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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 10:09

Préface

« L¹actuelle situation du monde exige une action d'ensemble à partir d¹une vision claire de tous les aspects économiques, sociaux, culturels et spirituels. Experte en humanité, l¹Eglise, sans prétendre aucunement s¹immiscer dans la politique des Etats,³ ne vise qu¹un seul but : continuer, sous l¹impulsion de l¹Esprit consolateur, l¹oeuvre même du Christ venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi² ». (1)

Dans l¹encyclique Populorum progressio http://www.vatican.va/holy_father/paul_vi/encyclicals/documents/h de 1967, prophétique et toujoursf_p-vi_enc_26031967_populorum_fr.html actuelle, Paul VI <http://www.vatican.va/holy_father/paul_vi/index_fr.htm> traçait avec clarté « les trajectoires » du rapport intime de l¹Eglise avec le monde : des trajectoires qui s'entrecoupent dans la valeur profonde de la dignité de l¹homme et dans la recherche du bien commun, et qui rendent aussi les peuples responsables et libres d¹agir selon leurs aspirations les plus élevées.

La crise économique et financière que traversent les pays interpelle tout le monde ‹ les personnes et les peuples ‹ à effectuer un discernement approfondi des principes et des valeurs culturelles et morales qui sont à la base de la vie sociale en commun. Mais pas seulement. La crise engage les agents privés et les autorités publiques compétentes au niveau national, régional et international, à une réflexion sérieuse sur les causes et les solutions de nature politique, économique et technique.

Benoît XVI <http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/index_fr.htm> enseigne que, dans cette perspective, la crise « nous oblige à reconsidérer notre itinéraire, à nous donner de nouvelles règles et à trouver de nouvelles formes d¹engagement, à miser sur les expériences positives et à rejeter celles qui sont négatives. La crise devient ainsi une occasion de discernement et elle met en capacité d¹élaborer de nouveaux projets. C¹est dans cette optique que, confiants plutôt que résignés, il convient d¹affronter les difficultés du moment présent ». (2)

Dans le Statement adopté à Pittsburgh en 2009, les leaders du G20 eux-mêmes ont affirmé que « The economic crisis demonstrates the importance of ushering in a new era of sustainable global economic activity grounded in responsibility » (La crise économique prouve bien l'importance d¹inaugurer une nouvelle ère pour une activité économique mondiale durable, basée sur la responsabilité). (3)

Répondant à l¹appel du Saint-Père et faisant nôtres en même temps les préoccupations des peuples ‹ surtout de ceux qui paient le plus haut prix de la situation actuelle ‹ le Conseil pontifical justice et paix <http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/justpeace/index_fr.htm>, dans le respect des compétences des autorités civiles et politiques, entend proposer et partager ses réflexions « pour une réforme du système financier et monétaire international dans la perspective d¹une autorité publique à compétence universelle ».

Ce document veut être une contribution offerte aux responsables de la terre et à tous les hommes de bonne volonté ; un geste de responsabilité non seulement envers les générations actuelles, mais surtout envers celles futures ; afin que ne se perdent jamais l¹espérance d¹un avenir meilleur et la confiance dans la dignité et la capacité de bien de la personne humaine.

Chaque personne et chaque communauté de personnes participe à la promotion du bien commun et en est responsable. Fidèles à leur vocation de nature éthique et religieuse, les communautés de croyants doivent être les premières à s¹interroger sur l¹idonéité des moyens dont dispose la famille humaine afin de réaliser le bien commun mondial. Pour sa part, l¹Eglise est appelée à encourager chez tous les hommes et dans chacun d'eux indistinctement la volonté de participer « à ce gigantesque effort par lequel les hommes, tout au long des siècles, s¹acharnent à améliorer leurs conditions de vie, (en accord avec le) dessein de Dieu ». (4)

1. Développement économique et inégalités Nombreuses sont les causes de la grave crise économique et financière que traverse le monde aujourd¹hui, et les opinions sur la pluralité et le poids de ces causes sont très variées : certains soulignent comme étant au premier rang les erreurs inhérentes aux politiques économiques et financières, d¹autres insistent sur les faiblesses structurelles des institutions politiques, économiques et financières, d¹autres encore les attribuent à des fléchissements de nature éthique survenus à tous les niveaux, dans le cadre d¹une économie mondiale toujours plus dominée par l¹utilitarisme et le matérialisme. Dans les différentes phases de développement de la crise, on retrouve toujours une combinaison d¹erreurs techniques et de responsabilités morales.

Dans le cas des échanges de biens matériels, ce sont la nature et la capacité productive, ainsi que le travail sous ses nombreuses formes, qui fixent une limite aux quantités, en déterminant ainsi un ensemble de coûts et de prix qui, à certaines conditions, permet une affectation efficiente des ressources disponibles.

Mais, en matière de monnaie et de finances, les dynamiques sont bien différentes. Au cours des dernières décennies, ce sont les banques qui ont fixé le crédit, celui-ci engendrant ensuite la monnaie qui, à son tour, a demandé une ultérieure expansion du crédit. De sorte que le système économique a été poussé vers une spirale inflationniste qui, inévitablement, s¹est trouvée limitée par le risque pouvant être supporté par les instituts de crédit qui se trouvaient soumis au danger ultérieur de faillite, avec des conséquences négatives pour l¹ensemble du système économique et financier.

Après la deuxième guerre mondiale, les économies nationales ont progressé, bien qu¹avec d¹énormes sacrifices de la part de millions et même de milliards de personnes qui, par leur comportement, en tant que producteurs et entrepreneurs d¹une part, et de consommateurs et épargnants d¹autre part, avaient eu confiance en un développement progressif et régulier de la monnaie et de la finance dans la ligne des potentialités de croissance réelle de l¹économie.

A partir des années 90 du siècle dernier, on constate que la monnaie et les titres de crédit au niveau mondial ont augmenté plus rapidement que la production des revenus, et ce également pour les prix courants. Ce qui a provoqué la formation de poches excessives de liquidité et de bulles spéculatives, transformées ensuite en une série de crises de solvabilité et de confiance qui se sont diffusées et suivies dans les années suivantes.

Une première crise a sévi dans les années 70, jusqu¹au début de la décennie suivante, en rapport avec les prix du pétrole. Puis, ce sont les pays en voie de développement qui ont connu toute une série de crises. Il suffit de penser à la première crise que le Mexique a vécue dans les années 80, à celles du Brésil, de la Russie et de la Corée, puis à nouveau du Mexique dans les années 90, de la Thaïlande et de l¹Argentine.

La bulle spéculative sur les immeubles et la crise financière récente ont la même origine dans le montant excessif de monnaie et d¹instruments financiers au niveau mondial.

Tandis que les crises dans les pays en voie de développement ‹ qui ont risqué d¹impliquer l¹ensemble du système monétaire et financier ‹ ont été contenues grâce à des formes d¹interventions de la part des pays plus développés, celle qui a éclaté en 2008 a été caractérisée par un facteur décisif et explosif par rapport aux précédentes. Elle est née dans le contexte des Etats-Unis, l¹une des zones les plus importantes pour l¹économie et la finance mondiale et a impliqué la monnaie servant aujourd'hui encore de référence à la plus grande partie des échanges internationaux.

Une orientation de style libéral ‹ réticente à l'égard des interventions publiques dans les marchés ‹ a fait opter pour la faillite d¹un institut international important, en pensant ainsi pouvoir limiter la crise et ses effets. Ce qui, hélas, a entraîné la propagation du manque de confiance, qui a induit des changements soudains d¹attitudes réclamant des interventions publiques sous différentes formes et de vaste portée (plus de 20% du produit national) afin de tamponner les effets négatifs qui auraient emporté la totalité du système financier international.

Les conséquences sur ce qu¹on appelle l¹économie « réelle », en passant par les graves difficultés de certains secteurs ‹ en premier lieu la construction ‹, et la diffusion d¹une prévision défavorable ont engendré une tendance négative de la production et du commerce international, avec de graves répercussions sur l'emploi, et des effets qui, probablement, n'ont pas encore donné toute leur mesure. Les coûts pour des millions, et même des milliards, de personnes, dans les pays développés mais surtout dans ceux en voie de développement, sont très importants.

Dans des pays où manquent encore les biens les plus élémentaires de la santé, de l¹alimentation et de la protection contre les intempéries, plus d'un milliard de personnes doivent survivre avec un revenu moyen inférieur à un dollar par jour.

Le bien-être économique mondial, mesuré en premier lieu par la production du revenu, mais aussi par la diffusion des capabilities, a augmenté au cours de la seconde moitié du XXe siècle, et ce avec une vitesse jamais expérimentée auparavant dans l¹histoire des hommes.

Cependant, les inégalités aussi ont augmenté de façon considérable au sein des différents pays, et entre eux. Tandis que certains pays et certaines zones économiques ‹ les plus industrialisés et développés ‹ ont vu s¹accroître considérablement la production du revenu, d¹autres ont en effet été exclus du processus d¹amélioration généralisé de l¹économie et ont même vu leur situation empirer.

Les dangers d'une situation de développement économique conçu en termes libéraux ont déjà été dénoncés avec lucidité et de façon prophétique par Paul VI <http://www.vatican.va/holy_father/paul_vi/index_fr.htm> ‹ en raison de leurs conséquences néfastes sur les équilibres mondiaux et sur la paix ‹ dès 1967, après le Concile Vatican II <http://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/index_fr.htm>, dans son encyclique Populorum progressio <http://www.vatican.va/holy_father/paul_vi/encyclicals/documents/hf_pvi_enc_26031967_populorum_fr.html la défense de la vie et la promotion de la croissance culturelle et morale des personnes comme étant les conditions incontournables pour la promotion d¹un développement authentique. C¹est sur de telles bases qu¹il affirmait : le développement total et planétaire « est le nouveau nom de la paix ». (5) >. Le Souverain Pontife avait indiqué

Quarante ans plus tard, en 2007, dans son Rapport annuel le Fond monétaire international reconnaissait le lien étroit entre le processus de mondialisation géré de façon inadaptée d'une part et, de l'autre, les importantes inégalités au niveau mondial. (6) Aujourd¹hui, ces fortes inégalités économiques, sociales et culturelles qui se sont déterminées au niveau mondial sont portées à l¹évidence de tous les peuples, riches et pauvres, par les moyens de communication modernes, faisant naître des tensions et d¹importants mouvements migratoires.

Toutefois, il faut réaffirmer que le processus de mondialisation avec ses aspects positifs est à la base du développement important de l¹économie mondiale du XXe siècle. Il convient de rappeler qu¹entre 1900 et 2000, la population mondiale a presque quadruplé et que la richesse produite à l¹échelle mondiale s¹est accrue de manière beaucoup plus rapide, ce qui a entraîné une forte augmentation du revenu moyen par habitant. En même temps, toutefois, la distribution équitable de la richesse ne s¹est pas améliorée, au contraire, souvent elle s¹est aggravée.

Mais qu¹est-ce qui a donc poussé le monde dans cette direction aussi problématique, pour la paix également ?

Avant tout un libéralisme économique sans règles ni contrôles. Il s¹agit d¹une idéologie, d¹une forme d'« apriorisme économique » qui prétend tirer de la théorie les lois de fonctionnement du marché et celles dites lois du développement capitaliste, en en exaspérant certains aspects. Une idéologie économique qui fixe à priori les lois du fonctionnement du marché et du développement économique sans se confronter à la réalité risque de devenir un instrument subordonné aux intérêts des pays qui jouissent concrètement d¹une position avantageuse au plan économique et financier.

Bien qu¹imparfaits, au niveau national et régional, il existe déjà souvent des règles et des contrôles ; toutefois, au niveau international, ces règles et ces contrôles ont des difficultés à être appliqués et consolidés.

A la base des inégalités et des distorsions du développement capitaliste, on trouve en grande partie, en plus de l¹idéologie du libéralisme économique, l¹idéologie utilitariste, c¹est-à-dire l¹organisation théorique et pratique selon laquelle : « ce qui est utile au plan personnel conduit au bien de la communauté ». Il est à noter qu¹une telle « maxime » renferme un fond de vérité, mais on ne peut ignorer que l¹utilité individuelle ‹ même si elle est légitime ‹ ne favorise pas toujours le bien commun. Plus d¹une fois, un esprit de solidarité est nécessaire, qui transcende l¹utilité personnelle pour le bien de la communauté.

Dans les années 20 du siècle dernier, certains économistes avaient déjà mis en garde contre le fait, en l¹absence de règles et de contrôles, d¹accorder un crédit excessif aux théories devenues des idéologies et des pratiques dominantes au niveau international.

Un effet dévastateur de ces idéologies ‹ surtout dans les dernières décennies du siècle dernier et dans les premières années du nouveau siècle ‹ a été l¹éclatement de la crise dans laquelle le monde se trouve plongé encore aujourd¹hui.

Dans son encyclique sociale, Benoît XVI <http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/index_fr.htm> a identifié très précisément les racines d¹une crise qui n¹est pas seulement de nature économique et financière, mais avant tout de nature morale. En effet, observe le Souverain Pontife, pour fonctionner correctement, l¹économie a besoin de l¹éthique ; non pas d¹une éthique quelconque, mais d¹une éthique amie de la personne. (7) Il dénonce ensuite le rôle joué par l¹utilitarisme et par l¹individualisme, ainsi que les responsabilités de ceux qui les assument et les diffusent en tant que paramètres pour le comportement optimal de tous ceux ‹ agents économiques et politiques ‹ qui agissent et interagissent dans le contexte social. Mais Benoît XVI <http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/index_fr.htm> a également identifié et dénoncé une nouvelle idéologie : celle de la « technocratie ».

2. Le rôle de la technique et le défi éthique

Avec, certes, ses lumières mais aussi ses graves cônes d¹ombre, l'important développement économique et social du siècle dernier est dû en grande partie au développement continuel de la technique et, dans les décennies plus récentes, aux progrès de l'informatique et à ses applications, à l'économie et, en premier lieu, à la finance.

Pour interpréter avec lucidité la nouvelle question sociale actuelle, il faut cependant éviter de tomber dans l'erreur, fille elle aussi de l'idéologie néolibérale, selon laquelle les problèmes à affronter sont exclusivement d¹ordre technique. Comme tels, ils échapperaient à la nécessité d¹un discernement et d¹une évaluation de type éthique. Ainsi, l¹encyclique de Benoît XVI <http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/index_fr.htm> met ici en garde contre les dangers de l¹idéologie de la technocratie, c¹est-à-dire de rendre absolue cette technique qui « tend à provoquer une incapacité à percevoir ce qui ne s¹explique pas par la simple matière » (8) et à minimiser la valeur des choix de l¹individu humain concret qui oeuvre dans le système économique et financier, en les réduisant à de simples techniques variables. Non seulement la fermeture à un « au-delà », compris comme un « plus » par rapport à la technique, aboutit à l¹impossibilité de trouver les solutions adéquates aux problèmes, mais elle appauvrit toujours davantage les principales victimes de la crise au plan matériel.

Dans le contexte aussi de la complexité des phénomènes, l¹importance des facteurs éthiques et culturels ne peut donc pas être négligée ou sous-estimée. En effet, la crise a révélé des attitudes d¹égoïsme, de cupidité collective et d¹accaparement des biens sur une vaste échelle.

Personne ne peut se résigner à voir l'homme vivre comme « un loup pour l'homme », selon le concept mis en évidence par Hobbes. En conscience, personne ne peut accepter le développement de certains pays au détriment d¹autres pays. Si aucun remède n¹est apporté aux différentes formes d¹injustice, les effets négatifs qui en dériveront au plan social, politique

et économique seront destinés à engendrer un climat d¹hostilité croissante et même de violence, jusqu¹à miner les bases mêmes des institutions démocratiques, celles qui sont également considérées comme les plus solides et les plus sûres.

A partir de la reconnaissance de la primauté de l¹être sur l¹avoir, et de l¹éthique sur l¹économie, les peuples de la terre devraient, comme âme de leur action, assumer une éthique de la solidarité, en abandonnant toute forme d¹égoïsme mesquin et en embrassant la logique du bien commun mondial qui transcende le simple intérêt contingent et particulier. En définitive, ils devraient vivre le sentiment d¹appartenir à la famille humaine au nom de la dignité commune de tous les êtres humains : « Avant même la logique des échanges à parité et des formes de la justice qui les régissent, il y a un certain dû à l¹homme parce qu¹il est homme, en raison de son éminente dignité ». (9)

En 1991 déjà, après l¹échec du collectivisme marxiste, le bienheureux Jean-Paul II <http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/index_fr.htm> avait mis en garde contre le risque d'« idolâtrie du marché qui ignore l¹existence des biens qui, par leur nature, ne sont et ne peuvent être de simples marchandises ». (10) Aujourd¹hui, il faut cueillir son avertissement sans tarder et s¹acheminer sur une voie qui soit davantage en syntonie avec la dignité et la vocation transcendante de la personne et de la famille humaine.

3. Le gouvernement de la mondialisation

Sur le chemin vers la construction d¹une famille humaine plus fraternelle et plus juste et, avant encore, d¹un nouvel humanisme ouvert à la transcendance, l'enseignement du bienheureux Jean XXIII <http://www.vatican.va/holy_father/john_xxiii/index_fr.htm> semble particulièrement actuel. Dans la Lettre encyclique prophétique Pacem in terris <http://www.vatican.va/holy_father/john_xxiii/encyclicals/documents/hf_j-xxiii_enc_11041963_pacem_fr.html> de 1963, il observait que le monde s¹acheminait vers une plus grande unification. Il prenait donc acte du fait que, dans la communauté humaine, venait à manquer la correspondance entre l¹organisation politique « sur le plan mondial et les exigences objectives du bien commun universel ». (11) Aussi souhaitait-il que soit un jour créée « une Autorité publique mondiale ». (12)

Face à l¹unification du monde due au phénomène complexe de la mondialisation, et face aussi à l¹importance de garantir, outre les autres biens collectifs, celui représenté par un système économique et financier mondial libre, stable et au service de l¹économie réelle, l¹enseignement de Pacem in terris <http://www.vatican.va/holy_father/john_xxiii/encyclicals/documents/hf_j-xxiii_enc_11041963_pacem_fr.html> apparaît aujourd¹hui encore plus vital et digne d¹être concrétisé de façon urgente.

Dans le sillage de Pacem in terris <http://www.vatican.va/holy_father/john_xxiii/encyclicals/documents/hf_j-xxiii_enc_11041963_pacem_fr.html>, Benoît XVI <http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/index_fr.htm> aussi a exprimé la nécessité de constituer une Autorité politique mondiale. (13) Du reste, cette nécessité apparaît avec évidence si l¹on pense au fait que le programme des questions devant être traitées au niveau mondial devient toujours plus dense. Il suffit de penser, par exemple, à la paix et à la sécurité, au désarmement et au contrôle des armements, à la promotion et à la sauvegarde des droits fondamentaux de l¹homme, au gouvernement de l¹économie et aux politiques de développement, à la gestion des flux migratoires et à la sécurité alimentaire, à la sauvegarde de l¹environnement. Dans tous ces domaines, apparaissent toujours plus évidentes l¹indépendance croissante entre les Etats et les régions du monde, et la nécessité d¹avoir des réponses, non seulement sectorielles et isolées, mais aussi systématiques et intégrées, s¹inspirant de la solidarité et de la subsidiarité et orientées vers le bien commun universel.

Comme le rappelle Benoît XVI <http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/index_fr.htm>, si ce n¹est pas ce chemin qui est entrepris, «le droit international, malgré les grands progrès accomplis dans divers domaines, risquerait en fait d'être conditionné par les équilibres de pouvoir entre les plus puissants». (14)

Ainsi que le rappelait déjà Jean XXIII <http://www.vatican.va/holy_father/john_xxiii/index_fr.htm> dans Pacem in terris <http://www.vatican.va/holy_father/john_xxiii/encyclicals/documents/hf_j-xxiii_enc_11041963_pacem_fr.html>, le but de l¹Autorité publique est avant tout de servir le bien commun. Aussi doit-elle se doter de structures et de mécanismes adéquats, efficaces, c'est-à-dire qui soient à la hauteur de sa mission et des attentes dont elle est dépositaire. Ceci est particulièrement vrai au sein d¹un univers mondialisé qui rend les personnes et les peuples toujours plus reliés entre eux et interdépendants mais qui montre aussi l¹existence de marchés monétaires et financiers à caractère principalement spéculatif, nocifs pour l¹économie « réelle », surtout celle des pays faibles.

Il s'agit d¹un processus complexe et délicat. Une telle Autorité supranationale doit en effet être structurée de façon réaliste et mise en oeuvre progressivement; elle a pour but de favoriser l¹existence de systèmes monétaires et financiers efficients et efficaces, c¹est-à-dire de marchés libres et stables, disciplinés par un ordonnancement juridique approprié,

fonctionnels au développement durable et au progrès social de tous, et s¹inspirant des valeurs de la charité et de la vérité. (15) Il s¹agit d¹une Autorité à dimension planétaire, qui ne peut être imposée par la force mais doit être l¹expression d¹un accord libre et partagé, en plus des exigences permanentes et historiques du bien commun mondial, et non le fruit de contraintes ou de violences. Elle devrait résulter d¹un processus de maturation progressive des consciences et des libertés, ainsi que de la conscience de responsabilités toujours croissantes. En conséquence, la confiance réciproque, l¹autonomie et la participation ne doivent pas être négligées comme étant des éléments superflus. Le consentement doit impliquer un nombre toujours plus grand de pays adhérant avec conviction, à travers le dialogue sincère qui ne marginalise pas mais met en valeur les opinions minoritaires. L¹Autorité mondiale devrait donc impliquer tous les peuples de façon cohérente, dans une collaboration au sein de laquelle ils sont appelés à contribuer, avec le patrimoine de leurs vertus et de leurs civilisations.

La constitution d¹une Autorité politique mondiale devrait être précédée d¹une phase préliminaire de concertation, dont émergera une institution légitimée, apte à offrir un guide efficace et à permettre en même temps à chaque pays d¹exprimer et de poursuivre son bien propre. L¹exercice d¹une telle Autorité placée au service du bien de tous et de chacun sera obligatoirement super partes, c¹est-à-dire au-dessus de toutes les visions partielles et de chaque bien particulier, en vue de la réalisation du bien commun. Ses décisions ne devront pas être le résultat de la toute-puissance des pays plus développés sur les pays plus faibles. Elles devront, au contraire, être assumées dans l¹intérêt de tous et pas seulement à l¹avantage de certains groupes, que ceux-ci soient formés de lobbies privés ou de gouvernements nationaux.

Par ailleurs, une Institution supranationale, expression d¹une « communauté des nations », ne pourra exister longtemps si, au plan des cultures, des ressources matérielles et immatérielles, des conditions historiques et géographiques, les diversités des pays ne seront pas reconnues ou pleinement respectées. L'absence d¹un consensus convaincu, alimenté par une communion morale permanente de la communauté mondiale, affaiblirait l¹efficacité de l¹Autorité correspondante.

Ce qui est valable au niveau national l'est aussi au niveau mondial. La personne n¹est pas faite pour servir l¹Autorité sans condition, cette dernière ayant pour tâche de se mettre à son service, en cohérence avec la valeur prééminente de la dignité de l¹homme. De même, les gouvernements ne doivent pas servir l'Autorité mondiale inconditionnellement. C'est plutôt celle-ci qui doit se placer au service des différents pays membres, selon le principe de subsidiarité, en créant, entre autres, les conditions socio-économiques, politiques et juridiques indispensables aussi à l¹existence de marchés efficients et efficaces, parce que super-protégés par des politiques nationales paternalistes, et parce que n¹étant pas affaiblis par les déficits systématiques des finances publiques et des produits nationaux qui, en fait, empêchent les marchés eux-mêmes d'opérer dans un contexte mondial en tant qu¹institutions ouvertes et concurrentielles.

Dans la tradition du Magistère de l(Eglise, reprise avec force par Benoît XVI <http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/index_fr.htm>, (16) le principe de subsidiarité doit régler les relations entre l¹Etat et les communautés locales, entre les institutions publiques et les institutions privées, y compris celles monétaires et financières. Ainsi, à un niveau ultérieur, il doit régir les relations entre une future Autorité publique mondiale et les institutions régionales et nationales. Un tel principe garantit la légitimité démocratique mais aussi l¹efficacité des décisions de ceux qui sont appelés à les prendre. Il permet de respecter la liberté des personnes, individuellement et dans les communautés, et, en même temps, de les responsabiliser quant aux objectifs et aux devoirs qui sont les leurs.

Selon la logique de la subsidiarité, l¹Autorité supérieure offre son subsidium, c¹est-à-dire son aide, lorsque la personne et les acteurs sociaux et financiers sont intrinsèquement inadéquats ou ne parviennent pas à réaliser eux-mêmes ce qui leur est demandé (17). C¹est grâce au principe de solidarité que se construit un rapport durable et fécond entre la société civile planétaire et une Autorité publique mondiale, lorsque les Etats, les corps intermédiaires, les différentes institutions ‹ y compris celles économiques et financières ‹ et les citoyens prennent leurs décisions dans la perspective du bien commun mondial, qui transcende le bien national.

On lit dans Caritas in veritate <http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/encyclicals/documents/hf_ben-xvi_enc_20090629_caritas-in-veritate_fr.html> : « La gouvernance de la mondialisation doit être de nature subsidiaire, articulée à de multiples niveaux et sur divers plans qui collaborent entre eux ». (18) C¹est ainsi seulement que l'on peut éviter le danger de l¹isolement bureaucratique de l¹Autorité centrale, qui risquerait d¹être délégitimée par un trop grand détachement des réalités sur lesquelles elle est basée, et pourrait aisément céder aux tentations paternalistes, technocratiques ou hégémoniques.

Il reste toutefois un long chemin à parcourir avant d¹arriver à la constitution d¹une telle Autorité publique à compétence universelle. La logique voudrait que le processus de réforme se développe en ayant comme référence l¹Organisation des Nations unies, en raison de la dimension mondiale de ses responsabilités, de sa capacité de réunir les nations de la terre, et de la diversité de ses tâches et de celles de ses Agences spécialisées. Le fruit de ces réformes devrait être une plus grande capacité dans l'adoption des politiques et des choix contraignants parce qu¹orientés vers la réalisation du bien commun au niveau local, régional et mondial.

Parmi les politiques paraissant les plus urgentes, on trouve celles relatives à la justice sociale mondiale : des politiques financières et monétaires qui ne nuisent pas aux pays les plus faibles, (19) des politiques désireuses de réaliser des marchés libres et stables et une juste distribution de la richesse mondiale, grâce aussi à des formes inédites de solidarité fiscale mondiale, dont il sera parlé plus avant.

Dans le parcours pour constituer une Autorité politique mondiale, il est impossible de séparer les questions de la governance (c¹est-à-dire d'un système de simple coordination horizontale sans une Autorité super partes) d¹avec celles d¹un shared government (c¹est-à-dire d'un système qui, en plus de la coordination horizontale, instaure une Autorité super partes) fonctionnel et proportionnel au développement progressif d¹une société politique mondiale. La constitution d¹une Autorité politique mondiale ne peut être réalisée si le multilatéralisme n¹est pas d¹abord pratiqué, non seulement au niveau diplomatique, mais aussi et surtout dans le cadre des programmes pour le développement durable et pour la paix. On ne peut parvenir à l'instauration d'un Gouvernement mondial si ce n¹est en donnant une expression politique à des interdépendances et des coopérations préexistantes.

4. Vers une réforme du système financier et monétaire international apte à satisfaire les exigences de tous les peuples En matière économique et financière, les difficultés plus importantes proviennent de l¹absence d¹un ensemble efficace de structures capable de garantir, en plus d¹un système de gouvernance, un système de gouvernement de l¹économie et de la finance internationale.

Que dire sur cette perspective ? Quelles initiatives entreprendre concrètement ?

A propos de l¹actuel système économique et financier mondial, deux facteurs déterminants doivent être mis en évidence : le premier est la diminution progressive de l¹efficacité des institutions de Bretton Woods, à partir du début des années 70. En particulier, le Fonds monétaire international a perdu un caractère qui est essentiel pour la stabilité de la finance mondiale: celui de réguler la création globale de monnaie et de veiller sur le montant du risque de crédit que le système assume. En définitive, on ne dispose plus de ce « bien public universel » qu¹est la stabilité du système monétaire mondial.

Le second facteur est la nécessité d¹un corpus minimum, partagé, de règles nécessaires à la gestion du marché financier mondial, dont la croissance est celle de l¹économie « réelle » du fait qu¹il s¹est développé rapidement en raison, d¹une part, de l¹abrogation généralisée des contrôles sur les mouvements de capitaux et de la tendance à la déréglementation des activités bancaires et financières, et d¹autre part, des progrès de la technique financière, favorisés par les instruments informatiques.

Sur le plan structurel, dans la dernière partie du siècle dernier, la monnaie et les activités financières au niveau mondial se sont développées bien plus rapidement que la production de biens et de services. Dans un tel contexte, la qualité du crédit a tendu à diminuer jusqu¹à exposer les instituts à un risque plus grand que celui pouvant être raisonnablement supporté. Il suffit de considérer le sort connu par les petits et les grands instituts de crédit dans le contexte des crises qui se sont manifestées dans les années 80 et 90 du siècle dernier, et enfin dans la crise de 2008.

Toujours dans la dernière partie du XXe siècle, on a vu se développer la tendance à définir les orientations stratégiques de la politique économique et financière dans le cadre de clubs et de groupes plus ou moins grands de pays plus développés. Sans nier les aspects positifs de cette approche, on ne peut pas ne pas remarquer qu¹elle ne semble pas respecter en plein le principe représentatif, en particulier des pays moins développés ou émergents.

La nécessité de tenir compte de la voix d¹un plus grand nombre de pays a, par exemple, conduit à l'élargissement des groupes en question, en passant ainsi du G7 au G20. Une évolution positive, du fait qu'elle a permis d'impliquer dans les orientations à l¹économie et à la finance mondiale la responsabilité de pays à plus forte population, ceux en voie de développement et ceux émergents.

Dans le cadre du G20, il est donc possible de mûrir des directions concrètes qui, si elles sont élaborées de façon opportune dans les lieux techniques appropriés, peuvent orienter les organes compétents au niveau national et régional vers le consolidement des institutions existantes et vers la création de nouvelles institutions, avec des instruments appropriés et efficaces au niveau international.

Dans la Déclaration finale de Pittsburgh de 2009, les leaders mêmes du G20 ont affirmé que « la crise économique témoigne de l¹importance de mettre sur pied une nouvelle ère de l¹économie mondiale fondée sur la responsabilité ».

En plus des mesures de type technique et à court terme, pour affronter la crise et ouvrir une nouvelle ère « de la responsabilité », les leaders avancent la proposition d¹une « réforme de l¹architecture mondiale pour faire face aux exigences du XXIe siècle », et donc celle d¹un « cadre qui permette de définir les politiques et les mesures communes pour engendrer un développement mondial solide, durable et équilibré ». (20)

Un processus de réflexion approfondie et de réformes doit donc être entamé, en parcourant des voies créatives et réalistes tendant à mettre en valeur les aspects positifs des forums qui existent déjà.

Une attention spécifique devrait être réservée à la réforme du système monétaire international, et plus particulièrement à l¹engagement de créer une forme de contrôle monétaire mondial quel qu¹il soit, par ailleurs déjà implicite dans les Statuts du Fonds monétaire international. Il est clair que cela équivaut, dans une certaine mesure, à mettre en discussion le système des changes existants afin de trouver les modes efficaces de coordination et de supervision. C¹est un processus qui doit aussi impliquer les pays émergents et en voie de développement, dans la définition des étapes d¹une adaptation graduelle des instruments existants.

On voit, sur le fond, se dessiner en perspective l'exigence d'un organisme assurant les fonctions d¹une sorte de « Banque centrale mondiale » règlementant le flux et le système des échanges monétaires, à la manière des Banques centrales nationales. Il faut redécouvrir la logique de fond, de paix, de coordination et de perspective commune, qui avaient conduit aux Accords de BrettonWoods, afin de fournir des réponses adéquates aux questions actuelles. Au niveau régional, un tel processus pourrait être mis en ¦uvre avec la valorisation des institutions existantes, comme par exemple la Banque centrale européenne. Toutefois, cela nécessiterait une réflexion au plan économique et financier, mais aussi et avant tout au plan politique, dans le but de constituer des institutions publiques correspondantes qui garantissent l¹unité et la cohérence des décisions communes.

Ces mesures devraient être conçues comme étant des premiers pas dans la perspective d¹une Autorité publique à compétence universelle; comme une première étape dans un effort plus prolongé de la communauté mondiale pour orienter ses institutions vers la réalisation du bien commun. D'autres étapes devront suivre, en tenant compte du fait que les dynamiques que nous connaissons peuvent s¹accentuer, mais aussi être accompagnées de changements qu¹il serait vain de prévoir aujourd'hui.

Dans un tel processus, il est nécessaire de retrouver la primauté du spirituel et de l¹éthique et, en même temps, de la politique ‹ responsable du bien commun ‹ sur l¹économie et la finance. Celles-ci doivent, au vu de leurs responsabilités évidentes envers la société, être ramenées dans les limites de leur vocation et de leur fonction réelles, y compris celle sociale, afin de donner vie à des marchés et des institutions financières qui soient véritablement au service de la personne, c¹est-à-dire capables de répondre aux exigences du bien commun et de la fraternité universelle, en transcendant toutes les formes de stagnation économique et de mercantilisme performatif.

Aussi, sur la base d¹une telle approche de type éthique, il apparaît opportun de réfléchir, par exemple : sur des mesures de taxation des transactions financières, avec l'application de taux justes d¹impôt, avec des charges proportionnées à la complexité des opérations, surtout de celles réalisées dans le marché « secondaire ». Une telle taxation serait très utile pour promouvoir le développement mondial et durable selon les principes de justice sociale et de solidarité, et elle pourrait contribuer à la constitution d¹une réserve mondiale destinée à soutenir les économies des pays touchés par la crise, ainsi que la restauration de leur système monétaire et financier ; sur des formes de recapitalisation des banques avec aussi des fonds publics, en mettant comme condition à ce soutien un comportement «vertueux» et finalisé à développer l¹économie « réelle » ; sur la définition du cadre de l¹activité de crédit ordinaire et d¹Investment Banking. Une telle distinction permettrait d¹instaurer une discipline plus efficace des « marchés-ombre » privés de tout contrôle et de toute limite.

Un réalisme sain demanderait le temps nécessaire pour construire d'amples consensus, mais le bien commun universel est toujours présent à l¹horizon, avec ses exigences inéluctables. Aussi est-il souhaitable que tous ceux qui, dans les universités et les différents instituts, sont appelés à former les classes dirigeantes de demain se consacrent à les préparer à leurs responsabilités, qui sont celles de discerner et de servir le bien public mondial, dans un monde en constante mutation. Il est nécessaire de combler le fossé entre la formation éthique et la préparation technique, en soulignant particulièrement la synergie inévitable qui existe entre le plan de la praxis et celui de la poièsis.

Un effort identique est demandé à tous ceux qui sont aptes à éclairer l¹opinion publique mondiale, afin de l¹aider à affronter ce monde nouveau, non plus dans l¹angoisse, mais dans l¹espérance et la solidarité.

Conclusions

Avec les incertitudes actuelles, dans une société capable de mobiliser des moyens importants, mais où la réflexion au plan culturel et moral reste inadéquate quant à leur utilisation pour réaliser des objectifs appropriés, nous sommes invités à ne pas renoncer, et surtout à construire un avenir de sens pour les générations futures. Il ne faut pas avoir peur de proposer des nouveautés, même si elles peuvent déstabiliser les équilibres de forces préexistantes qui dominent sur les plus faibles. Elles sont la graine qui, mise en terre, germera et ne tardera pas à porter ses fruits.

Comme Benoît XVI <http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/index_fr.htm> a exhorté, il est indispensable de trouver des agents à tous les niveaux ‹ social, politique, économique, professionnel ‹ animés par le courage de servir et de promouvoir le bien commun grâce à une bonne vie. (21) Eux seuls réussiront à vivre et à voir au-delà des apparences, en percevant le fossé qui existe entre ce qui est réel et qui existe déjà, et ce qui est possible mais jamais expérimenté.

Paul VI <http://www.vatican.va/holy_father/paul_vi/index_fr.htm> a souligné la force révolutionnaire de l¹« imagination prospective », capable de percevoir dans le présent les possibilités qui y sont inscrites, et d¹orienter les hommes vers un avenir nouveau. (22) En libérant son imagination, l¹homme libère son existence. Il est possible, grâce à un engagement d¹imagination communautaire, de transformer non seulement les institutions, mais aussi les styles de vie, et de susciter un avenir meilleur pour tous les peuples.

Dans le temps, les Etats modernes sont devenus des ensembles structurés, concentrant leur souveraineté dans les limites de leur territoire. Mais les conditions sociales, culturelles et politiques se sont transformées progressivement. Leur indépendance s'est accrue ‹ de sorte qu¹il est devenu naturel de penser à une communauté internationale intégrée et toujours plus dirigée par un système partagé ‹ mais une forme corrompue de nationalisme est restée, suivant lequel l¹Etat estime pouvoir, de façon autarchique, réaliser le bien de ses concitoyens.

Aujourd¹hui, tout cela semble surréel et anachronique. Aujourd¹hui, toutes les petites ou grandes nations, de même que leurs gouvernements, sont appelées à dépasser cette «situation de nature» qui voit les Etats luttant entre eux en permanence. Malgré certains de ses aspects négatifs, la mondialisation réunit davantage les peuples, les incitant à s¹orienter vers un nouvel «état de droit» au niveau supranational, situation étayée par une collaboration plus intense et plus féconde. Suivant une dynamique analogue à celle qui, dans le passé, a mis fin à la lutte «anarchique» entre les clans et les royaumes rivaux, en vue de la constitution d¹Etats nationaux, l¹humanité doit aujourd¹hui s¹engager dans la transition entre une situation de luttes archaïques entre les entités nationales et un nouveau modèle de société internationale plus unie, polyarchique, respectueuse de l'identité de chaque peuple, dans le cadre de la richesse variée d¹une unique humanité.

Un tel passage, qui a d'ailleurs déjà timidement commencé, assurerait aux citoyens de tous les pays ‹ quelles qu¹en soient la dimension ou la puissance ‹ la paix et la sécurité, le développement, des marchés libres, stables et transparents. Selon Jean-Paul II <http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/index_fr.htm>, « De même qu¹à l¹intérieur des Etats... le système de la vengeance privée et des représailles a été remplacé par l¹autorité de la loi, de même il est maintenant urgent qu¹un semblable progrès soit réalisé dans la communauté internationale ». (23)

Le temps est venu de concevoir des institutions ayant une compétence universelle lorsque des biens vitaux et partagés de toute la famille humaine sont en jeu, des biens que les Etats individuellement sont incapables de promouvoir et de protéger par eux-mêmes.

Il existe donc les conditions pour dépasser un ordre international « westphalien », dans lequel les Etats ressentent l¹exigence de la coopération mais sans saisir l¹occasion d¹intégrer les souverainetés respectives pour le bien commun des peuples.

Il revient aux générations actuelles de reconnaître et d¹accepter en toute conscience cette nouvelle dynamique mondiale vers la réalisation d'un bien commun universel. Certes, cette transformation s¹effectuera au prix d'un transfert, graduel et équilibré, d¹une partie des attributions nationales à une Autorité mondiale et aux Autorités régionales, ce qui s¹avère nécessaire à un moment où le dynamisme de la société humaine et de l'économie, ainsi que le progrès de la technologie, transcendent les frontières qui se trouvent en fait déjà érodées dans l¹univers mondialisé.

La conception d¹une nouvelle société et la construction de nouvelles institutions ayant une vocation et une compétence universelles sont une prérogative et un devoir pour tous, sans aucune distinction. C¹est le bien commun et l¹avenir même de l'humanité qui sont en jeu.

Dans ce contexte, chaque chrétien est spécialement appelé par l¹Esprit à s'engager, avec décision et générosité, afin que les nombreuses dynamiques à l'oeuvre s¹orientent vers des perspectives de fraternité et de bien commun.

D¹immenses chantiers d¹activité s¹ouvrent pour le développement intégral des peuples et de chaque personne. Comme l¹affirment les Pères du Concile Vatican II <http://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/index_fr.htm>, il s¹agit d¹une mission à la fois sociale et spirituelle, qui « a ... beaucoup d¹importance pour le Royaume de Dieu, dans la mesure où (elle) peut contribuer à une meilleure organisation de la société humaine ». (24)

Dans un monde en voie de mondialisation rapide, la référence à une Autorité mondiale devient le seul horizon qui soit compatible avec les nouvelles réalités de notre époque et avec les besoins de l¹espèce humaine. Toutefois, il ne faut pas oublier que, du fait de la nature blessée des hommes, cela ne se fait pas sans angoisses ni sans souffrances.

Dans le récit de la Tour de Babel (Gn 11, 1-9), la Bible lance un avertissement sur la façon dont la «diversité» des peuples peut se transformer en un véhicule d¹égoïsme et un instrument de division. Dans l¹humanité, le risque existe bien que les peuples finissent par ne plus se comprendre et que les diversités culturelles provoquent des oppositions inguérissables. Le mythe de la Tour de Babel nous prévient aussi qu¹il faut bien se garder d¹une «unité» de façade seulement, qui est toujours le siège d¹égoïsmes et de divisions du fait que les bases de la société sont instables. Dans les deux cas, Babel est l¹image de ce que les peuples et les individus peuvent devenir lorsqu¹ils ne reconnaissent pas leur dignité transcendante intrinsèque et leur fraternité.

L¹esprit de Babel est l¹antithèse de l¹Esprit de Pentecôte (Ac 2, 1-12), du dessein de Dieu pour toute l¹humanité, c¹est-à-dire de l¹unité dans la vérité. Seul un esprit de concorde, qui surmonte les divisions et les conflits, permettra à l¹humanité d¹être véritablement une seule famille, jusqu¹à concevoir un monde nouveau avec la constitution d¹une Autorité publique mondiale, au service du bien commun.

(1) Paul VI, Lettre encyclique Populorum progressio <http://www.vatican.va/holy_father/paul_vi/encyclicals/documents/hf_p-vi_enc_26031967_populorum_fr.html>, 13.

(2) Benoît XVI, Lettre encyclique Caritas in veritate <http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/encyclicals/documents/hf_ben-xvi_enc_20090629_caritas-in-veritate_fr.html>, 21.

(3) Leaders¹ Statement, The Pittsburgh Summit, 24-25 septembre 2009, Annexe, 1.

(4) Concile Vatican II, Constitution pastorale sur l¹Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes <http://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_cons_19651207_gaudium-et-spes_fr.html>, 34.

(5) Paul VI, Lettre encyclique Populorum progressio <http://www.vatican.va/holy_father/paul_vi/encyclicals/documents/hf_p-vi_enc_26031967_populorum_fr.html>, 76 sq.

(6) Cf. International Monetary Fund, Annual Report 2007, p. 8 sq.

(7) Cf. Benoît XVI, Lettre encyclique Caritas in veritate <http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/encyclicals/documents/hf_ben-xvi_enc_20090629_caritas-in-veritate_fr.html>, 45.

(8) Ib., 77.

(9) Ib., 40.

(10) Jean XXIII, Lettre encyclique Pacem in terris <http://www.vatican.va/holy_father/john_xxiii/encyclicals/documents/hf_j-xxiii_enc_11041963_pacem_fr.html>, 70.

(11) Ib., 71-74.

(12) Cf. Benoît XVI, Lettre encyclique Caritas in veritate <http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/encyclicals/documents/hf_ben-xvi_enc_20090629_caritas-in-veritate_fr.html>, 67.

(13) Cf. Benoît XVI, Lettre encyclique Caritas in veritate <http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/encyclicals/documents/hf_ben-xvi_enc_20090629_caritas-in-veritate_fr.html>, 67.

(14) Ib.

(15) Cf. Ib.

(16) Cf. ib., 57, 67.

(17) Ib., 57.

(18) Ib.

(19) Cf. Concile Vatican II, Constitution pastorale sur l¹Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes <http://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_cons_19651207_gaudium-et-spes_fr.html>, 70.

(20) Cf. Leaders¹ Statement, The Pittsburgh Summit, September 24-25, 2009 ;

cf. Annex, par. 1; G-20 Framework for Strong, Sustainable, and Balanced Growth, § 1; Leaders¹ Statement, nn. 18, 13.

(21) Benoît XVI, Lettre encyclique Caritas in veritate <http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/encyclicals/documents/hf_ben-xvi_enc_20090629_caritas-in-veritate_fr.html>, 71.

(22) Cf. Paul VI, Lettre apostolique Octogesima adveniens <http://www.vatican.va/holy_father/paul_vi/apost_letters/documents/hf_p-vi_apl_19710514_octogesima-adveniens_fr.html>, 37.

(23) Jean-Paul II, Lettre encyclique Centesimus annus <http://www.vatican.va/edocs/FRA0072/_INDEX.HTM>, 52.

(24) Concile Vatican II, Constitution pastorale sur l¹Eglise dans le monde de ce temps, Gaudium et spes <http://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_cons_19651207_gaudium-et-spes_fr.html>, 39.

 

 

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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 15:06

I am delighted to be here today. And as a woman, it is a special pleasure to see so many women in the audience.

Mr Vice President, it is a special pleasure to listen to you and to reflect on what has happened from what we call the Obama-Biden 1 administration and the challenges you have identified four years ago. My proposition would be that the challenges that we face in what we call security grow, change and develop and are no less real today and probably more diverse. When I think of security challenges, I think of cyber security, I think of terrorism, I think of military aspects, of climate change and I think of many other ways in which the security of the citizens of Europe, the US and the world can be challenged by events and by situations.

I am also reminded this week of how we can watch situations deteriorate in a world of 24 hour media, when we have the capacity to be connected. It is nonetheless a fact that some things can change very rapidly and demand that we act very quickly. And those responses need to also be calibrated and coordinated and to fit in to a spectrum - what I think is extremely important to remember is something again you mentioned, Vice President Biden, and I passionately believe in, which is a comprehensive approach. There is the immediate response, there are short term responses that need to be put in place, and there are long term challenges that need to be faced and to be dealt with and those require the sort of collaboration and partnership that the transatlantic partnership has so often demonstrated but which also engages with many others across the world.

I also recognize that in a changing world we are faced with economic challenges that require us to get smarter about what we do, and smarter about how we do it. We have to use our resources differently, more effectively and we have to pull them together and work together. Going it alone is an unlikely proposition in this era.

I want to give just a few examples of what I mean. This week in Brussels, 27 Foreign Ministers under my chairmanship met and with us was the President of Somalia. When I went to Magadishu last August it was by no means clear that that would be an outcome that I could have looked forward to. The President of Somalia came to thank Europe for 20 years of engagement with the people of Somalia and the promise of many more. We have put in place a whole system of how we operate, of how we support that country, into its future. That is for me what the purpose of the Lisbon treaty and the creation of this role was all about. Missions that helped to prevent piracy. The Atalanta Mission, working closely with operation Ocean Shield and with many countries across the world. Piracy has been reduced by 95% over the last few years. Missions to train over 3000 Somalian soldiers so that they are capable of providing security for their own people, of not just reducing the capacity of Al-Shabaab to operate but ensuring that they are driving them away; and to ensure that the countries of the region have the right kind of maritime security of their own; that they can control their own shores; and ensure the scourge of piracy is got rid of.

But is also about, as the President described, each community having a school, having a well, having a health centre, having a police station, having the capacity to provide economic activity for the many young boys, of 14 and 15, who found the life at sea as a pirate a better option than the option that was provided for them on the land. A dramatic change was needed, a dramatic transformation, the building of institutions, the rule of law, the judiciary, the capacity of a government to move beyond Mogadishu to take control and to offer a new beginning for the people of the country.

It is a comprehensive approach and the first people that will tell you that is so necessary are the military. The military who go off on the front line on behalf of citizens, of nations, and of the world ; who are willing to put themselves in that situation. They are the first to tell you need much much more.

And with our partners now in Mali. The support for the French action, the immediacy that was needed, the collaboration of other countries of the European Union. Some of them were mentioned last night, the United Kingdom, Belgium, Germany and others. Coordination now runs through a clearing house in the European Union, coordination to ensure that we put the missions on the ground that are going to ensure the Malian army can act itself, and in support of African forces and in support of the roadmap that will take Mali forward not just militarily but politically, in support of the people of the north and in support of democracy.

These are the important ways in which we have to learn to act and to put in place comprehensive approaches. Without them, any single action will be less than it can be and risks being an action that must be repeated. In that collaboration, the Transatlantic partnership is of enormous and strategic importance. I was very privileged to spend a lot of time and a lot of travelling time with Secretary Clinton whom I wish well in whatever career she chooses next and I look forward very much to work with Secretary of State John Kerry.

In our work, we have travelled to the Western Balkans in support of the Pristina/Belgrade dialogue and I want to pay tribute to the bravery of those in Pristina and Belgrade who have put aside history to come together. I want to say to all of you that these next two weeks are going to be crucial.

We need all of you to support what the politicians are going to do in support of a lasting peace in the Middle East, in our work to support countries that are going through dramatic change where they need not just political support but economic support. In our work together with the Ukraine, in putting pressure on Belarus, in looking to help Afghanistan not just in 2014 but in many years to come, and in collaborating in Asia.

These are fundamental ways in which Europe and the US work together and will need to work together into the future. But the EU's collaboration is with the US and many others. With Russia in our neighbourhood, Sergei and I have talked about the challenges of how we support the processes to unfreeze what we call frozen conflicts, some of which seem frankly rather hot to me. How we work in the partnership for modernisation together to build economic links between our economies, our people, how we deal with the challenges of our neighbourhood, how we ensure that as we live in the same land that we have the best possible relationships and that we work together to find the best solutions.

The European Union is working too with NATO. We ensure through the EDA that we are able to make sure that our pooling and sharing work is consistent and works well with smart defence. How we ensure that we learn the lessons of past conflicts and ensure that we have the capabilities of the future. We have much more to do but it is a journey nonetheless that we need to be on. And ensuring that we collaborate in the best way possible with Strategic Partners across the world.

With Brazil, with India, with China: in-depth dialogues.

But also how we work when we look to institutions like the United Nations. How the voices of the international community come together, and how we ensure through our work with the Arab League, with the Organisation of Islamic Cooperation, how we work with the African Union to ensure the strength of our commitment in support of the changes and developments in different parts of the world.

So my proposition is that we have to do things better, but doing things better means doing things together. Without that, we will not be able to deal with the spectrum of engagement, the way in which we determine the spectrum from isolation to full relations. And how we move across that spectrum, the challenges that we face across the world, where sometimes isolation is vital, where sometimes full engagement is vital and when most often we are moving between the two.

I am privileged on behalf of the Security Council to lead what we call the E3+3, or as I hear across the Atlantic, the P5+1. The purpose that we have set ourselves is to persuade Iran that we mean to have confidence in the peaceful nature of their nuclear programme. We shall never cease to strive to find ways to bring them to the table and to have that diplomatic solution and we are very much engaged right now in trying to move forward on this. The collaboration of the nations including of course the US, Russia, China and the 3 European nations engaged in this is so vital. It is the political pressure and the economic pressure that makes Iran realize the importance of this. And it is also the fulfilment of our own responsibilities, because if you sign up to something not only do you have a responsibility to keep to what you have said, you have a responsibility to ensure that others will do too. That is the kind of collaboration that the world needs to see more of and which we need to push forward and I say to Iran that I hope they respond to that.

Thank you

____________________

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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 14:19
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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 13:31

La mission d’évaluation et de contrôle (MEC) de la commission des finances de l’Assemblée nationale a fixé son plan de travail pour les prochains mois.  4 études sont inscrites pour 2013 : l’optimisation des aides à la construction de logements sociaux en fonction des besoins ; le recouvrement et la gestion des amendes pénales, notamment la question des amendes de la circulation ; l’accompagnement de la procédure des plans sociaux d’entreprise.

Le dernier sujet est « la conduite des programmes d’armement en coopération ». Pour accomplir cette mission, la commission des finances a désigné les deux rapporteurs spéciaux de la mission Défense, François Cornut-Gentille et Jean Launay, qui seront rejoints par Jean-Jacques Bridey, de la commission de la défense. 

 

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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 12:47

La presse - et donc l'opinion publique - semblent largement ignorer le rôle que pourrait jouer l'UE dans des conflits comme celui du Mali par une simple application et mise en oeuvre des dispositions prévues par le Traité sur l'Union européenne (TUE).

L'article 43§1 TUE donne clairement compétence à l'UE pour "mener des missions contribuant à la lutte contre le terrorisme , y compris par le soutien apporté à des pays tiers pour combattre le terrorisme sur leur territoire" .

Ce même article définit très largement la nature des missions qui peuvent être ainsi menées par l'UE : "actions conjointes en matière de désarmement, missions humanitaires et d'évacuation, missions de conseil et d'assistance en matière militaire, missions de prévention des conflits et de maintien de la paix, mission de forces de combat pour la gestion des crises, y compris les missions de rétablissement de la paix et les opérations de stabilisation à la fin des conflits. " (article 43§1).

Concrètement, l'article 44§1 prévoit que "la mise en oeuvre d'une mission peut être confiée à un groupe d'États membres qui le souhaitent et disposent des capacités nécessaires pour une telle mission".

Juridiquement, le déclenchement d'une mission de ce type est décidé par le Conseil sur proposition du Haut Représentant (article 42§4). 

Or il apparait que, dans le cas du conflit malien (qui est bien un cas de "soutien apporté à un pays tiers pour combattre le terrorisme" ), ni le Haut Représentant, ni le Conseil, ni l'État membre le plus directement concerné (c'est à dire la France) n'ont demandé ni même suggéré le recours à une mission européenne de lutte contre le terrorisme. 

En même temps des voix, parfois officielles, ont "regretté l'absence d'engagement militaire" d'autres États membres au côté des forces françaises...  

Pourquoi un tel paradoxe ?  

Cette question est en général accueillie avec un sourire bienveillant et une réponse stéréotypée : "absence de volonté politique" - sans plus de précision.  

Mais qui sont les responsables de cette "absence" : la France elle-même (et surtout son commandement militaire) qui souhaiterait garder un contrôle total sur ce type d'opérations (placées dans le cadre des "accords de défense" bi-latéraux) ? Les autres "grands" États membres (Allemagne et Royaume Uni notamment) qui ne seraient guère plus favorables à l'intervention de l'UE, bien que pour des raisons différentes ? D'autres États membres, traditionnellement pacifistes et/ou peu enclins à s'impliquer dans des conflits "post-coloniaux" ? La Haute Représentante elle-même, assez sceptique sur la notion même de mission militaire européenne et bien consciente de son déficit de crédibilité au sein du Conseil ?  

La question n'ayant pas été posée - du moins publiquement - on n'en connaitra pas la réponse. Et l'on pourra légitimement s'interroger sur l'utilité d'inscrire dans le Traité - après de longues négociations - des dispositions aussi précises qu'inutiles.  

En tout cas, le rappel de ces dispositions trop méconnues du Traité exonère l'Union européenne en tant que telle de toute accusation d'impotence ou d'indifférence dans l'affaire malienne : c'est l'absence de "volonté politique" des Gouvernements en place (et, en tout premier lieu, probablement de la France) qui empêche l'Union de jouer son rôle tel qu'assigné par le Traité.

La guerre (même à l'extérieur des frontières européennes et même contre un agresseur non statal aux moyens somme toute assez limités) demeure une affaire trop sérieuse pour être confiée à l'UE; elle doit rester sous contrôle national ou, à la limite, intergouvernemental. 

Il demeure bien sûr que l'UE (sur d'autres bases que l'article 43 TUE) apporte déjà et intensifiera une assistance financière et technique au Mali (1) et que - hors procédure communautaire - les troupes françaises pourront bénéficier de l'appui militaire d'autres États membres.

Mais, au total, l'opinion internationale (notamment au sein des Nations-Unies) retiendra que c'est la France - ancienne puissance coloniale - qui porte toute la responsabilité de cette opération et de ses effets collatéraux éventuels. La légitimité d'une intervention collective menée au nom de l'Union européenne aurait sans doute été plus forte et les risques de mise en cause de la puissance intervenante auraient pu être mieux assumés.

(1) l'UE participe à la formation de militaires maliens par le biais de la MISMA - ainsi qu'au programme spécial pour la paix, la sécurité et le développement au Nord Mali (PSPSDNM) (cf. L'Union européenne et le Sahel (Bruxelles, le 16 janvier 2013) ou encore paix et securite fr paix et securite fr )

 

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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 10:39

François Hollande est attendu ce samedi au Mali "pour exprimer à nos soldats tout notre soutien". Mais certaines guerres ne se gagnent pas uniquement sur le terrain militaire. L'Occident imagine trop souvent des solutions politiques vouées à l'échec en oubliant les structures claniques ou tribales structurant ces pays.

Atlantico : Afghanistan, Irak, Libye... Les interventions armées des puissances occidentales ont toujours accouché de troubles socio-politiques dont les conséquences se voient aujourd'hui encore au Mali. Peut-on dire que notre méconaissance des structures claniques ou tribales structurant ces pays explique notre incapacité à pacifier ces régions ?

Philippe Hugon : Il est vrai que l'Afghanistan, la Libye ou encore la Syrie fonctionnent sur des extensions politiques du système tribal, mais il faudrait modérer ce constat dans le cas malien. La question ethnique n’est plus vraiment déterminante dans le pays depuis les années 1960, époque à laquelle le socialiste Modibo Keita a mis en place une politique étatique relayant les logiques ethniques au second plan. Les débats politiques dépassent depuis l’appartenance au groupe et l'on ne peut pas dire qu'il y ait eu dans l'histoire récente du Mali d'important conflit tribal.

Cela est sans compter bien sûr l’exception touarègue qui est un problème récurrent aux frontières depuis plusieurs dizaines d’années. Cette ethnie nomade fonctionne encore sur le mode tribal à l'inverse des Maliens Peuhls ou Bambara qui ont un sentiment d'appartenance nationale relativement prédominant. Les Touaregs ne partagent ni la même histoire, ni la même langue et sont extrêmement attachés à leur mode de vie, qu'ils refusent d'abandonner pour se fondre dans un autre Etat. Cela s'est traduit par de nombreuses alternances entre rébellions et négociations avec les gouvernement locaux par le passé. La chute récente du régime de Khadafi combinée à la faiblesse de l'Etat malien a permis depuis aux tribus nomades de monter en puissance et de lancer le mouvement d'indépendance de l'Azawad qui est à l'origine des troubles actuels. Dans le cas du Nord Mali, et plus généralement du Sahel, la connaissance des logiques tribales, qui permet par exemple d'être au fait des alliances matrimoniales formées entre les différentes tribus touaregs, est effectivement un atout clé de la pacification. Le risque d'amalgames entre Touaregs et djihadistes est par ailleurs croissant comme le montrent les exactions arbitraires de l'armée malienne et les conséquences ne sont pas ici à prendre à la légère.

Olivier Roy : La pacification du Mali, et plus généralement de la région, sera difficilement envisageable si on se contente de remettre en place une administration similaire aux précédentes qui sera mal vue par la population du nord et qui sera probablement responsable d'exactions. A long terme la seule option viable quoiqu'on en pense est de prendre en considération les différents acteurs politiques et de leur donner le temps de trouver un consensus. Le problème est que les interventions extérieures anesthésient le débat politique local en favorisant telle faction contre telle autre ou en donnant à telle faction le sentiment qu’elle n’a pas besoin de trouver un consensus et une légitimité pour s'imposer. Du coup, on gèle tout processus propre à l’Etat en question. Or, il n’y aura pas d’Etat légitime, donc de pacification durable, sans un processus politique malien. Rassembler quelques représentants officiels dans un hôtel et les enfermer pendant quinze jours pour qu’ils trouvent un compromis ne ménera hélas à rien et risque peu de déboucher sur un Etat fort et légitime.

La France a justement un objectif de "reconstruction" de l'Etat malien, le but étant d'assurer la stabilité de la région. Cet objectif est-il réalisable alors que les tensions communautaires s'aggravent actuellement ?

Olivier Roy : C’est tout le problème : « A qui va-t-on remettre les clefs ? » On nous a dit que le but de la guerre était d’expulser les terroristes islamiques sans définir exactement qui ils sont. Où le terrorisme s’arrête-t-il et où commence l’interlocuteur politique légitime ? On annonce qu’on va remettre les clefs à l’Etat malien, mais il n’y a pas de gouvernement stable et légitime qui pourrait prétendre à représenter le pays avant de représenter tel ou tel groupe. Si des groupes radicaux islamistes ont pu faire une percée dans le nord du pays, c’est parce qu’il y avait un mouvement populaire dans le nord contre le pouvoir central. Ce ne sont pas les islamistes qui ont fait un coup de force contre la population locale. Il y a bien eu un mécontentement.

La réorganisation démocratique de l'Afghanistan et de l'Irak est loin d'être aboutie après plus de 10 ans de présence occidentale. Cela peut-il s'expliquer par une négation des rapports structurant les ethnies locales ? Qu'en est-il pour le Mali ?

Olivier Roy : En effet, l’effort de démocratisation ne prend jamais réellement en compte la structure de la société. Il faut prendre le mot tribalisme dans un sens très large : groupe ethnique, famille étendue, etc… En Irak, comme en Afghanistan , on a essayé d’imposer un modèle démocratique traditionnel : le peuple vote, élit un parlement qui prépare une Constitution, puis choisi entre différentes options politiques pour mettre en place un gouvernement qui dirige le pays. Comme on l’a constaté en Afghanistan ou en Libye, il y a bien une demande de démocratie car les gens se déplacent pour aller voter même dans des conditions difficiles. Le problème est de passer de cette demande de démocratie à son institutionnalisation. Livrer clef en main un modèle politique ne fonctionne pas parce qu’on loupe complètement l’étape de la construction de l’Etat. C’est un échec qu’on va voir se répéter au Mali car le but de l’opération est de rétablir la souveraineté de l’Etat malien. Or, il n’y a pas d’appareil d’Etat légitime au Mali.

Dans une situation d’instabilité, les gens votent pour leur groupe et le groupe essaie de se brancher sur l’appareil d’Etat. C’est un réflexe beaucoup plus défensif que prédateur. Aucun groupe ne prétend être l’Etat. En revanche, chaque groupe a peur que l’autre groupe s’empare avant lui de l’Etat. Il y a un système de clientélisme et de corruption, mais ce réflexe de groupe est tout à fait normal dans un contexte où il y a une ouverture brusque du champ politique sans vrais institutions politiques. La question est de savoir comment les sociétés "tribalisées" peuvent mettre en place un compromis politique et un espace politique.

Philippe Hugon : La démocratie est par définition la loi de la majorité, ce qui pose logiquement problème dans des sociétés pluriethniques où une relation un tant soi peu équilibrée des divers groupes est une condition essentielle de la paix sociale. Cela prend du temps lorsque la démocratie est instaurée de manière rapide et l’on comprend en conséquence les complications de pays comme l’Irak, l’Afghanistan ou la Libye. Les questions de coexistence et de compensation via l’instauration de contres-pouvoirs en faveurs des ethnies moins représentées y sont traditionnellement essentielles et c'est paradoxalement cet équilibre que la démocratie remet en cause dans ces pays pour l'instant.

L’instauration de régimes démocratiques, comme en Libye ou en Syrie s’est basée sur une vision finalement restreinte de la démocratie, plutôt que de s'appuyer sur sa définition universelle : les principes d’élections libres et de multipartisme ne se calquent pas facilement sur les sociétés qui les ignoraient jusque-là. Cela est particulièrement vrai pour ces deux pays : la dialectique pouvoir/opposition s'y construit actuellement sur des antagonismes violents qui contrastent avec les débats politiques institutionnalisés de l’Occident. Cette non-prise en compte des rapports de pouvoirs explique largement l’incompréhension des pays développés face aux Printemps arabes et aux évènements qui en découlent.

Pour ce qui est du Mali, on peut dire que, le conflit grandissant, la question des antagonismes ethniques se posera de plus en plus, la lutte contre le djihadisme ne pouvant pas être l'éternel référent des Etats africains impliqués dans le conflits (Algérie, Tchad, pays de la CEDEAO, ndlr). Le risque de voir le fait ethnique croître avec le temps est ici bien concret, avec en conséquence un renforcement des réflexes clanique et un bouleversement profond des stabilités régionales.


Source : http://www.atlantico.fr/decryptage/mali-afghanistan-irak-ces-guerres-qu-on-ne-peut-pas-gagner-en-ignorant-importance-appartenances-tribales-ou-claniques-olivier-ro-625812.html#GoFtEzTAE4749H6M.99

 

 

 

 

 

 

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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 06:52

" Au Mali, c’est en réalité l’échec américain que la France est condamnée à effacer. Je m’explique : durant des années, engagés dans une stratégie globale de lutte contre le terrorisme, les Etats-Unis ont déployé des moyens énormes dans ce pays justement considéré comme un maillon faible. Tout débuta en 2004 quand le président Bush définit la Pan-Sahel Initiative qui ne concernait au départ que le Tchad, le Mali, la Mauritanie et le Niger. Un an, plus tard, en 2005, étendue au Maroc et au Nigeria, elle devint la Trans-Saharan Counter Terrorism Initiative.

Pragmatiques, les Etats-Unis constatèrent alors que les meilleurs éléments militaires maliens étaient touareg ; ils initièrent donc ces derniers aux techniques militaires les plus pointues… mais sans voir que cette politique était en totale contradiction avec les données ethno-politiques locales. En effet, ceux qu’ils formaient pour la défense de l’Etat malien, n’avaient qu’un but : détruire ce dernier … Aussi, quand ces officiers touareg désertèrent avec armes et bagages pour rejoindre, qui le MNLA, qui Ansar Edine, leurs formateurs demeurèrent incrédules. Ce ne sont donc pas des amateurs que nos troupes doivent aujourd’hui affronter, mais des combattants aguerris dont certains ont acquis les meilleures techniques de la guérilla.

En ce qui concerne la fraction noire sudiste formée par les instructeurs américains, l’échec fut également total car ce fut un de leurs élèves, le capitaine Sanogo, qui renversa le président  Amadou Toumani Touré, action qui créa le climat d’anarchie à la faveur duquel les islamistes s’introduisirent dans le jeu politique local.

Tétanisés par ce double et cuisant échec, les Etats-Unis sont sur l’arrière-main, observant avec curiosité la manière dont les « coloniaux » vont désormais « gérer » la situation catastrophique qu’ils viennent de leur léguer… "

 

Source : http://www.bernardlugan.blogspot.fr/ 

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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 15:42
Alors que les Américains ont annoncé leur volonté de redéployer leurs capacités de l'Europe vers l’Asie et attendent des Européens qu’ils assurent leur sécurité de manière plus autonome, l’instabilité du voisinage européen ne cesse de s’accroître et incite les Européens à repenser activement leurs relations avec d’autres acteurs régionaux, comme la Turquie.

Dans ce Policy Paper, publié en partenariat avec l'Institut du Bosphore, Elvire Fabry revient sur l’évolution récente de l’UE, de la Turquie et de leur voisinage et appelle à relancer le dialogue Euro-turc - jugulé par le statu quo actuel des négociations d'adhésion - par une réflexion conjointe sur les enjeux du voisinage.


Partant de nouvelles convergences d'intérêts de l’UE et de la Turquie dans la région, elle explore différents domaines (sécurité, soutien à la démocratie et aux sociétés civiles des pays arabes, énergie, échanges commerciaux, mobilité de la main d’œuvre) dans lesquels des initiatives conjointes pourraient être lancées pour contribuer à stabiliser la région et lui assurer une croissance durable.

 

En déplaçant le terrain des relations UE-Turquie des seules négociations d’adhésion vers les enjeux communs du voisinage, cette relance du dialogue entre l’UE et la Turquie viserait à faire dès à présent de la Turquie un partenaire stratégique, sans préjugé de l’issue de la négociation d’adhésion.

 

Voir le Policy Paper : ue-turquie-fabry-ne-ijd-jan13 ue-turquie-fabry-ne-ijd-jan13

 

Elvire Fabry est chercheur senior en charge de l'action extérieure de l'UE ainsi que du programme « Think Global - Act European ».

Auditrice de la 64ème session “Politique de défense” de l’IHEDN, elle est diplômée d'un doctorat de science politique de l'IEP de Paris, d'un DEA de philosophie et d'un DEA de Relations Internationales de Paris I Panthéon Sorbonne.  

Ses travaux ont porté sur les questions institutionnelles et la vie démocratique européennes, l’Europe dans la mondialisation (les perceptions de la mondialisation, les stratégies normatives européennes en matière de lutte contre le changement climatique) et se concentrent actuellement sur les instruments d’action extérieure de l’UE.

Après avoir été à la Cellule de Prospective de la Commission européenne (1995), elle a rejoint le groupe d'analyse prospective Futuribles international, puis a été chargée d'étude à la Fondation Robert Schuman (2003-2004), directeur du programme Europe de la Fondation pour l'innovation politique (2005–2009), avant de rejoindre Notre Europe en 2009.

Elle est par ailleurs membre du comité de rédaction de la revue d’analyse prospective Futuribles, du conseil d'administration du think tank Confrontations Europe, du conseil d'administration du Mouvement européen-France et co-fondatrice et membre du comité d’orientation de Proeuropa.
Elle est Colonel de la Réserve citoyenne de l'Armée de l'air.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 10:21

En France, il est de coutume que les siècles naissent quinze ans après la date prévue. le dix-huitième siècle vint au monde en 1715, à la mort du roi Louis XIV ; le dix-neuvième surgit en 1815 après Waterloo (NDLR Regards-citoyens.com : plus exactement, après le Traité de Vienne) et le vingtième pointa le bout de son nez à la fin de la Première Guerre mondiale.

Le vieux monde ne veut pas s'en aller.

En 2013, nous sommes donc à deux ans de l'arrivée du vingt-et-unième siècle dans l'Hexagone. Les contractions se font déjà sentir. Elles sont douloureuses.

La Vème république, moribonde, résiste, l'arrière-garde d'un libéralisme aveugle ne lâche rien, l'égalité se cantonne aux valeurs hétérosexuelles, les extrêmes "s'hystérisent", les acquis sociaux se raidissent au risque de se paralyser, l'Europe refuse de faire le deuil de ses erreurs.

Qu'il est difficile de laisser la place à ce renouveau indispensable.

François Hollande et l'ensemble de son gouvernement ont la lourde tâche de faire naître cette France du vingt-et-unième siècle, porteuse des gènes républicains mais aussi décidée à inventer une société nouvelle capable de s'éloigner de cette réalité calcifiée dans des certitudes passéistes.

Une société solidaire, ouverte à tous, où la liberté d'être soi et l'acceptation de l'autre rendront la vie vivable.

Cet accouchement va être difficile mais souhaitons que le bébé soit beau, insolent et joyeux.

 

Ce billet a été publié dans l'édition en date du 31 janvier 2013 du quotidien gratuit Métro : www.metrofrance.com

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 18:49

Les « ennemis héréditaires » désormais amis ? Le processus n’allait pas de soi, dix-sept ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. C’est pourtant d’« estime », de « confiance » et d’« amitié » que le général de Gaulle est venu parler aux Allemands, lors de ce voyage de six jours qu’il effectua en République fédérale du 4 au 9 septembre 1962. S’exprimant la plupart du temps dans la langue de Goethe, le président français fut chaleureusement acclamé par la population allemande aux quatre coins du pays. Cinquante ans plus tard, sa visite reste dans les mémoires comme l’une des étapes majeures sur le long chemin de la réconciliation franco-allemande.

À son arrivée à Bonn, sur la place du marché, devant l’Hôtel de Ville, le général de Gaulle est accueilli par une foule immense. Elle est joyeuse. Elle lui fait un triomphe. Deux mois plus tôt, le chancelier allemand, Konrad Adenauer, s’était rendu en France, scellant symboliquement avec son partenaire français la réconciliation entre les deux pays lors d’une messe en la cathédrale de Reims.

« Le grand peuple allemand »

À Bonn, de Gaulle remercie la foule pour son « accueil magnifique ». Lui, l’homme du 18 juin, le militaire qui a participé à deux guerres contre l’Allemagne, lance : « Je me sens, plus encore qu’hier, rempli d’estime et de confiance pour le grand peuple que vous êtes, oui ! pour le grand peuple allemand. Soyez sûrs que, dans toute la France, […] c’est la vague de l’amitié qui se lève et qui déferle dans les esprits et dans les cœurs. Vive Bonn ! Vive l’Allemagne ».

De Gaulle prononce son discours, appris par cœur, en allemand. Ce qu’il fera encore à cinq autres reprises (sur dix allocutions au total) au cours des jours suivants. Partout, il est acclamé. Tantôt, il s’exprime devant les ouvriers métallurgistes des usines Thyssen de Duisbourg ou les officiers de l’école militaire supérieure de Hambourg. Tantôt il parle aux habitants de Munich ou de Stuttgart. Tantôt il s’adresse à 7 000 jeunes Allemands réunis dans le parc du château de Ludwigsbourg. À tous, il tient un discours axé sur la réconciliation, l’amitié, la construction de l’avenir en commun.

L’écho de son discours de Ludwigsbourg à la jeunesse allemande (voir extrait ci-dessous) est resté dans les mémoires jusqu’à aujourd’hui. « Je vous félicite d’être de jeunes Allemands, c’est-à-dire les enfants d’un grand peuple. Oui ! d’un grand peuple ! », déclara-t-il solennellement.

Pour l’anecdote, son interprète, Hermann Kusterer, se souvient l’avoir vu trébucher sur un mot… puis reprendre le fil de son discours avec d’autres mots, illustrant ainsi sa maîtrise de la langue allemande, apprise à Saint-Cyr et perfectionnée lors de sa captivité en Allemagne durant la Première Guerre mondiale. « J’ai raté mon coup », lui confiera après coup le général. « Les gens ne s’en sont pas rendu compte », lui rétorquera l’interprète. Dix mois plus tard, l’Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ) voyait le jour.

La chancelière Angela Merkel et le président François Hollande commémoreront ensemble le cinquantenaire du discours de Ludwigsbourg le 22 septembre prochain. Auparavant, les ministres des Affaires étrangères français et allemand, Laurent Fabius et Guido Westerwelle, célébraient, ce mercredi, celui de l’allocution sur la place du marché de Bonn.

Vers le traité de l’Élysée

Tout comme la visite du chancelier Adenauer en France, en juillet 1962, celle du général de Gaulle en Allemagne en septembre de la même année marqua une étape importante dans l’histoire des relations bilatérales. Moins de cinq mois plus tard le 22 janvier 1963, les deux hommes se retrouvaient à Paris pour signer le traité d’amitié et de coopération. Connu sous le nom de traité de l’Élysée, celui-ci constitue, depuis cinquante ans, la base des liens uniques au monde qui unissent aujourd’hui les peuples allemand et français.

 

 

Discours du général de Gaulle devant la jeunesse allemande à Ludwigsbourg, le 9 septembre 1962 (prononcé en allemand) :

« Je vous félicite d’être de jeunes Allemands, c’est-à-dire les enfants d’un grand peuple. Oui ! d’un grand peuple ! qui parfois, au cours de son histoire, a commis de grandes fautes et causé de grands malheurs condamnables et condamnés. Mais qui, d’autre part, répandit de par le monde des vagues fécondes de pensée, de science, d’art, de philosophie, enrichit l’univers des produits innombrables de son invention, de sa technique et de son travail, déploya dans les œuvres de la paix et dans les épreuves de la guerre des trésors de courage, de discipline et d’organisation ». (extrait)

© CIDAL

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Published by Patrice Cardot - dans La France et ses partenaires
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