Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 15:07

Ayant eu l'honneur, le privilège et la très grand plaisir d'avoir exercé comme responsable français d'un important projet de coopération franco-marocaine de formation scientifique et technique à l'EMI il y a une vingtaine d'années, je souhaite faire connaître cette très grande école d'ingénieurs marocaine, qui a été la première en Afrique !

Mot du directeur :

L’EMI fut créée en 1959 par Feu Sa majesté Mohamed V qui, en grand roi visionnaire, a voulu, très vite, 3 ans seulement après l’indépendance, doter le Maroc d ‘une école d’ingénieurs de haut niveau afin de fournir au tissu économique marocain naissant des cadres techniques capables d’en conduire le développement.

Depuis la sortie de sa première promotion en 1964, l’Ecole a produit, jusqu'en 2012, près de 7 400 ingénieurs essaimés sur toute la mosaique de l’économie marocaine y jouant un rôle déterminant  et y occupant de hauts postes de management. Ces ingénieurs ont su, au fil des années, à coups de réalisations et grâce à leur indéniable compétence imposer le label qualité EMI face sur la scène de la formation d'ingénieur sur les plans national et international. Il est important de souligner que grâce à son corps enseignants étoffé et de haut niveau scientifique et technique et aussi grâce à ses étudiants brillants, l’EMI a innové et joué le rôle de locomotive du système de l’enseignement supérieur marocain particulièrement dans son pan scientifique et technique.

L’EMI, école de référence, soucieuse, comme elle l'a toujours été depuis sa création, d’accompagner voire d’anticiper le développement économique du Maroc, s’est engagée depuis 2007 avec détermination et abnégation dans le grand effort national en relevant, avec un succès indéniable, trois grands défis:

  • L'augmentation des effectifs des élèves ingénieurs: en portant le nombre de lauréats à près de 500 par an.
  • Réforme de la formation d’ingénieur: en développant fortement la dimension de formation en management et  communication tout en gardant forte la dimension scientifique et technique qui a fait la renommée de l'Ecole. La formation par projets a été renforcée aussi afin de doter les élèves de l'EMI de capacités d'autoapprentissage donc de mobilité et d'adaptation en plus d'aptitudes de travail en groupe.
  • La restructuration de la recherche: l'Ecole dispose d'un centre des Etudes Doctorales composé de 29 équipes et 8 laboratoires dans le quel oeuvrent, avec une bonne productivité, plus de 500 doctorants sur différentes thématiques de l'ingénierie.

Force est de constater qu’en relevant les défis, l’EMI s’est engagée résolument dans une spirale vertueuse. La formation d’ingénieurs s’améliore et se diversifie pour mieux répondre aux besoins du milieu socioéconomique. La Recherche se restructure et se place dans une nouvelle dynamique très performante en matière de production scientifique et technique. Les activités scientifiques et culturelles se multiplient sans cesse consacrant le rayonnement toujours fort de l’Ecole et le grand dynamisme de ses différentes composantes. Plus de 30 clubs des élèves s'impliquent avec entoussiasme, professionnalisme et créativité dans différentes activités sociales, scientifique, culturelles et spotives. L’ouverture sur le milieu socioéconomique s’accroît et se présente sous un spectre large et diversifié particulièrement par les cycles de formation continue. L’EMI renforce ainsi davantage son statut d’Ecole-Référence locomotive du développement du secteur de la formation d’ingénieurs et symbole du Label Maroc dans le domaine de l’ingénierie.

 
Pour en savoir plus : http://www.emi.ac.ma/ 
 
Voir également : http://www.enssup.gov.ma/index.php/textes-juridiques-/regimes-des-etudes/268-emi
 
Repost 0
15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 10:24

Comme l'écrit si justement le professeur Jean Louis Quermonne dans son ouvrage intitulé "Vers une fédération d'Etats-nations" (http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=SCPO_QUERM_2008_01_0211) : "Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les représentants des mouvements d’opinion qui se réunirent en congrès à La Haye aux côtés d’hommes politiques, sous la présidence de Winston Churchill, étaient pour la plupart d’opinion fédéraliste. Et ils se recommandaient d’intellectuels proches de la résistance au nazisme, tels que Denis de Rougemont, Alexandre Marc et Altiero Spinelli ..."

Pour autant, comme le souligne le professeur Quermonne dans son ouvrage, cet engagement des 'Pères fondateurs' en faveur d'une construction fédérale de ce qui est finalement devenue l'Union européenne s'inscrivait dans un projet économique et stratégique appelant à la constitution d'un tryptique "occidental" englobant, les Etats-Unis d'Amérique, le Commonwealth et des Etats-Unis d'Europe ! (voir également à cet égard Chronologie de la construction européenne de 1945 à 2006

Et c'est bien là que se situe le véritable enjeu géo-politico-stratégique en même temps que démocratique du projet européen !    

Alors que l'on assiste à une euro-atlantisation accrue des processus de décision de l'Union européenne, aucun parti politique appartenant aux principaux groupes politiques du Parlement européen, à l'exception de quelques rares élus isolés (cf. par exemple ) n'appellent à un vaste débat démocratique sur cette orientation qui soulève de nombreuses questions (voir en particulier une fois encore le professeur Quermonne dans Les trois principaux défis qui se présentent à l'Union européenne pour qu'elle devienne une authentique Union politique, selon Jean-Louis Quermonne ; Pervenche Berès : le Partenariat transatlantique est une machine de guerre contre le modèle social européen (Euractiv.fr)) ainsi que "Marché intérieur transatlantique"- CCE Internationa décembre 2013 - le dangereux mirage du "transatlantisme" commercial, par Pierre Defraigne) 

Il est temps de sortir de la politique européenne de la période au cours de laquelle la Communauté européenne, à la suite de l'Organisation européenne de coopération économique (OECE), poursuivait les objectifs du plan Marshall !

La mise en oeuvre de ce plan est terminée ! Le mur de Berlin est tombé, entrainant avec lui le Pacte de Varsovie et l'URSS, puis la réunification de l'Allemagne ! La globalisation financière et la technologisation de l'économie et de la culture ont pris le pas sur la régulation publique des Etats ! Le monde fait face à des défis globaux sans commune mesure avec ceux du passé, mis à part les guerres mondiales du XXème siècle !

On ne peut pas en même temps affirmer que l'on veut approfondir l'Union politique et appeler à élire des représentants de partis politiques qui s'accommodent et s'accommoderont encore longtemps d'un statu quo qui privilégie l'entretien des ambiguités 'non constructives ' quant aux objectifs géopolitiques et géostratégiques du projet politique européen en même temps qu'il favorise avant tout la réalisation des objectifs et intérêts nationaux des moins disants et autres eurosceptiques qui veulent remettre en cause l'objectif d'une union sans cesse plus étroite, ou, a contrario, qui agissent pour que l'approfondissement politique européen ne se fasse pas dans le sens d'une plus grande recherche d'émancipation par rapport aux Etats-Unis (cf. à cet égard ; Union politique : la commission des affaires constitutionnelles du Parlement européen développe une vision qui mérite d'en débattre démocratiquement ! notamment ainsi que  06JAN12 SUSTAINING US GLOBAL LEADERSHIP. PRIORITIES FOR 21S 06JAN12 SUSTAINING US GLOBAL LEADERSHIP. PRIORITIES FOR 21S) !

Il existe des projets géo-politico-stratégiques alternatifs qui tiennent mieux compte de la réalité des enjeux (objectifs, intérêts, visions) et des comportements stratégiques des partenaires de l'Union européenne dans un monde exposé à des défis globaux dont le traitement ne peut se faire au détriment du pole continental européen !

Les partis politiques qui présenteront des listes lors des prochaines élections européens de mai 2014 doivent absolument clarifier leur position à cet égard, autrement que par des formules attrape-tout !

Tout le monde convoque 'le projet politique européen' sans jamais en donner les véritables enjeux et objectifs ! Quelle promesse démocratique est-il censé porter ? La pauvreté, le chômage, la désespérance, l'enrichissement des plus riches, l'injustice sociale, l'insécurité alimentaire et sanitaire,, une démocratie factice, des valeurs et des principes que l'on piétine impunément ?  Ou un projet progressiste qui conjuge une démocratie véritable où les citoyens sont acteurs autant que les institutions, un libéralisme éclairé, une vision partagée d'un progrès pour tous et une justice équitable !

Avant même de débattre de celui-ci, les institutions européennes poursuivent leur fuite en avant dans un élargissement dont on ne voit pas les limites et dans l'établissement de partenariats des plus structurants sans avoir pris soin de définir et de se donner les moyens de réaliser, de promouvoir et de sauvegarder ses objectifs et intérêts les plus essentiels (notamment stratégiques) !

Autiste ! Sourde ! Aveugle ! Irréfléchie ! Aliénée ! Abandonnée à des objectifs et intérêts étrangers à tout projet politique durable et partageable à la fois par la majorité de ses propres citoyens et par celle de ses grands partenaires internationaux (cf. Retour sur images : Transatlantisme et principe de réalité, par André Dumoulin (La Libre Belgique - 2003) )!

Autant de qualificatifs qui peuvent être utilisés à loisir s'agissant de la posture diplomatique et stratégique actuelle d'une Union européenne qui, alors que son impuissance a été manifestement organisée autant par les capitales de ses Etats membres que par des protagonistes internes à ses propres institutions en capacité de lui faire dire et faire tout et son contraire, provoque, joue avec le feu, se comporte en enfant gâté insolent, donne des leçons sans se les appliquer à elle-même !

Et ce alors même que, bien que n'ayant toutours pas défini - de manière consensuelle tout au moins - ni ses véritables objectifs stratégiques (cf. De l'épineuse question des objectifs stratégiques de l'Union européenne), ni ses propres intérêts stratégiques (cf. Existe-t-il un intérêt stratégique européen ?), ni même ce que devraient être ses propres limites géostratégiques à terme, elle poursuit sa fuite en avant dans des accords de partenariat, des stratégies d'élargissement et de voisinage des plus fantasques ! 

Bien sûr, comme en toute chose, il ne s'agit pas de jeter une opprobre froide :

  - ni sur les politiques internes de l'Union bien que l'absence d'anticipation et de filets de protection contre les crises systémiques que nous venons de traverser laisse à penser qu'aucune véritable analyse stratégique n'avait été entrprise dans les registres si stratégiques de l'économie et de la finance,

  - ni sur ses politiques externes, lesquelles ne sont pas à jeter systématiquement dans les poubelles dramatiques de l'Histoire !

Certains textes donnent parfois l'impression qu'il se passe ou pourrait parfois se passer des choses importantes dans ce champ crucial de la vie quotidienne des institutions européennes (cf. par exemple, récemment Council conclusions on Common Security (Brussels, 25 November 2013 ) ou encore les articles de la rubrique de ce blog intitulée : Regards sur la gestion de la crise par l'UE )

Son rôle central dans la gestion du dossier iranien suffit à témoigner de son efficacité sur l'échiquier international lorsque non seulement la volonté politique est réellement présente et partagée par les diplomaties nationales européennes, et que, simultanément, aucun intérêt et/ou objectif national vient en opposition avec les intérêts et objectifs poursuivis par l'Union !    

Mais enfin, lorsque l'on s'aventure à émettre des positions aussi catégoriques et à l'égard des grandes puissances (cf. notamment Les idées de Catherine Ashton sur les ‘partenariats stratégiques’ avec la Chine, la Russie et les Etats-Unis - première partie - ainsi que Les idées de Catherine Ashton sur les ‘partenariats stratégiques’ avec la Chine, la Russie et les Etats-Unis - seconde partie -), à l'égard du Proche Orient (cf. notamment Pour dépasser la situation actuelle au Proche Orient, il faut d'abord cesser les hypocrisies et de soutenir les fausses bonnes solutions, et tirer les véritables leçons ! - nouvelle édition ) ou de la Turquie (cf. Le long chemin de l'adhésion turque à l'Union européenne, par Hélène Sallon (Le Monde)),

lorsque l'on poursuit le développement d'un partenariat oriental sans y associer les acteurs stratégiques régionaux les plus concernés (cf. Joint Declaration of the Eastern Partnership Summit (Vilnius, 28-29 November 2013) ; L’UE ne doit-elle pas revoir sa stratégie à l’Est ? ; UE/Partenariat oriental : Vilnius: un "partenariat" ambigu ? ainsi que A Bruxelles, Poutine dénonce une « ingérence » des Européens, par Jean-Pierre Stroobants (Le Monde)),

lorsque l'on poursuit aveuglément une stratégie d'élargissement dont personne ne perçoit plus le sens (cf. Attention ! Ceci N'EST PAS une "stratégie d'élargissement" ), une stratégie qui s'est progressivement affranchie de règles prudentielles permettant de tirer les candidats vers le haut plutôt que d'affaiblir l'édifice commun (cf. à cet égard Retour sur image : de la conditionnalité dans la mise au point d'une stratégie cohérente de l'UE applicable aux relations avec les pays de l'Europe du Sud-Est (1999) ) et qui coûte très cher au contribuable européen dans une période où les Etats, comme l'Union, cherche de nouvelles ressources publiques pour financer leurs politiques publiques les plus essentielles (11,4 milliards d'euros ont été accordés aux Balkans de l'Ouest lors de la période 2007-2013), 

lorsque l'on engage, dans la précipitation la plus irresponsable eu égard à l'état actuel du regard porté par ses propres citoyens sur les responsabilités respectives à l'égard de ce qu'est devenue cette Union sur les registres économiques et sociaux, des négociations commerciales aussi stratégiques (avec les Etats-Unis, le Canada, la Corée du Sud, .... ou encore sur le commerce des services : Les négociations plurilatérales sur un nouvel accord international sur le commerce des services aborderont des sujets des plus sensibles bien que personne n'en parle !),

lorsque l'on ne loupe jamais une occasion pour ne pas doter l'Union des instruments de puissance et d'influence qui sont indispensables à un plein excercice de ses propres responsabilités stratégiques, notamment dans les domaines de la sécurité internationale et des divers champs où opére la globalisation (stratégique, économique, financière, culturelle, sociale, etc.)- comme celles de ses Etats membres -,    

lorsque l'on accepte aussi ouvertement de se faire espionner par ses propres amis et alliés, malgré des accords qui ne produisent pas d'effets significatifs (cf.  L'UE hausse le ton face aux États-Unis sur la protection des données (Euractiv.fr) ; FAQ sur la sphère de sécurité ;  13 recommandations adressées aux États-Unis sur la sphère de sécurité)

comment peut-on imaginer un seul instant que l'on constitue une entité politique sérieuse ?      

Au point que l'Europe ne progresse plus qu'à reculons (cf. 2014 : L'Union à reculons (Dossier réalisé par les jeunes étudiants journalistes européens du CUEJ)) et que la défiance des peuples ne cessent de croître un peu partout en Europe, y compris au sein des nations fondatrices (cf. La défiance à l'égard de l'Union européenne bat des records en France, par Aline Robert (Euractiv.fr) )

Vous qui êtes en charge de ces dossiers, à quelque niveau que vous vous situiez :    

Sur quoi appuyez-vous vos déclarations, vos agendas, vos décisions et vos actions lorsque vous entrainez l'Union, et donc, avec elle, ses Etats membres, ses agents économiques et sociaux et ses citoyens, dans la tourmente de l'Histoire de manière aussi aventureuse et improbable ?

Etes-vous encore habités, si vous l'avez été un jour, par le souci permanent de servir la raison d'Union, sans faille, en conscience et en responsabilité ?

Etes vous conscients - et si tel est le cas, agissez-vous en prenant en compte le fait - que l'absence de véritable contrôle politique et démocratique de votre action accroît encore davantage vos responsabilités devant l'Histoire ?

Etes vous disposés à faire enfin la démonstration que vous ne cherchez à créer délibérément les conditions d'un assassinat en règle de ce beau projet sans précédent dans l'Histoire que constitue encore le projet politique européen !

Les évolutions sensibles que l'on observe aujourd'hui en matière d'information publique dans le domaine de la politique extérieure comme les consultations  publiques nombreuses proposées par les institutions de l'Union constituent des signes positifs importants qu'il est des plus indispensable de poursuivre et de développer !

Mais attention à ne pas décevoir les citoyens européens en masquant derrrière cette politique de communication des stratégies et des actes qui ne rencontreraient pas une large adhésion d'ensemble !

Une veille citoyenne européenne est à l'oeuvre ! Elle ne se contentera pas de déplorer les écarts, erreurs et fautes éventuelles si tel devait être le cas ....

Le Traité n'est plus inscrit dans le marbre, si tant est qu'un traité quelqu'il l'ait été un jour, comme on l'a trop souvent pensé dans les milieux bruxellois et fédéralistes ... conservateurs ! 

L'heure est suffisamment grave pour que cesse ce jeu dangereux !

L'Union doit changer ! Elle a montré ses limites en même temps que ses potentialités ! L'heure n'est plus à la tergiversation : il faut trancher en en modifiant non seulement le traité et les institutions, mais le projet lui-même !

Donnons aux citoyens la possibilité de choisir leurs représentants en connaissance de cause !

Et restituons à l'action politique ses lettres de noblesse ! (cf. A la recherche d'une pensée et d'une action politiques à la hauteur des défis globaux ! (Nouvelle édition) )

Il y va de l'avenir non seulement du projet politique européen mais de la démocratie en Europe !

Parmi les références auxquelles le lecteur pourra faire appel pour consolider sa connaissance de la construction européenne, Regards-citoyens.com recommande très fortement à ses lecteurs intéressés par la place de Charles de Gaulle et de Jean Monnet dans ce long processus la lecture de ce mémoire passionnant réalisé en 1989 par un étudiant en sciences politiques, Aloys Rigaut !

Au moment où tout le monde s'interroge sur le projet européen et son éventuelle réorientation, ils découvriront ce qui opposait comme ce qui rapprochait ces deux grandes personnalités politiques françaises à l'égard du projet de construction européenne !     

En voici l'introduction :

" Il pourrait sembler quelque peu provocateur de mettre sur un pied d'égalité le général de Gaulle & Jean Monnet face à "l'Europe", tellement le culte européen du second éclipse l'oeuvre du premier, c'est-à-dire de considérer comme comparables leurs contributions respectives à la "construction européenne" ; pourtant, il n'en est rien : De Gaulle & Monnet furent, chacun à leur manière, deux grands Européens, deux visionnaires, deux "constructeurs". Il faut cependant bien entendu noter que la postérité leur a donc réservé un sort très différent, Monnet ayant été "panthéonisé" comme le "Père de l'Europe" alors qu'une image d'anti-européen colle avec obstination à la figure de De Gaulle, ce qui est historiquement éminemment dommageable étant donné le sincère "européanisme" de ce dernier. Certes, les rapports tendus entre les deux personnages accentuent encore plus la difficulté de toute tentative de rapprochement entre les deux, mais il faut, d'une part, noter que cette rivalité, qui a amené de Gaulle, un jour de colère, à surnommer Monnet "l'Inspirateur", n'excluait ni un respect mutuel ni des moments de coopération, et d'autre part, qu'elle trouvait sa source autant en une différence de caractère qu'en une différence de vision de l'Europe, fondée sur une perception différente de la force du sentiment national.

Quoi qu'il en soit, les chemins de De Gaulle et de Jean Monnet, aussi grand soit le contraste qui les éloigne, ne cessèrent de se croiser au cours de leur long chemin vers cet horizon qu'était "l'Europe" : s'étant connus à Alger, en pleine seconde guerre mondiale, et destinés à jouer un rôle primordial dans l'après-guerre, ces deux "Pères de l'Europe" avaient en effet profondément conscience de la nécessité d'élever cette Europe, "fille de la seconde guerre mondiale", tout en s'opposant sur la manière. Ce sont ces deux héritages qu'il s'agira ainsi de démêler tout en se demandant quels furent les apports respectifs de De Gaulle et de Jean Monnet face à l'édification de "l'Europe".

En liant de façon abrupte les deux hommes par la conjonction de coordination "et", avec le contraste provocateur que l'on a souligné, le sujet invite en effet clairement à une analyse comparative de leur oeuvre européenne respective, c'est-à-dire par conséquent aussi à se demander s'il faut les opposer ou au contraire montrer leur complémentarité. L'un était-il plus "européen" que l'autre ? Quelle était leur vision respective de l'Europe ? Etaient-elle contradictoires ? En outre, l'expression "face à l'Europe" implique, d'une part, l'idée d'une relative indépendance conceptuelle de l'Europe (si bien que l'on peut se demander si finalement De Gaulle et Monnet n'avaient pas un même "horizon" tout en divergeant sur la "méthode", étymologiquement le "chemin vers"), et, d'autre part, l'idée d'une certaine conscience mutuelle de la nécessité de la "construction européenne" (le chemin, justement, vers "l'Europe", l'idée européenne), comme s'il s'agissait d'un phénomène qui les dépassait amplement mais qu'ils tentaient de diriger dans le sens de leur vision anticipatrice. Ces deux "prophètes" ont ainsi donné à l'Europe en construction deux héritages bien distincts qu'il s'agira de mettre en lumière : l'Europe est-elle ainsi aujourd'hui plus la "fille" de Monnet ou de De Gaulle ? Si Monnet fut le Père & l'Inspirateur de l'Europe, de Gaulle n'en fut-il pas au moins le Tuteur ?

On le voit, il est urgent, en ces temps d'accélération de la construction européenne, de réévaluer les contributions respectives de ces "deux Français éminents" (J.-B. Duroselle). Pour cela, il s'agira tout d'abord de briser le double mythe qui les entoure (l'internationaliste apatride, l'homme des Américains, d'un côté, le général nationaliste & anti-européen, de l'autre) & de les relégitimer en tant que deux européens "visionnaires" (I), avant de montrer que, bien que prônant deux "méthodes" différentes & /donc rivales, de Gaulle & Monnet avaient finalement en vue un horizon sensiblement identique (II), et d'étudier enfin les raisons d'un si grand contraste dans le jugement historique de leur contribution respective à "l'Europe" ainsi que les enjeux de ce double héritage pour une Europe fragilisée par les évolutions internationales récentes & désormais orpheline de ses deux "prophètes" (III). "

(Voir le mémoire : http://aloys.rigaut.free.fr/pdf/dgjm.PDF)  

Eclairant quand bien même, comme l'affirmat jadis John Fitzgerald Kennedy :

"Nous avons besoin d’hommes capables d’imaginer ce qui n’a jamais existé "

A bon entendeur, salut !

'Le progrès, c'est accepter de sacrifier du présent personnel pour fabriquer du futur collectif" (Etienne Klein, physicien).

     « Aucun problème ne peut être résolu sans changer l’état d’esprit qui l’a engendré »     

Un homme politique considère la prochaine élection ! Un homme d'état considère la prochaine génération !

(Winston Churchill)  

Voir également à cet égard :      

 * 2014 - Amorcer la réforme de l'Union - Catalogue pour un débat           

 * Le Royaume-Uni veut remettre en cause l’objectif d’une « union sans cesse plus étroite »    

 * Les dirigeants européens pourraient-ils enfin cesser de céder à toutes les exigences d'un gouvernement britannique des plus eurosceptique ?  

 * L’euro, socle de la solidarité de l’Europe politique (Fondation Jean Jaurès)    

 * Audit sur l'impact des compétences européennes sur les objectifs et les intérêts nationaux - et européens - : la France doit imiter le gouvernement britannique mais avec d'autres objectifs !

 

 

Repost 0
15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 08:37

Existe-t-il un autre choix possible que celui de l'Europe pour des Etats-nations vieillissants, dont les ressources vives les plus brillantes fuient le territoire, dont les systèmes 'démocratiques' s'étiolent, dont les individus connaissent dans leur vie quotidienne des souffrances multiformes analogues à celles qu'ils auraient connu en période de guerre, où la désespérance gagne les plus jeunes, etc. ?

Probablement pas !

Mais pour autant, sommes-nous contraints de perpétuer une Union européenne dont l'agenda et le logiciel se révèlent chaque jour davantage étrangers à l'agenda et au logiciel que dictent les préoccupations centrales des citoyens autant que des agents économiques et sociaux, qui s'en remet en permanence aux Etats-Unis et à ses agissements inacceptables sous couvert d'un prétendu soutien d'une communauté internationale qui n'existe pas et d'une référence à un droit international interprêté à la carte, qui dilapide les ressources budgétaires que les nations lui octroie dans des politiques et actions extérieures dont elle n'évalue ni les impacts ex ante ni les résultats ex post !

Sommes-nous contraints d'encourager par nos votes la perpétuation d'une Union européenne incapable de mettre fin aux crises systémiques nées des dérégulations et autres perversions d'une économie spéculative agressive, une véritable économie de l'insécurité - qu'elle a introduite et continue de favoriser avec ses partenaires de l'OCDE, au premier rang desquels les Etats-Unis et le Royaume-Uni édictent leurs lois iniques ?

Sommes-nous contraints de plébisciter une Union européenne qui pratique un 'Russian Bashing" aussi inacceptable que contre-productif ?

Sommes-nous contraints de donner caution à une Union européenne qui s'en remet aux premières brises à une Troïka aussi incompétente et bornée pour contraindre des peuples à se soumettre à ses diktats ?

Sommes-nous contraints d'accepter d'entretenir ce statu quo politique inopérant qui résulte d'une coalition objective entre une droite aveuglée par le modèle anglo-saxon, un centre libéral sans idée novatrice et sans projet, et une gauche hors sol qui gémit mais n'agit pas, l'une comme l'autre se retranchant derrière les idéologies néolibérales deshumanisées qu'elles partagent in fine malgré leurs discours populistes cosmétiques qui tentent de nous faire croire que tout les oppose ?

Sommes-nous contraints d'accepter cet ancrage transatlantique à marche forcée dans le dos des peuples ?

Sommes-nous contraints d'accepter que nos dirigeants nationaux nous balladent comme ils le font tous dans nos Etats nations en faisant porter la faute sur 'Bruxelles' lorsque leurs résultats sont mauvais - et ils le sont un peu partout en Europe - tout en donnant sans cesse les feux-verts aux institutions européennes pour qu'elles poursuivent les mêmes politiques iniques ?

Non, le moment n'est certainement pas à l'abstention lors des élections européennes !

Mais il n'est certainement pas non plus à la signature d'un chèque en blanc aux listes de ces partis politiques qui mènent la barque dans le mur depuis que la Communauté européenne a ouvert l'accès à ses institutions à des Etats qui n'ont jamais eu comme projet de faire de l'Europe une entité politique souveraine !

Alors, comme moi, faites aussi le choix de l'Europe mais pas de cette Europe là !

Rendez-vous aux urnes pour y manifester votre exigeance de changement !

Que vous soyez de gauche ou de droite, vous trouverez des listes de réformateurs à votre convenance !

Surtout, ne vous abstenez pas !

Ce serait redonner une fois encore à ceux qui vous manquent de respect les clés de l'enfer !

Repost 0
15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 07:59

Pour les deux premières parties de cet article :

 * Les atouts de l'Union européenne dans le dossier israélo-palestinien - première partie - (nouvelle édition)

 * Les atouts de l'Union européenne dans le dossier israélo-palestinien - deuxième partie - (nouvelle édition)

.../...

L'Union européenne, ou plus précisément, les principaux responsables de ses institutions, est consciente de ses responsabilités sur la scène internationale (cf. L'Union européenne face à ses responsabilités internationales en matière de sécurité et de développement : un point de vue important du Parlement européen).

Elle s'emploie à devenir un acteur véritablement global capable d'apporter ses propres réponses aux défis globaux et régionaux pour la stabilité et la sécurité, et de formuler des propositions nourries dans les enceintes internationales ou multilatérales qui oeuvrent sur ces registres (cf. l'article et les suivants).

Force est de constater que la version 2008 de la stratégie européenne de sécurité (cf. le rapport du Conseil sur la mise en œuvre de la stratégie européenne de sécurité intitulé « Assurer la sécurité dans un monde en mutation » SES 104632 SES 104632) et la toute nouvelle stratégie de sécurité intérieure de l'Union européenne (cf. La stratégie de sécurité intérieure de l'Union européenne : "Vers un modèle européen de sécurité") et les plans qui y sont attachés (cf. en particulier L'Union européenne progresse dans la mise en place d'un plan européen de sécurité intérieure) participent à esquisser les grandes lignes de ce corps de doctrine tant attendu, quand bien même ce dernier ne couvre pas encore la totalité des défis pour la sécurité et la stabilité auxquels les européens doivent apporter leurs propres réponses à l'intérieur de leurs frontières selon une conception de la sécurité qui soit pleinement compatible avec le modèle de civilisation si singulier qu'ils veulent préserver, développer et promouvoir (cf. à cet égard l'article intitulé A la recherche d'une pensée et d'une action politiques à la hauteur des défis globaux ! (Nouvelle édition) ainsi que les deux séries d'articles intitulées Réviser en profondeur la stratégie européenne de sécurité ! De la nécessité et de l'urgence (1) et Où en est l'Union européenne face aux défis globaux ? - première partie - et suivants).

S'agissant des questions de non prolifération et de sécurité, l'Union européenne agit conformément à ses principes démocratiques (cf. Peu à peu la doctrine globale de l'UE en matière de sécurité s'esquisse ! - nouvelle édition - ainsi que Lutte contre le terrorisme et protection du droit au respect de la vie privée : le point de vue du Commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe) ainsi qu'à ses engagements internationaux en la matière, qu'il s'agisse de non prolifération, de sécurité et de sûreté nucléaire (cf. L'UE est particulièrement active dans son soutien à l’AEIA en matière de sécurité et de vérification nucléaires et les articles auxquels il renvoie) ou de contrôle des transferts et commerces de produits, de technologies et d'équipements présentant un caractère critique du point de la sécurité (cf. Evolutions récentes du cadre juridique européen en matière de transferts et d'exportations de produits, technologies et équipements critiques du point de vue de la sécurité ) dans la Région.

Elle dispose par ailleurs d'un certain nombre d'instruments dont l'intérêt se confirme quotidiennement, comme par exemple son instrument de stabilité (cf. Deux instruments centraux de l'action extérieure de l'Union au service de la stabilité et de la sécurité ).

L''Union européenne, en montrant sa détermination et sa capacité à prendre toute sa part à la recherche de solutions aux conflits régionaux et aux défis globaux, y compris en usant de moyens politiques et militaires, apparaît aujourd'hui comme un acteur global incontournable comme en témoigne ses nombreuses interventions extérieures, y compris au Proche Orient (pour en savoir plus, voir l'article publié dans La Lettre de la RMF UE - NEWSLETTER N° XIII - FEVRIER 2010) ; un acteur global qui présente cette particularité unique au monde d'avoir choisi de ne pas fixer ses frontières définitives, ce qui présente évidemment une caractéristique qui fait particulièrement sens dans le contexte du conflit israélo-palestinien !
Cette nouvelle donne favorise incontestablement des rapprochements stratégiques ou circonstanciels encore improbables il y a peu entre divers acteurs réellement influents dans la région qui se concrétise dans des positions communes extrêmement fermes à l'égard des différentes parties dès lors qu'elles se comportent en dehors du cadre admissible !
Forte de tels atouts, l'Union européenne doit et peut penser pour agir dans cette région avec l'efficacité attendue par tous (cf. Penser pour agir dans l'espace euroméditerranéen avec l'efficacité attendue sans insulter l'avenir - nouvelle édition - ).
Elle doit cesser de tergiverser en faisant preuve concrètement, par des actions à la mesure des enjeux, de sa capacité à agir pour offrir une véritable perspective au Proche Orient (Agissons pour offrir enfin une véritable perspective au Proche Orient). Telle est, semble-t-il la volonté de Mme Ashton qui, lors de sa première étape au Caire, a rappelé les paramètres d'une négociation véritable pour l'UE : «Une solution avec 2 Etats avec Israël et Palestine, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité. Notre objectif est un Etat viable de Palestine en Cisjordanie, incluant Jérusalem Est et la bande de Gaza, sur la base des lignes de 1967. Si (nous voulons) une paix réelle, une solution doit être trouvée pour résoudre le statut de Jérusalem comme future capitale d'Israël et de Palestine. Et nous avons besoin d'une solution juste sur la question des réfugiés. » En ajoutant : « L'UE est prête à s'investir dans 4 domaines », a-t-elle précisé : 1° Soutenir les parties dans leur négociation. 2° augmenter l'ensemble de son assistance. Un tel engagement ne peut cependant être sans fin. Nous attendons de voir d'urgence des progrès vers la création d'un Etat palestinien (...). 3° fournir des garanties politiques, financières et de sécurité pour faciliter le processus de paix. 4° L'UE veut développer un partenariat étroit avec (les partenaires) clés des discussions, les Etats-Unis et un Quartet "revigoré". »
A cette occasion, elle a fait part de l'analyse de l'UE relative à la situation actuelle et au jeu dangereux d'Israël : « La récente décision d'Israël de construire de nouveaux logements à Jérusalem Est a gravement mis en danger et miné la tentative d'accord pour commencer rapidement des négociations ». « La position de l'UE est claire » a répété Cathy Ashton. « Les constructions sont illégales. Elles constituent un obstacle à la paix et menacent de rendre la solution de deux Etats impossible. » De même, « la décision de classer, comme israéliens, des sites religieux et culturels, situés dans les territoires palestiniens occupés, est contre-productive ». « Le blocus de Gaza est inacceptable. Il a créé d'énormes souffrances humaines et nuit aux possibles pas en avant. » a-t-elle ajouté.
Elle doit agir sans délai avec une détermination encore accrue pour qu'émerge enfin la solution politique et territoriale tant attendue (cf. Proche Orient : Et si malgré les provocations et les violences quotidiennes, nous étions proches de la solution politique et territoriale tant attendue ! - nouvelle édition -. ainsi que Pour dépasser la situation actuelle au Proche Orient, il faut d'abord cesser les hypocrisies et de soutenir les fausses bonnes solutions, et tirer les véritables leçons ! - nouvelle édition)
Cathy Ashton a répété la disponibilité de l'UE à continuer de soutenir à la fois la construction des institutions palestiniennes et l'effort de paix. « L'UE continuera de soutenir la construction des institutions palestiniennes. Mais ce ne doit pas être aux dépens du processus de paix. La construction d'institutions doit faciliter le processus de paix. Pas le remplacer...  ».
A la place qui est désormais la sienne au sein de l'Union européenne, Catherine Ashton est mieux que quiconque en position de mettre enfin la sécurité au service d'un véritable développement solidaire dans cette région (cf. Paix et sécurité : au cœur de la politique européenne de développement ; Mettre la sécurité au service du développement en la repensant de manière systémique (nouvelle édition) ; Security Reform in Jordan : Where to Start ? by Sufian Obaidat (Arab Reform Brief) ou encore De la sécurité durable au Maghreb : un autre regard ! - nouvelle édition - ).

Bonne chance, Mme Ashton !
Ou plutôt ... BONNE CHANCE à nos amis, frères, cousins, rivaux et/ou partenaires Israéliens et Palestiniens ! Car c'est bien d'eux, de leur sécurité, de leurs espoirs et de leur avenir dont il s'agit ici ! et non pas seulement de quelques ambitions politiques européennes ou américaines à satisfaire !
SHALOM ! 
SALAM !
QUE LA PAIX SOIT - ENFIN - POUR VOUS !

Voir également :

 * Israël-Palestine : les enjeux d'un conflit (sous la direction d'Esther Benbassa - CNRS Editions 2010)

 * « Que peut faire l'Europe au Proche-Orient ? », avec Joseph Maïla (Les entretiens d'Europartenaires- ENA Paris - 24 janvier 2011

Cette série d'articles a été publiées à plusieurs reprises depuis le début de l'année 2012

 

 

 

 

Repost 0
14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 17:28

A l'occasion de l'annonce de la tenue prochaine de la 2ème session du Forum d’Accompagnement Social Intérieur et à l’Etranger (FASIE) qui se tiendra à Paris le 22 avril sur le thème 'Existe-t-il une place pour le social dans la compétitivité ?' (voir le programme ci-joint), j'invite le lecteur à prendre connaissance de l'intervention de Claude Liévens, Rapporteur du Forum lors de sa 1ère session dédiée au thème suivant 'La responsabilité sociale des entreprises et la diplomatie économique'

*******

Les multinationales dans la mondialisation

La mondialisation a renforcé l'influence des grandes entreprises à travers le monde. On leur reproche d’avoir poursuivi dans les pays à bas coûts leur quête du profit, souvent au détriment du respect des lois, des droits humains et de l'environnement. Les méfaits des moins scrupuleuses d’entre elles touchent des millions de personnes au quotidien. Ils se traduisent par des violations des droits des travailleurs (travail des mineurs, travaux forcés, atteintes à la santé, déni de la liberté syndicale), par la pollution de terres immenses, par des contaminations de cours d’eau, par l’expulsion de paysans et de populations indigènes. Leurs fraudes fiscales entraînent, pour les pays du Sud, un préjudice estimé à 160 milliards de dollars par an (plus de trois fois l’aide publique que ceux-ci reçoivent des pays riches). Et, profitant du commerce entre leurs nombreuses filiales, elles manipulent les prix pratiqués afin d'optimiser leurs bénéfices pour les détourner ensuite vers des paradis fiscaux. La faiblesse des institutions, surtout dans les pays du Sud, rend impossible toute régulation des multinationales et ne permet pas aux victimes de leurs impacts d'accéder à la justice.                    

Il faut évidemment se garder des analyses simplistes. Le fait que les grandes entreprises se soient désencastrées du territoire historique qui était le leur peut, à de nombreux égards, constituer un atout ; mais ce devient un problème immense quand ces grandes entreprises agissent exclusivement dans la logique managériale financière, ce qu’on appelle pudiquement la maximisation de la chaîne de valeur. Bien sûr, les multinationales sont très différentes les unes des autres quant au respect des valeurs éthiques et elles ne sont pas les seules responsables des désastres évoqués ; les entreprises locales et les Etats parfois corrompus y ont une large part. Cependant, il y a de nombreux cas accablants de violation des droits fondamentaux, confirmés par des informations multiples et convergentes, où certaines multinationales continuent à agir en toute impunité ; les chaînes de responsabilité sont tellement opaques qu’il est toujours difficile d’identifier les véritables auteurs de ces désastres.

Nous devons reconnaître aussi que, même lorsque les droits ne sont pas ostensiblement bafoués, les investissements réalisés bénéficient généralement peu aux populations locales, lesquelles en tirent surtout des désagréments. Parfois, aux yeux d’un Occidental de parfaite bonne foi, ces investissements auraient pu donner l’opportunité de développer tel ou tel territoire et de sortir ses habitants de la pauvreté en créant des emplois ou en développant les infrastructures. Mais les perspectives ainsi ouvertes ne répondent pas nécessairement aux attentes de populations locales dont les cultures, les priorités et les besoins ne sont pas les mêmes que les nôtres. Il est dès lors inévitable que se développent d’immenses ressentiments, ouvrant un large boulevard aux intégrismes et aux guérillas.

Comme l’a souligné Catherine Gaudard, le droit international ne s’est pas vraiment adapté au contexte de la mondialisation. Les multinationales multiplient les filiales et les sous-traitants à l’international ; aujourd’hui, il y a environ 69 000 groupes internationaux et 800 000 filiales. Mais le droit des sociétés est resté national. A ses yeux, chaque entité composant le groupe est considérée comme autonome et n’ayant pas de lien juridique avec la société-mère. En conséquence, si un groupe multinational est économiquement cohérent, le profit de chaque filiale remontant à la société-mère, les violations demeurent dans les pays d’implantation, où le groupe jouit souvent d’une impunité presque totale. C’est ce vide juridique qui empêche de sanctionner les vrais responsables en cas de violation patente des droits humains. Et c’est lui aussi qui permet aux multinationales de mettre en place en toute légalité, donc sans évasion fiscale ni manquement au droit, des stratégies qui leur permettent de ne payer que 5% d'impôts sur les bénéfices, alors que les entreprises plus petites en acquittent jusqu'à 30%. Cette situation sape la base d'imposition de nombreux pays et menace la stabilité du système international.

Pourtant, fortes de leur capacité d'investir et de créer des activités et des richesses, les multinationales ont les moyens de jouer un rôle moteur en matière de développement, d’autant que leur implantation leur permet de généraliser leur approche et leurs pratiques sans buter sur les frontières physiques des Etats. En plus des moyens, elles en ont aussi le devoir. Certaines entreprises en ont pris conscience ; elles ont compris qu'elles devaient répondre de leur comportement, que l'enjeu sur leur image était important. Elles ont notamment développé des politiques de responsabilité sociale et défini des chartes et des codes de conduite. Au plan financier, certaines se sont engagées, de leur plein gré, à publier leurs bénéfices et les sommes qu'elles reversent aux États (EITI [Initiative pour la Transparence des Industries Extractives]). De tels sursauts, dus à l’initiative de certaines entreprises, se traduisent par des avancées intéressantes, même si les retombées sont encore faibles pour les victimes d’abus. Mais ce qu’il faut fondamentalement retenir, c’est que les dix premières années de ce siècle ont vu émerger une prise de conscience de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et se développer les premières actions correspondantes, fondées sur le volontariat. Bien entendu, ce concept de RSE concerne l’ensemble des activités, tant dans les pays d’origine qu’à l’exportation, tant dans les pays pauvres que dans les pays développés.                                                        

Du côté des Etats, pour lesquels il est de plus en plus difficile de jouer leur rôle de garants de l’intérêt public, on observe une évolution plutôt timide. Cependant, la nécessité de mieux réguler les entreprises a été reconnue par le G8. Et on peut rappeler que la France avait innové en 2001, en imposant une obligation de reporting sur les impacts sociaux, environnementaux et sociétaux des entreprises cotées en bourse. Une proportion importante de ces entreprises respecte l'esprit de la loi, mais d’autres se limitent au strict minimum. Cette obligation de transparence devrait être élargie à l'ensemble des entreprises d’une certaine dimension, même si elles ne sont pas cotées en bourse ; il conviendrait aussi d’être plus précis quant aux données à communiquer, afin de rendre correctement compte de ces impacts et des mesures prises pour les maîtriser. Au plan international et plus récemment, plusieurs initiatives intéressantes ont été prises :

  • adoption des Principes Directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’Homme, par le Conseil des droits de l’Homme des Nations-Unies (juin 2011),
  • révision, en conséquence, des Principes Directeurs de l’OCDE, suivie de leur mention explicite dans une communication de la Commission européenne.

Ces principes imposent aux Etats un devoir de vigilance pour protéger les droits humains contre les atteintes que peuvent leur porter les acteurs privés. Les multinationales, quant à elles, ont un devoir de diligence raisonnable et doivent mettre tout en œuvre pour prévenir et réparer les violations des droits. Par ailleurs, la communauté internationale a reconnu la nécessité de mobiliser les ressources domestiques pour lutter contre l’évasion fiscale. Rappelons cependant que toutes ces initiatives doivent être transposées en droit interne avant de devenir effectives. Quant à l’Europe, elle est très timorée pour promouvoir des règles internationales, que ce soit au plan mondial ou en son sein. Est-ce étonnant, alors que le Marché commun s’est développé en l’absence de toute construction sociale ?

La responsabilité sociétale des entreprises

La responsabilité sociétale (ou sociale) des entreprises (RSE), c’est leur contribution aux enjeux du développement durable, considéré selon ses trois piliers environnemental, sociétal et économique. Elle conduit les entreprises à intègrer les préoccupations correspondantes dans leurs activités et aussi dans leurs interactions avec les parties prenantes ; et leur réflexion stratégique prend largement en compte le contexte mondial et local. Peut-être serait-il d’ailleurs souhaitable de passer de trois à cinq piliers en explicitant « l’économique, le social, le sociétal, l’environnemental » et en ajoutant « la sécurité », conformément aux préoccupations exprimées par Emile Malet.

Même si elle a pris corps grâce à l’initiative de certaines entreprises, la RSE résulte des demandes réitérées de la société civile, surtout d’associations écologiques et humanitaires, les problèmes d’environnement planétaire ayant fait prendre conscience de l’importance des impacts de certaines activités. C’est d’ailleurs ce qui a permis de la mettre à l’ordre du jour du sommet de la terre de Johannesburg en 2002, auquel ont participé des grandes entreprises, notamment françaises, des secteurs de l’environnement et de l’énergie.

Le lien entre la RSE et la satisfaction des parties prenantes de l'entreprise est toutefois assez complexe, compte tenu notamment des considérations suivantes :

  • Le développement durable ne dépend pas exclusivement des entreprises mais de l'ensemble des agents économiques.
  • Le terme de partie prenante doit être compris au sens large : tout acteur, individuel ou collectif, activement ou passivement concerné par une décision ou par l’exécution ou la non-exécution d’un projet : employés, clients, sous-traitants, fournisseurs, voisins, ONG, autorités publiques, syndicats etc. Aucun de ces acteurs ne peut agir seul ; tous doivent apprendre à coopérer ; l’entreprise est par nature un lieu de tension, où il faut trouver un point d’équilibre entre des logiques différentes. La fonction « ressources humaines », du fait des capacités de négociation qu’elle a acquises, sera de plus en plus sollicitée dans cette dynamique ; nous sommes très loin de son rôle initial : mettre de l’huile dans les rouages !
  • Le terme anglais de corporate social responsibility pourrait renvoyer à une définition plus restrictive que le concept présenté ici.

Parmi les parties prenantes figurent évidemment les clients potentiels qui tiennent entre leurs mains l’avenir de l’entreprise. Les associations qui militent en faveur des droits de l’Homme ont vite compris que les choix effectués par ces clients potentiels, dans un cadre concurrentiel, pouvaient être influencés par le comportement plus ou moins éthique de tel ou tel fournisseur et qu’il y avait là un levier pour faire progresser la qualité sociale. Les actions correspondantes ont particulièrement visé les secteurs à forte intensité de main d'œuvre, comme le textile, les jouets ou les articles de sport. On peut ainsi rappeler que depuis 1995 le collectif Ethique sur Etiquette agit en faveur des droits humains au travail dans le monde, via l’information des consommateurs sur les conditions de production et les pratiques d’achat des marchandises. Lire une étiquette, ça prend du temps et ça peut être difficile pour beaucoup de consommateurs ; mais certains sont plus attentifs et, à juste titre, les associations veillent et s’assurent le concours d’experts compétents et motivés. L’actualité, qui fait une large place au scandale du remplacement, dans la préparation de plats cuisinés, de la viande de bœuf mentionnée sur l’étiquette par de la viande de cheval moins chère à l’achat, montre les conséquences catastrophiques qu’une tromperie avérée peut entraîner pour l’image de telle ou telle entreprise, pour son fonctionnement et son avenir, même en l’absence de tout risque réel en matière de santé publique. Par rapport à notre propos, ce constat est encourageant. On peut oser le pari que, de plus en plus, les clients et les consommateurs s’intéresseront au comportement éthique de leurs fournisseurs et qu’ils leur demanderont de prendre des engagements dans ce domaine. Nous savons aujourd’hui que les menteurs seront sanctionnés.                  

Pour le moment, la RSE repose surtout sur le volontariat des entreprises et Manoelle Lepoutre, à titre d’exemple, nous a dressé le tableau des mesures prises par Total en ce domaine. Au-delà des codes de conduite, qui s’appuient sur des valeurs éthiques et les déclinent en principes d’action vis-à-vis des parties prenantes de l’entreprise, nous pouvons retenir quatre aspects pertinents mais difficiles :

·         La valorisation de la diversité du personnel. Elle commence par une politique de larges recrutements locaux et s’appuie sur la détermination permanente à assurer (et à montrer qu’on assure) l’égalité des chances. Des larges éventails de formations sont proposés, allant des stages locaux à l’attribution de bourses pour des cursus universitaires.

·         L’intégration locale. C’est une volonté qui s’enracine dans la prise de conscience du risque de perturber des systèmes socio-économiques fragiles ; elle repose sur une évaluation globale des impacts et des risques pendant toute la durée de vie des projets et des produits. Elle implique de connaître les communautés locales, leurs civilisations et leurs coutumes, de bien percevoir leur dimension socioculturelle, en vue d’entamer le dialogue avec elles et de participer aux piliers de leur développement durable. Il faut comprendre les enjeux, aider à les formuler, développer des plans d’action qui concourent à l’autonomisation de ces populations. Elle exige que, dès le début, soient mises en place des procédures acceptables pour l’acquisition des terrains par l’entreprise, associées à des plans de compensation et à un traitement équitable des plaintes. Ensuite, les modes d’action préférentiels peuvent être : 1) l’aide au financement de projets conçus localement ; 2) la consolidation des systèmes éducatifs des pays qui le souhaitent, notamment dans la perspective d’éradiquer l’analphabétisme ; 3) des formations orientées vers la valorisation des talents locaux et le développement de la capacité d’entreprendre ; 4) des programmes de santé visant surtout la prévention, la lutte contre les pandémies et la formation du personnel médical.

·         La prise en compte des impératifs de sécurité. Cela concerne surtout les zones de conflits. Il faut essayer de bien comprendre la situation locale, les menaces, afin de se tenir prêt à faire face à toute agression en privilégiant l’intégrité physique des personnels et des contractants. Il est indispensable d’assurer la maîtrise de l’emploi de la force et des armes, en collaboration avec les forces de sécurité des pays concernés. Le système retenu pour le management de la sûreté applique les propositions du VPSHR [Voluntary Principles on Security and Human Rights], défini en décembre 2000 au terme d’une concertation entre les gouvernements des Etats-Unis et du Royaume-Uni et des représentants des grandes entreprises et des ONG.

·         La nécessité d’évaluer ces actions : Il faut faire appel à un œil extérieur ; on peut citer la société britannique Good Corporation, qui se fonde sur 87 indicateurs éthiques, le Collaborative Learning Project, organisme indépendant de recherche, ou le Danish Institute for Human Rights. Il reste à souhaiter que ces organismes manifestent plus de clairvoyance et d’éthique que ne l’ont fait les agences de notation, notamment dans la période qui avait précédé l’éclatement de la crise des subprimes

Un débat s’est engagé, au sein du Forum, sur l’implantation d’une multinationale dans un pays dont le gouvernement bafoue délibérément les droits de l’homme, le cas de Total au Myanmar ayant été pris comme exemple. Sans prétendre traiter un sujet aussi complexe, je me permettrai de faire deux observations :

·         Le premier effet des politiques d’embargo, c’est d’accroître la misère de la population et de donner ainsi aux tyrans des arguments supplémentaires, certes fallacieux mais parfois efficaces, pour justifier la haine de l’étranger et le repli du pays sur soi-même. Bien sûr, il y a des cas où les nations qui défendent les droits de l’Homme ne peuvent pas se taire, mais il n’est pas très satisfaisant de riposter par des moyens dont le premier effet est de porter préjudice à ceux qu’elles voudraient aider.

·         Au Myanmar, dans les années qui ont suivi le départ du Général Ne Win –disons à partir de 1992-1993– il était évident que la junte birmane était fragile ; si l’Occident avait multiplié les contacts, au lieu de maintenir sa politique d’embargo, il aurait favorisé l’émergence d’une société civile et sans doute accéléré la mise en place d’une organisation plus démocratique.

Un autre débat, en plein cœur du sujet traité, a porté sur le caractère plus ou moins volontaire, plus ou moins contraignant, qu’il convenait de donner à la RSE, laquelle, pour ses détracteurs, cache une forme sophistiquée de manipulation des multinationales et, pour ses promoteurs, ouvre la voie d’une redéfinition nécessaire de l'entreprise et de ses relations avec la société civile et le pouvoir politique. La réponse est évidemment nuancée. Nous sommes dans une phase de pionniers, où l’imagination et l’innovation ne doivent pas être bridées par des réglementations tatillonnes. Mais, d’un autre côté, la RSE ne peut pas reposer uniquement et durablement sur l’autorégulation et les démarches volontaires et non contraignantes de certaines grandes entreprises. Les raisons sont nombreuses :

·         Il est rare que les normes établies par des entreprises garantissent des voies de recours qui pourraient être utilisées contre elles en cas de non-respect.

·         Dans la durée, il est généralement difficile d’être simultanément juge et partie. Le risque existe toujours que la RSE s’écarte de l’idéal éthique pour servir prioritairement la communication de l’entreprise.

·         Le volontariat a un effet pervers car il pénalise financièrement, au moins à court terme, les entreprises les plus vertueuses.

·         La promotion et la sauvegarde du bien public relèvent de la responsabilité inaliénable des Etats, même si d’autres acteurs (associations d’intérêt général, religions etc.) ont la vocation et le devoir d’y consacrer l’essentiel de leurs forces.

·         Les normes résultant d’initiatives privées ne touchent pas nécessairement les domaines prioritaires pour le bien public. S’intéresser au bien-être des salariés, c’est très bien, mais ça ne suffit pas pour promouvoir la dimension sociétale du développement. Faire plus proprement ce qu’on faisait auparavant, c’est très bien, mais ça ne suffit pas pour promouvoir sa dimension environnementale.

·         La RSE porte des enjeux diplomatiques importants car, dans le contexte de la mondialisation, le social a une dimension stratégique. Il faudra bien que les pays développés se concertent avec les pays émergents pour construire progressivement, dans ce domaine, une vision partagée.

Peut-être la généralisation des normes privées est-elle actuellement un palliatif à la faiblesse de l’action publique. Mais on ne peut pas avoir pour objectif de privatiser la règle sociale. Et il ne faut pas oublier que, parallèlement aux actions lancées volontairement par les entreprises en faveur de la RSE, de la transparence et du développement durable, il y a des lobbies qui œuvrent pour que l’industrie soit libérée de toute contrainte. N’est-il pas distrayant de penser que, pratiquement au moment où éclatait l’affaire de la viande de cheval, il y avait à Bruxelles un débat visant à rendre l’étiquetage moins contraignant pour éviter de fausser la concurrence ? La transparence et la traçabilité sont de durs combats !

Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que la grande entreprise, si elle a l’ambition d’être l’acteur d’une nouvelle croissance, doit avant tout (car c’est sa vocation) proposer les produits innovants qui permettront une telle évolution. On peut citer le cas de Total qui, dans cet esprit, a pris deux initiatives :

·         un programme Total Access to Energy, axé sur le solaire photovoltaïque et destiné aux populations qui, du fait de leurs faibles revenus, ne peuvent pas avoir accès aux sources actuelles d’énergie ;

·         une offre dite Awango, dans le cadre de partenariats innovants, portant sur la vente, d’ici à 2015, d’un million de lampes solaires individuelles alimentées par des procédés photovoltaïques, fournissant ainsi à 5 millions de personnes un accès peu coûteux à l’éclairage… et au chargement des téléphones portables.

Il arrive que ces produits innovants posent d’importants problèmes éthiques qui font débat au plan international ; c’est notamment le cas dans le domaine des NTIC. Pascale Thumerelle a ainsi exposé la problématique à laquelle était confronté le groupe Vivendi qui rassemble le studio de jeux vidéo Activision Blizzard, le groupe musical Universal Music, le groupe de télévision Canal+ et les opérateurs SFR, Maroc Telecom et GVT (Brésil). La finalité, c’est de satisfaire le besoin de communiquer des générations actuelles et futures, d’éveiller la curiosité et de développer les talents, ce qui pose trois grandes questions :

  • Comment accompagner et protéger la jeunesse dans l’usage numérique qui évolue quotidiennement, donc beaucoup plus vite que les réglementations ? Vivendi œuvre pour qu’Internet soit plus sûr pour les enfants (données personnelles et réputation). Dans les jeux qu’il diffuse, il assure aux parents un réel pouvoir de décision sur les plages horaires, l’accès aux forums, les données relatives à la vie privée…
  • Comment le monde numérique peut-il optimiser le partage des connaissances, l’accès aux offres de service et de contenu ? On est ici à la limite de l’éducation.
  • Comment assurer la diversité culturelle, pour que les expressions artistiques satisfassent un large éventail de goûts et de genres ? L’investissement dans des réseaux répond aux besoins des jeunes qui veulent être des acteurs légitimes ; il doit permettre un dialogue interculturel entre les continents et favoriser la compréhension mutuelle, moyennant l’accès à un large éventail de chaines. Tous les téléspectateurs doivent se sentir reconnus dans le partage de la culture.

Des normes universelles progressivement contraignantes

Sans doute faut-il progresser dans l’élaboration de normes sociales et environnementales universelles progressivement contraignantes, s’insérant dans la volonté ambitieuse de construire un nouveau projet démocratique à l’échelon du monde. Il est bon que les entreprises s’y impliquent, à condition qu’elles ne se substituent pas aux Etats et aux organisations internationales. Jean-Christophe Le Duigou et Joël Decaillon insistent sur la nécessité de repenser l’articulation entre une régulation publique indispensable et une négociation collective impliquant les différents acteurs sociaux. On peut, à partir de leurs analyses, retenir les orientations suivantes :

  • Garantir le respect des normes sociales internationales. Les droits et les principes fondamentaux de l’Organisation internationale du travail [OIT] constituent un socle minimum non négociable. L’Organisation mondiale du commerce [OMC] dispose de moyens de contrainte importants, mais actuellement elle n’a pas vocation à les utiliser pour promouvoir le progrès social. La situation peut évoluer car le positionnement de l’OMC, du FMI et de la Banque mondiale par rapport aux normes sociales fondamentales n’est pas immuable. Il faut renforcer les prérogatives et les moyens de l’OIT.
  • Rendre contraignants les Principes Directeurs de l’OCDE qui, pour le moment, ne sont que de simples recommandations. Leur révision pourrait permettre aux acteurs non gouvernementaux de saisir les Points de Contact Nationaux [PCN] si leurs dispositions étaient violées.
  • Faire progresser les législations quant à la responsabilité, d’une part, des sociétés-mères sur leurs filiales et, d’autre part, des donneurs d’ordres sur leurs prestataires. Nous touchons ici la zone d’ombre de la RSE affichée par les grandes entreprises : holdings dématérialisées, filiales bénéficiant d’une forme d’extraterritorialité, participations financières croisées entre institutions financières de nationalité incertaine. Pour progresser, deux axes sont à privilégier : que les victimes d’une violation des droits par une filiale puissent se retourner contre la maison  ; que les donneurs d’ordres (entreprises publiques ou privées, collectivités locales) qui font appel à des prestataires ou des sous-traitants soient juridiquement responsabilisés.

Le droit français permettrait, moyennant de menus aménagements tels que l’introduction de l’action de groupe, de faire reconnaître la responsabilité des sociétés-mères sur leurs filiales. La jurisprudence a d’ailleurs évolué, comme le montre l’arrêt de la cour de cassation sur la responsabilité de Total dans le naufrage de l’Erika.

Dans le même esprit (mais dans un domaine très différent de celui que nous examinons ici), il conviendrait que les Etats qui privatisent la guerre soient tenus pour responsables des exactions éventuellement commises par les mercenaires des entreprises privées auxquelles ils font appel.

  • Refondre les normes internationales pour éradiquer les pratiques qui permettent aux multinationales de payer peu d'impôts. Les ministres des Finances du G20 se sont déclarés déterminés à combler les failles du système fiscal international. Ils ont demandé à l'OCDE de leur présenter en juillet 2013 un plan d'action complet sur le sujet. Ce travail sera compliqué par le fait que les Etats-Unis n'ont pas, sur ce thème, une position très claire. Ces ministres ont également encouragé tous les pays à signer la convention multilatérale d'assistance mutuelle administrative élaborée par l'OCDE.
  • Aider les Etats et les ensembles régionaux dans la définition de politiques de RSE (législation sociale et environnementale, codes d’investissement, codes de marchés publics, politiques incitatives…). Il ne faut pas perdre de vue que les entreprises multinationales possèdent un avantage considérable sur les États : leur mobilité leur permet de mettre en concurrence les législations sociales, fiscales ou environnementales. Il est donc nécessaire que l’essentiel de la régulation des entreprises soit envisagé au niveau international.
  • Développer les clauses sociales et environnementales dans l’aide publique au développement. A noter que la France a déjà mis en place un système où les marchés publics et les garanties à l’exportation respectent certains critères relatifs à l’environnement, aux droits sociaux fondamentaux et à la lutte contre la corruption.    

Ainsi, la RSE pourrait contribuer à l’établissement de nouveaux modes de régulation de la mondialisation. Elle est consubstantielle de la prise en considération systémique de multiples paramètres :

  • les pratiques nationales : fiscalité, lutte contre la corruption, mobilisation de l’épargne nationale à travers des systèmes de protection sociale redistributifs…
  • le commerce : normes et clauses sociales et environnementales, assurance et crédit à l’exportation…
  • les pratiques internationales : codes et accords relatifs aux investissements, optimisation de l’impact des investissements directs à l’étranger [IDE] en matière d’emploi décent, de transferts de technologies, de développement durable…
  • l’aide publique au développement : clauses dans les marchés publics, politiques d’appui institutionnel…

Que la RSE doive avoir une dimension contraignante au plan international, cela paraît donc difficilement contestable. Cependant, il ne faut pas aller trop loin dans la recherche d’un universalisme qui ne serait que de façade. Dans les domaines du développement durable et de la RSE, comme dans tout autre domaine, on peut créer de l’unité et progresser ensemble à partir de la diversité, mais jamais à partir de l’uniformité, laquelle est toujours mortifère. Bien sûr, dans l’entreprise, il y a certains outils qui doivent être communs, mais il ne faut pas nier les différences, notamment culturelles, car elles constituent une véritable richesse. Soumia Belaïdi Malinbaum, à partir de l’expérience de l’Association Française (bientôt européenne) des Managers de la Diversité [AFMD] et Hélène Valade l’ont particulièrement souligné en faisant l’éloge de l’altérité. Discriminer, c’est antisocial et antiéconomique. Il est certes difficile de lutter contre le refus de la différence. L’AFMD a incité ses entreprises-membres à mettre en place un responsable diversité ; même si celui-ci a peu de moyens, même s’il n’est pas toujours écouté, c’est un début dans la mise en œuvre de bonnes pratiques de management interculturel, de management des différences ; des commissions de travail, des ateliers d’échange peuvent se créer. L’inclusion de talents issus de tous les horizons, l’ouverture sur le monde, dans sa globalité, dans sa complexité, dans sa diversité, la lutte contre les discriminations repoussent les limites des entreprises. Car l’autre, c’est l’avenir, c’est la sortie des schémas dépassés, c’est le véritable moteur de la croissance.

  • L’autre, c’était et ce pourrait encore être la femme. Son entrée dans le monde du travail donne un remarquable potentiel de croissance et de création de richesses. Mais la lutte contre le sexisme n’est pas terminée, malgré l’aide apportée par les politiques publiques récentes ; il faut encore veiller à ce que les femmes bénéficient de statuts moins précaires et qu’elles soient plus présentes dans les postes de responsabilité et les instances de gouvernance. Sur ce dernier point, notre pays est encore très retardataire.
  • L’autre, ce peut être l’étranger. Prenons quelques exemples :
    • En 2012, Total a réalisé 86 % de ses embauches à l’étranger et plus de 150 nationalités sont recensées dans ses effectifs.
    • Sodexo s’appuie sur son expérience japonaise mitigée pour tenter de passer de la quantité à la valeur dans la fourniture de ses prestations.
    • L’Oréal va vraisemblablement doubler le nombre de ses clients (de 1 à 2 milliards) en quinze ans. Ce second milliard sera tout sauf blanc. Et l’Oréal a compris qu’il fallait jouer à fond le jeu de la diversité pour être à l’image de son marché. On peut afficher de belles stars indiennes, africaines, blacks mais il faut aussi que dans les instances de gouvernance on retrouve cette diversité.

Plus généralement, en participant à des actions internationales, le salarié devient un ambassadeur de son entreprise.

  • L’autre, ce peut être le handicapé. Le traitement de cette question par les quotas ne suffit pas car, le plus souvent, les entreprises prévoient dans leurs budgets, en début d’année, la pénalité qu’elles paieront pour ne les avoir pas respectés. Pourtant, à condition de l’accompagner d’un management adapté, l’intégration d’un travailleur handicapé, gravement ou pas, améliore sensiblement la rentabilité de l’entreprise : le taux d’absentéisme des travailleurs valides diminue et il se crée, autour du handicapé, un esprit de solidarité qui s’étend progressivement à tous. L’expérience acquise dans les boutiques du groupe Orange est très révélatrice à cet égard.
  • L’autre, ce peut être le senior. Il faut apprendre à travailler en intergénérationnel.
  • L’autre, ce peut être le jeune issu d’une zone urbaine sensible et dont la présence dans un bureau, une agence ou une boutique locale réduit la fréquence des actes d’incivilité et facilite les relations avec la clientèle. Telle est sans doute l’origine du succès des produits d’assurance-vie de la Banque postale en 2011, alors que le marché était en berne. Il faut prendre le risque de recruter dans les viviers moins traditionnels, chez ceux pour qui le travail est une chance et non pas un dû.
  • L’autre, ce peut être une entreprise qui dispose de savoirs faires qu’on n’a pas. Dans cet esprit, le mécénat de compétences permet aux entreprises de mettre des collaborateurs à la disposition d’associations d’intérêt général (et –pourquoi pas ?– d’autres entreprises) manquant de certaines compétences (comptabilité, finance, marketing, communication, informatique…).

De plus, si on joue le jeu du « B to C », il faut bien reconnaître que la clientèle est extrêmement diversifiée (intergénérationnelle, venant d’origines et de cultures multiples). Comment imaginer qu’à terme une entreprise puisse tenir sa place si elle ne joue pas en interne le jeu de la diversité ?

Se libérer de la dictature des coûts et du court terme

Quels que soient les domaines dans lesquels on se situe, les mécanismes de décision actuels reposent presque exclusivement sur les coûts, avec des analyses qui privilégient le court terme et l’optimisation individuelle. C’est pourquoi les décisions sacrifient souvent les aspects macroéconomiques, environnementaux et sociétaux. L’optimisation systématique du coût de revient dans nos industries est une catastrophe. L’exemple simple du choix qui conduit à importer un produit plutôt qu’à le fabriquer illustre bien ce propos. En général, on néglige les effets positifs du travail de transformation et de l’amortissement, on oublie de prendre en considération les achats locaux qui engendrent aussi de la valeur ajoutée et du travail, donc de l’emploi et du pouvoir d’achat. Quand on importe, il y a le transport, l’inconvénient écologique avec le bilan carbone et le gaspillage de ressources naturelles rares, les pertes, les avaries… Il faut aussi prévoir longtemps à l’avance les quantités que l’on commandera, ce qui diminue la réactivité par rapport au marché et peut entraîner soit des stocks excédentaires, soit des ventes manquées. La performance globale n’est pas bonne ! D’ailleurs on entend quotidiennement des grandes entreprises déplorer l’effondrement de leur marché en Europe, alors que d’autres grandes entreprises (quand ce ne sont pas les mêmes) ont plongé leurs clients potentiels dans la misère par leurs politiques de délocalisation et d’achat au moindre coût. Il ne faut jamais oublier que globalement les salariés des grandes entreprises représentent une part notable de leurs clients. La logique des délocalisations et des achats dans les pays à bas coûts engage un jeu perdu d’avance.

Vu des actionnaires, c’est le rapport « Bénéfice à court terme / Capitaux engagés » qui est déterminant. On en a déduit qu’il fallait maximiser le ratio « Marge / Prix de vente ». C’était peut-être vrai pendant les trente glorieuses, quand tout ce qui était produit était vendu. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui ; la productivité n’est plus la clé du succès. Dans l’entreprise, on a cloisonné les fonctions, déterminé des indicateurs, donné des objectifs par fonction ; personne n’a la vision globale. Cette démarche a conduit au management centralisé et pyramidal que nous connaissons, fondé sur l’autorité et l’obéissance. Ainsi, on crée du désengagement, on ne crée pas de participation à la performance. Dans la pensée cartésienne, on coupe en petits morceaux et on optimise chaque morceau, méthode qui fonctionne uniquement « toutes choses égales par ailleurs ». Il faut passer à des raisonnements systémiques.

Après avoir rappelé ces éléments, José Gramdi a souligné que la notion de valeur méritait d’être approfondie et de prendre une place éminente dans les tableaux de bord, la réduction des coûts devenant, non pas l’objectif primordial, mais un moyen –certes important– d’augmenter la valeur créée pour toutes les parties prenantes. Et comme, pour cela, il faut des nouveaux outils, il a proposé l’introduction d’un indicateur de Performance Interactionnelle Globale et des moyens de définir, mesurer et piloter cet indicateur dans un mouvement vertueux.                

Mais, au-delà de l’introduction de nouveaux outils, ne conviendrait-il pas de penser à des évolutions plus fondamentales du concept-même d’entreprise ? Sans doute sommes-nous nombreux à déplorer que celle-ci ne soit qu’un lieu de production de biens et de services (conformément à la définition classique) et un outil de création de profit. Or l’entreprise, c’est d’abord une communauté de femmes et d’hommes qui mettent en commun leur intelligence, leurs compétences et leur potentiel en vue de produire des biens ou des services utiles et performants ; c’est un lieu où chacun doit trouver sa place, où chacun doit être reconnu. Jean Kaspar a détaillé cette aspiration et mis l’accent sur quatre défis qui permettraient de progresser :

  • La coopération entre les acteurs : Aucun d’eux (ni les entreprises, ni l’Etat, ni les organisations syndicales, ni les partis politiques, ni les associations) n’est capable de répondre seul aux menaces climatiques, à la pauvreté qui gangrène nos sociétés, aux risques industriels et aux différentes formes d’exclusion qui constituent un terreau pour toutes les formes de violence et d’extrémisme ; il ne s’agit pas de nier les conflits entre ces acteurs mais de nous rendre capables de les dépasser.
  • Un nouveau type de gouvernance des entreprises : Chacune des parties prenantes doit avoir sa place, y compris dans la composition des instances de gestion ; je suis saisi de vertige face à l’ampleur d’un tel défi, alors que vingt-cinq ans de dérégulation ont donné tout pouvoir et enlevé tout scrupule à la sphère financière. Mais, parmi les jeunes qui ont le virus d’entreprendre, nombreux sont ceux qui ne supportent pas les dérives actuelles. Agissant en précurseurs, ils trouveront des nouvelles voies ; à nous de les déceler, de les valoriser et de favoriser la diffusion de leurs innovations.
  • L’élargissement du dialogue social : La RSE pourrait aider à le sortir du service minimum juridique, à condition de lui donner une place dans les Instances Représentatives du Personnel.
  • Une nouvelle conception de la performance et de l’emploi : La performance est vue essentiellement comme la performance d’un outil, alors que la finalité d’une société (donc des acteurs qui agissent en son sein), c’est le développement humain ; l’économie, la finance, les sciences et les techniques ne doivent être que des moyens au service de cette finalité. Et l’emploi ne doit plus être vu comme une variable d’ajustement dans la course au profit maximum.

Dans le même esprit, Hélène Valade a mis l’accent sur la nécessité de passer du reporting traditionnel au pilotage stratégique et à l’accompagnement du changement. Car nous allons vers des nouveaux modèles économiques qui reposent sur la valeur et l’usage, même si ces critères ne sont pas suffisants pour apprécier pleinement la valeur d’une entreprise. On ne saurait donc limiter la RSE à la seule dimension du bien-être au travail, bien que cette dimension soit essentielle car elle permet de mettre en œuvre cette excellente pratique qu’est le management par le sens.

 

Faut-il aller au-delà et remettre en cause les fondements-mêmes du droit des entreprises, qui repose sur trois piliers :

  • la personnalité morale,
  • la responsabilité limitée aux montants investis dans l'entreprise,
  • la capacité d'une personne morale de devenir elle-même propriétaire d'une autre personne morale.

Ces fondements ont été posés au début de l'ère industrielle pour permettre de lever les financements nécessaires à un certain décollage. Aujourd’hui, ils encouragent l'entreprise à agir uniquement dans l'intérêt à court terme de ses propriétaires, sans prendre en compte les conséquences sociétales et environnementales. Il n’est plus adapté aux problématiques et aux aspirations actuelles (et c’est d’ailleurs lui qui permet aux sociétés-mères d'engranger les bénéfices liés aux activités de leurs filiales et des sociétés qu'elles contrôlent sans en porter la responsabilité). Des évolutions juridiques importantes sont sans doute nécessaires, mais il faut bien reconnaître qu’elles sont d’une extrême difficulté !

GRH, Bien-être et Performance

Dans les années 80 et 90, les DRH s’interrogeaient sur le sens et l’intensité de la relation entre la satisfaction des salariés et la performance des entreprises.  Les conclusions tendaient à dire que le lien existe une fois sur deux et que, lorsqu’il existe, il est toujours positif. La question qui se pose aujourd’hui, c’est le lien entre :

  • la gestion des ressources humaines (GRH), qui peut s’appréhender à plusieurs niveaux, de la petite équipe à l’ensemble d’un groupe complexe ;
  • le bien-être des salariés, avec ses trois piliers (la santé, la satisfaction et les relations interpersonnelles) ;
  • la performance des organisations, au plan social, au plan économique et au plan environnemental.

Tous ces éléments sont évidemment difficiles à mesurer. Et ce constat montre l’intérêt de disposer d’indicateurs globaux tels que celui mentionné ci-dessus.

Le Professeur Jacques Igalens a formalisé et confronté aux recherches expérimentales trois relations :

  • la relation GRH à performance, illustrée par exemple par l’out-sourcing ;
  • la relation GRH à bien-être ; ses effets négatifs peuvent être mesurés par les TMS [troubles musculo-squelettiques], les troubles psychosociaux, le stress, la souffrance, voire le taux de suicide ; ses effets positifs par la satisfaction au travail, l’implication organisationnelle, la motivation, l’engagement, la citoyenneté organisationnelle, les relations interpersonnelles ;
  • la relation bien-être à performance ; il faut noter qu’aucune théorie n’assume globalement que le bien-être est un élément de performance financière !

On peut imaginer différentes configurations selon que, pour chacune de ces relations, l’effet est positif, négatif ou négligeable, voire inconnu. Les configurations que les études expérimentales font apparaître comme les plus fréquentes sont les suivantes :

  • La GRH améliore simultanément la performance de l’organisation et le bien-être des salariés (38 % des cas). Le classement en n° 1 de cette configuration légitime la GRH et les théories dites de la bonne gestion. Oui, la performance et le bien-être sont compatibles si on se fonde sur la confiance, la justice et l’utilisation des meilleurs outils de management.
  • La GRH améliore le bien-être des salariés, mais elle n’a aucun effet sur la performance de l’organisation (21 % des cas). On rencontre évidemment cette configuration lorsqu’une entreprise a dû faire des concessions importantes pour sortir d’un conflit social majeur. Sans doute peut-on aussi l’expliquer par une perte de confiance des salariés dans la parole des managers ; il n’est pas exclu que la professionnalisation de la communication soit en partie responsable (l’aspect intéressant de l’emballage conduisant à douter de la véracité du contenu).
  • La GRH n’a aucune influence sur la performance de l’organisation ni sur le bien-être des salariés (17 % des cas). La conception purement administrative de la GRH n’a pas totalement disparu.
  • La GRH n’améliore la performance de l’organisation qu’en dégradant le bien-être des salariés (13 % des cas). Il existe bien une GRH fondée sur la souffrance (alourdissement de la charge de travail, mobilité forcée, forced ranking etc.).

Les anglo-saxons sont les auteurs de la quasi-totalité de ces études. Il faut d’ailleurs noter que, chez eux, la pratique de la GRH est plus complexe que chez nous ; ils évoquent toujours des grappes de pratiques (bundles), alors qu’en France nous sommes plutôt à la recherche de la solution miracle, ce qui est un tort.

Il faut aussi noter que la RSE, dans ses différents composantes, peut entraîner des conséquences indirectes positives, à la fois sur le bien-être des salariés et sur les performances de l’organisation. Un exemple typique a été donné par Patrick Widlöcher : les véhicules électriques de La Poste sont a priori plus coûteux que les autres mais leurs conducteurs ont moins d’accidents…

Je n’ai pas d’expérience personnelle dans la fonction « ressources humaines » et c’est sous l’angle du management de proximité que je chercherai à apporter une modeste contribution, en exprimant ici mes convictions sur deux points importants : le management par la fierté partagée et le désastre du harcèlement moral. Je pense qu’il faut porter une grande attention au management de proximité car son influence a été renforcée depuis que la société a fait irruption dans l’entreprise et que la compétence et la fonction ne suffisent plus pour faire autorité.

La fierté partagée, c’est à mon avis le plus important des leviers du management car elle permet de gagner sur tous les plans : le plaisir, la motivation, les relations interpersonnelles… Cependant, quatre critères doivent être satisfaits pour rendre ce levier disponible :

· un critère d’utilité : que les produits fabriqués ou les prestations fournies par l’entreprise aient une véritable utilité sociale ou, au moins, qu’ils aient une véritable utilité pour les clients sans être socialement nuisibles ;

· un critère de performance : que, par une au moins de leurs caractéristiques, ces prestations ou ces produits relèvent de l’excellence ;

· un critère de reconnaissance : que les personnels aient conscience de cette utilité, qu’ils se sentent collectivement auteurs et responsables de cette excellence et reconnus comme tels ;

· un critère d’exemplarité : que les personnels sachent que les niveaux plus élevés de la hiérarchie s’impliquent pleinement dans cette recherche d’excellence.

Je précise que l’identification et l’appellation de ces critères correspondent à une vision strictement personnelle. Mais globalement j’ai le sentiment de n’être pas très éloigné du management par le sens. A l’inverse, si les salariés ont le sentiment d’utiliser leur temps et leur énergie pour une réalisation inutile ou médiocre ; si leur rôle n’est pas reconnu ; si les niveaux hiérarchiques plus élevés (et les actionnaires) s’intéressent davantage à leurs avantages financiers immédiats qu’à la vocation et aux réalisations de l’entreprise ; alors, bien sûr, quelles que soient les qualités intrinsèques et la bonne volonté des managers de proximité, le bien-être au travail et, vraisemblablement, les résultats de l’entreprise finiront par être très médiocres. L’évolution des entreprises à la lumière de la RSE permet de mieux satisfaire les quatre critères que j’ai cités et rend ainsi le management de terrain nettement plus facile et efficace.

Concernant le harcèlement moral, je tiens à dire ma conviction que c’est une des causes les plus dramatiques du mal-être au travail. J’ai noté en plusieurs circonstances (rejoignant les observations de Marie-France Hirigoyen et d’autres spécialistes du sujet) que les pervers de ce harcèlement avaient une habileté diabolique pour :

·  d’une part, détourner les outils du management (même ceux qui sont a priori les plus incontestables), dans le but de détruire leurs victimes ; à cet égard, la complexité du monde actuel leur offre de nouvelles possibilités de nuisance ;

·  d’autre part, se donner le beau rôle dès lors que leurs stratagèmes sont mis en accusation.

Je pense qu’il faut y voir la cause la plus fréquente de suicide au travail. Or il me semble qu’aujourd’hui les entreprises et les administrations sont très mal outillées pour traiter ce fléau qui constitue aussi, à mon avis, l’un des problèmes les plus difficiles auquel le management de proximité puisse être confronté.

L’irruption de la crise

Dans la situation de crise que nous connaissons actuellement, nous ne pouvons pas passer sous silence le cas des entreprises qui sont gravement menacées dans leur pérennité parce que leur compétitivité est très insuffisante, notamment si elles sont directement confrontées à des concurrents qui utilisent une main d’œuvre à bas coût. Elles n’ont plus vraiment la liberté de choix de leur GRH car apparaissent alors les risques de faillite, de licenciement, de chômage partiel ; les dirigeants, les managers sont condamnés à réagir en demandant toujours plus ; l’inquiétude, le stress et le mal-être s’emparent des salariés. Nous sommes face à un paradoxe : On nous a fait croire que, compte tenu de notre niveau de vie, le bien-être passait par la réduction du temps de travail… et on constate aujourd’hui que la perte de compétitivité qui en résulte crée inexorablement un mal-être croissant et une perte de niveau de vie inquiétante.

Au-delà de ce paradoxe, Michèle Debonneuil a souligné qu’à la crise de sens que nous connaissons aujourd’hui (la finalité-même du progrès économique ou scientifique étant mise en cause) s’ajoutent plusieurs aspects :

  • Nous vivons une mutation profonde des technologies dans un monde qui a été structuré par les technologies précédentes. Ce changement est comparable à celui qui a marqué le moment où l’industrie a pris le pas sur l’artisanat. Celui-ci n’a pas disparu mais il a fallu tout repenser : le marché, les chaînes de production, les infrastructures, la structuration en secteurs… On peut reprocher au modèle antérieur à la crise de n’avoir  pas été capable d’anticiper les conséquences de ses propres excès, ni dans la consommation inconsidérée des ressources naturelles ni en regard des drames sociaux qu’il allait engendrer.
  • Nous passons d’une ère purement industrielle à une ère plus économique qui repose sur des solutions qui ne sont ni spécifiquement des biens ni spécifiquement des services. La thématique du « vivre seul chez soi » illustre ce changement, avec par exemple la solution de télésurveillance composée d’un appareil comportant un capteur et de l’intervention d’une personne au domicile en cas de problème (chute, vol, anomalie quelconque…).

 

L’une des grandes difficultés, c’est d’arriver à partager une même vision, de nous mettre d’accord sur l’objectif à long terme que nous voulons atteindre. Le malaise des salariés, c’est le reflet d’un malaise plus global : Comment faire ce que nous ne savons pas faire ? Deux grands axes ont été évoqués au cours du forum :

  • Miser sur l’intelligence collective, sur la création d’idées, en voyant le salarié comme un contributeur. En particulier, il est indispensable de l’associer à la construction des plans stratégiques (sachant qu’en outre il s’investira plus fortement dans des activités qu’il aura lui-même contribué à définir). Autre exemple, le salarié pourrait souvent être le premier testeur des produits de l’entreprise pour laquelle il travaille.
  • Mettre l’accent sur les expérimentations locales et les intégrer dans une stratégie pour éviter qu’elles ne soient que des feux d’artifices sans lendemain. Cette dimension impose des infrastructures qui permettent de faire travailler ensemble des acteurs qui ont envie d’innover ; les collectivités territoriales sont assez bien adaptées à une telle démarche.

Et, puisque nous allons vers un monde nouveau, il faut faire évoluer les formations, en progressant beaucoup dans l’approche systémique :

  • relier entre elles des disciplines qu’on avait apprises comme si elles étaient indépendantes les unes des autres,
  • revoir le sens des relations causales et montrer que partout il y a des bouclages.

A cette fin, dans le cadre de Rio + 20, plus de 100 business schools et universités ont signé les « Principles for Responsible Management Education [PRME] », initiative soutenue par les Nations-Unies afin de promouvoir la RSE et le développement durable dans l'enseignement du management. Il s’agit de promouvoir des expériences d’apprentissage efficaces pour un leadership responsable et de mener des recherches sur le rôle, la dynamique et l’impact des entreprises dans la création de valeur sociale, environnementale et économique durable. Ces actions seront menées en partenariat avec des gestionnaires d’entreprises, dans le cadre d’un dialogue entre les éducateurs, les étudiants et toutes les parties prenantes de la RSE et du développement durable (entreprises, gouvernements, consommateurs, médias, organismes de la société civile…).

Didier Hamon a soulevé la question de la prospérité en se fondant sur l’expérience d’Aéroports de Paris [AdP], dont l’action en matière sociétale (bien-être au travail, pacte social) et environnementale (énergies renouvelables) est reconnue et confirmée par de nombreux indices. Mais il s’agit d’un Eldorado au sens propre du terme, un petit territoire privilégié dans cet océan de dégradation sociale qu’est le mal-être des banlieues franciliennes. AdP travaille avec des associations pour favoriser l’accès à l’emploi mais cela ne fonctionne pas. Certaines entreprises brésiliennes et indiennes, qui agissent très bien en matière de RSE, parce que leurs dirigeants en ont la capacité et l’envie, sont dans la même situation. C’est la question de la prospérité (notion qu’on manipule peu en France, préférant celle de croissance) et de l’accès au travail qui est centrale. Qu’on soit dans un pays émergent ou réputé développé, que l’entreprise soit petite ou grande, la prospérité est nécessaire pour que la RSE soit efficace. Il y a des îlots de prospérité qui peuvent être des îlots de responsabilité, mais il n’y a pas de responsabilité sociétale ou environnementale sans prospérité. Et il n’y a pas de prospérité s’il n’y a pas de travail. C’est l’une des raisons pour lesquelles on ne peut pas généraliser la RSE dans le monde entier, sauf dans des rapports de force qui se traduiraient par des normes irréalistes.

Dans le nouveau paradigme de croissance, il faudra accepter la précarité. Plutôt qu’un danger, c’est une nouvelle manière de travailler, sans rester toute sa vie dans la même entreprise. L’Etat-providence n’existant plus, c’est aux entreprises de prendre le relais avec des initiatives d’intérêt général pour repenser ce modèle de croissance. Les 2 500 000 PME françaises sont très motrices sur ces sujets, très porteuses de RSE, d’engagements sociaux, de responsabilité sociale, même si elles n’ont ni DRH ni responsable du développement durable.

O – O – O

L’essor et la croissance remarquables que les pays tels que le nôtre ont connus, au cours des trente glorieuses, ont été rendus possibles par deux atouts essentiels :

  • l’investissement : les responsables avaient la volonté et la capacité de choisir, dans l’économie réelle, des investissements favorables à l’innovation et au progrès à long terme ;
  • le travail : la remarquable qualité de notre main d’œuvre (du plus modeste salarié au plus brillant cadre, ingénieur ou dirigeant), était universellement reconnue.

Nul, je crois, ne peut nier cette analyse. N’importe quel responsable doté d’une certaine capacité de réflexion stratégique pouvait comprendre que ces atouts devaient être d’autant plus valorisés que, du fait de l’inévitable concurrence des pays en voie de développement et de la future pénurie de matières premières, nous nous acheminions vers un monde plus difficile.

Or que s’est-il passé ?

  • Les gouvernements des pays occidentaux ont mené, de manière permanente depuis 25 ans, une politique de dérégulation qui a incité les milieux financiers à délaisser l’économie réelle pour se lancer dans des activités de pure spéculation qui se sont révélées beaucoup plus rentables ; les spéculateurs se sont approprié une masse monétaire considérable et ils ont réellement pris le pouvoir.
  • On a fait croire aux Français qu’en travaillant moins ils vivraient mieux et ils ont applaudi à cette idée. Malheureusement, aux yeux du monde entier, nous sommes entrés dans le club du farniente et de la paresse, ce qui n’est pas la meilleure image pour attirer les investisseurs. Simultanément, le souci de maintenir une certaine productivité a renforcé la pression sur les salariés, contribuant à développer le mal-être au travail. Certains accusent la génération Y d’avoir désacralisé le travail et organisé l’ensemble de ses valeurs autour de la sphère privée. Ils oublient que les précurseurs de cette génération entraient à peine dans l’adolescence quand le projet des 35 heures s’inscrivait dans le programme des futurs vainqueurs des élections législatives de 1997.

Nos atouts ont été bradés ! Nous pouvons apprécier dès maintenant les résultats de ces brillantes politiques et peut-être sommes-nous encore loin de toucher le fond.

Mais, ce constat étant posé, que faire ? Il est beaucoup plus facile de critiquer que de proposer des solutions. C’est peut-être là qu’intervient le développement durable… Et s’il nous apportait des éléments de solution ? S’il nous permettait de comprendre que le modèle économique actuel conduit le monde à la catastrophe ? On voit poindre, çà et là, de fortes aspirations à consommer autrement, à produire autrement, à vivre autrement, à décider autrement, à promouvoir simultanément les aspects environnementaux, sociétaux et économiques. Des innovations sont tentées pour répondre à ces aspirations et on peut espérer qu’un nouveau paradigme se construira au cours des vingt prochaines années. Ce sera peut-être, pour des pays tels que le nôtre, une nouvelle chance que nous devons nous préparer à saisir en mobilisant toute notre capacité d’innovation.

Mais l’espoir que nous plaçons sur le long terme ne doit pas nous faire oublier les problèmes quotidiens. C’est pourquoi je terminerai en évoquant l’intervention du Président Olivier Giscard d’Estaing qui, à la fois, porte un message d’espoir et résonne comme un coup de semonce pour notre pays. Espoir car notre croissance potentielle dépend intrinsèquement de nos capacités à exporter ; or nos exportations ne cessent de croître en dépit des difficultés. Coup de semonce car nos charges salariales et sociales sont les plus élevées du monde et nous ne sommes plus en mesure de faire cavalier seul pour défendre des causes sociétales et environnementales, aussi nobles soient-elles.

Repost 0
14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 15:00

The Ukraine crisis is not an accident of history, it is the result of an intention: that of forcing Ukraine to choose sides between Europe and ...

Read More »
Repost 0
14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 10:18

Le lecteur désireux de srusse en se dégageant des manipulations diverses est invité à prendre connaissance des articles publiés dans la rubrique du nouveau blog d'Erasme dédiés spécifiquement à la crise ukraino-russe ; une crise qui se révèle en fait être davantage une crise d'un "occident hétérogène qui se cherche un avenir' doublée d'une affirmation du retour de la Russie comme puissance mondaile qu'il faut cesser d'insulter : http://regards-citoyens-europe.over-blog.com/tag/Crise%20ukraino-russe/

 

Repost 0
14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 09:55

L'attitude européenne face à la crise ukrainienne apparaît comme la dernière illustration en date de l'incapacité de l'Union à appliquer aux événements qui touchent ses contemporains une autre lecture (géo)politique que celle de la fin de l'histoire, la condamnant à rechercher des solutions souvent inadaptées au contexte.

Atlantico : Si l'on peut expliquer la crise ukrainienne par un retour des rivalités Est-Ouest, des causes plus "historiques" peuvent être invoquées alors que le pays est en pleine remise en cause de son intégrité territoriale. L'Europe occidentale, incapable d'anticiper les événements, paye-t-elle finalement son obsession de la fin de l'Histoire en délaissant les problématiques politiques pourtant bien réelles de l'Europe de l'Est ? 

Johann Rochel : La fin de l'Histoire n'arrivera pas, les événements ayant au contraire prouvé sur la dernière décennie que sa mécanique restait en marche, sur le Vieux Continent comme ailleurs. Les tentatives de renforcement de l'Europe politique, ainsi que celle d'une intégration plus large tendent à démontrer que Bruxelles cherche bien aujourd'hui à renouer justement avec ce sens oublié de l'Histoire. L'erreur a peut-être été pour les pères fondateurs de l'Union de croire qu'il suffirait de mettre en place les rouages économiques et qu'il n'y aurait plus qu'a appuyer sur "on" pour que l'ensemble européen se crée de toutes pièces au fil des décennies. Le problème est que l'on en vient aujourd'hui à se demander comment arrêter cette "machine", les réflexions actuelles sur l'euro en étant une illustration parmi d'autres. Vient à se poser la question de l'identité politique d'un projet unique au monde et qui ne peut se baser sur aucun précédent d'aucune sorte pour mener sa propre réflexion. Le problème de l'Europe n'est ainsi plus tellement la fin de l'Histoire que sa manière de se lancer dans l'Histoire.

Le tout reste de savoir quelle route à suivre pour réaliser cette Europe politique, au-delà de la simple union commerciale qui ne permet pas de penser à elle seule la crise économique que nous vivons, ou encore la résolution des problèmes que rencontre aujourd'hui l'Ukraine. Une Union des citoyens européens et des communautés politiques nous offre une piste prometteuse pour penser l’avenir de l’UE. Cette vision renvoie par ricochet à la question de l'intégration pour les pays de la périphérie qui sont parfois encore traversés par les problématiques que pose l'Etat-Nation, alors qu'on leur propose un modèle qui transforme profondément ce dernier concept. 

Vincent Laborderie : Il y a toujours eu une divergence entre les anciens Etats membres occidentaux et les nouveaux entrants d’Europe centrale et orientale de ce point de vue. Ces derniers – Pologne en tête – ont toujours été très méfiants par rapport à la Russie. L’avenir dira si l’épisode ukrainien peut initier un engagement plus important de l’Union dans sa politique de voisinage. Le fait que l’Allemagne tende vers un leadership européen plus assumé permet d’espérer cette évolution. Le désengagement américain d’Europe couplé au discours néo-impérialiste de Poutine depuis son retour au pouvoir constituent d’autres éléments pouvant inciter les européens à se prendre en main et à s’affirmer politiquement.

Jusqu'à quel point l'Histoire peut-elle nous permettre de comprendre les récents événements de Kiev ? Dans quelle mesure ce qui se passe aujourd'hui est la conséquence d'une greffe ratée de l'Etat nation ?

David Engels : L’Ukraine est à la fois vieille et nouvelle : berceau de la Russie et de la langue russe, elle n’a découvert son identité "nationale" qu’à partir du 19e siècle, mais ce n’est que depuis la chute de l’Union Soviétique que l’on peut vraiment parler d’indépendance politique. Certes, la spécificité du pays, divisé entre russophones et ukrainophones, entre orthodoxes et catholiques, peut expliquer en partie les polarités actuelles. Mais ce qui est en jeu aujourd’hui, ce n’est pas le sort de l’Ukraine, mais aussi de la Russie et de la vieille dispute entre occidentalisme et slavophilie : si l’Ukraine est arrimée à l’Union européenne, le vestige le plus important de l’ancien impérialisme russe disparaîtra. La Biélorussie ne tardera pas à suivre le mouvement, et la Russie, confrontée seule à ses nombreux problèmes internes (dont une chute démographique sans pareil et des revendications territoriales chinoises), n’aura d’autre choix que de rejoindre tôt ou tard l’Union afin d’éviter la désintégration. Ainsi, ce qui est en jeu aujourd’hui, c’est la question de savoir si le continent restera séparé en "Est" et "Ouest", ou s’il trouvera en fin l’unité tant espérée.

 

Vincent Laborderie : On pourrait remonter très loin pour expliquer l’hétérogénéité de l’Ukraine. Mais l’élément récent le plus pertinent me semble le déplacement vers l’ouest de la frontière de plusieurs Etats (Ukraine mais aussi Allemagne et Pologne) décidé à Yalta. Une partie de l’Ukraine a alors été intégrées à cette république soviétique alors qu’elles n’avait jamais été dominée par l’empire russe. Plus à l’est, les centres sidérurgiques autour de Donestsk et du Donbass ont alors attiré des populations venues de toute l’URSS et dont la langue d’usage (sinon la langue maternelle) est le Russe. La situation est encore compliquée par le passage en 1954 de la Crimée de la Russie à l’Ukraine alors que sa population se sent russe. A l’époque, personne ne pensait que ce changement séparerait la Crimée du reste de la Russie 45 ans plus tard. On dit souvent que l’Ukraine est partagée en deux mais je verrais pour ma part trois zones : l’Ouest pro-européen, l’Est plus tourné vers la Russie mais qui tient à rester ukrainien, et enfin la Crimée où la population se sent plus russe qu’ukrainienne et où la Russie a des bases militaires de première importance.

Le Traité de Versailles qui avait renforcé ce principe de l'Etat nation a-t-il à cet égard constitué une erreur politique ?

David Engels : Insistons d’abord sur le fait que les frontières ukrainiennes ne sont pas un résultat du traité de Versailles, mais de l’administration soviétique. Mais il est certes vrai que le traité de Versailles est en grande partie responsable des conflits territoriaux et ethniques qui hypothèquent encore maintenant notre vécu quotidien. Au lieu de tracer, comme l’avait prévu Wilson et comme l’Entente l’avait promis initialement à l’Allemagne et à l’Autriche-Hongrie pour les convaincre de signer l’armistice, des frontières selon des principes nationaux impartiaux, l’on a voulu différencier les vainqueurs des vaincus et construire des États artificiels destinés à contrebalancer le formidable poids allemand, attribuant ainsi des territoires à la Pologne, à la Tchécoslovaquie, à la Roumanie, à la France, à l’Italie ou à la Serbie qui auraient du revenir de droits aux "perdants" du conflit. La Deuxième Guerre Mondiale a été le résultat inévitable de ces erreurs, et la crise des Balkans actuelle également.

Vincent Laborderie : On a effectivement plaqué le mode d’organisation d’un Etat-nation comme la France sur des territoires multi-ethniques depuis des siècles. Or en Europe centrale et orientale la plupart des minorités continuent à garder leurs spécificités culturelles et linguistiques et n’ont jamais été assimilées. Par exemple, les Hongrois de Roumanie parlent toujours le Hongrois dans le cadre familial tout en parlant Roumain à l’extérieur. L’empire Austro-hongrois était loin d’être la "prison des peuples" que certains ont décrit et constituait une forme de gouvernement globalement adaptée à la diversité ethnique de cette région. On y a donc étendu un mode d’organisation – l’Etat-nation – spécifique à l’Europe occidentale. J’ajoute que la concordance entre Etat et nation n’est pas non plus de mise hors d’Europe sauf cas exceptionnels.
On a commencé à payer cette erreur dès l’entre-deux-guerres lorsque Hitler a utilisé l’argument du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes pour rassembler les populations de langue allemande. Le communisme a ensuite mis une chape de plomb sur la question qui est revenue en force après 1989. Or, une fois que l’on s’inscrit dans la volonté de faire correspondre Etat et nation, la suite logique est de diviser les Etats jusqu’à ce qu’ils correspondent à des groupes nationaux parfois très peu nombreux. Le Monténégro par exemple compte moins de 700.000 habitants. Les risques sont aujourd’hui toujours présents, notamment du fait des hongrois et des albanais présents dans plusieurs Etats.

.../...

Voir la suite de l'article : http://www.atlantico.fr/decryptage/union-bons-sentiments-que-europe-gagnerait-comprendre-que-monde-entier-ne-vit-pas-meme-fuseau-post-moderne-qu-elle-992351.html

Repost 0
Published by ERASME
commenter cet article
13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 13:47

Depuis sa création en décembre 2008, Regards-citoyens.com s'emploie à offrir à ses lecteurs une grille de lecture aussi riche, documentée et variée des enjeux, ressorts et déterminants de la souveraineté et de la démocratie , ainsi que des évolutions, débats et disputes qui nourrissent la vie politique et civique, en France et entière.

Parmi les articles phares publiés sur ce blog figurent notamment les articles suivants :

 * La souveraineté nationale

 * De la souveraineté nationale en vertu des dispositions de la Constitution de la République française  

 * Référendum et plébiscite  

 * Retour sur image : Vaclav Havel plaide pour une Constitution européenne et une souveraineté partagée à chaque niveau  

 * Repenser la souveraineté, par Richard N. Haass  

 * La responsabilité politique en droit constitutionnel

 * La notion de responsabilité politique sous la Ve République       

De l'intérêt général

Que vaut la signature d'un Etat qui ne respecte pas ses engagements internationaux et européens et modifie sans cesse les termes du contrat social qui le lie à la nation qu'il représente ?

La crise politique que traverse aujourd'hui la France, et celle, d'une tout autre nature, que traverse simultanément l'Union européenne nous interrogent sur la conception  de la souveraineté que les citoyens, français ou européens, souhaiteraient partager par le jeu d'un Contrat social et politique renové.

En France, conformément à l'article 3 de la Constitution de la Vème République française, "la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum.  Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice. ..."

Devant les dérives verbales - et comportementales - d'une grande partie des représentants démocratiques qui marquent aujourd'hui le débat 'républicain' quotidien, nombre de citoyens français s'interrogent sur l'intérêt que pourrait revêtir, sur le plan démocratique, la suspension du caractère quasi exclusif de l'exercice de cette souveraineté par leurs représentants !

Ouvrons le débat ! 

Voir également :

 *  Intégrer la Sécurité nationale dans la Constitution de la Vème République : un enjeu important de la prochaine réforme de la Constitution

 * 'Les Etats membres s'abstiennent de toute action contraire aux intérêts de l'Union ou susceptible de nuire à son efficacité en tant que force de cohésion dans les relations internationales'

 *  Ce dont l'Union européenne a le plus besoin aujourd'hui, c'est d'une vision stratégique de sa véritable place comme acteur global dans le monde  

 * A la recherche d'une pensée et d'une action politiques à la hauteur des défis globaux ! (Nouvelle édition)  

 

Repost 0
13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 13:34

"Agis en ton lieu, pense avec le monde", conseillait l'écrivain Edouard Glissant. Agis pour l'emploi et le pouvoir d'achat, n'oublie pas l'arène planétaire. Que le ring électoral fasse si peu cas du grand large laisse pantois. Voir, à gauche, la bourrée auvergnate remplacer L'Internationale donne à penser que la jeune garde montante ne voit rien à redire, sur le fond, à la politique étrangère du sortant.  
Atlantisme, européisme, ethnicisme et urgentisme caractérisent la diplomatie de nos défuntes années, d'une désastreuse banalité. Elle semble se fondre dans l'air du temps au point d'inhiber le vieux devoir d'examen au pays même de l'esprit critique.  
L'alignement sur les Etats-Unis Nous voilà donc phagocytés, via la pleine réintégration dans l'OTAN, par une Sainte-Alliance qui n'a plus d'atlantique que le nom. Son actionnaire majoritaire, seul décideur en dernière instance, tend à se substituer aux Nations unies qu'il instrumentalise ou bien marginalise en tant que de besoin.  
L'abandon symbolique de notre singularité de pensée et de stratégie avait un alibi : faciliter la construction du "pilier européen de l'Alliance". Vaste blague. Les Européens n'en veulent pas (l'Est moins que quiconque), et les Etats-Unis non plus.  
Amor fati (l'amour du destin) ? Certes, "interopérabilité" oblige, et tralalas aidant, le brain-wash des Etats majors est chose acquise et, entre la DGSE et la CIA, plus une feuille de cigarette. L'imprégnation coloniale des réflexes est telle que plus personne ne s'étonne de voir Nicolas Sarkozy mettre la main sur le coeur pour écouter La Marseillaise et Alain Juppé s'exprimer en anglais à l'ONU. Soit.  
Mais, quand on se résigne à un rôle de supplétif, la glissade le long du toit débouche sur des catastrophes mal déguisées quoique prévisibles. Qu'il ait fallu dix ans à nos socialistes pour prendre leurs distances envers l'occupation militaire de l'Afghanistan, où l'inepte le dispute à l'inique, n'est pas de bon augure.  
La superstition européenne. Passons sur le rouleau compresseur du libéralisme exaspérant de Bruxelles. Le rêve s'est évanoui et la fuite en avant dans le fédéralisme, réflexe classique en histoire lorsqu'une belle cause périclite, ne ferait que précipiter le retour au chacun pour soi. Par-delà la désuétude d'un logiciel entre démo-chrétien et social-démocrate, qui donnerait des rides précoces aux enfants de Jacques Delors, ce qui agonise, c'est la grande illusion selon laquelle il revient à l'économie de conduire la politique, et à une monnaie unique d'engendrer un peuple unique.  
Comment passe-t-on d'une inscription administrative (le passeport européen) à une allégeance émotionnelle ? Pourquoi un habitant de Hambourg accepte-t-il de se serrer la ceinture pour un habitant de Dresde, mais non pour un Grec ou un Portugais ? Le cercle des économistes n'a pas ici compétence. La réponse à la question première, qu'est-ce qu'un peuple ?, relève de l'histoire, de l'anthropologie, de la géographie et de la démographie, voire des sciences religieuses, dont les adeptes, pour leur malheur et le nôtre, ne hantent pas le dîner du Siècle.  
Puisqu'un concert suppose un chef d'orchestre, avec ou sans podium - la Prusse pour le Reich allemand ou le Piémont pour l'unité italienne -, il est normal, si l'époque est à l'économie, que l'Allemagne tienne la baguette. Le vrai problème pour nous, c'est l'engluement dans une géographie mentale en peau de chagrin où une mappemonde avec 195 capitales se réduit à deux clignotants, Berlin et Washington. L'alibi selon lequel la France n'est plus de taille valait-il cette autopunition masochiste : se faire couper le sifflet par un ectoplasme sans voix comme l'Europe des commissaires ? Celle-ci est grasse et grande mais sans vision ni dessein, inexistante à l'international (et notamment aux yeux des présidents américains) et sans ancrage dans les coeurs.  
Qui célèbre en Europe le jour de l'Europe ? Qui entonne l'hymne européen - l'Ode à la joie n'a pas de parole ? Qui s'intéresse à son Parlement, hormis les professionnels de la profession ? Un falot pour éteindre nos Lumières ? Un comble !  
Le marketing communautaire Comment un exécutif qui fait sa cour à nos diverses minorités religieuses ou ethniques pourrait-il faire prévaloir l'intérêt à long terme d'un pays et d'une vision du monde ? S'il n'y a jamais eu de mur étanche entre l'intérieur et l'extérieur, chacun sait, depuis François Ier, que c'est en isolant au mieux le géo-stratégique du domestique qu'on agit à bon escient. Ce n'est plus le premier ministre, mais le chef de l'Etat qui se rend aux convocations dînatoires du Conseil représentatif des institutions juives de France.  
Notre Zorro s'empresse auprès de la communauté arménienne, soutenu par des députés qui se prennent pour des représentants de leur seule circonscription, quand ils le sont de la nation. On flatte la communauté pied-noire pour chanter le positif de la colonisation. Et qui sait si demain quelque instance arabo-musulmane ne nous enjoindra pas de rectifier la position sur Israël ?  
Minable méli-mélo tiraillant à hue et à dia. Le modèle américain joue comme leurre : la mosaïque multi-minoritaire d'outre-Atlantique est transcendée par un patriotisme messianique, adossé à un Dieu confédéral, ce que ne permet pas, en France, notre assèchement mythologique.  
Le diktat de l'instant Papillonnante et télécommandée, une diplomatie de postures et de "coups" (de gueule, de bluff et de menton), sous projecteurs et sans projection, sied autant à l'ère du zapping qu'à un autodidacte ayant plus de nerf que d'étoffe. Ecervelée, cette façon de coller au fait divers et à la compassion du moment met immanquablement en retard sur les tendances et flux de la mouvante histoire.  
Dialoguer avec l'ANC de Mandela, dans les années 1970, vous faisait déjà passer pour un idiot utile. Prendre contact avec les Frères musulmans ou une organisation chiite vous faisait, ces dernières années, regarder de travers. Un suspect devient un interlocuteur quand il a pris le pouvoir - jamais avant. Et il faut un séisme ou un tsunami pour inscrire un pays - Haïti, Indonésie ou Japon - sur l'écran-radar, d'où il disparaîtra une semaine après.  
Qu'une direction élyséenne aussi frelatée ait pu mettre à son service nombre de vedettes "socialistes" ne s'explique pas par un humain désir de gyrophares, huissiers et caméras : à ces appétits charnels s'ajoutait sans doute une communauté de vues plus spirituelle. Supériorité intrinsèque de la civilisation occidentale, seule détentrice de principes moraux universels ; fascination pour les media-events tels que ces sommets aussi rutilants qu'inutiles ; mépris des experts et des compétences géopolitiques du Quai d'Orsay, au bénéfice de BHLeries aussi frivoles que contre-productives ; culte du "réactif" (agir sans anticiper ce qui résultera de son action) et des vanités d'image, au détriment d'un sens élémentaire de l'Etat. Ces conformismes sont à haut risque. Ils se payent par l'évanescence de nos politiques spatiales, aussi bien européenne qu'arabe, latino-américaine et asiatique.  
Au lieu du rebattement de cartes qui s'impose, c'est la benoîte reconduction d'un train-train provincial et crépusculaire que fait craindre le mutisme socialiste. Quitte à ripoliner sa godille avec des grands mots qui chantent plus qu'ils ne parlent : "les droits de l'homme" (couverture impeccable, comme l'Evangile sous l'Ancien Régime), "la communauté internationale" (un Directoire représentant 20 % de la population mondiale) ; "la gouvernance mondiale" (la Cité calquée sur l'entreprise) ; "la Démocratie" avec majuscule (laquelle, de Périclès à la reine Victoria, admet le massacre des âmes et des corps barbares).  
Présentera-t-on ces idées faibles, quand on les regarde de près, en idées-forces pour avaliser un business as usual ? Ce serait sympa mais casse-gueule. Une politique qui prolonge le boy-scoutisme par d'autres moyens (les ONG humanitaires en bras subventionné du Bien) déguise le jeu cru des intérêts mais rend celui-ci encore plus cruel. Aristide Briand a plus de charme que Clausewitz, mais on sait sur quoi a débouché la diplomatie des lacs de l'entre-deux-guerres - juin 1940.  
Rappelons-nous que les interdépendances dérivant de la mondialisation exaspèrent les identités nationales et religieuses au lieu de les éteindre. Le monde qui découvre qu'il fait un ne s'unifie pas pour autant : l'Europe compte seize Etats de plus qu'en 1988. Dire oui à la paix et non aux nations, ignorer les Etats pour défendre les individus, c'est ignorer combien il en coûte d'humilier un peuple et que, partout où la puissance publique s'efface, triomphent l'ethnie, les mafias, le FMI et les clergés. Soit la guerre de tous contre tous.
Le pire n'est pas toujours sûr. L'envisager comme possible pourrait servir de garde-fou.
 
--------------------------------------------------------------------------------
Régis Debray est écrivain et philosophe
Né à Paris en 1940, Régis Debray participa aux guérillas d'Amérique latine et fut emprisonné en Bolivie (1967-1971). Il se consacra ensuite à la littérature avant d'être chargé de mission auprès du président Mitterrand pour les relations internationales (1981-1985). Créateur de la revue "Medium" en 2005, il est entré à l'académie Goncourt en 2011. Il publie "Rêverie de gauche" (Flammarion, 103 p., 10 €)

NB : Cet article a été publié une première fois sur ce blog en avril 2012. 

Voir également :

 

 * La souveraineté nationale

 * De la souveraineté nationale en vertu des dispositions de la Constitution de la République française  

 * Référendum et plébiscite  

 * Retour sur image : Vaclav Havel plaide pour une Constitution européenne et une souveraineté partagée à chaque niveau  

 * Repenser la souveraineté, par Richard N. Haass  

 * La responsabilité politique en droit constitutionnel

 * La notion de responsabilité politique sous la Ve République       

De l'intérêt général

Que vaut la signature d'un Etat qui ne respecte pas ses engagements internationaux et européens et modifie sans cesse les termes du contrat social qui le lie à la nation qu'il représente ?

Repost 0

Penser pour agir !

" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime !
 "
 

(Voltaire)

 

" L'homme libre est celui qui n'a pas peur d'aller

jusqu'au bout de sa pensée "

(Léon Blum)

 

"La démocratie est d'abord un état d'esprit"

(Pierre Mendès France)  

 

 

Recherche

Catégories