russe à peine en meilleur état que celui des Habsbourg.    

Déterminant est en effet le rôle de la Russie. Depuis un siècle et demi, celle-ci a été presque constamment mise en échec en Europe centrale par la politique autrichienne. Affaibli par la révolution de 1905, bouté hors d’Extrême-Orient par les Japonais (là même où Guillaume II n’avait cessé de l’inciter à aller combattre le « péril jaune »), Nicolas II voit dans la montée du nationalisme serbe, l’occasion rêvée de s’imposer, en champion des Slaves, dans le conflit qui oppose, depuis onze ans, Belgrade à Vienne. Indépendants des Turcs depuis 1882, les Serbes vivaient jusqu’en 1903 dans l’orbite de l’Empire autrichien, qui lui-même possédait des minorités serbes. Mais en 1903, un coup d’Etat renverse le roi Alexandre Ier de Serbie, sauvagement assassiné puis défenestré, auquel succède Pierre Ier, de la dynastie rivale des Karageorgévitch. Pro-russe, allié de la France, celui-ci ne cesse de prôner le regroupement, sous son autorité, et avec le parrainage du grand frère russe, des minorités serbes de l’empire. En 1908, Vienne réagit en annexant purement et simplement la Bosnie-Herzégovine, nominalement turque, mais que le congrès de Berlin (1878) a confié à son administration ; de nombreux Serbes y vivent, et réclamaient leur rattachement à la Serbie. Pour Belgrade, c’est une humiliation. Le choc en retour aura lieu le 28 juin 1914 avec l’attentat de Sarajevo. On connaît la suite : l’accusation, aussitôt portée par Vienne, de l’implication de Belgrade dans le complot (les preuves n’en seront réellement établies qu’en 1919) ; l’ultimatum autrichien du 17 juillet enjoignant la Serbie d’accepter l’envoi à Belgrade d’enquêteurs impériaux ; puis, le 25 juillet, le refus des Serbes, poussés par les Russes à refuser tout accommodement. Le 28 juillet, Belgrade est bombardée. Le 30, la Russie mobilise sans en référer à ses alliés français et britanniques. Et le 1er août, Vienne et Berlin déclarent la guerre à Saint-Pétersbourg.  

L’Allemagne, de son côté, porte la responsabilité d’avoir poussé l’Autriche vers la guerre contre la Serbie, tout en espérant, jusqu’au bout, que le conflit resterait régional. Une circulaire du gouvernement allemand à ses ambassadeurs note, le 24 juillet : « Toute intervention d’une autre puissance, vu la diversité des obligations d’alliances, entraînerait des conséquences incalculables. » Incalculables est le mot. Mais alors, pourquoi avoir sauté le pas en s’engageant corps et biens auprès de Vienne ? L’ubris pangermaniste de Guillaume II, qui connaît mieux que quiconque les faiblesses de son allié autrichien, est assurément l’autre cause déterminante du conflit : en cas de victoire de la Triplice, qui aurait pu empêcher le Kaiser d’imposer à l’Autriche, exsangue quoiqu’il arrive, un Anschluss avant la lettre ? Il faut « renflouer » l’Autriche, dit alors le Kaiser. La renflouer avant de l’avaler ?    

Est-ce à dire que la Grande-Bretagne et la France n’ont porté aucune responsabilité ? Si les Britanniques sont restés, jusqu’au bout, en arrière de la main, ils n’en restent pas moins fidèles à leur politique de toujours : affaiblir l’Etat européen le plus apte à dominer le continent. En ce début de xxe siècle, l’Allemagne de Guillaume II a remplacé dans ce rôle la France de Napoléon. Quant à la France, la germanophobie de ses élites est au moins équivalente à la gallophobie des pangermanistes qui, provocation suprême, ont fait de l’Alsace-Lorraine, annexée en 1871, le laboratoire de leur doctrine. « Herr Jaurès ! » a lancé Maurras quand le fondateur de l’Humanité a eu le mauvais goût de se rendre à Berlin, en 1913, pour parler devant un parterre d’ouvriers allemands acquis au désarmement. « Le nationalisme, résume Barrès, est un protectionnisme. » Une discipline de l’esprit visant à résoudre « toutes les questions par rapport à la France ».    

Sans aller si loin qu’eux, de Gaulle lui-même raconte, dans ses Mémoires de guerre, combien la perspective d’un conflit franco-allemand, qui permettrait de laver l’humiliation de Sedan, comblait son patriotisme de jeune Saint-Cyrien : « Je dois dire que ma prime jeunesse imaginait sans horreur et magnifiait à l’avance cette aventure inconnue. En, somme, je ne doutais pas que la France dût traverser des épreuves gigantesques, que la vie consistait à lui rendre, un jour, quelque service signalé et que j’en aurais l’occasion. »    

Mais plus que des ardeurs nationalistes, expansionnistes ou séparatistes qui, en 1913-1914, se conjuguent pour transformer l’Europe en un funeste bouillon de culture, c’est bien de la force implacable des alliances que va surgir la tragédie. « On lie les bœufs par les cornes et les hommes par les traités », écrivait Loysel, le plus grand légiste du XVIe siècle. Il arrive qu’à force d’être trop liées, les nations aussi partent sans protester à l’abattoir.    

Source : http://www.lespectacledumonde.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=594:autopsie-dun-desastre&catid=29:dossier&Itemid=55  

Voir également : Les origines de la Première Guerre Mondiale, analysées sous un angle marxiste, par Carl Pépin  

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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 09:05

L’historien français Nicolas Offenstadt et son collègue allemand Gerd Krumeich analysent pour « La Croix » le besoin qu’a la France de commémorer le centenaire de la « Grande guerre ».

Une passion française
 Peut-on dire qu’il y a vraiment, aujourd’hui, une passion française pour 14-18 ?
 Nicolas Offenstadt : 14-18 est l’une des périodes qui ont, en France, la plus grande résonance dans les mémoires populaires. C’est une période qui touche tout le monde, pas seulement les érudits. Le phénomène est massif et fascinant. Il se manifeste par plusieurs symptômes.
Il se traduit, par exemple, au sein de milliers de familles, par des activités de mise en valeur des souvenirs liés aux aïeux qui ont fait la guerre : recueil des documents (lettres, carnets) et des objets personnels, entretien des tombes et monuments aux morts.
La présence de la Grande Guerre ne cesse, par ailleurs, d’être très importante dans toutes les formes d’art, qu’il s’agisse du cinéma – rappelons-nous le succès d’Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet ou de Joyeux Noël de Christian Carion –, de la littérature – pas une rentrée sans plusieurs romans ayant 14-18 pour cadre –, voire de la bande dessinée, de la chanson ou même du rock.
 Gerd Krumeich : Je constate, en effet une vraie passion française pour 14-18. Chez les Français, la période fait l’objet d’un devoir de mémoire et suscite un grand entrain. Chaque petit Français le sait : elle est un élément fondateur de l’identité française. Il ne faut pas oublier que la Première Guerre mondiale s’est déroulée en grande partie en France. En Allemagne, ce désir passionné de commémorer la Grande Guerre n’existe pas.
Refoulement de 39-45 et expérience partagée
 Pour quelle raison les Français ont-ils tant besoin   de commémorer la Grande Guerre, cent ans après ?
 G. K : Je l’explique par le besoin collectif de refouler la Seconde Guerre mondiale. Les Français ont, certes, souffert de la Seconde Guerre mondiale, mais pas de la même manière que durant la première. Durant la seconde, il y a eu la trahison de Vichy et de très mauvais instincts ont été réveillés par les Allemands, même s’il convient de balancer le constat. La France a mis du temps à comprendre que tout n’avait pas alors été importé. Il persiste en France un certain refoulé pour cette histoire plus récente, qui permet de se replonger autant dans un passé plus lointain. Cela explique pourquoi la Grande Guerre y est restée grande et la plus grande encore – par le nombre de participants et les conséquences – y est restée « petite ».
 Ce serait donc pour se consoler de la défaite de 1940   que les Français glorifieraient autant 14-18 ?
 G. K. : En partie. Pour la France, la Seconde Guerre mondiale a été une débandade à plusieurs niveaux. C’est une chose qu’elle n’a jamais aimé se rappeler. Il y a aussi le fait que la France n’a pas eu, à l’issue du second conflit, autant de morts que durant le premier : les cimetières militaires ou civils liés à 39-45 n’y sont pas aussi instaurés qu’en Allemagne ou en Russie.
 N. O. : Je ne suis pas tellement d’accord avec cette analyse psychanalytique. Je vois plutôt deux autres explications. La première est d’ordre général : aujourd’hui, nous vivons dans un pays qui – comme d’ailleurs aussi l’Allemagne – a besoin de passé, qu’il soit proche ou lointain – et en consomme beaucoup sous diverses formes – allant de la lecture d’ouvrages à la présence des reconstitutions historiques. Nous sommes dans un temps où le passé est une ressource et rassure, parce que l’avenir est opaque et que les références traditionnelles – spirituelles ou politiques – sont affaiblies.
 Pourquoi 14-18 est-elle   l’une des principales périodes sur lesquelles les Français   aiment à revenir ?
 N. O. : Elle est une expérience collective partagée. Presque toutes les familles de France ou des ex-colonies gardent la mémoire d’un ancêtre qui a connu cette expérience.
 G. K. : Il faut aussi ajouter que la Première Guerre mondiale s’est surtout déroulée en France.
 N. O. : 14-18 est une référence quasi automatique pour tout Français. Chacun peut toucher cette expérience du doigt au travers de souvenirs familiaux matériels consistant en des documents – lettres, carnets, photos – et des objets d’artisanat de tranchée – douilles, pipes ou autres objets sculptés, etc. Enfin, l’image positive donnée aujourd’hui du poilu supplante le tout.
La sacralisation du « poilu »
 Une image positive du poilu…   à ce point ?
 N. O. : Le poilu est devenu un personnage de l’histoire de France quasiment incontestable, quel que soit l’angle sous lequel vous l’abordez. Il est ainsi aussi bien victime d’un commandement arbitraire que des conditions générales de la guerre, combattant acharné ou désobéissant, habité par la foi ou désespéré. Chacun peut s’y projeter, qu’il soit militariste ou antimilitariste, chrétien, communiste ou autre. À chacun son poilu. Aucune autre figure historique française ne propose autant de modèles positifs. Y compris durant la Seconde Guerre mondiale.
 G. K. : L’expérience du poilu français est désormais partagée mais, durant la guerre, elle ne l’était pas tant que cela : dans le sud de la France, par exemple, elle pouvait être considérée avec un certain détachement. Aussi la bonne question est : comment l’unicité de cette expérience s’est-elle construite ? Tout Français incorporable a servi et fait une vraie expérience de guerre. C’est la bataille de Verdun menée par Pétain qui a, par la suite, permis l’enclenchement du processus d’idéalisation du poilu.
 N. O. : On a sans doute exagéré l’unité des soldats dans les tranchées. Les rapports de classe pouvaient y être très tendus : les intellectuels avaient ainsi beaucoup de mal à se fondre dans la troupe. Les clivages régionaux n’y ont pas, non plus, été toujours surmontés. Il n’empêche que tous les soldats du front ont vécu ensemble la sortie de la tranchée pour donner l’assaut ou l’expérience des bombardements.
G. K. : Cette unicité de l’expérience des poilus est sans doute d’autant plus forte, dialectiquement parlant, qu’elle est venue après ces tensions.
N. O. : Après la guerre, ces expériences ont été fédérées notamment dans les luttes communes des associations d’anciens combattants pour obtenir avec succès des pensions et retraites. Ce fut l’un des plus grands mouvements associatifs de la « société civile » dans la France du XXe siècle.
G. K. : Et puis tous les partis, de gauche comme de droite, étaient d’accord pour dire : « Plus jamais ça ! »
 Peut-on parler d’une sacralisation du poilu ?
 N. O. : Oui. Le poilu est devenu une figure héroïque sacralisée. Sa légende s’est construite petit à petit. Elle s’est resserrée, dans les années 2000, sur les derniers survivants, et notamment le dernier, Lazare Ponticelli, décédé en 2008.
 G. K. : Cette légende s’est construite d’autant plus facilement que, dans chaque commune, un monument aux morts de la Grande Guerre rappelle leur sacrifice.
La parenthèse des années 1960-1970
 N’y a-t-il pas eu un basculement dans la construction de cette légende ? Dans les années   1960-1970, le poilu n’avait pas bonne réputation auprès    des jeunes générations…
 N. O. : Il y a eu en effet un revirement mémoriel. Le poilu revient aujourd’hui parce qu’on a besoin de passé. Dans les années 1960-1970, on était davantage tourné vers l’avenir, c’étaient les Trente Glorieuses, une partie de la jeunesse aspirait à une révolution mondiale et à de nouvelles sociétés, le tiers-monde faisait entendre sa voix : le poilu était alors renvoyé à un patriotisme daté.
À quel moment situer   le revirement ?
 G. K. : Je le situe en 1978, avec la publication des Carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier (1914-1918), qui a eu beaucoup d’écho à l’époque. C’est une période où, comme en Allemagne, les jeunes générations commençaient à être intéressées plus par le vécu et la souffrance des soldats que par les causes, les conséquences et les responsabilités du conflit. Depuis, le public veut aussi savoir pourquoi tant de soldats ont couru en 1914 pour se faire massacrer.
 N. O. : Le revirement a été couronné en 1998, année du 80e anniversaire de l’armistice où Paroles de poilus, ensemble d’extraits de lettres et de carnets publié par l’écrivain Jean-Pierre Guéno et le journaliste Yves Laplume, a rencontré un grand succès. C’est aussi l’année où, au sommet de l’État, en la personne du premier ministre Lionel Jospin, la question des mutins fusillés a été évoquée publiquement.
 Pourquoi ce besoin, si grand,   du passé ? La France a-t-elle si peur de l’avenir,   de la mondialisation ? A-t-elle un problème d’identité ?
N. O. : Ce recours au passé signifie bien sûr que la société française s’interroge sur son avenir. Il y a des milliers de projets de commémoration dans les départements et régions. La Grande Guerre est une ressource parce que son souvenir s’accompagne également d’une mythification du lien social qui a fait que, malgré les difficultés et les divergences, la société d’alors a fait corps.
G. K : Exactement. Pour les Français, 14-18 est une grande guerre parce qu’elle a, pour eux, du sens. Ce n’est pas le cas de la Seconde Guerre mondiale.
14-18 pour l’Allemagne, les pays d’Europe de l’Est et la Russie
Y a-t-il en Allemagne le même engouement qu’en France   pour 14-18 ?
G.K. : En Allemagne, c’est tout le contraire. Jamais, depuis bientôt cinquante ans que je travaille sur le sujet, je n’ai vu un tel décalage entre nos deux pays. Chez nous, nous ne commémorons pas 14-18. Cela ne nous concerne pas, ce n’est pas notre histoire.
N.O. : Un ami allemand me disait que, en Allemagne, l’intérêt pour la « Grande Guerre » est quasiment équivalent à celui des Français pour la guerre de 1870 : autrement dit, très faible !
G. K. : Il faut bien comprendre que, pour nous, Allemands, notre histoire commence, pour ainsi dire, en 1945. Dans ma jeunesse, nous nous intéressions à 14-18 dans l’optique de comprendre la République de Weimar, le nazisme, Hitler et la Seconde Guerre mondiale. Nous ne nous penchons pas sur la Première Guerre mondiale pour elle-même. Si on s’accorde ailleurs à dire qu’elle fut la première grande catastrophe du XXe siècle, les Allemands ne la considèrent pas comme telle pour leur histoire. Cela est vrai des Allemands issus de la RFA comme de la RDA.
Ne lit-on pas en Allemagne Orages d’acier  d’Ernst Jünger  ou  À l’Ouest rien de nouveau  d’Erich Maria Remarque ?
G. K. : Ces livres ne sont pas très lus, à la différence de ce qui se passe en France. En 2007, il y a eu une réédition d’À l’Ouest rien de nouveau peu remarquée. Quand j’ai proposé à un grand éditeur de constituer un corpus des grands romans de 14-18 parus dans les années vingt et trente, il m’a répondu qu’il ne trouverait pas de public pour ce projet. Autre signe de notre désintérêt, notre rapport aux monuments aux morts. En France, ils occupent une place centrale. En Allemagne, on a oublié bien souvent où ils se trouvent.
N. O. : Il y a cependant un intérêt personnel grandissant des Allemands pour cette période, comme l’a montré le succès d’« Europeana », ce programme de numérisation des archives familiales liées à 14-18 qui doit s’appliquer en France en ce mois de novembre.
G. K. : C’est vrai, mais cela reste individuel. Il ne faut y voir aucune tentative collective de se réapproprier 14-18 comme partie importante, voire initiale de notre histoire.
La France et l’Allemagne   ne partagent donc pas le même intérêt pour 14-18. À chaque pays, au fond, son rapport   à la Grande Guerre ?
N. O. : Le souvenir de la Première Guerre mondiale, son rôle dans la construction des identités, est très variable selon les pays. Il y a ceux pour qui elle s’inscrit dans une longue histoire, comme la France. Il y en a d’autres pour qui elle est fondatrice de la nation ou occupe une place forte dans le récit national, comme l’Australie, le Canada et les pays d’Europe qui ont émergé à la fin de la guerre.
G. K. : Je constate un intérêt de plus en plus prononcé pour la Grande Guerre dans les pays d’Europe de l’Est comme la Pologne, la Bulgarie et la Serbie. En Pologne, sous le régime communiste, il était interdit d’en parler. Savez-vous qu’à Verdun, les Polonais ont perdu 70 000 soldats ? La moitié est tombée au côté des Français, l’autre, du côté des Allemands.
N. O. : On assiste, dans les pays issus du bloc communiste, à une renationalisation du passé. L’intérêt pour la Grande Guerre s’inscrit dans cette montée des nationalismes. La Russie de Poutine n’échappe pas à ce mouvement. L’un des enjeux de la commémoration du centenaire de 14-18 réside dans le rôle qu’elle va jouer dans la redéfinition des identités nationales et aussi régionales.

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Nicolas Offenstadt : Né en 1967 à Suresnes, il est maître de conférences à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne. Il s’est fait connaître en 1999 par une étude sur Les Fusillés de la Grande Guerre et la Mémoire collective (chez Odile Jacob). Puis il a travaillé la question de l’image des poilus. Il participe à l’animation du Collectif de recherche international et de débat sur 14-18. Il a beaucoup d’intérêt pour l’histoire de l’Allemagne, où il se rend souvent. Il est aussi spécialiste du Moyen Âge. Dernier ouvrage : La Grande Guerre, carnet du centenaire (chez Albin Michel, avec André Loez).

Gerd Krumeich : Né en 1945, il est professeur émérite à l’université Heinrich-Heine de Düsseldorf, sa ville natale. Il a fait une partie de ses études supérieures à Paris. Il a consacré en 1975, en Allemagne, une thèse sur les armements et la politique en France avant la Première Guerre mondiale. Il est vice-président du Centre international de recherche de l’Historial de la Grande Guerre de Péronne (Somme), à la création duquel il a participé. Il est aussi spécialiste de Jeanne d’Arc. Dernier ouvrage : Cicatrices. La Grande Guerre aujourd’hui (chez Tallandier, avec Stéphane Audoin-Rouzeau et Jean Richardot).

RECUEILLI PAR PAULA BOYER, ANTOINE FOUCHET et LAURENT LARCHER

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