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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 07:50

Parmi les mots tabous du social-conformisme figurent en priorité « Etat » et « citoyen », remplacés par « société de marché » et « individu » : en deux décennies, la vision du monde que se font les dirigeants a été pervertie par l’idéologie libérale, et les gouvernements se réclamant de la gauche ont fait preuve à cet égard d’un zèle particulier. D’où une véritable atomisation de tous les collectifs et, de la part de ceux qui sont censés le servir, d’un laminage systématique de l’Etat en tant que garant du bien commun. La politique ne semble plus avoir d’autre objet que de détruire le politique et l’action publique.        

Aperçu

Au cours des vingt dernières années, partout dans le monde, l’Etat a fait l’objet d’une redéfinition restrictive et réductrice de son rôle et de ses pouvoirs. Sa souveraineté monétaire et militaire, tout comme sa capacité de régulation de l’économie, de l’information et de la communication, s’en sont trouvées amoindries et amputées, parfois réduites en lambeaux. Il en va de même de sa représentativité et de sa crédibilité : pour l’opinion, il est devenu un acteur de plus en plus faible et impuissant face aux entreprises mondiales et aux « marchés ». Ce ne sont pas seulement les néolibéraux et les conservateurs qui mènent la croisade contre l’Etat. Nombre de démocrates en Amérique du Nord, au Japon et en Inde, ainsi qu’une grande partie des sociaux- démocrates et des socialistes d’Europe sont devenus leurs alliés. Pourquoi une telle évolution, en particulier chez des dirigeants se réclamant de la gauche ?

Les explications les plus courantes renvoient généralement à la « crise » de l’Etat du bien-être ou Etat social ( Welfare State) et à celle de l’Etat-nation. Elles sont cependant insuffisantes pour comprendre les mécanismes d’auto-dépossession de la puissance publique mis en oeuvre par les dirigeants de la plupart des pays. Il faut sans doute y voir également les conséquences de la mutation radicale de leur manière de voir la société, de la nouvelle narration qu’ils s’en font, et qui s’articule autour de cinq éléments-clés : l’individu, le marché, l’« équité », l’entreprise et le capital. Avec, au bout du compte, une déconstruction de fond en comble du « politique ».

Mis en place après la grande crise du capitalisme financier des années 1929-1932 et la seconde guerre mondiale, l’Etat du bien-être était l’aboutissement des luttes sociales du XIXe

siècle et de la première moitié du XXe. Il a représenté un compromis entre les forces du capital et celles du travail, permettant une allocation des ressources disponibles et une redistribution des gains de productivité plus juste et plus solidaire qu’auparavant. D’où, (...)

Taille de l’article complet : 2 810 mots.

Cet article est réservé aux abonnés à notre offre d'archives

Source : http://www.monde-diplomatique.fr/1999/08/PETRELLA/12326

Voir également :

 * Retour sur images : Le social-libéralisme est-il le logiciel de pensée de la gauche hollandaise par conviction ou par défaut ? Entretien avec Michel Rocard (Atlantico.fr)

 * Retour sur les fondements théoriques du "social-libéralisme" - Crise, renouveau et limites de la social-démocratie, par Jean Lojkine     

 * Social-libéral non, social-démocrate oui... Et pendant ce temps-là, les Français changent leur rapport à l’entreprise (Atlantico.fr)

 * Où en est la fameuse 'troisième voie' ?      

 

 

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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 13:40

Le grand philosophe allemand Jürgen Habermas, 83 ans, commente assez rarement l’actualité. Vendredi, pourtant, il a donné une conférence à l’université de Louvain, en Belgique, devant 1 000 personnes, pour mettre en garde son propre pays : la démocratie libérale en Allemagne n’est pas un acquis, le rôle dominant qu’elle a pris dans le pilotage de la crise de la dette pourrait, si elle n’y prenait garde, tourner au désastre.

Selon lui, les dirigeants européens sont piégés dans un dilemme :

  • ils veulent d’un côté préserver l’euro, et la seule façon d’y parvenir est de le faire de façon technocratique, discrète, sans y mêler le peuple devenu eurosceptique ;
  • ils doivent de l’autre côté avancer pour aboutir à une meilleure intégration politique, seule façon pour que la zone euro fonctionne correctement. Les déséquilibres persisteront tant que les pays prendront des décisions politiques avec pour seul critère l’intérêt national.

Habermas plante alors sa première banderille sur le gouvernement de son pays qui, « malgré quelques concessions, a collé à ce dogme avec constance ».

Pour une démocratie supranationale

Selon le philosophe, la dynamique technocratique a pour résultat d’exposer l’Europe aux vents du marché. L’Europe a besoin d’une ancre, que seule la démocratie, l’expression d’une « société civile irritable et excitable », peut apporter.

Le philosophe prône la création d’une démocratie supranationale. Pour commencer, il faut, dit-il transformer l’union monétaire en union politique, cœur de l’Europe, seule façon d’éviter de tomber dans le piège de la technocratie.

Selon Habermas, le gouvernement allemand « tient dans ses mains la clé du destin de l’Union européenne » :

« S’il y a un gouvernement, parmi les Etats-membres, capable de prendre l’initiative de réviser les traités [dans le sens d’une union politique, ndlr], c’est bien le gouvernement allemand. Bien sûr, les autres gouvernements ne pourraient demander assistance sur la base de la solidarité que s’ils sont eux-même prêts à transférer une part de leur souveraineté au niveau européen [...]. La principale question, c’est donc de s’assurer non seulement que l’Allemagne est en position de prendre l’initiative, mais aussi qu’elle a intérêt à le faire. »

Les dangers du statut semi-hégémonique

Le couple franco-allemand et le travail réalisé pour unifier l’Europe a permis à l’Allemagne de reconstruire sa réputation internationale après la Seconde Guerre mondiale et à sa population de s’approprier pour la première fois le libéralisme politique. Mais selon Habermas, « cette transformation difficile d’une mentalité politique [...] ne doit pas être tenue pour acquise ». Et elle n’a pu être réalisée qu’en articulation avec le projet européen.

Le risque aujourd’hui est que l’Allemagne renoue avec un vieux dilemme. Celui du pays « trop faible pour dominer le continent, mais trop fort pour s’aligner sur les autres pays » (expression de Ludwig Dehios, juste après la fondation du Reich en 1871). Le pays avait réussi à surmonter ce dilemme grâce à l’Union européenne. Pour le chef de file de l’école de Francfort, la question européenne, qui été intensifiée par la crise, est également un défi politique lancé aux Allemands.

« Le “leadership” dont a hérité aujourd’hui l’Allemagne pour des raisons démographiques et économiques non seulement réveille les fantômes historiques tout autour de nous, mais nous soumet à la tentation de choisir la voie nationale unilatérale ou même de succomber aux rêves de puissance d’une “Europe allemande” plutôt qu’une “Allemagne en Europe”.

Nous, Allemands, devrions avoir appris des catastrophes de la première moitié du XXe siècle qu’il est dans notre intérêt national d’éviter en permanence le dilemme du statut semi-hégémonique, qui ne peut pas être endossé sans dériver vers des conflits. »

« L’Allemagne profite elle-même de la crise »

Pour Habermas, il est de l’intérêt de l’Allemagne de suivre une politique de solidarité, et elle devrait même s’obliger de le faire. Ce qui n’est pas le cas actuellement :

« Jusque-là, l’Allemagne a tiré le plus grand bénéfice de la monnaie unique, à travers ses exportations. A cause des excédents, l’Allemagne contribue en retour à aggraver les déséquilibres économiques dans la zone euro, et fait donc partie du problème. Au final, l’Allemagne profite elle-même de la crise, parce que la hausse des taux d’intérêt sur les obligations des pays frappés par la crise a pour contrepartie une baisse des taux d’intérêt sur les obligations allemandes. »

A la toute fin de son discours, le philosophe insiste : ce qui est aujourd’hui impératif, c’est de retrouver une solidarité entre les Européens, un effort coopératif pour promouvoir la croissance et la compétitivité de la zone euro prise dans son ensemble :

« Un tel effort demandera à l’Allemagne et à quelques autres pays d’accepter, à court terme, des effets négatifs en termes de redistribution, mais dans leur intérêt à plus long terme : un exemple classique de solidarité. »

Source : http://rue89.nouvelobs.com/2013/04/29/habermas-lallemagne-tient-mains-cle-destin-europeen-241910

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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 11:50

Le déficit public s'est réduit en 2013, mais ressort plus élevé que prévu. La dette totale de la France continue de gonfler à 1925 milliards d'euros selon les critères de Maastricht.

Malgré les mesures d'austérité, le déficit public français n'a pas atteint, en 2013, l'objectif d'amaigrissement visé. L'INSEE a en effet publié, lundi 31 mars, un chiffre de 4,3 % du PIB pour l'ensemble du déficit public.

Le gouvernement français anticipait un niveau de 4,1 %, et la Commission européenne de 4,2 %. La réduction du déficit public par rapport à 2012 est réelle, puisqu'il était de 4,9 % un an auparavant.

Des recettes à la peine

Mais la décomposition des statistiques s'avère inquiétante pour l'état de l'économie. En effet, si les dépenses de l'État on ralenti, progressant de 2 % en 2013 contre +3 % en 2012, et ce conformément aux objectifs, les recettes s'avèrent en revanche inférieures aux prévisions. La progression des recettes a en effet ralenti, à +3,3 % contre +3,7 % en 2012. L'État français a en revanche bien réduit ses besoins de financements, mais les administrations publiques locales ont augmenté les leurs.

Selon le ministère du Budget, qui a publié un communiqué sur le sujet, « les mesures de rétablissement des comptes publics ont représenté un effort inédit de plus de 2,5 points de PIB, tandis que la conjoncture défavorable a pesé sur les rentrées fiscales à hauteur de plus 1,5 point de PIB.  L’exécution des dépenses, conforme à la dernière prévision, prouve la capacité du Gouvernement à tenir les objectifs de maîtrise de la dépense fixés par le Parlement », assure le gouvernement.

La dette selon Maastricht frôle les 2000 milliards d'euros

Plaidant pour une modification des critères de calcul de la dette, le ministère des Finances revient aussi sur le taux global de la dette publique rapporté au PIB.

Selon l'INSEE, il est en effet de 93,5 %, à 1925 milliards d'euros, un nouveau record historique après 1841 milliards d'euros en 2012.  Bercy soutient de son côté que le mode de calcul ne devrait pas refléter le soutien financier aux États européens comme la Grèce, l'Espagne ou le Portugal. Ni la contribution au mécanisme européen de stabilité, la boîte à outils mise en place pour venir au secours des banques en difficultés.

>>Lire Le Mécanisme européen de stabilité : mode d'emploi

Hors soutien financier aux États européens et financement de la capitalisation du Mécanisme européen de stabilité, le ratio de dette s’élèverait à 90,4 %. « Elle serait alors en ligne avec la prévision du gouvernement », assure le ministère de l'Economie. Rejetant donc sur l'UE la responsabilité de ce nouveau dérapage des comptes publics.

Source : http://www.euractiv.fr/sections/euro-finances/la-dette-publique-francaise-frole-les-2000-milliards-deuros-301239?utm_source=EurActiv+Newsletter&utm_campaign=ecce924e02-newsletter_derni%C3%A8res_infos&utm_medium=email&utm_term=0_da6c5d4235-ecce924e02-55414033 

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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 09:58

Nous sommes au printemps 2015.

L’exaspération générale est à son comble (L'UE non, l'euro oui ! Les opinions publiques européennes face à la crise (2007-2012), par Daniel Debomy (Notre Europe – Institut Jacques Delors)). Y compris au sein des nations qui ont porté le projet européen sur les fonds baptismaux.

Une nouvelle tentative de conciliation vient d’échouer entre le Conseil européen, la Commission européenne et le Parlement européen.

L’Union européenne ne parvient toujours pas à arrêter son programme stratégique pour la nouvelle législature européenne.

Cet échec ajoute aux effets catastrophiques sur les opinions publiques des nombreuses crises politiques, budgétaires, financières, économiques et sociales qui n’ont cessé de paralyser les économies nationales, d'accroître les inégalités sociales et de susciter un peu partout en Europe des replis nationalistes et identitaires, au point d'avoir favoriser l'entrée au Parlement européen d'un nombre important de membres de partis eurosceptiques ou plus globalement, UEsceptiques.

La gouvernance chaotique de l'Eurozone et, plus globalement, de l'Union économique et monétaire, a produit des décisions dont les effets n'ont pas été ceux qui en étaient attendus au point de voir les institutions européennes revenir sur une partie d'entre elles (cf. Bruxelles mise sur la titrisation et le crowdfunding (Euractiv.fr) : http://regards-citoyens-europe.over-blog.com/2014/03/bruxelles-mise-sur-la-titrisation-et-le-crowdfunding-euractiv-fr.html) !

La gestion catastophique de la crise chypriote (voir notamment à cet égard Oui, la décision prise par l'eurogroupe à l'égard de Chypre était bien inique et irresponsable ! Jugez-en vous-même ! ) a définitivement scellé une rupture entre des dirigeants européens égarés dans des dérives technocratiques, sous les coups de boutoir récurrent d'une Banque Centrale européenne qui semble avoir pris le pouvoir politique et économique au sein de l'UEM  sans pour autant remplir réellement sa mission en tirant un parti optimal de son mandat (cf. Et si la BCE respectait son mandat ! par Christophe Blot (Euractiv.fr) : http://regards-citoyens-europe.over-blog.com/2014/03/et-si-la-bce-respectait-son-mandat-par-christophe-blot-euractiv-fr.html) ! 

La Commission européenne, malgré quelques initiatives d'envergure telles que l'Acte II du marché unique ou celles ayant trait à l'introduction de mécanismes de supervision et de régulation dans les domaines financiers, budgétaires et bancaires, semble tétanisée autant par l'installation en son sein d'un doute profond quant à la pertinence de sa doctrine néolibérale dont les résultats économiques et sociaux sont de plus en plus dramatiques (cf. Emploi et situation sociale dans l’Union européenne: la crise sociale s’aggrave ) face aux errements chaotiques des marchés .... et de ses acteurs (cf. à cet égard les articles suivants : De l'économie de l'insécurité ! (nouvelle édition) ainsi que 'Le nouveau capitalisme criminel - Entretien avec Jean-François Gayraud (Diploweb.com)' : http://regards-citoyens-europe.over-blog.com/2014/03/le-nouveau-capitalisme-criminel-entretien-avec-jean-francois-gayraud.html), par l'échec de la négociation relative au règlement des différents du traité transtlantique sur la commerce et les investissements (cf. à cet égard les articles suivants : Transatlantic consumer dialogue : Resolution on Investor-State Dispute Resolution in the Transatlantic Trade and Investment Partnership : http://www.consumersinternational.org/media/1398522/tacd-ttip-resolution-on-investor-state-dispute-resolution.pdf ainsi que Accord transatlantique : l’arbitrage des différends Etats-entreprises remis en question (Contexte) : http://regards-citoyens-europe.over-blog.com/2014/03/accord-transatlantique-l-arbitrage-des-differends-etats-entreprises-remis-en-question-contexte.html) que par le retour des attitudes 'égoïstes' et 'frileuses' des Etats membres pour qui le Conseil européen est devenu le forum de tous les marchandages les plus destructeurs du point de vue du contrat politique de solidarité acté dans les traités de Rome (cf. Retour sur images : le 25 mars 1957 étaient signés les Traités de Rome  ainsi que Traité instituant la Communauté européenne du charbon et de l'acier, traité CECA ).

Les alternances politiques qui se sont déroulées depuis 2008 dans les nations membres n’y ont rien fait (cf. Les limites démocratiques de ces alternances politiques forcées par la dictature de crises systémiques dévastatrices !) !

D’autant moins d’ailleurs que nombre des leaders de gauche et de droite ont eux aussi franchi le Rubicon en rejoignant dans leur grande majorité le camp des nombreux eurodéçus après avoir franchi le cap de l'euroscepticisme lors de la phase de ratification du traité instituant une Constitution pour l'Europe (*).

Après la Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, l’Irlande et bien d'autres pays membres de l'Union, la France comme l'Allemagne ont été soumises à des plans d’austérité excessivement traumatisants sur le plan social.

Le mécanisme européen de stabilisation financière comme le pacte de l'Euro + et le pacte budgétaire dont la règle d'or n'a pas trouvé sa concrétisation pleine et entière dans les corpus constitutionnels des Etats membres n’ont pas permis de mettre un terme définitif à la crise de leur dette souveraine alors même que plusieurs centaines de milliards d’euros ont été engloutis pour leur sauvetage.

La France et le Royaume-Uni ont vu leur note fortement dégradée après les choix économiques de relance par la politique budgétaire arrêtés par leurs nouveaux gouvernements malgré les modifications substantielles du corps de doctrine économique et budgétaire de l'Union économique et monétaire.

Malgré des accords politiques de surface motivés davantage par des enjeux électoraux de court terme que par le souci de renforcer les institutions européennes afin qu'elles soient pleinement en capacité d'exercer les pouvoirs qui leur ont été attribués par les nations, en France comme en Allemagne, la montée des mouvements antieuropéens, sous l’effet à la fois d'une lecture de plus divergente des deux côtés du Rhin de l'intérêt général européen autant que des intérêts et nationaux respectifs, des arguments populistes antieuropéens développés par les mouvements antimondialistes et altermondialites, des discours mensongers d'une part importante des élites médiatisées sur les latitudes juridiques offertes aux nations parties à l'eurozone pour abandonner l'euro (cf.  Cinq arguments anti-euro au banc d'essai, par Anne Rodier et Adrien de Tricornot (Le Monde) ainsi que Il est temps de mettre un terme à ces débats stériles autour de l'abandon de l'euro !) et des thèses souverainistes et xénophobes d’acteurs importants de la vie politique interne de ces deux nations pourtant fondatrices du projet européen, a puisé dans l’aggravation de la crise de la dette souveraine au sein de l’eurozone  le terreau le plus fertile pour forcer ces décisions, malgré les cataplasmes européens élaborés dans l’urgence (cf. La colère de Jacques Delors : l'ancien président de la Commission européenne est indigné de l'absence de prise de décision face à la crise en Europe (Le Point)).

Ils se sont notamment traduits par la non exécution quasi systématique par les institutions de l'Union comme par une multitude de gouvernements nationaux des engagements contractés par les chefs d'Etat et de gouvernement lors des Conseils européens consacrés aux questions stratégiques et économiques, ainsi que par la mise en quarantaine des recommandations politiques les plus exigentes portées par le Parlement européen au travers de ses résolutions. L'exemple le plus frappant est celui portant sur la démocratie européenne : les appels du Parlement européen sous l'impulsion de l'eurodéputé britannique Andrew Duff (cf. Rapport DUFF : l'avenir de la démocratie européenne) ont connu un échec cinglant témoignant ainsi d''une manifestation collective d'un dédain à leur égard.

Pourtant tout avait été tenté, même le pire : donner les clés de l’Union au Royaume-Uni en nommant à la plupart des postes clés des institutions européennes soit des britanniques soit des personnalités particulièrement sensibles aux appels réitérés de la sirène anglo-saxone. Un Royaume-Uni qui n’a toujours pas adopté l’euro comme monnaie nationale alors même qu’il s’y était engagé lors de son adhésion à l’Union économique et monétaire.

La machine à décricoter l’Union de l’intérieur est alors à l’œuvre, avec la complicité des principaux dirigeants européens (cf. Le démontage de l'Europe a commencé ! ) !

Après celui qui a mis un terme à la proposition de relance de la politique étrangère et de sécurité commune initiée par le couple franco-allemand, les échecs des tentatives démocratiques aux marches méridionales de l’Europe a rendu la situation géopolitique intenable.

Les objectifs et intérêts stratégiques de l'Union sont opaques au point que les citoyens s'interrogent sur leur existence même (cf. De l'épineuse question des objectifs stratégiques de l'Union européenne  

Pis encore : force est de reconnaître, impuissant, que Le projet transatlantique des dirigeants européens a définitivement supplanté le projet d’Union politique autonome !

L’inconsistance diplomatique et stratégique de l’Union face à cette situation oblige à agir ! Et vite !

La persistance de ces attitudes politiquement castratrices a profondément entamé la confiance de leurs citoyens autant que celle de leurs principaux agents économiques dans un projet européen enfermé dans une vision étriquée des grands mouvements du monde qui modifient en profondeur les paradigmes économiques, sociaux, écologiques et stratégiques.

Lassés à la fois par les tergiversations diplomatiques au sein des institutions de l’Union à l’égard des grandes orientations politiques, stratégiques et budgétaires et par les refus récurrents de certains de leurs partenaires européens à la fois d’entreprendre les réformes en profondeur de leurs propres systèmes politique et économique, et de progresser collectivement sur la voie d’une intégration politique européenne à la mesure des défis internes et globaux qui rendent cette intégration indispensable (cf. notamment l'appel de Jacques Delors en ce sens : Pour un renouveau de l’Europe, par Jacques Delors (Président fondateur de Notre Europe)), la France, dans un premier mouvement de rupture, puis, quelques jours plus tard, l’Allemagne, préparée à une telle ‘surprise stratégique’ sur le territoire même de l’Union et placée elle-même sous l’effet de la répétition des injonctions de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe appelant au respect le plus strict du droit primaire, tantôt constitutionnel(Grundgesetz), tantôt européen (Traité de Lisbonne), saisissent l’opportunité juridique que leur offre les articles … et .. du Traité sur l’Union européenne pour sortir de cette Union moribonde, après avoir dûment informé l’ensemble de leurs partenaires de leur intention commune d’agir de la sorte (cf. L'article 49-A du Traité de Lisbonne permet à un Etat membre de sortir de l'Union européenne ).

Intervenant peu de temps après la commémoration du 60 ème anniversaire de la signature du Traité de l'Elysée (Traité de l'Elysée (22 janvier 1963)), ces décisions à la fois audacieuses et périlleuses tombent sous le sens.

Mais elles ne peuvent suffire à elles-seules pour relancer la France et l’Allemagne dans la compétition internationale. Bien au contraire ! Hélas !

A suivre !  

(*) Il est intéressant de relever que le feuilleton d’été de l'année 2012 du journal Le Monde a été intitulé «Terminus pour l’euro» et qu’il envisage le scénario d'une sortie de l'euro par l'Allemagne, a minima en refusant l'euro comme monnaie unique sinon comme monnaie commune, sous forme de fiction. Comme quoi cette perspective travaille bien les esprits de gauche les moins systématiquement eurosceptiques.    

Voir également : Retour sur image : Retrouver une « mystique européenne », par Pierre Moscovici (Forum Libération)

Nb : cet article a été publié plusieurs fois sur ce blog au cours de l'année 2012. 

 

 

 

 

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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 08:54

L'ex-syndicaliste de Florange,  Édouard Martin est tête de liste PS aux élections européennes du 25 mai dans la circonscription du Grand Est. Il a répondu aux questions d’EurActiv.fr le 3 mars à Paris.

Vous êtes candidat tête de liste du parti socialiste dans la circonscription du Grand Est. Sur quelles politiques souhaiteriez-vous  travailler au Parlement européen après les élections de mai ?

En tant que candidat à l’élection européenne, je souhaite avant tout m’engager sur la politique industrielle et celle des droits des travailleurs au sein de l’UE. Au sein du Parlement européen, je voudrais donc siéger à la Commission Emploi et affaires sociales ainsi qu’à la Commission Industrie, recherche et énergie.  Il faut défendre les droits des travailleurs dans l’UE et redonner confiance en l’Union européenne. L’actuel président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a réussi l’exploit de rendre eurosceptique même les Européens les plus convaincus !

Arnaud Montebourg, le ministre en charge du Redressement productif tient également un discours assez musclé sur le rôle joué par la Commission européenne sur la politique industrielle, et notamment sur les aides d’États. Qu’en pensez-vous ?

Sur les questions de concurrence, l’Europe doit être d’accord avec elle-même. La direction générale de la concurrence de la Commission européenne doit arrêter de chercher la petite bête.  Je suis assez d’accord avec les déclarations faites par Arnaud Montebourg sur ce sujet, même s’il reste assez isolé. Il faudrait davantage d’Arnaud Montebourg au niveau européen !

La politique de la concurrence européenne doit-elle être réformée ?

La politique européenne de la concurrence se trompe de cible. En France, nous avons le cas de la SNCM, où la Commission européenne se mêle de ce qui ne la regarde pas et met en péril la société. C'est l’exemple typique de ce qu’il ne faut pas faire ! J’aurais autant aimé que les gendarmes de la concurrence réagissent face aux recapitalisationsmassives de certaines banques européennes lors de la crise. Mais comme c’était une décision politique, personne n’a rien trouvé à redire. 

Source : http://www.euractiv.fr/elections/edouard-martin-il-faudrait-davan-interview-533895

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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 18:16
Le ministre délégué auprès du ministre de l’économie et des finances, chargé du budget, a présenté une communication relative à la situation économique.

L’environnement international de la France semble marqué par un double mouvement de reprise des économies avancées et de ralentissement des économies émergentes. De nombreuses économies émergentes ont en effet souffert d’une hausse de la volatilité des flux de capitaux au cours des derniers mois. Les évolutions récentes en Chine confirment un ralentissement de l’activité, en particulier dans le secteur manufacturier, dans un contexte de décélération du crédit et des prix de l’immobilier. Les incertitudes entourant la situation en Ukraine et la détérioration des relations entre l’Europe et la Russie pèsent par ailleurs sur les perspectives économiques : la relative interdépendance des économies, ainsi que les liens financiers entre les Etats en cause laissent craindre des effets négatifs sur l’activité dans les deux régions en cas d’accentuation des tensions.

A l’inverse, la reprise se consolide dans les économies avancées. L’économie américaine retrouve peu à peu son dynamisme, après un début d’année marqué par les conditions climatiques difficiles. La croissance au Royaume-Uni demeure soutenue grâce au dynamisme du crédit et de la demande des ménages. Dans la zone euro aussi, la reprise économique se poursuit, comme en témoignent les derniers indicateurs d’activité (indices PMI de l’institut Markit, indice de l’institut allemand de conjoncture IFO) qui se maintiennent à des niveaux relativement élevés. La zone euro bénéficie d’une atténuation de la consolidation budgétaire, qui semble compenser à ce stade les effets de l’appréciation de l’euro, qui a atteint la semaine dernière 1,39 $/€, son plus haut niveau depuis 2011. Les risques les plus immédiats dans la zone euro sont à relier à la faiblesse de l’inflation totale, qui rend plus difficile la résorption des déséquilibres de compétitivité et des finances publiques, et à la persistance d’une certaine fragmentation financière au sein de l’union monétaire, qui devrait cependant se réduire avec la mise en œuvre de l’union bancaire.

L’activité économique en France donne également des signes de reprise de plus en plus tangibles. Selon les enquêtes de conjoncture de l’Insee, l’indice du climat des affaires global en France progresse légèrement en mars. Dans l’industrie, les carnets de commande étrangers retrouvent leur niveau de début 2012, et les perspectives de production se redressent. C’est le signe que les mesures en faveur de la compétitivité commencent à porter leurs fruits et permettent aux entreprises françaises de bénéficier du début de reprise en cours chez les partenaires de la France, notamment de la zone euro. Ces évolutions confortent les indicateurs d’activité PMI de l’institut Markit, selon lesquels le secteur privé en France aurait connu en mars 2014 sa plus forte croissance depuis août 2011. La croissance devrait encore connaître quelques à-coups au cours de l’année 2014, comme souvent en période de reprise, mais le changement de tendance se confirme. Le redressement de la compétitivité des entreprises est la clé d’une reprise durable de la croissance, riche en emplois. C’est le sens du Pacte de Responsabilité proposé par le Président de la République aux forces vives du pays.

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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 09:40

Le traité transatlantique « n’est pas un accord commercial anodin, c’est un élargissement en soi », estiment Françoise Castex, députée européenne (Nouvelle Donne) et Susan George, présidente d’honneur d’Attac, cofondatrice de Nouvelle Donne.


Le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP ou Tafta) sera l’un des enjeux majeurs des prochaines élections européennes. En effet, c’est au prochain Parlement européen qu’il reviendra de ratifier – ou non – l’accord de libre-échange en cours de négociation entre l’Union européenne et les États-Unis. Les citoyens doivent profiter de la campagne des européennes pour s’emparer de ce débat et exprimer clairement leur position sur cet accord soutenu par les sociaux-démocrates et les conservateurs européens, au premier rang desquels le PS et l’UMP.

Et pour cause: le Tafta est nettement plus ambitieux qu’un simple accord commercial visant à abaisser les tarifs douaniers. D’une part parce que les tarifs douaniers entre l’UE et les USA sont déjà dans la plupart des secteurs extrêmement bas. D’autre part parce que l’objectif est avant tout de supprimer les obstacles non-tarifaires, en harmonisant les normes et les réglementations de chaque côté de l’Atlantique.

L’accord risque ainsi de remettre en cause les normes sanitaires et phytosanitaires européennes, que les industriels agroalimentaires américains jugent trop contraignantes et coûteuses (interdiction en Europe du bœuf aux hormones et des poulets chlorés, OGM). Idem pour la production du vin qui, outre-Atlantique, répond à des critères de qualité bien moins exigeants qu’en Europe. Adieu principe de précaution et agriculture durable.

De même, comment ne pas voir dans le TTIP le prolongement des tentatives répétées des Américains d’accéder aux données personnelles des Européens, estimées à 315 milliards d’euros, et de contourner la “ trop protectrice ” réglementation européenne sur les données personnelles qui vient d’être adoptée par la Parlement européen. Ce n’est pas par hasard qu’Amazon, Google, Facebook, Apple, Microsoft et autres empires «dataphages» poussent à la conclusion de cet accord de libre-échange. Le scandale de la NSA a montré combien les approches de la protection de la vie privée divergent des deux côtés de l’Atlantique.

La méthode proposée pour élaborer ces normes communes UE/USA est, en outre, très contestable. Sous le prétexte que l’UE est dotée d’un système législatif et réglementaire complexe, l’accord Tafta pourrait lui substituer la coopération d’experts en lieu et place du  Parlement et du Conseil. En réalité, nos partenaires américains estiment que la législation européenne laisse trop de place à la subjectivité de l’opinion publique, aux attentes des citoyens, au détriment de l’expertise scientifique. Tout aussi contestable, la proposition de tribunaux privés d’arbitrage permettant à toute entreprise ou investisseur américain de porter plainte contre un État européen dont une mesure pourrait porter atteinte à ses profits, présents ou à venir.

Au-delà des contenus, c’est le principe même de cet accord qui pose problème. Dire oui aux négociations sur le TTIP, c’est prendre le risque que les normes américaines puissent prendre le dessus sur les normes UE et hypothéquer l’achèvement d’un marché intérieur européen protecteur pour ses citoyens et ses entreprises.

N’en déplaise aux socialistes français, le TTIP est une entorse, et non des moindres, au principe de juste échange Nord-Sud qu’ils soutiennent. Avec cet accord, Américains et Européens cherchent à imposer dans la mondialisation un géant économique qui représenterait 40% du commerce mondial. Si les Américains concluent en parallèle l’accord qu’ils négocient avec la zone Asie-Pacifique, ils se retrouveront au centre, géographique et surtout normatif, de 70% du commerce mondial. Avec quels effets sur le reste du monde?

Ne soyons pas dupes des arguments utilisés par les artisans du TTIP, à commencer par la création d’un million d’emplois en Europe que l’on nous fait miroiter régulièrement. Il s’agit là de l’estimation la plus optimiste d’un think-tank londonien ultralibéral, et valable essentiellement pour l’Allemagne et le Royaume Uni (400.000 emplois chacun) et à l’horizon 2030. Entre-temps, combien d’emplois perdus dans les filières qui se trouveront soumises à rude concurrence (agriculture, hautes technologies, automobile…) ? Les syndicats européens sont plus que circonspects. Ils ont raison de l’être, quand on sait que les États-Unis n’ont signé que deux des huit conventions de l’Organisation internationale du travail!

Il y a bientôt en vingt ans, François Mitterrand l’Européen mettait en garde les futurs négociateurs de l’UE qui «commettraient [...] une erreur si, par impatience ou lassitude, ils laissaient les élargissements se faire dans des conditions qui affaibliraient la cohésion et les disciplines de l’Union». Le TTIP n’est pas un accord commercial anodin, c’est un élargissement en soi, une fuite en avant libérale qui risque de remettre aux calendes grecques l’approfondissement politique de l’UE et de sacraliser de façon irréversible la toute-puissance du marché sur le sol européen.

Source : http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/260314/ttip-la-fuite-en-avant-liberale

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 19:12
Le Premier ministre, la ministre de l’égalité des territoires et du logement et le ministre délégué auprès de la ministre de l’égalité des territoires et du logement, chargé de la ville ont présenté un décret portant création du commissariat général à l’égalité des territoires (CGET).

La création du CGET, rattaché au Premier Ministre, vise à renouer avec une ambition de solidarité entre tous les territoires. Au plus proche du terrain, et en relation étroite avec les collectivités territoriales et les préfets de région et de département, le CGET, issu du regroupement de la délégation à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (DATAR), du secrétariat général du comité interministériel des villes (SGCIV) et de l’agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ACSé), permettra de rompre avec une approche sectorielle des politiques publiques pour privilégier une réflexion transversale. En effet, des sujets tels que l’accès aux services publics, le développement des capacités de chaque territoire, l’accompagnement des mutations économiques, l’impulsion de la transition écologique, la politique de la ville ou encore la création d’emplois locaux durables et non dé-localisables nécessitent une approche décloisonnée.

Le CGET sera chargé de conduire la réforme d’ensemble de la politique de la ville issue de la loi de programmation du 21 février 2014, par une action cohérente et globale. Il mobilisera, dans une démarche de participation, les politiques de droit commun, poursuivra l'adoption de nouveaux contrats de ville à l'échelle intercommunale, reverra la géographie d'intervention, lancera un nouveau programme national de renouvellement urbain et mettra en place des « conseils citoyens » dans chaque quartier prioritaire de la politique de la ville. Il pilotera la mobilisation collective des services de l’Etat, des élus, des institutions et des acteurs de terrain, pour changer concrètement la vie des habitants des quartiers.

Enfin, le CGET aura la charge de coordonner la préparation et la mise en œuvre de la nouvelle politique contractuelle de l’Etat avec les collectivités locales dans le cadre des nouveaux Contrats de Plan Etat-Région (CPER) 2014-2020, ainsi que les décisions du Comité interministériel à l’égalité des territoires et du Comité interministériel des villes.

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 16:28

A la faveur des crises en série qui s’y succèdent en multipliant les traumatismes de toutes sortes (économiques, sociaux, humains, politiques), on assiste aujourd’hui à la manifestation quotidienne d’une une défiance généralisée à l’égard et entre les différents agents impliqués dans le fonctionnement de l’économie sociale de marché dans l’espace transatlantique.

La situation catastrophique créée d’abord par l’échec dramatique de l’aventure anglo-américaine en Irak a tout d’abord été porteuse d’angoisses particulièrement fortes à l’égard de la capacité de l’ONU, d’une part, et de l’hyperpuissance, d’autre part, lorsque le Conseil de sécurité des Nations unies se montre défaillant, à « régenter » les questions de sécurité internationale de manière acceptable, c'est-à-dire non structurellement traumatisante, pour les différentes parties. Avec elle, c’est la confiance dans la capacité de régulation stratégique des Etats les plus puissants militairement qui s’est soudainement effondrée.

Ensuite, la situation tout aussi catastrophique issue de la crise systémique financière initiée par de surprenantes « défaillances » du système économique et financier anglo-saxon a mis à mal la confiance des marchés autant que des peuples dans la capacité d’autorégulation d’une économie financiarisée qui se veut non seulement libérale, mais créatrice de richesses, et partant, porteuse de progrès.

L’incapacité de la puissance publique internationale incarnée dans des fora de régulation multilatéraux (G-8, G20, Union européenne, etc.) et internationaux (Institutions financières internationales) de produire un sursaut salvateur à même de pallier le défaut d’autorégulation des marchés financiers et des opérateurs bancaires par des mesures prudentielles et assurantielles appropriées autant que la défaillance des analystes et prévisionnistes de tous poils a participé à amplifier la défiance des agents économiques et sociaux à l’égard des gouvernants autant que de l’expertise technique sur laquelle les premiers tendent à appuyer leurs décisions.

La crise, désormais systémique, de la dette souveraine, en provoquant des tensions extrêmement traumatisantes sur les devises autant que sur les marchés monétaires et obligataires, a aggravé la défiance des populations à l’égard non seulement des technostructures en charge d’épauler les gouvernements démocratiquement élus, mais des monnaies elles-mêmes, portant du même coup atteinte à leur souveraineté.

Au risque de défaut généralisé de paiement des dettes publiques de nature budgétaire de la plupart des pays membres de l’OCDE, et non des moindres, s’ajoute désormais un risque de défaut généralisé d’intervention des amortisseurs sociaux que nos démocraties politiques socio-libérales avaient pourtant su générer, ces derniers se trouvant également placés face à une crise grave de liquidités.

Comment ne pas souligner, tout en la déplorant, la perte de confiance des citoyens-consommateurs dans des institutions publiques qui ne parviennent même plus à garantir de manière spontanée et automatique le respect des principes et des valeurs qui fondent le contrat politique et social que consacrent les lois fondamentales ; une défiance qui puise chaque jour davantage sa substance dans des scandales qui traduisent publiquement leur incapacité à garantir la sécurité alimentaire et la sécurité sanitaire pour tous.

La défiance des citoyens aussi impatients qu’incrédules à l’égard des partis politiques, qu’ils jugent, pour une majorité d’entre eux, dévoyés et incapables de traduire en programmes crédibles leurs espoirs, ne cesse de croître comme en attestent les taux croissants d’abstention aux différentes élections démocratiques.

Comme si cela ne suffisait pas au tableau, la perte de vitesse du système productif de ces mêmes pays dans la compétition internationale favorisée par une mondialisation et une globalisation qui ne font aucune place aux tergiversations improductives et aux replis sur soi impulsifs, ajoute encore à la morosité sociale et aux angoisses collectives de populations meurtries auxquelles les leaders politiques de tous bords avaient pourtant promis de tirer, à leur profit aussi, le meilleur parti du libre échange économique, de la dérégulation, de la réglementation, et de l’ouverture de nouveaux marchés internationaux mieux à même d’absorber leurs propres productions.

Quant à la technologie, bien qu’elle soit pourtant quelquefois érigée en dieu des temps modernes (celle grâce à laquelle tout serait désormais possible), les fractures sociales et générationnelles qu’elle engendre comme les bulles financières qu’elle favorise et les traumatismes qui en résultent ne la qualifie plus pour redonner cette confiance perdue dans l’économie sociale de marché telle qu’elle est aujourd’hui à l’œuvre dans des démocraties libérales de plus en plus vacillantes !

Quant à la culture, et à l’espoir si grand que chacun tend à placer dans ce qu’elle peut produire de fécond et d’universel, sa marchandisation rampante et sa politisation à quatre sous participent à lui retirer une bonne part de la confiance qu’une société doit lui accorder sauf à créer les conditions d’un déclin inéluctable ! Comme le déplore Stiegler, la médiacratie désormais à l'oeuvre participe à la désintégration et à déshumanisation de notre corpus socio-culturel !

Même la belle utopie portée par les projets politique et culturel européens en lieu et place d’un rêve américain quelquepeu émoussé n’a plus ce pouvoir d’entraînement et de fascination qui en fit pourtant pendant plusieurs décennies l’un des ressorts d’une espérance dans un avenir meilleur et plus juste, et dans l’Homme ; une espérance partagée par tous : hommes et femmes, jeunes, moins jeunes, personnes âgées, sympathisants de gauche, de droite, du centre, actifs, retraités, individus sans emploi, malades, bien portants, handicapés, croyants, athées, agnostiques ; une espérance qui permet de faire ‘société des Hommes’ une société multiculturelle qui se construit, dans la sérénité de processus apaisés, un destin, des projets, et un avenir collectif fondés sur une confiance mutuelle, un dynamisme fécond et une solidarité de fait.

On le voit bien : la perte de confiance mutuelle à l’oeuvre entre ses différents agents rend improbable une reprise vertueuse de l’économie sociale de marché dans l’espace transatlantique en même temps qu’elle porte atteinte au modèle actuel de démocratie libérale.

En face d’un tel constat particulièrement débilitant d’une défiance généralisée de chacun de ces agents individuels et collectifs envers l’autre, il n’est pas étonnant de voir se multiplier les discours et les programmes populistes les plus ravageurs autant que les adhésions d’individus libres en souffrance à des sectes ou mouvements sectaires tout aussi ravageurs !

L’heure est venue d’un sursaut collectif salvateur !

Une nouvelle 'nuit du 4 âoût' est indispensable, sous une forme ou sous une autre mais aussi pacifique que déterminante !

A chacun de prendre, en toute liberté, en responsabilité et en conscience, sa part de la tâche qui lui revient pour qu’il en soit ainsi !

Voir également : 

 * Reconstruire la confiance dans la capacité des Etats à honorer leurs engagements, notamment politiques et financiers

 * Comment la politique peut-elle retrouver des marges de manoeuvre par rapport à la globalisation ? - nouvelle édition -

 * La social-démocratie, naufragée de la dette ? Réhabiliter d'urgence la solidarité budgétaire ! par Frédéric Ménager (Le Monde)

 * L’UE dans la crise du capitalisme occidental - Du marché comme fondement de l’intégration économique au modèle social

 * Crises mondiales : il est urgent de redonner confiance à ceux qui l'ont perdue (nouvelle édition)

 * Jacques Attali : "Les Etats se comportent comme Bernard Madoff" (Le Monde)

 * Le 4 août 1789, premier des "grands soirs" (Jérôme Gautheret et Thomas Wieder, Le Monde.fr) - nouvelle édition -

 * "La vérité si j'mens" : un programme qui ne fait recette nulle part !

 * Contre la dictature financière, la révolte nécessaire, par Edwy Plenel (Mediapart) 

 * "Nous vivons une crise non pas de la zone euro mais de l'endettement public", par Herman Van Rompuy, président du Conseil européen (Le Monde) 

 * Retour sur images : Les Européens ont voté pour que la crise continue, par Michel Rocard 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 16:19

Le premier tour des élections municipales 2014 m’a permis de mieux comprendre le film des frères Coen, A serious man.

Bien qu’étant très friand des productions de la fratrie la plus géniale d’Hollywood, de Sang pour sang à True grit, en passant par Miller’s crossing, A serious man m’avait laissé sceptique. C’est quelque peu dubitatif que j’avais suivi les déconvenues de Larry Gopnik, professeur de physique quantique en 1967 à Minneapolis, qui ouvre le film avec une démonstration visuellement effarante du problème de Schrödinger et passe l’heure et demie suivante à subir les persécutions de sa femme, de ses collègues, de son oncle autiste et de ses enfants demeurés, en voyant peu à peu son existence vaciller sans qu’il parvienne à trouver une explication à la succession de déconvenues et de catastrophes qui s’abattent sur lui. À l’image du chat de Schrödinger, dont il cite l’exemple au début du film à ses étudiants, Larry Gopnik tourne en rond dans sa boîte sans plus savoir s’il est encore maître de son existence ou en fait même vraiment partie. Rappelons que le principe de l’expérience de Schrödinger est d’enfermer un chat dans une boîte avec un flacon de gaz mortel, une source radioactive et un compteur Geiger. Quand le compteur détecte un certain seuil de radioactivité, le flacon se brise et le gaz tue le chat. Si nous ouvrons la boîte, nous constaterons que le chat est soit mort soit vivant mais tant que nous ne le faisons pas, le chat est la fois théoriquement vivant et mort et se trouve dans une dimension que seul un expert en physique quantique sera capable d’appréhender, d’où reviennent parfois les morts dans les films de Georges Romero et plus rarement les hommes politiques.

Un peu comme le chat de Schrödinger, le Parti socialiste, au lendemain du premier tour des élections ne sait plus très bien s’il est mort ou vivant, pas plus que ceux qui l’observent se débattre entre les deux tours, coincé dans la petite boîte du déni, tandis que monte l’aiguille du compteur Geiger frontiste. À Hénin-Beaumont, Steeve Briois a commenté d’un sobre mais ferme « Place au travail ! » les 50,6% réalisés dès le premier tour. À Marseille, Patrick Menucci fait désormais tinter ses casseroles loin derrière le candidat du FN, arrivé en deuxième position, et loin derrière Jean-Claude Gaudin auquel on n’en voudrait pas de citer le colonel Kilgore dans Apocalypse Now et son « J’adore l’odeur du napalm au petit matin ». À Fréjus, le FN fait 40% tandis que Niort passe à droite après soixante ans de règne socialiste. Hormis à Paris où Anne Hidalgo fait match nul et à Lille où Martine Aubry tient un peu le rôle qu’Alain Juppé assure à droite, le terme de Berezina paraît presque faible partout ailleurs pour commenter les résultats du PS. On n’a d’ailleurs pas fait tourner que les tables électorales hier soir puisque Jean-Marc Ayrault semblait presque revenir d’entre les morts pour commenter les résultats d’une voix atone et recommander la constitution d’un front républicain avant de s’enfoncer à nouveau, et peut-être pour toujours, dans les limbes. « Nous avons le pouvoir de remobiliser les électeurs entre les deux tours » a répété, mécanique, Najat Vallaud-belkacem sur tous les plateaux de télévision. « Les électeurs ont voté avec leurs pieds » a répondu, sarcastique, Bruno Le Maire, évoquant le record d’abstention et renvoyant la pauvrette à l’époque congelée de la RDA. Il a beau jeu de le faire : l’UMP vient d’être sauvé miraculeusement (et sans doute temporairement) des eaux troubles des écoutes par la percée du FN et il est certain que la courbe électorale sera plus difficile encore à inverser que la courbe du chômage pour le PS.

Dans A serious man, le malheureux Larry Gopnik, trompé et tyrannisé par sa femme, martyrisée par ses collègues et par ses étudiants, affligés par son oncle autiste qui passe ses journées à couvrir des cahiers d’écoliers de symboles cabalistiques, cherche désespérément à sortir de la spirale infernale qui menace de précipiter toute son existence dans le désastre. Dédaignant le rationalisme scientifique, il se tourne même vers la religion, mais les rabbins qu’il interroge ne parviennent qu’à lui donner des réponses toutes plus contradictoires et inutiles les unes que les autres. Le Parti socialiste, quant à lui, durement éprouvé essaie à tout prix de trouver une explication à sa déroute qui ne remette pas en cause la cohérence et la pertinence de ses choix politiques. Pas questions de considérer les démêlés des candidats socialistes à Marseille ou Hénin-Beaumont, au niveau local, ni le rejet de la politique gouvernementale, au plan national, comme des facteurs d’explication de la très large percée du Front National : comme d’habitude on attribue ces résultats à l’ignorance des électeurs et à l’œuvre des maléfiques zélotes qui, dans l’ombre, banalisent les thèses du FN et manipulent les cerveaux malades. Ce matin, Le Monde allait même jusqu’à mettre les électeurs de Béziers sur le divan pour expliquer le désastre : « Les Biterrois montrent une tendance dépressive qui alimente un discours victimisant, terreau particulièrement favorable pour le FN. » Traduction : alors que le socialisme municipal n’a décidément rien à se reprocher, c’est une bande de maniaco-dépressifs qui a encore tout fichu en l’air.

Il n’est pas question pour le Parti socialiste de se remettre sérieusement en cause, surtout entre deux tours des élections municipales, alors que Paris balance encore dangereusement entre NKM et Anne Hidalgo. On s’accroche donc au PS au « front républicain », vieille antienne que les ténors de l’UMP ne font même plus semblant de prendre au sérieux, trop heureux de voir la gauche redevenir pour un temps plus bête que la droite. Et malgré les protestations et les menaces de sanctions, le rattachement du Front National au paysage politique local semble inéluctable. Comme Larry Gopnik dans A serious man, le parti socialiste n’a donc plus qu’à se laisser balloter favorablement par les événements en espérant que ça ne casse pas trop au deuxième tour.

Il est hors de question que je raconte ici la fin de A serious man : elle est très intrigante au premier visionnage et elle prend tout son sens quand on a regardé le film une deuxième fois, enrichi de l’expérience du premier tour des élections. Pour celles-ci en revanche, on sait à peu près comment cela va se finir : dimanche prochain, quand nous ouvrirons la boîte de Schrödinger pour constater ce qu’est devenu le PS entre les deux tours, il y a de fortes chances pour que plus d’un s’exclame : « le petit chat est mort ! » Mais meurt-on jamais vraiment en politique ?

Aucun chat n’a été blessé au cours de la rédaction de cet article.

Voir cet article sur le site de Causeur.fr : http://www.causeur.fr/fn-ps-freres-coen,26774#

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