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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 07:37

Regards-citoyens.com publie ici, avec l'aimable autoristion de son auteur, l'article que le Vice-Amiral d'Escadre Xavier Païtard, Représentant militaire permanent de la France auprès de l'Union européenne et de l'OTAN vient de publier dans le numéro 752 de l'été 2012 de la revue Défense nationale (http://www.defnat.com/)Les Sommets des chefs d’État et de gouvernement de l’Otan constituent les étapes successives qui cadencent l’évolution de l’Alliance atlantique. Chacun est l’occasion d’une impulsion politique qui marque l’orientation stratégique de l’organisation et fixe les priorités pour les capacités militaires et les partenariats à développer.

À la suite des Sommets historiques de Strasbourg Kehl et de Lisbonne(1),le Sommet de Chicago devait être celui des promesses tenues, celui de la démonstration

des progrès réalisés par l’Alliance dans la mise en oeuvre du nouveau concept stratégique, de la stratégie en Afghanistan et des capacités critiques dont la défense antimissile.

Essentielles pour assurer le succès de ce Sommet sur le sol américain, ces avancées étaient tout particulièrement attendues par les États-Unis, dans le fief du président Obama dont la campagne électorale doit convaincre une opinion publique de plus en plus interrogative sur l’intérêt de l’Otan.

Des orientations de Lisbonne validées par les faits

Au titre du concept stratégique, l’opération Unified Protector en Libye a démontré la plus-value tant politique qu’opérationnelle des partenariats, la nécessité des réformes et l’importance pour les alliés européens de contribuer effectivement en engageant leurs propres capacités. Concernant les partenariats, le Qatar, les Émirats arabes unis, le Maroc et la Jordanie ont cautionné le bien-fondé de l’intervention en Libye aux yeux du monde arabo-musulman. Les deux premiers ont également contribué directement aux opérations aériennes. La Suède a par ailleurs fourni une contribution militaire plus importante que la plupart des alliés. 

Concernant les réformes, la nécessité d’adapter rapidement la structure militaire en la rendant directement utilisable, plus souple d’emploi et plus réactive a été réaffirmée. Il suffit de rappeler en l’occurrence que le Commandement interarmées de Naples (JFC - Joint Force Command) s’est révélé inadapté pour conduire l’opération en Libye et qu’il a fallu créer une structure ad hoc renforcée par des spécialistes divers, notamment dans les domaines du ciblage ou de la communication stratégique. 

S’agissant de l’équilibre transatlantique, le retrait des Américains des missions offensives a laissé les Européens en première ligne tant pour le contrôle politique (exercé par le couple franco-britannique) que pour la contribution militaire (frappes aériennes, emploi des hélicoptères, recueil du renseignement). Il a également rendu plus évidente la nécessité pour les Européens de réduire leur dépendance aux Américains pour certaines capacités-clés, autrement dit de se doter d’un éventail capacitaire plus complet pour être en mesure d’intervenir seuls, s’ils le doivent, pour répondre aux crises de leur voisinage. C’était d’ailleurs cette attente d’un meilleur équilibre entre Américains et Européens qui avait motivé la liste des capacités critiques au Sommet de Lisbonne. 

En Afghanistan, la stratégie de transition de la sécurité confiée à l’armée et à la police afghanes pour 2014 semble bien engagée, même si les résultats restent fragiles. Nos efforts de formation (Train Advise Assist) portent leurs fruits. Les forces de sécurité nationales afghanes sont de plus en plus capables et autonomes. 

La mission de l’Otan après 2014 est maintenant définie et elle exclut les missions de combat. Son financement est promis. Pour autant, des incertitudes de long terme demeurent, comme le rôle du Pakistan, qui abrite toujours les sanctuaires insurgés, le processus de réintégration-réconciliation avec les taliban ou bien encore la constitution d’un État afghan financièrement viable avec un développement économique pérenne dans un contexte défavorable de corruption et de narcotrafics. 

Néanmoins, cette opération majeure, la plus importante que l’Otan ait jamais eue à conduire, rend plus crédible l’Alliance et renforce la solidarité transatlantique puisqu’en dépit d’objectifs stratégiques différents, tous les alliés restent engagés. Il y a aussi les nombreux bénéfices opérationnels et d’interopérabilité tirés par les armées et il convient là encore de souligner l’importance des partenaires (2).

Des lacunes capacitaires qui peinent à trouver des solutions pérennes

Les capacités militaires de la plupart des alliés déclinent nettement depuis la fin de la guerre froide, et le processus s’aggrave depuis la crise économique. Si l’initiative Smart Defence tente de compenser ce phénomène par le biais de coopérations multinationales, seule la volonté des nations serait à même d’inverser cette tendance. 

Une partie des alliés ne compte déjà plus au plan opérationnel avec des armées bonzaï ou spécialisées en niches. S’il s’agit essentiellement pour le moment des plus « petits » États, les tendances observées dans des pays de taille moyenne sont inquiétantes. Si les coupes budgétaires s’y poursuivaient, les capacités militaires de l’Alliance se réduiraient rapidement à celles de la « Quinte » (3). 

S’agissant de la défense antimissile balistique des territoires, la déclaration à Chicago de la capacité intérimaire, basée sur la contribution américaine (EPAA) (4) est une avancée symbolique mais des problèmes de fond persistent. Les Russes considèrent toujours les phases finales (5) de l’EPAA comme une menace directe contre leur dissuasion ; ce qui met à mal toute la politique orientale de l’Alliance. 

Par ailleurs, des voix commencent à s’élever au Congrès américain contre ce « cadeau » fait aux Européens qui n’y contribuent financièrement en fin de compte que très peu. Les alliés risquent de se diviser entre ceux qui voient la défense antimissile se financer au détriment de capacités classiques indispensables, et ceux pour qui elle constitue le nouveau ciment de l’esprit collectif de défense. 

Quoi qu’il en soit, il reste à trancher les questions essentielles liées au coût et au type de financement (fonds communs, contribution en nature, etc.), au retour industriel et au contrôle politique via des règles d’engagement antimissile bien difficiles à agréer à l’avance alors que le temps de décision dans l’exécution se compte en minutes. 

Des difficultés institutionnelles qui pourraient bouleverser les équilibres en place 

Le blocage politique turco-chypriote actuellement insoluble met les relations Otan-UE au « point mort ». Les accords dits de « Berlin + » sont probablement inapplicables à l’avenir pour les opérations de l’Union européenne. En théorie, ce blocage devrait impliquer la mise en place au sein de l’Union européenne d’une capacité permanente de planification et de conduite des opérations civiles et militaires, ce qui demeure la condition pour l’émergence d’une Europe de la défense. 

Mais ce sujet est toujours une ligne rouge britannique. 

L’opération en Libye a par ailleurs montré l’inanité d’une acception mal comprise de la non-duplication des moyens, qu’elle soit entre Américains et Européens ou entre l’Otan et l’UE. Les Européens devront en effet être de plus en plus capables d’agir de façon autonome dans leur espace d’intérêt sans avoir recours par nécessité aux capacités américaines. 

Quelle évolution pour la relation transatlantique ? 

Le rééquilibrage américain vers l’Asie-Pacifique ne peut que susciter des interrogations de la part des Européens, même s’il est annoncé qu’ils demeurent des partenaires stratégiques de choix des Américains. La question principale est celle du rôle de l’Alliance atlantique et de l’Europe dans ce changement de perspective. 

Les Américains portent-ils leur attention à l’Ouest-Pacifique dans une logique d’alliance, c’est-à-dire avec l’Otan « à bord », ou bien entendent-ils s’y impliquer avec leurs alliés du Pacifique en laissant à l’Otan et aux Européens le soin de s’occuper de leur « arrière-cour »?  

Le rôle futur de l’Otan et la place d’une Europe de la défense en complément dépendent évidemment de la réponse à cette question qui n’est pas tranchée à ce stade dans le débat américain. 

Il apparaît cependant de plus en plus que les priorités stratégiques des alliés évoluent différemment pour les uns ou les autres. Les Américains souhaitent une Alliance capable d’intervenir loin de ses frontières, alors que les alliés méditerranéens sont plus préoccupés par les crises en Méditerranée, au Moyen-Orient voire en Afrique et que les anciens pays du bloc de l’Est restent attentifs à une menace potentielle russe. Après dix ans d’engagement en Afghanistan, il convient aussi d’observer les réserves croissantes des alliés européens pour des opérations militaires lointaines, coûteuses en hommes et en argent et impopulaires. 

Vers plus d’autonomie stratégique des Européens? 

Le leadership européen observé lors de la crise libyenne pourrait-il devenir un modèle dans cette optique ? Il a en effet laissé imaginer des Européens plus responsables et déterminés qui entraînent l’Otan à agir dès lors que ces Européens seraient animés d’une volonté politique forte et que cette volonté se déclinerait en capacités crédibles. 

Cette vision aujourd’hui audacieuse a le mérite de faire apparaître les deux conditions d’une émancipation stratégique européenne : renouer avec l’idée du hard power, celle du soft power ne sachant suffire à l’émancipation, et abandonner un principe mal compris de non-duplication pour au contraire combler les lacunes européennes dans les domaines capacitaires où les Européens se reposent sur les contributions américaines. 

Le rôle de la Smart Defence et de la Connected Forces Initiative pour les nations  

Le concept de Smart Defence se traduit au fond par deux tendances, l’une portant à une mutualisation maîtrisée des capacités que la France soutient, et l’autre poussant les nations à plus d’intégration dans une alliance omnipotente.  

Dans le premier modèle, les nations restent pleinement responsables de leurs investissements et conservent dans le giron national les équipements majeurs. 

Elles recherchent des économies sur l’environnement (6) des forces. Ainsi les Pays-Bas et la Belgique ont pu conserver leurs frégates et chasseurs de mine en mutualisant le commandement de la mer du Nord, le soutien et la formation. Ils envisagent maintenant d’étendre ce modèle à l’aviation et aux forces terrestres. 

De telles avancées ne peuvent se fonder que sur une vision partagée d’intérêts communs, politiques et industriels. Les accords franco-britanniques de Lancaster House pourraient être regardés sous ce prisme, de même que les projets européens de Pooling and Sharing, notamment celui des ravitailleurs en vol. Les intérêts industriels représentent un enjeu majeur pour les nations et le maintien d’un esprit de défense. Il est illusoire de croire à un redressement des investissements dans les pays qui ne recueilleraient pas pour fruit de cet effort des bénéfices directs pour leur industrie, notamment en emplois. Or, la réduction du marché intérieur américain dans les années à venir va justifier une offensive des industries américaines de défense sur tous les projets communs occidentaux. Sans fair purchasing sharing, il ne saurait y avoir de rééquilibrage du burden sharing transatlantique. 

Le deuxième modèle, intégrationniste, correspond en réalité à des mutualisations poussées à l’extrême où les capacités-clés seraient acquises de façon collective, en multinational avec des coûts de fonctionnement financés en commun. 

Il introduit des difficultés inévitables sur les questions de souveraineté et de libre emploi des capacités. Il aboutit immanquablement dans une « déresponsabilisation » des nations qui seraient alors tentées de s’exonérer de leurs devoirs militaires par une simple contribution financière. Ce serait une menace certaine pour la solidarité de l’Alliance. 

Néanmoins, dans le but de préserver l’interopérabilité de nos forces dans le long terme dans une perspective où les opérations de combat auront pris fin après le retrait d’Afghanistan, l’initiative des forces connectées met l’accent sur l’entraînement et la formation en commun dans des centres certifiés par l’Otan ainsi que sur le développement d’interfaces techniques pour que tous les systèmes puissent s’utiliser selon un principe de Plug and Play. La structure de standardisation de l’Otan et la Nato Response Force seront à cet effet les instruments premiers de cette initiative.

La position unique de la France 

La France reste un des derniers alliés à conserver des capacités sur l’ensemble de l’éventail militaire, de la dissuasion nucléaire aux moyens de posture militaire permanente et aux capacités d’intervention lointaine. Elle a fait en Libye la démonstration remarquée de sa cohérence opérationnelle. 

Cependant, elle n’échappe pas à la crise et aux contraintes budgétaires. Ses choix futurs appelleront par conséquent plus de partages et mutualisations avec, au bout du compte, l’acceptation de partager les décisions de concevoir et d’agir, donc de revoir le périmètre de sa souveraineté en capacités militaires. Pour elle cette évolution n’est concevable qu’au sein de la communauté de destin et d’intérêt que porte l’Union européenne. On ne peut partager sa souveraineté et réduire son autonomie en acceptant des dépendances qu’entre Européens. C’est une vision cohérente avec les intérêts stratégiques européens. C’est aussi l’intérêt objectif de notre Alliance atlantique qui réclame, à l’instar des hauts responsables américains, des Européens plus consistants dans leurs contributions militaires et plus responsables dans leurs engagements. 

C’est aussi la clé du repositionnement de la France à sa juste place dans l’Otan. 

De cette position unique de la France au sein de l’Otan peut résulter une conscience européenne responsable au sein de l’Alliance. Le Sommet de Chicago restera celui de l’intention affichée d’une Alliance rééquilibrée par des Européens plus responsables. Cette intention louable sera-t-elle suivie d’effets ? 

(1) Le concept stratégique, articulé autour de trois piliers (défense collective, gestion des crises et partenariats) ; la stratégie dite « de Lisbonne » pour l’Afghanistan (transition aux forces de sécurité afghanes pour fin 2014) ; une liste de capacités critiques dont l’Alliance doit se doter (dont le système AGS - Alliance ground surveillance) ; la défense antimissile balistique des territoires (DAM) agréée ; la décision de réformer la structure à la fois militaire et civile et la prise en compte des nouvelles menaces (cyber, piraterie, terrorisme, armes de destruction massive, réseaux d’énergie). 

(2) 22 représentés au sein de la Force internationale d’assistance et de sécurité (Fias) pour une coalition inégalée de 51 pays. 

(3) États-Unis, Allemagne, France, Royaume-Uni et Italie. 

(4) European Phased Adaptative Approach. 

(5) Phases 3 et 4 de l’EPAA. 

(6) Formation, entraînement, logistique, système de commandement, soutiens, etc.

 

 

 

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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 07:28

Le président du comité militaire de l’UE, qui est aussi le conseiller militaire de la Haute représentante de l’UE, a fait en quelque sorte une intervention-bilan devant les députés de la sous-commission défense du Parlement européen, mercredi (11 juillet). Le général Håkan Syrén partira, en effet, en novembre. (Les eurodéputés songent d’ailleurs à organiser une ultime session avec lui en octobre). Pour ce partisan de l’Europe de la défense, il n’y a aujourd’hui pas d’autres moyens que de « renforcer la coopération en matière militaire » en Europe. C’est son intime conviction. Il faut selon lui faire fusionner les budgets, mais aussi les cultures, Etc. Un processus très lent. « Il faut faire preuve de patience, il faut que les consensus se dégagent ». La crise économique est un problème majeur. Mais il y aussi ce qu’il faut bien appeler un manque de volonté politique des Etats membres de coopérer, de rompre de vieilles habitudes. Un égoïsme habituel. Le général ne l’a pas prononcé mais il y a aussi certains corporatismes qui jouent à contre-courant…

La crise économique a un impact sur la politique extérieure de l’UE

Le service européen d’action extérieure (SEAE) « va jouer un rôle pro-actif ». Mais a-t-il avoué, « les défis sont supérieurs à ce que l’on pouvait s’attendre. Il y a eu la crise économique qui s’est étendue très largement. La PESC n’est plus la première priorité ». « Les actions ne suivent pas les engagements, car c’est plus facile à dire qu’à faire. Et les Etats ont aussi des capacités limitées. » « Certains engagements en ont rendu d’autres impossibles » a-t-il avoué, faisant référence à l’Afghanistan. Il reste à savoir ce qu’adviendra, par exemple, des proportions de l’OTAN après le retrait d’Afghanistan. Attention, cependant « la sécurité n’est pas quelque chose d’acquis ».

Ce n’est pas qu’un problème de budget, les Etats se dispersent trop, se referment sur eux-mêmes

Le général Syren est allé dans la « quasi totalité des Etats membres ». « J’ai une idée précise des difficultés. On demande toujours de faire plus avec moins ». Les opérations ont un coût élevé et «les coupes budgétaires ont rendu le problème plus visible ». «Le problème de fond, c’est que la défense coûte de plus en plus cher. Et on se disperse trop. Ce n’est pas seulement une histoire de sous ». Le budget cumulé des Etats membres correspond à 200 milliard par an, c’est un tiers du budget des USA, mais ceci étant, c’est aussi plus ou moins le même budget que celui des cinq grands (Chine, Inde, Russie, … ). « Il y a des possibilités d’amélioration, de meilleur rendement et donc de renforcer la coopération. » « Si les Etats membres pouvaient coordonner leurs violons, il y aurait de bons résultats ». « Il y a une contradiction – note le général. Lorsqu’un Etat membre fait l’objet de pression, si l’on coopère, les choses vont mieux. Mais généralement, on se referme sur soi-même lorsqu’il y a un problème. »

Penser à un autre niveau, c’est une question d’état d’esprit

Si les Etats membres veulent contrer la crise économique, la défense intelligente, le partage et la mutualisation, la coordination sont aussi des outils nécessaires. A l’image de la bonne coopération au niveau européen. Ainsi « l’Agence européenne de Défense travaille main dans la main avec le comité militaire. » « Maintenant, il faut penser à un autre niveau. C’est une question d’état d’esprit. Il faut insister avec un élan politique.» Le général Syren dénote cependant « des signes positifs » au sein de l’Union, une prise de conscience. C’est Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen qui, à Chicago au sommet de l’OTAN, se prononce pour une « Union (qui) se mobilise pour jouer un plus grand rôle », la Commission qui, préoccupée du morcellement stratégique, a créé une task force Défense. Et Hakan Syren d’enfoncer le clou :  « Ce n’est pas une question d’argent. L’enjeu est d’améliorer l’efficacité pour continuer de peser dans l’évolution des rapports de forces ».

L’UE, l’OTAN, des rôles différents durant la crise

Sur la répartition des rôles entre l’UE et l’OTAN, il a tracé une frontière. Selon lui, la force de la politique européenne de sécurité et de défense est d’être « précoce et donc préventive ». Par exemple, « à Kinshasa en 2006, la mission Artemis avec des forces assez spéciales a permis d’éviter, j’en suis sûr, un génocide. » Cependant, « si le conflit s’enflamme, là l’OTAN est vraiment l’organisation idoine. » Ensuite, « pour la reconstruction, l’UE a aussi la boîte à outils pour agir sur tous les aspects. » L’UE a également plus « de capacités en termes d’aide à l’évacuation ou d’aide humanitaire.» (…) La « valeur ajoutée » de la politique de sécurité et défense commune (PSDC) reste cependant sa capacité à « utiliser les capacités militaires et civiles de manière efficace » et l’approche globale est la « clé de voute » de la réussite de la PSDC. Les missions Atalanta (anti-pirates) et Nestor (renforcement des capacités maritimes) sont là pour en témoigner, comme « les pierres de touche de l’approche globale ».

 

Pour en savoir plus, voir mon site : http://www.bruxelles2.eu/defense-ue/defense-ue-droit-doctrine-politique/il-faut-cooperer-davantage-explique-le-general-syren-qui-denonce-les-reticences-des-etats.html



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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Politiques et actions externes de l'UE
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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 21:25

Célébrer notre communauté de destin

 

Discours de François Hollande, président de la République, lors de la traditionnelle réception au ministère de la Défense qui précède la fête nationale en l'hôtel de Brienne. Paris, le 13 juillet 2012 (Seul le prononcé fait foi). Source : Palais de l'Élysée.

Mesdames et Messieurs les ministres, Messieurs les officiers généraux, Messieurs les officiers, sous-officiers et soldats, Mesdames, Messieurs,

La fête nationale appartient à tous les Français. Chaque année, nous nous retrouvons, autour de nos armées, dans le respect de nos différences, pour célébrer notre communauté de destin.

Je suis venu vous exprimer la gratitude de tous nos concitoyens, vous remercier de défendre la France, de veiller sur elle et de contribuer à sa promesse universelle.

C’est un moment de fierté collective. Un moment de gravité aussi.

Le 14 juillet est l’occasion d’un hommage aux femmes et aux hommes qui assurent notre sécurité et qui garantissent, au péril de leur vie, le respect de notre souveraineté.

Mes pensées vont vers nos 87 soldats qui sont tombés en Afghanistan. Ils sont morts pour la France, en défendant ses intérêts mais surtout ses valeurs. Nous ne les oublierons jamais.

Je veux aussi rendre hommage à ceux qui portent dans leur chair les meurtrissures des combats. Certains de ces blessés sont parmi nous ce soir. Je les salue avec émotion et reconnaissance.

Tous, vous représentez ce soir l’ensemble de vos frères d’armes.

Vous avez été choisis pour défiler sur les Champs-Élysées, devant nos compatriotes.

Vous êtes attendus dans tous les foyers de France. Vous serez alors plus que vous-mêmes. Vous incarnerez la France. L’honneur qui vous est fait est à la mesure de votre engagement au service de notre pays. Cet engagement, vous en connaissez la grandeur et tous, collectivement, nous en savons le prix.

Tout au long de l’année, votre mission est de protéger la Nation. Mais le 14 juillet, c’est la Nation qui se rassemble autour de vous. A cette occasion, elle réaffirme la confiance qu’elle place en tous ses soldats.

Je veux dire, aux personnels civils et militaires de la Défense Nationale, ma gratitude pour les actions qu’ils conduisent, et pour les succès qu’ils ont remportés. J’en rappellerai ce soir quelques-uns : Prévenir une guerre civile en Côte d’Ivoire; protéger les populations libyennes ; garantir la libre circulation maritime en luttant contre la piraterie au large de la Corne de l’Afrique, et permettre, ainsi, l’acheminement de l’aide humanitaire en Somalie. Préserver la stabilité régionale au Sud Liban, au Tchad et au Kosovo. Mais aussi faire respecter l’État de droit sur tout le territoire national, comme vous le faites en Guyane, ou à travers le dispositif Vigipirate.

Plusieurs de ces missions se poursuivent. D’autres vous seront confiées.

L’une d’entre elles touche à sa fin.

Ce 14 juillet est le dernier que nos unités combattantes de Kapisa passeront en Afghanistan. Deux mille soldats seront de retour dans leurs foyers à la fin de l’année.

C’est un acte de souveraineté, que la France a posé librement. J’ai pris cette décision, en bonne intelligence avec nos Alliés, et avec l’accord des autorités afghanes.

Elle s’inscrit pleinement dans la logique de notre engagement, dont le sens était de permettre au peuple afghan de reprendre la maîtrise de son propre destin.

Nous resterons présents en Afghanistan, sous d’autres formes, dans le cadre du traité de coopération franco-afghan, que le conseil des ministres du 20 juillet vient d’adopter et que nous soumettons à l’Assemblée nationale.

Mais nous resterons avec d’autres missions, qui répondront aux évolutions de la situation afghane. Nous allons concentrer nos actions sur la formation et la coopération, en prenant en charge l’hôpital et l’aéroport international de Kaboul. Il s’agit maintenant d’œuvrer au développement de l’Afghanistan, pour inscrire dans la durée l’action que nous avons menée.

Chef de l’État, chef des armées, je ne suis pas seulement responsable du destin de nos soldats, du sens de l’engagement de nos forces. Je suis aussi le garant de notre indépendance nationale.

Je veillerai particulièrement à la pérennité, à la continuité, à l’avenir de nos capacités militaires.

Il y a dix jours, j’embarquais à bord du sous-marin nucléaire lanceur d’engins « Le Terrible », au large de la Bretagne, pour réaffirmer solennellement l’attachement irréductible de la France à sa force de dissuasion.

C’est dans le même esprit que je viens de lancer, avec le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, responsable de la Défense nationale, et le ministre de la Défense ici présent, Jean-Yves Le Drian, la préparation d’un nouveau livre blanc sur la défense et la sécurité nationale.

Il s’agit de définir notre stratégie de défense et les capacités de nos forces pour les quinze ans à venir, à partir de l’analyse que nous faisons des menaces dans un monde particulièrement instable qui nous confronte à de multiples défis.

La crise fait peser sur nos économies de lourdes contraintes budgétaires. Les dépenses militaires augmentent partout dans le monde sauf en Europe. Les programmes de prolifération d’armes de destruction massive, notamment nucléaire et chimique, mettent en péril des régions entières de la planète. Le terrorisme prend des formes toujours nouvelles et toujours plus menaçantes. Anticiper cette nouvelle donne permettra de s’y adapter le moment venu. C’est l’objet du livre blanc, qui sera élaboré en étroite concertation avec la communauté militaire.

J’ajoute que, bien entendu, ce travail devra être conduit dans une perspective européenne affirmée: nos partenaires seront sollicités, de façon à ce que notre politique de défense et de sécurité prenne en compte les intérêts partagés de notre Union, et rende même possible, après plusieurs années de stagnation, une relance de l’Europe de la défense.

J’ai décidé de confier à M. Jean-Marie Guéhenno la présidence de la Commission du livre blanc sur la défense et la sécurité nationale (voir sa lettre de mission : Livre blanc Lettre de mission du PR 13 07 2012 Livre blanc Lettre de mission du PR 13 07 2012 ). Deux experts allemand et britannique seront membres de cette commission. M. Guéhenno me remettra son rapport à la fin de cette année et le livre blanc ouvrira la voie à une loi de programmation militaire qui sera soumise au Parlement en 2013.

La Commission travaillera en particulier sur quatre enjeux.

D’abord, l’indispensable cohérence entre les missions, le format et les équipements des armées. L’objectif est de garantir dans la durée la performance, l’efficacité et l’équilibre de nos forces.

Le renseignement et les capacités d’action spécialisées seront le deuxième grand enjeu. Ce qui est ici en cause, c’est la faculté de notre pays de conserver sa liberté d’appréciation et de décision.

La Commission devra également travailler sur notre politique industrielle et de recherche, pour faire en sorte que toutes les compétences scientifiques, techniques, indispensables à notre autonomie stratégique soient non seulement garanties mais développées.

Enfin, quatrième enjeu : le recrutement, la formation des personnels de la Défense nationale ainsi que leurs droits.

Je vous le réaffirme avec clarté : j’aurai le souci de la cohérence de nos choix en matière de défense. Chacun prendra sa part à l’effort de redressement national, mais rien ne sera fait au prix de notre sécurité, de notre souveraineté, de notre puissance, de tous ces acquis dont nos forces armées sont les garantes.

J’entends les inquiétudes qui s’expriment et je veux le redire clairement : les besoins de notre défense nationale seront pris en compte.

Nous avons des responsabilités éminentes. Nous sommes membre permanent du Conseil de sécurité des Nations-Unies. Nous avons un rôle majeur à jouer pour l’équilibre et pour la paix du monde.

Pour en être dignes, nous comptons sur nos armées, sur leur compétence, sur leur dévouement, sur leur sens du devoir. Depuis toujours, entre la France et son armée, un lien étroit s’est tissé. Il est fait d’une grande confiance et d’un profond attachement.

Ce lien, je suis venu le réaffirmer ce soir, avec force, sous ces fenêtres qui furent celles du bureau de Georges Clémenceau en 1917, comme du général de Gaulle à la Libération, en ce lieu qui a partie liée avec l’histoire de notre indépendance nationale.

Vive la République !

Vive la France !


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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 21:07

Le Président de la République a reçu, cet après-midi, au Palais de l'Elysée, M. Martin Schulz Président du Parlement européen, à l'occasion d'une visite qu'il effectue en France, et au cours de laquelle il assistera, le 14 juillet, à l'invitation du Chef de l'Etat, aux cérémonies de la fête nationale française en compagnie d'une délégation du Parlement européen.

Cet entretien a été l'occasion pour le Président de la République de réaffirmer son attachement à l'institution parlementaire européenne et à sa place et à son rôle au sein de l'Union européenne. Il a exprimé son plein soutien au siège du Parlement à Strasbourg et sa volonté d'accompagner tout au long de son mandat, le rayonnement de cette capitale européenne qui symbolise plus que toute autre le progrès historique que constitue la construction européenne.

Ils ont eu un échange approfondi sur la suite des décisions prises lors du Conseil européen des 28 et 29 juin en faveur de la croissance, de la stabilité financière et de l'approfondissement de l'Union économique et monétaire.

Le chef de l'Etat a souligné la nécessité de mettre rapidement en œuvre le pacte de croissance, afin que les bénéfices concrets attendus de ce pacte soient traduits dans la réalité dès les prochains mois. Il a souhaité que le Parlement européen puisse être pleinement impliqué dans les travaux à venir.

Ils ont enfin évoqué le budget de l'Union européenne, qui doit trouver un équilibre entre la responsabilité budgétaire, le financement des politiques communes et le soutien à la croissance.

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 17:02

La Seconde Guerre mondiale a bouleversé de fond en comble non seulement la carte de la planète, mais ses mœurs et ses mentalités. Son coût a été monstrueux et il pèse encore de façon sensible sur les destins individuels et collectifs : des dizaines de millions de morts, de blessés, d'endeuillés, de transplantés.
Reprenant ici très fidèlement une réflexion orale amorcée un jour par Émile Touati, on peut se demander si, soixante-cinq ans après, le monde actuel est meilleur, plus civilisé ou simplement plus lucide que celui de l'avant-guerre. Du double programme de la moralité active : combattre le mal et faire le bien, on n'a réalisé (et encore très partiellement et très imparfaitement) que la première partie. Le nazisme, expression du mal absolu, a heureusement été vaincu, mais non éradiqué. Cependant, les grandes illusions de 1945 ont été rapidement déçues. La création de l'ONU, du Fonds monétaire international, les accords de Bretton Woods faisaient espérer un nouvel ordre international, politique, économique et financier, tandis que les promoteurs du Welfare State promettaient une société plus juste, débarrassée du spectre du chômage. À cet égard, force est d'enregistrer un bilan de faillite quasi général. Les conflits nationalistes, idéologiques, ethniques ou tribaux sévissent un peu partout et ne sont pas résolus. Le terrorisme international, cancer de notre époque, constitue pour certains une « contre- société » potentielle dans laquelle la mort - ou le retour au néant paradisiaque - représente le seul refuge contre le mal. Quant à l'économie mondiale, elle semble vouée aux déséquilibres, aux crises, aux spéculations sans frein et à l'élimination des plus faibles.

Mais ce que nous retenons avant tout de la Seconde Guerre mondiale, c'est la Shoah dans sa singularité absolue. Laissons aux philosophes ou aux théologiens, s'ils en sont capables, ou s'ils l'osent, la tâche de rechercher les significations de la Shoah. Nous nous contenterons d'en tirer certains enseignements, en quelque sorte expérimentaux. L'un de ces enseignements a été formulé il y a vingt-six siècles par le prophète Jérémie (1) quand il a proclamé : « Que l'intelligent ne se glorifie pas de son intelligence, que le riche ne se glorifie pas de sa richesse, et que le courageux ne se glorifie pas de son courage ».

La mise en garde du verset vaut pour l'individu comme pour les sociétés. Il s'est malheureusement avéré que les sciences et les cultures, en tant que telles, ne pouvaient nous prémunir contre la barbarie malgré la confiance et l'espoir que nous avions pu mettre en la civilisation. Si elles ne sont pas armées moralement, les civilisations industrielles, aux technologies et aux systèmes les plus sophistiqués, peuvent se conduire de façon plus atroce que les primitifs les plus féroces ou que les fanatiques les plus aveugles.

Nous vivons à l'ère des ingénieurs - une ère plus préoccupée par le souci d'innover que de comprendre l'événement. C'est une époque de transformation radicale, réfractaire, comme souvent en pareil cas, à l'histoire. À cet égard, ce que l'humanité doit aussi comprendre d'Auschwitz, c'est qu'elle doit adopter une position de plus grande réserve face à la civilisation performante et triomphante qui nous a trahis hier. Une position d'homme face au monde, faite sinon de méfiance, au moins de discernement et d'une adhésion mesurée aux réussites, aux ors brillants et aux leurres de toutes sortes. Notre époque est aussi celle du dénombrement, des statistiques, de la réduction du divers au semblable - ce qui aboutit aux amalgames et à la confusion. La parole de Jérémie est, elle, le cri de l'individu singulier en sa souffrance à nulle autre pareille, opposable à jamais à toutes les tentatives idéologiques de compensation ou de comparaison des souffrances, à ces comptabilités démentes qui voudraient que des victimes rachètent ou effacent d'autres victimes, ou qu'elles soient en compétition les unes avec les autres.

S'il veut mesurer la nouvelle condition humaine d'après Auschwitz, l'homme doit se rendre compte qu'il peut exister pire que l'esclavage, pire même que le délire meurtrier. Des personnes tout à fait « normales », à visages et à intelligences humains, peuvent être amenées par esprit hiérarchique ou gestionnaire à agir plus sauvagement que la plus folle des bêtes fauves.

Il a été possible, et il est toujours possible - c'est même devenu techniquement encore plus simple - de planifier froidement et d'organiser méthodiquement l'assassinat de millions d'hommes, de femmes et d'enfants pour rien, sans aucun intérêt matériel, sans raison stratégique, militaire ou économique, par haine pure et gratuite. Au moins, à l'époque obscure de l'esclavage, des butins et des rançons, le cheptel humain avait-il une valeur d'usage ou d'échange. Des millions de Dreyfus, avec ou sans grade, ont été assassinés, sans procès et sans guère de protestation, comme on tue des microbes ou des moustiques… et incinérés comme des ordures. Faudrait-il les oublier ?

Dans la Bible et la tradition rabbinique, Amalec, descendant d'Ésaü, le mauvais frère, est le premier peuple qui combattit les Hébreux sortis d'Égypte. Il l'attaqua par-derrière en s'en prenant aux plus faibles ; il ne craignit pas de perdre la vie pour chercher si possible à l'anéantir ou au moins à montrer sa vulnérabilité. C'est l'ennemi par excellence. « Souviens-toi d'Amalec… Efface la mémoire d'Amalec de dessous les cieux. N'oublie pas. » Par ces formules étonnantes (2), en apparence contradictoires, la Bible nous alerte et donne une leçon qui s'adresse à toutes les générations et à toute l'humanité. Seul le souvenir vigilant et actif permet de détruire à la racine les influences maléfiques d'Amalec. Le souvenir des horreurs du passé nous inspire dans le combat contre les horreurs d'aujourd'hui. À l'inverse, qui veut oublier le mal se condamne à le revivre.

(1) Jérémie, chapitre IX, verset 22

(2) Deutéronome, chapitre XXV, verset 17-19

PS : cet article a été publié dans l'édition du quotidien Le Figaro en date du 26 janvier 2010.

Voir également sur ce blog les articles suivants :
 * Croire ! ;
 * Du décalogue ! ;

 * Die Welle (la vague) : une leçon de philosophie politique à méditer ! ;
 * Les nouvelles technologies, que nous apportent-elles ? par Michel Serres ;
 * UNESCO / : Commission Mondiale d'Ethique des Connaissances Scientifiques et des Technologies : Rapport sur l'Ethique des Sciences ;
 * Science and Human Rights (Center for American Progress) ;
 * Convention pour la protection des Droits de l'Homme et de la dignité de l'être humain à l'égard des applications de la biologie et de la médecine : Convention sur les D-H et la biomédecine ;
 * Et l'homme dans tout ça ? (Axel Kahn) ;
 * Proche Orient : Et si malgré les provocations et les violences quotidiennes, nous étions proches de la solution politique et territoriale tant attendue ! - nouvelle édition - .

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 16:25

« 21 mars 1927. Minuit et demi. Tchen tenterait-il de lever la moustiquaire ? Frapperait-il au travers ? L'angoisse lui tordait l'estomac ; il connaissait sa propre fermeté, mais n'était capable en cet instant que d'y songer avec hébétude, fasciné par ce tas de mousseline blanche qui tombait du plafond sur un corps moins visible qu'une ombre, et d'où sortait seulement ce pied à demi incliné par le sommeil, vivant quand même - de la chair d'homme. La seule lumière venait du building voisin : un grand rectangle d'électricité pâle, coupé par les barreaux de la fenêtre dont l'un rayait le lit juste au-dessous du pied comme pour en accentuer le volume et la vie. Quatre ou cinq klaxons grincèrent à la fois. Découvert ? Combattre, combattre des ennemis qui se défendent, des ennemis éveillés ! »

Ainsi commence La Condition humaine, roman d’André Malraux (1901-1976) composé en sept parties, publié en extraits dans la Nouvelle Revue française et dans Marianne, et en volume chez Gallimard en 1933, et qui a obtenu le Prix Goncourt.

Pour en savoir plus, voir notamment http://www.alalettre.com/malraux-oeuvres-condition-humaine.php

 

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 16:14

J'accuse... !

LETTRE AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

Par EMILE ZOLA

LETTRE A M. FELIX FAURE

Président de la République

Monsieur le Président,

Me permettez-vous, dans ma gratitude pour le bienveillant accueil que vous m'avez fait un jour, d'avoir le souci de votre juste gloire et de vous dire que votre étoile, si heureuse jusqu'ici, est menacée de la plus honteuse, de la plus ineffaçable des taches ?

Vous êtes sorti sain et sauf des basses calomnies, vous avez conquis les coeurs. Vous apparaissez rayonnant dans l'apothéose de cette fête patriotique que l'alliance russe a été pour la France, et vous vous préparez à présider au solennel triomphe de notre Exposition universelle, qui couronnera notre grand siècle de travail, de vérité et de liberté. Mais quelle tache de boue sur votre nom - j'allais dire sur votre règne - que cette abominable affaire Dreyfus ! Un conseil de guerre vient, par ordre, d'oser acquitter un Esterhazy, soufflet suprême à toute vérité, à toute justice. Et c'est fini, la France a sur la joue cette souillure, l'histoire écrira que c'est sous votre présidence qu'un tel crime social a pu être commis.

Puisqu'ils ont osé, j'oserai aussi, moi. La vérité, je la dirai, car j'ai promis de la dire, si la justice, régulièrement saisie, ne la faisait pas, pleine et entière. Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice. Mes nuits seraient hantées par le spectre de l'innocent qui expie là-bas, dans la plus affreuse des tortures, un crime qu'il n'a pas commis.

Et c'est à vous, monsieur le Président, que je la crierai, cette vérité, de toute la force de ma révolte d'honnête homme. Pour votre honneur, je suis convaincu que vous l'ignorez. Et à qui donc dénoncerai-je la tourbe malfaisante des vrais coupables, si ce n'est à vous, le premier magistrat du pays ?

*

* *

La vérité d'abord sur le procès et sur la condamnation de Dreyfus.

Un homme néfaste a tout mené, a tout fait, c'est le colonel du Paty de Clam, alors simple commandant. Il est l'affaire Dreyfus tout entière, on ne la connaîtra que lorsqu'une enquête loyale aura établi nettement ses actes et ses responsabilités. Il apparaît comme l'esprit le plus fumeux, le plus compliqué, hanté d'intrigues romanesques, se complaisant aux moyens des romans-feuilletons, les papiers volés, les lettres anonymes, les rendez-vous dans les endroits déserts, les femmes mystérieuses qui colportent, de nuit, des preuves accablantes. C'est lui qui imagina de dicter le bordereau à Dreyfus ; c'est lui qui rêva de l'étudier dans une pièce entièrement revêtue de glaces ; c'est lui que le commandant Forzinetti nous représente armé d'une lanterne sourde, voulant se faire introduire près de l'accusé endormi, pour projeter sur son visage un brusque flot de lumière et surprendre ainsi son crime, dans l'émoi du réveil. Et je n'ai pas à tout dire, qu'on cherche, on trouvera. Je déclare simplement que le commandant du Paty de Clam, chargé d'instruire l'affaire Dreyfus, comme officier judiciaire, est, dans l'ordre des dates et des responsabilités, le premier coupable de l'effroyable erreur judiciaire qui a été commise.

Le bordereau était depuis quelque temps déjà entre les mains du colonel Sandherr, directeur du bureau des renseignements, mort depuis de paralysie générale. Des "fuites" avaient lieu, des papiers disparaissaient, comme il en disparaît aujourd'hui encore ; et l'auteur du bordereau était recherché, lorsqu'un a priori se fit peu à peu que cet auteur ne pouvait être qu'un officier de l'état-major, et un officier d'artillerie : double erreur manifeste, qui montre avec quel esprit superficiel on avait étudié ce bordereau, car un examen raisonné démontre qu'il ne pouvait s'agir que d'un officier de troupe. On cherchait donc dans la maison, on examinait les écritures, c'était comme une affaire de famille, un traître à surprendre dans les bureaux mêmes, pour l'en expulser. Et, sans que je veuille refaire ici une histoire connue en partie, le commandant du Paty de Clam entre en scène, dès qu'un premier soupçon tombe sur Dreyfus. A partir de ce moment, c'est lui qui a inventé Dreyfus, l'affaire devient son affaire, il se fait fort de confondre le traître, de l'amener à des aveux complets. Il y a bien le ministre de la guerre, le général Mercier, dont l'intelligence semble médiocre ; il y a bien le chef de l'état-major, le général de Boisdeffre, qui paraît avoir cédé à sa passion cléricale, et le sous-chef de l'état-major, le général Gonse, dont la conscience a pu s'accommoder de beaucoup de choses. Mais, au fond, il n'y a d'abord que le commandant du Paty de Clam, qui les mène tous, qui les hypnotise, car il s'occupe aussi de spiritisme, d'occultisme, il converse avec les esprits. On ne croira jamais les expériences auxquelles il a soumis le malheureux Dreyfus, les pièges dans lesquels il a voulu le faire tomber, les enquêtes folles, les imaginations monstrueuses, toute une démence torturante.

Ah ! cette première affaire, elle est un cauchemar, pour qui la connaît dans ses détails vrais ! Le commandant du Paty de Clam arrête Dreyfus, le met au secret. Il court chez madame Dreyfus, la terrorise, lui dit que, si elle parle, son mari est perdu. Pendant ce temps, le malheureux s'arrachait la chair, hurlait son innocence. Et l'instruction a été faite ainsi, comme dans une chronique du quinzième siècle, au milieu du mystère, avec une complication d'expédients farouches, tout cela basé sur une seule charge enfantine, ce bordereau imbécile, qui n'était pas seulement une trahison vulgaire, qui était aussi la plus impudente des escroqueries, car les fameux secrets livrés se trouvaient presque tous sans valeur. Si j'insiste, c'est que l'oeuf est ici, d'où va sortir plus tard le vrai crime, l'épouvantable déni de justice dont la France est malade. Je voudrais faire toucher du doigt comment l'erreur judiciaire a pu être possible, comment elle est née des machinations du commandant du Paty de Clam, comment le général Mercier, les généraux de Boisdeffre et Gonse ont pu s'y laisser prendre, engager peu à peu leur responsabilité dans cette erreur, qu'ils ont cru devoir, plus tard, imposer comme la vérité sainte, une vérité qui ne se discute même pas. Au début, il n'y a donc, de leur part, que de l'incurie et de l'inintelligence. Tout au plus, les sent-on céder aux passions religieuses du milieu et aux préjugés de l'esprit de corps. Ils ont laissé faire la sottise.

Mais voici Dreyfus devant le conseil de guerre. Le huis clos le plus absolu est exigé. Un traître aurait ouvert la frontière à l'ennemi, pour conduire l'empereur allemand jusqu'à Notre-Dame, qu'on ne prendrait pas des mesures de silence et de mystère plus étroites. La nation est frappée de stupeur, on chuchote des faits terribles, de ces trahisons monstrueuses qui indignent l'Histoire, et naturellement la nation s'incline. Il n'y a pas de châtiment assez sévère, elle applaudira à la dégradation publique, elle voudra que le coupable reste sur son rocher d'infamie, dévoré par le remords. Est-ce donc vrai, les choses indicibles, les choses dangereuses, capables de mettre l'Europe en flammes, qu'on a dû enterrer soigneusement derrière ce huis clos ? Non ! il n'y a eu, derrière, que les imaginations romanesques et démentes du commandant du Paty de Clam. Tout cela n'a été fait que pour cacher le plus saugrenu des romans-feuilletons. Et il suffit, pour s'en assurer, d'étudier attentivement l'acte d'accusation, lu devant le conseil de guerre.

Ah ! le néant de cet acte d'accusation ! Qu'un homme ait pu être condamné sur cet acte, c'est un prodige d'iniquité. Je défie les honnêtes gens de le lire, sans que leur coeur bondisse d'indignation et crie leur révolte, en pensant à l'expiation démesurée, là-bas, à l'île du Diable. Dreyfus sait plusieurs langues, crime ; on n'a trouvé chez lui aucun papier compromettant, crime ; il va parfois dans son pays d'origine, crime ; il est laborieux, il a le souci de tout savoir, crime ; il ne se trouble pas, crime ; il se trouble, crime. Et les naïvetés de rédaction, les formelles assertions dans le vide ! On nous avait parlé de quatorze chefs d'accusation : nous n'en trouvons qu'une seule en fin de compte, celle du bordereau; et nous apprenons même que, les experts n'étaient pas d'accord, qu'un d'eux, M. Gobert, a été bousculé militairement, parce qu'il se permettait de ne pas conclure dans le sens désiré. On parlait aussi de vingt-trois officiers qui étaient venus accabler Dreyfus de leurs témoignages. Nous ignorons encore leurs interrogatoires, mais il est certain que tous ne l'avaient pas chargé ; et il est à remarquer, en outre, que tous appartenaient aux bureaux de la guerre. C'est un procès de famille, on est là entre soi, et il faut s'en souvenir : l'état-major a voulu le procès, l'a jugé, et il vient de le juger une seconde fois.

Donc, il ne restait que le bordereau, sur lequel les experts ne s'étaient pas entendus. On raconte que, dans la chambre du conseil, les juges allaient naturellement acquitter. Et, dès lors, comme l'on comprend l'obstination désespérée avec laquelle, pour justifier la condamnation, on affirme aujourd'hui l'existence d'une pièce secrète, accablante, la pièce qu'on ne peut montrer, qui légitime tout, devant laquelle nous devons nous incliner, le bon dieu invisible et inconnaissable. Je la nie, cette pièce, je la nie de toute ma puissance ! Une pièce ridicule, oui, peut-être la pièce où il est question de petites femmes, et où il est parlé d'un certain D... qui devient trop exigeant, quelque mari sans doute trouvant qu'on ne lui payait pas sa femme assez cher. Mais une pièce intéressant la défense nationale, qu'on ne saurait produire sans que la guerre fût déclarée demain, non, non ! C'est un mensonge ; et cela est d'autant plus odieux et cynique qu'ils mentent impunément sans qu'on puisse les en convaincre. Ils ameutent la France, ils se cachent derrière sa légitime émotion, ils ferment les bouches en troublant les coeurs, en pervertissant les esprits. Je ne connais pas de plus grand crime civique.

Voilà donc, monsieur le Président, les faits qui expliquent comment une erreur judiciaire a pu être commise ; et les preuves morales, la situation de fortune de Dreyfus, l'absence de motifs, son continuel cri d'innocence, achèvent de le montrer comme une victime des extraordinaires imaginations du commandant du Paty de Clam, du milieu clérical où il se trouvait, de la chasse aux "sales juifs", qui déshonore notre époque.

*

* *

Et nous arrivons à l'affaire Esterhazy. Trois ans se sont passés, beaucoup de consciences restent troublées profondément, s'inquiètent, cherchent, finissent par se convaincre de l'innocence de Dreyfus.

Je ne ferai pas l'historique des doutes, puis de la conviction de M. Scheuter-Kestner. Mais, pendant qu'il fouillait de son côté, il se passait des faits graves à l'état-major même. Le colonel Sandherr était mort, et le lieutenant-colonel Picquart lui avait succédé comme chef du bureau des renseignements. Et c'est à ce titre, dans l'exercice de ses fonctions, que ce dernier eut un jour entre les mains une lettre-télégramme, adressée au commandant Esterhazy, par un agent d'une puissance étrangère. Son devoir strict était d'ouvrir une enquête. La certitude est qu'il n'a jamais agi en dehors de la volonté de ses supérieurs. Il soumit donc ses soupçons à ses supérieurs hiérarchiques, le général Gonse, puis le général de Boisdeffre, puis le général Billot, qui avait succédé au général Mercier comme ministre de la guerre. Le fameux dossier Picquart, dont il a été tant parlé, n'a jamais été que le dossier Billot, j'entends le dossier fait par un subordonné pour son ministre, le dossier qui doit exister encore au ministère de la guerre. Les recherches durèrent de mai à septembre 1896, et ce qu'il faut affirmer bien haut, c'est que le général Gonse était convaincu de la culpabilité d'Esterhazy, c'est que le général de Boisdeffre et le général Billot ne mettaient pas en doute que le fameux bordereau fût de l'écriture d'Esterhazy. L'enquête du lieutenant-colonel Picquart avait abouti à cette constatation certaine. Mais l'émoi était grand, car la condamnation d'Esterhazy entraînait inévitablement la révision du procès Dreyfus ; et c'était ce que l'état-major ne voulait à aucun prix.

Il dut y avoir là une minute psychologique pleine d'angoisse. Remarquez que le général Billot n'était compromis dans rien, il arrivait tout frais, il pouvait faire la vérité. Il n'osa pas, dans la terreur sans doute de l'opinion publique, certainement aussi dans la crainte de livrer tout l'état-major, le général de Boisdeffre, le général Gonse, sans compter les sous-ordres. Puis, ce ne fut là qu'une minute de combat entre sa conscience et ce qu'il croyait être l'intérêt militaire. Quand cette minute fut passée, il était déjà trop tard. Il s'était engagé, il était compromis. Et, depuis lors, sa responsabilité n'a fait que grandir, il a pris à sa charge le crime des autres, il est aussi coupable que les autres, il est plus coupable gueux, car il a été le maître de faire justice, et il n'a rien fait. Comprenez-vous cela ! voici un an que le général Billot, que les généraux de Boisdeffre et Gonse savent que Dreyfus est innocent, et ils ont gardé pour eux cette effroyable chose ! Et ces gens-là dorment, et ils ont des femmes et des enfants qu'ils aiment !

Le colonel Picquart avait rempli son devoir d'honnête homme. Il insistait auprès de ses supérieurs, au nom de la justice. Il les suppliait même, il leur disait combien leurs délais étaient impolitiques, devant le terrible orage qui s'amoncelait, qui devait éclater, lorsque la vérité serait connue. Ce fut, plus tard, le langage que M. Scheurer-Kestner tint également au général Billot, l'adjurant par patriotisme de prendre en main l'affaire, de ne pas la laisser s'aggraver, au point de devenir un désastre public. Non ! le crime était commis, l'état-major ne pouvait plus avouer son crime. Et le lieutenant-colonel Picquart fut envoyé en mission, on l'éloigna de plus loin en plus loin, jusqu'en Tunisie, où l'on voulut même un jour honorer sa bravoure en le chargeant d'une mission qui l'aurait sûrement fait massacrer, dans les parages où le marquis de Morès a trouvé la mort. Il n'était pas en disgrâce, le général Gonse entretenait avec lui une correspondance amicale. Seulement, il est des secrets qu'il ne fait pas bon d'avoir surpris.

A Paris, la vérité marchait, irrésistible, et l'on sait de quelle façon l'orage attendu éclata. M. Mathieu Dreyfus dénonça le commandant Esterhazy comme le véritable auteur du bordereau, au moment où M. Scheurer-Kestner allait déposer, entre les mains du garde des sceaux, une demande en révision du procès. Et c'est ici que le commandant Esterhazy paraît. Des témoignages le montrent d'abord affolé, prêt au suicide ou à la fuite. Puis, tout d'un coup, il paye d'audace, il étonne Paris par la violence de son attitude. C'est que du secours lui était venu, il avait reçu une lettre anonyme l'avertissant des menées de ses ennemis, une dame mystérieuse s'était même dérangée de nuit pour lui remette une pièce volée à l'état-major, qui devait le sauver. Et je ne puis m'empêcher de retrouver là le lieutenant-colonel du Paty de Clam en reconnaissant les expédients de son imagination fertile. Son oeuvre, la culpabilité de Dreyfus était en péril, et il a voulu sûrement défendre son oeuvre. La révision du procès, mais c'était l'écroulement du roman-feuilleton si extravagant, si tragique, dont le dénouement abominable a lieu à l'île du Diable ! C'est ce qu'il ne pouvait permettre. Dès lors, le duel va avoir lieu entre le lieutenant-colonel Picquart et le lieutenant-colonel du Paty de Clam, l'un le visage découvert, l'autre masqué. On les retrouvera prochainement tous deux devant la justice civile. Au fond, c'est toujours l'état-major qui se défend, qui ne veut pas avouer son crime, dont l'abomination grandit d'heure en heure.

On s'est demandé avec stupeur quels étaient les protecteurs du commandant Esterhazy. C'est d'abord, dans l'ombre, le lieutenant-colonel du Paty de Clam qui a tout machiné, qui a tout conduit. Sa main se trahit aux moyens saugrenus. Puis, c'est le général de Boisdeffre, c'est le général Gonse, c'est le général Billot lui-même, qui sont bien obligés de faire acquitter le commandant, puisqu'ils ne peuvent laisser reconnaître l'innocence de Dreyfus, sans que les bureaux de la guerre croulent dans le mépris public. Et le beau résultat de cette situation prodigieuse est que l'honnête homme, là-dedans, le lieutenant-colonel Picquart, qui seul a fait son devoir, va être la victime, celui qu'on bafouera et qu'on punira. O justice, quelle affreuse désespérance serre le coeur ! On va jusqu'à dire que c'est lui le faussaire, qu'il a fabriqué la carte-télégramme pour perdre Esterhazy. Mais, grand Dieu ! pourquoi ? dans quel but ? Donnez un motif. Est-ce que celui-là aussi est payé par les juifs ? Le joli de l'histoire est qu'il était justement antisémite. Oui ! nous assistons à ce spectacle infâme, des hommes perdus de dettes et de crimes dont on proclame l'innocence, tandis qu'on frappe l'honneur même, un homme à la vie sans tache ! Quand une société en est là, elle tombe en décomposition.

Voilà donc, monsieur le Président, l'affaire Esterhazy : un coupable qu'il s'agissait d'innocenter. Depuis bientôt deux mois, nous pouvons suivre heure par heure la belle besogne. J'abrège, car ce n'est ici, en gros, que le résumé de l'histoire dont les brûlantes pages seront un jour écrites tout au long. Et nous avons donc vu le général de Pellieux, puis le commandant Ravary, conduire une enquête scélérate d'où les coquins sortent transfigurés et les honnêtes gens salis. Puis, on a convoqué le conseil de guerre.

*

* *

Comment a-t-on pu espérer qu'un conseil de guerre déferait ce qu'un conseil de guerre avait fait ?

Je ne parle même pas du choix toujours possible des juges. L'idée supérieure de discipline, qui est dans le sang de ces soldats, ne suffit-elle à infirmer leur pouvoir même d'équité ? Qui dit discipline dit obéissance. Lorsque le ministre de la guerre, le grand chef a établi publiquement, aux acclamations de la représentation nationale, l'autorité absolue de la chose jugée, vous voulez qu'un conseil de guerre lui donne un formel démenti ? Hiérarchiquement, cela est impossible. Le général Billot a suggestionné les juges par sa déclaration, et ils ont jugé comme ils doivent aller au feu, sans raisonner. L'opinion préconçue qu'ils ont apportée sur leur siège, est évidemment celle-ci : "Dreyfus a été condamné pour crime de trahison par un conseil de guerre ; il est donc coupable, et nous, conseil de guerre, nous ne pouvons le déclarer innocent : or nous savons que reconnaître la culpabilité d'Esterhazy, ce serait proclamer l'innocence de Dreyfus. " Rien ne pouvait les faire sortir de là.

Ils ont rendu une sentence inique, qui à jamais pèsera sur nos conseils de guerre, qui entachera désormais de suspicion tous leurs arrêts. Le premier conseil de guerre a pu être inintelligent, le second est forcément criminel. Son excuse, je le répète, est que le chef suprême avait parlé, déclarant la chose jugée inattaquable, sainte et supérieure aux hommes, de sorte que des inférieurs ne pouvaient dire le contraire. On nous parle de l'honneur de l'armée, on veut que nous l'aimions, que nous la respections. Ah ! certes, oui, l'armée qui se lèverait à la première menace, qui défendrait la terre française, elle est tout le peuple et nous n'avons pour elle que tendresse et respect. Mais il ne s'agit pas d'elle, dont nous voulons justement la dignité, dans notre besoin de justice. Il s'agit du sabre, le maître qu'on nous donnera demain peut-être. Et baiser dévotement la poignée du sabre, le dieu, non !

Je l'ai démontré d'autre part : l'affaire Dreyfus était l'affaire des bureaux de la guerre, un officier de l'état-major, dénoncé par ses camarades de l'état-major, condamné sous la pression des chefs de l'état-major. Encore une fois, il ne peut revenir innocent sans que tout l'état-major soit coupable. Aussi les bureaux, par tous les moyens imaginables, par des campagnes de presse, par des communications, par des influences, n'ont-ils couvert Esterhazy que pour perdre une seconde fois Dreyfus. Quel coup de balai le gouvernement républicain devrait donner dans cette jésuitière, ainsi que les appelle le général Billot lui-même ! Où est-il, le ministère vraiment fort et d'un patriotisme sage, qui osera tout y refondre et tout y renouveler ? Que de gens je connais qui, devant une guerre possible, tremblent d'angoisse, en sachant dans quelles mains est la défense nationale ! et quel nid de basses intrigues, de commérages et de dilapidations, est devenu cet asile sacré, où se décide le sort de la patrie ! On s'épouvante devant le jour terrible que vient d'y jeter l'affaire Dreyfus, ce sacrifice humain d'un malheureux, d'un "sale juif" ! Ah ! tout ce qui s'est agité là de démence et de sottise, des imaginations folles, des pratiques de basse police, des moeurs d'inquisition et de tyrannies, le bon plaisir de quelques galonnés mettant leurs bottes sur la nation, lui rentrant dans la gorge son cri de vérité et de justice, sous le prétexte menteur et sacrilège de la raison d'Etat !

Et c'est un crime encore que de s'être appuyé sur la presse immonde, que de s'être laissé défendre par toute la fripouille de Paris, de sorte que voilà la fripouille qui triomphe insolemment, dans la défaite du droit et de la simple probité. C'est un crime d'avoir accusé de troubler la France ceux qui la veulent généreuse, à la tête des nations libres et justes, lorsqu'on ourdit soi-même l'impudent complot d'imposer l'erreur, devant le monde entier. C'est un crime d'égarer l'opinion, d'utiliser pour une besogne de mort cette opinion qu'on a pervertie jusqu'à la faire délirer. C'est un crime d'empoisonner les petits et les humbles, d'exaspérer les passions de réaction et d'intolérance, en s'abritant derrière l'odieux antisémitisme, dont la grande France libérale des droits de l'homme mourra, si elle n'en est pas guérie. C'est un crime que d'exploiter le patriotisme pour des oeuvres de haine, et c'est un crime, enfin, que de faire du sabre le dieu moderne, lorsque toute la science humaine est au travail pour l'oeuvre prochaine de vérité et de justice.

Cette vérité, cette justice, que nous avons si passionnément voulues, quelle détresse à les voir ainsi souffletées, plus méconnues et plus obscurcies ! Je me doute de l'écroulement qui doit avoir lieu dans l'âme de M. Scheurer-Kestner, et je crois bien qu'il finira par éprouver un remords, celui de n'avoir pas agi révolutionnairement, le jour de l'interpellation au Sénat, en lâchant tout le paquet, pour tout jeter à bas. Il a été le grand honnête homme, l'homme de sa vie loyale, il a cru que la vérité se suffisait à elle-même, surtout lorsqu'elle lui apparaissait éclatante comme le plein jour. A quoi bon tout bouleverser, puisque bientôt le soleil allait luire ? Et c'est de cette sérénité confiante dont il est si cruellement puni. De même pour le lieutenant-colonel Picquart, qui, par un sentiment de haute dignité, n'a pas voulu publier les lettres du général Gonse. Ces scrupules l'honorent d'autant plus que, pendant qu'il restait respectueux de la discipline, ses supérieurs le faisaient couvrir de boue, instruisaient eux-mêmes son procès, de la façon la plus inattendue et la plus outrageante. Il y a deux victimes, deux braves gens, deux coeurs simples, qui ont laissé faire Dieu, tandis que le diable agissait. Et l'on a même vu, pour le lieutenant colonel Picquart, cette chose ignoble : un tribunal français, après avoir laissé le rapporteur charger publiquement un témoin, l'accuser de toutes les fautes, a fait le huis clos, lorsque ce témoin a été introduit pour s'expliquer et se défendre. Je dis que cela est un crime de plus et que ce crime soulèvera la conscience universelle. Décidément, les tribunaux militaires se font une singulière idée de la justice.

Telle est donc la simple vérité, monsieur le Président, et elle est effroyable, elle restera pour votre présidence une souillure. Je me doute bien que vous n'avez aucun pouvoir en cette affaire, que vous êtes le prisonnier de la Constitution et de votre entourage. Vous n'en avez pas moins un devoir d'homme, auquel vous songerez, et que vous remplirez. Ce n'est pas, d'ailleurs, que je désespère le moins du monde du triomphe. Je le répète avec une certitude plus véhémente : la vérité est en marche et rien ne l'arrêtera. C'est aujourd'hui seulement que l'affaire commence, puisque aujourd'hui seulement les positions sont nettes : d'une part, les coupables qui ne veulent pas que la lumière se fasse ; de l'autre, les justiciers qui donneront leur vie pour qu'elle soit faite. Quand on enferme la vérité sous terre, elle s'y amasse, elle y prend une force telle d'explosion que, le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle. On verra bien si l'on ne vient pas de préparer, pour plus tard, le plus retentissant des désastres.

*

* *

Mais cette lettre est longue, monsieur le Président, et il est temps de conclure.

J'accuse le lieutenant-colonel du Paty de Clam d'avoir été l'ouvrier diabolique de l'erreur judiciaire, en inconscient, je veux le croire, et d'avoir ensuite défendu son oeuvre néfaste, depuis trois ans, par les machinations les plus saugrenues et les plus coupables.

J'accuse le général Mercier de s'être rendu complice, tout au moins par faiblesse d'esprit, d'une des plus grandes iniquités du siècle.

J'accuse le général Billot d'avoir eu entre les mains les preuves certaines de l'innocence de Dreyfus et de les avoir étouffées, de s'être rendu coupable de ce crime de lèse-humanité et de lèse-justice, dans un but politique, et pour sauver l'état-major compromis.

J'accuse le général de Boisdeffre et le général Gonse de s'être rendus complices du même crime, l'un sans doute par passion cléricale, l'autre peut-être par cet esprit de corps qui fait des bureaux de la guerre l'arche sainte, inattaquable.

J'accuse le général de Pellieux et le commandant Ravary d'avoir fait une enquête scélérate, j'entends par là une enquête de la plus monstrueuse partialité, dont nous avons, dans le rapport du second, un impérissable monument de naïve audace.

J'accuse les trois experts en écritures, les sieurs Belhomme, Varinard et Couard, d'avoir fait des rapports mensongers et frauduleux, à moins qu'un examen médical ne les déclare atteints d'une maladie de la vue et du jugement.

J'accuse les bureaux de la guerre d'avoir mené dans la presse, particulièrement dans L'Eclair et dans L'Echo de Paris, une campagne abominable, pour égarer l'opinion et couvrir leur faute.

J'accuse enfin le premier conseil de guerre d'avoir violé le droit, en condamnant un accusé sur une pièce restée secrète, et j'accuse le second conseil de guerre d'avoir couvert cette illégalité, par ordre, en commettant à son tour le crime juridique d'acquitter sciemment un coupable.

En portant ces accusations, je n'ignore pas que je me mets sous le coup des articles 30 et 31 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881, qui punit les délits de diffamation. Et c'est volontairement que je m'expose.

Quant aux gens que j'accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, je n'ai contre eux ni rancune ni haine. Ils ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance sociale. Et l'acte que j'accomplis ici n'est qu'un moyen révolutionnaire pour hâter l'explosion de la vérité et de la justice.

Je n'ai qu'une passion, celle de la lumière, au nom de l'humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n'est que le cri de mon âme. Qu'on ose donc me traduire en cour d'assises et que l'enquête ait lieu au grand jour !

J'attends.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de mon profond respect.

EMILE ZOLA

Source : http://www.cahiers-naturalistes.com/jaccuse.htm

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 13:42

Lors d'une visite à Paris, le 27 juin 2012, le ministre britannique en charge des questions européennes, David Lidington, a reconnu que " la PSDC constitue un élément clé de l'architecture de sécurité et de défense de l'Europe"  en réaffirmant que " l'OTAN demeure la pierre angulaire de la sécurité nationale britannique " et que " le soutien inconditionnel " du Royaume-Uni " à l'OTAN n'entre pas en contradiction avec la valeur que nous reconnaissons à d'autres outils européens qui peuvent servir, et servent, à promouvoir nos intérêts vitaux de défense ".

Et de poursuivre : " Nous voulons que l'UE joue un rôle essentiel dans la prévention des conflits, la stabilisation et la réponse aux crises lorsqu'elles se produisent. L'UE est bien placée pour ce faire, du fait de sa position particulière dans l'architecture internationale de sécurité. L'OTAN est et demeure le meilleur outil de l'Europe pour répondre à des conflits de haute intensité comme en Afghanistan ou en Lybie. Les Nations Unies et d'autres jouent un rôle crucial pour le développement et la stabilité à lon terme. Mais l'UE a une valeur ajoutée spécifique en ce qui concerne la sécurité internationale. Ses avantages résident dans la variété et la complémentarité de ses instruments diplomatiques, civils, militaires, d'aide au développement et financiers - qui peuvent être utilisés en commun pour promouvoir la paix internationale, souvent dans des endroits où l'OTAN et d'autres ne peuvent pas agir. "

Pour autant, si la PSDC veut remplir ses promesses, il faut qu'elle soit soutenue par de réelles capacités et davantage de volonté politique, constate David Lidington qui déplore que " trop souvent, les Etats membres de l'UE en détournent l'attention avec des discussions sur la futur grandeur de la PSDC ou même son existence, plutôt que de se concentrer sur ce qui devrait être fait pour l'améliorer. " Or, " il n'y a pas de barrières institutionnelles à une PSDC plus efficace et il n'y a pas besoin d'un nouveau débat sur les structures " affirme le ministre dont la recette pour renforcer la PSDC passe par :

 - un effort des nations en termes de développement des capacités qui peuvent être mises à disposition de l'UE comme de l'OTAN ;

 - un renforcement de l'approche globale et son extension à la prévention des conflits (cf. Que doit-on entendre par 'approche globale' de la sécurité en Europe ? - nouvelle édition - ) ;

 - une plus grande  coopération de l'UE ave les autres acteurs de la sécurité internationale à commencer par l'OTAN (il y voit même un préalable à toute décision sur une éventuelle mission d'assistance à la réforme du secteur de la sécurité en Lybie), les Nations Unies et l'Union africaine.

 

Source : EDD

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 12:00

La Commission européenne a publié le 29 juin 2011 une série de communications développant ses propositions pour le prochain cadre financier pluriannuel de l'Union pour la période 2014 - 2020 ainsi que ses propositions pour une réforme du système des ressources propres.

L'enveloppe globale du budget de l'UE est fixée sur sept ans et constitue le principal mécanisme de redistribution au sein de l'Union. Le budget actuel de l'UE représente environ 1% du revenu intérieur brut européen (RNB), soit 143 milliards d'euros environ par an et quelque 1.000 milliards d'euros sur sept ans.

Au total, la Commission européenne a proposé en juin 2011 des dépenses d'un montant de 1.083,3 milliards d'euros pour la période 2014-2020, soit 1,11% du PIB européen et 5% de hausse par rapport à la période 2007-2013. Selon les traités, le budget doit être financé intégralement par des ressources (article 311 TFUE).

La proposition de la Commission avait suscité une levée de boucliers de plusieurs Etats européens, Royaume-Uni en tête, opposés à toute hausse du budget de l'UE. 

Mieux dépenser

Le Premier ministre britannique a scellé le 17 décembre 2010 une alliance avec quatre autres dirigeants pour appeler à " geler en termes réels " le budget de l'UE jusqu'en 2020, une mesure qui inquiète nombre de leurs partenaires.

" La dépense publique européenne ne peut s'exonérer des efforts considérables des Etats membres visant à maîtriser leurs dépenses publiques ", écrivent les cinq dirigeants européens dans la lettre qu'ils ont adressée dès le lendemain au président de la Commission européenne (voir la lettre : Un gel du budget de l'UE est réclamé par cinq dirigeants européens)

" La mise en oeuvre de politiques européennes ambitieuses au service des citoyens est possible avec un volume de dépenses stable. Elle exige une meilleure utilisation des fonds disponibles. L'enjeu des prochaines années ne sera pas pour l'Union européenne de dépenser plus mais de mieux dépenser ", estiment-ils encore.

Depuis d'autres dirigeants européens se sont associés à cette démarche, alors que certains de ses promoteurs hésitent à y souscrire encore (cf. Sept Etats membres sont favorables au gel du budget de l’UE, la France reste indécise (Euractiv.com) )

Cette position est particulièrement inopportune !

Tant pour la procédure que sur le fond : elle revient à faire baisser d'ici 2020 le plafond des dépenses pouvant être inscrites au budget européen à 0,88% du RNB, là où Mme Thatcher elle-même avait accepté d'aller jusqu'à 1,24% !

Pis encore, elle témoigne d'une défiance politique à l'égard de la capacité des Etats européens à relancer leur croissance d'ici 2014, créant ainsi des arguments supplémentaires aux agences de notation et aux marchés pour réévaluer leur position à l'égard des économies européennes. Le résultat ne s'est pas fait attendre : les CDS (*) à l'égard de la France viennent d'être dégradés !

Si le Conseil européen finissait par s'aligner sur une telle position, les Européens pourraient alors renoncer à toute perspective de financement des instruments et politiques indispensables à  un embryon de politique étrangère européenne : la sacro-sainte PAC et l'indispensable politique de cohésion absorberaient alors la quasi totalité des crédits européens.

Adieu alors aux espoirs placés dans les démarches en cours qui visent aux consolidations industrielles  et capacitaires indispensables à la crédibilité politique autant qu'à l'autonomie technologique et militaire de l'Union (cf. notamment à cet égard SyntheseCSP-PC-final-non confidentiel CSP ; Les institutions européennes comme les capitales nationales restent étonnamment sourdes aux nombreux appels en faveur d'une relance des investissements européens en matière de défense ; De la prise en compte des investissements de défense dans le prochain cadre financier pluriannuel de l’UE : les termes de l'enjeu ; De la prise en compte des investissements de défense dans le prochain cadre financier pluriannuel de l’UE : éléments d’analyse complémentaires et pistes envisagées ainsi que la résolution relative à l'impact de la crise sur les budgets nationaux de défense adoptée par le Parlement européen en décembre 2011 - Resolution LISEK Resolution LISEK -)

Pis encore, l'Union européenne ne pourrait continuer de se déclarer, de se penser, d'agir et de se développer comme véritable 'acteur global dans le monde', en contradiction avec les aspirations de ses citoyens que reflètent de manière magistrale le rapport de synthèse des réponses à la consultation publique entreprise par la Commission européenne et le Service européen d'action extérieure sur le financement de l'action extérieure de l'Union après 2013 ( Synthèse de la consultation publique engagée conjointement par la Commission et le SEAE sur le financement de l'action extérieure de l'UE après 2013 ). Les réponses à la question 11 relatives à des formules de programmation conjointe et de cofinancement UE-Etats membres dans les domaines relevant de l'action extérieure de l'Union illustrent parfaitement la manière dont une forte majorité des citoyens européens conçoivent le fonctionnement de l'Union pour qu'elle puisse tenir avec l'efficacité attendue ce rôle d'acteur global !

Toutefois, tous les espoirs ne sont pas perdus ! Et pas seulement en raison de la très grande versatilité politique et de la tentation au repli national des dirigeants européens !

Cette situation de crise particulièrement sévère oblige désormais les européens à être plus "intelligents" que jamais, en tout cas bien davantage que ce qu'ils ont été au cours des 10 dernières années en pratiquant la politique de l'autruche à l'égard de risques systémiques prévisibles, et en ne respectant pas les engagements qu'ils avaient pris en matière de stabilité et de croissance.

Gouverner, c'est d'abord prévoir ! Et ensuite, anticiper ! C'est également respecter scrupuleusement les engagements pris au nom de la Nation que l'on gouverne et honorer ses obligations, en particulier ses obligations de nature régalienne ! 

Un nouveau cap est possible pour l'Union européenne qui ne l'enfermerait pas dans des schémas archaïques, voire même trop souvent naïfs !

Comme l'affirme l'économiste Jean Peyrelevade, pour que l'Europe continue d'exister, il faut la rendre souveraine (cf. l'article qu'il sogne dans le quotidien Le Figaro sous l'intitulé : "Pour que l’Europe continue d’exister, il faut la rendre souveraine", par Jean Peyrelevade (Le Figaro - extrait)

S'agissant de son propre budget, l'heure est à sa refonte pour qu'au-delà de la mise en place des instruments de gouvernance économique susceptibles de mettre un terme aux incohérences imputables à des logiques économiques différentes entre ses principaux membres (cf. notamment à cet égard « La tempête financière a révélé la faillite des modèles économiques de vingt pays de l'Union sur vingt-sept ! » (entretien avec Alain Lamassoure) ; Forces et faiblesses des modèles économiques : débat franco-allemand sur la crise et ses conséquences, par Christophe Blot et Stefan Kooths (Visions franco-allemandes n°15 - CERFA)), l'Union dispose  - enfin - des moyens de mener les politiques qui en feront vraiment cet acteur global qu'elle ne cesse d'affirmer vouloir être.

Cette refonte ne peut pas comporter uniquement des exigences en termes de dépenses nouvelles ! L'Union européenne ne peut pas demeurer un nain budgétaire (cf. L'Union européenne, ce "nain budgétaire", par Alain Frachon (LeMonde)).

Elle doit comporter également des exigences en termes de nature et de forme quant aux instruments financiers qui doivent être mis à sa disposition pour agir en acteur responsable !

Elle doit également tenir pleinement compte de la complexité du financement des politiques européennes (cf. La grande complexité du financement des politiques européennes) et clarifier, de manière la plus sereine possible, les rôles respectifs des Etats et des institutions européennes sur le registre budgétaire (cf. Budgets nationaux, budget européen : des sujets sensibles pour les Etats membres (Toutel'Europe.eu)). Aussi doit-elle être envisagée en parfaite synergie avec la dynamique de coordination du budget de l'UE et des budgets nationaux que vise à établir la mise en place du " semestre européen "(cf. à cet égard la déclaration commune de Angela Merkel et Nicolas Sarkozy - Gouvernement économique européen : texte de la position commune franco-allemande - ainsi que Union européenne : mise en place d'un " semestre européen ").

A cet égard, certaines des propositions contenues dans les documents que la Commission européenne et le Parlement européen ont produits au cours de ces derniers mois en la matière, recèlent des perspectives encourageantes dans la mesure où elles semblent adaptées à la situation crisogène conjoncturelle autant qu'à cet impérieux besoin de réformes strcuturelles et macro-économiques d'une 'économie sociale de marché' de plus en plus maltraitée par des "partenaires" et/ou compétiteurs internationaux de plus en plus offensifs qui ne confondent pas "compétition" et "coopération".

Recourir à des ressources propres cohérentes avec ses ambitions politiques et économiques, mais également à des systèmes de garanties et à des mécanismes de flexibilité réellement appropriés aux exigences d'une économie de plus en plus "versatile" soumise aux jeux complexes d'acteurs de plus en plus "agiles" est devenu indispensable !

(cf. à cet égard les quelques articles suivants : Le Sommet européen a lancé les débats sur le budget à long terme de l’UE ; Réexamen du Budget : les leçons tirées pour le budget de demain ; Les grandes lignes du plan d'action pour améliorer le fonctionnement du marché intérieur européenLe commissaire Šemeta lance le Groupe de politique fiscale pour faire avancer certaines questions fondamentales en matière de fiscalité ; Rénover les ressources propres de l'Union, par Olivier Lacoste (Interface n°57 - Confrontations Europe) ; Alain Lamassoure fait valoir les exigences du Parlement européen en matière de ressources propres pour le budget de l’Union européenne )

Au cours du printemps, la Commission européenne a publié un document établissant le montant de la réduction des contributions RNB des Etats membres au budget de l'UE si une taxe sur les transactions financières était inscrite dans les nouvelles ressources propres de l'Union  (La taxe sur les transactions financières va réduire de moitié les contributions RNB des États membres au budget de l'UE).

" Le Parlement européen refusera son soutien à un projet de budget européen qui ne permettrait pas à l'Union de voir ses ressources propres confortées. "

Dans une résolution adoptée à une large majorité (541 voix pour, 100 contre et 36 abstentions), le Parlement européen déclare " qu'il n'est pas prêt à approuver le prochain règlement relatif au cadre financier pluriannuel sans que soit trouvé un accord politique sur la réforme du système des ressources propres qui mettrait fin aux rabais existants et aux autres mécanismes de correction". (cf. http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?type=TA&reference=P7-TA-2012-0245&language=FR&ring=B7-2012-0303)

L'assemblée ajoute qu'elle approuve les propositions de la Commission sur la réforme du système des ressources propres, y compris les propositions relatives à une taxe sur les transactions financières et à une nouvelle TVA de l'Union.

Le Parlement se félicite des propositions législatives présentées par la Commission, le 29 juin 2011, sur la réforme du système des ressources propres, y compris les propositions relatives à une taxe sur les transactions financières et à une nouvelle TVA de l'Union en tant que ressources propres, lesquelles visent à ramener à 40 % (contre 75 % aujourd'hui), d'ici 2020, la part des contributions des Etats membres basées sur le revenu national brut (RNB) dans le budget de l'Union.      

Le Parlement européen réitère son appel en faveur d'un budget pour l'Union européenne sur la période 2014-2020. Il rappelle que le budget de l'Union est un budget d'investissement qui possède un fort effet levier, étant donné que 94 % de ses crédits sont consacrés à la stimulation de la croissance économique et de l'emploi ainsi qu'au renforcement du rôle de l'Union en tant qu'acteur mondial.

Malgré son volume limité - seulement 2% de la dépense publique au sein de l'Union -, le budget de l'Union " met en commun des ressources, agit comme un catalyseur, permet de réaliser des économies d'échelle et entraîne des effets transfrontaliers, ce qui permet de réaliser les objectifs politiques de l'Union décidés en commun ", fait valoir le Parlement européen.

Les députés insistent sur le fait que le cadre financier pluriannuel 2014-2020 doit apporter une " souplesse budgétaire accrue " tant au sein des rubriques du budget et entre celles-ci que d'un exercice financier à l'autre au sein du cadre financier pluriannuel, " afin de garantir que les ressources budgétaires puissent être adaptées de manière appropriée à l'évolution de la situation et des priorités ".

La question du budget européen pour la période 2014-2020 a été pour la première fois inscrite au menu des discussions des dirigeants européens lors du sommet des 28-29 juin 2012. La présidence danoise y a présenté son "cadre de négociation" sur le nouveau budget.   

C'est désormais le moment du débat - démocratique, SVP ! - et celui des décisions !  

Les négociations n'ont pas encore débouché sur des résultats significatifs, notamment à l'égard de l'épineuse question des ressources propres (cf. Où en est, début juin 2012, la négociation relative aux nouvelles ressources ).

Sachons raison et espoir garder !

Après la déraison passagère qui accompagne toujours les crispations de ceux qui n'ont pas voulu voir venir les intempéries annoncées, devrait succéder un retour à la sagesse en même temps que le ciel commencera à se dégager !

Vivement l'été !

Voir également :

* Les trois principaux défis qui se présentent à l'Union européenne pour qu'elle devienne une authentique Union politique

* Comment la politique peut-elle retrouver des marges de manoeuvre par rapport à la globalisation ? - nouvelle édition -  

* La preuve par les faits serait plus convaincante que la répétition de messages ambitieux ! ainsi que les articles auquel il renvoie, et notamment : Où en est, début juin 2012, la négociation relative aux nouvelles ressources

Pour en savoir plus sur le budget européen, sur les ressources propres ou sur les positions de la Commission européenne, du Parlement européen et du Conseil sur ces dossiers, voir les articles des rubriques suivantes :

* A propos du budget de l'Union européenne

* Ressources propres et CFP 2014-2020 

 

 

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Published by Patrice Cardot - dans L'UE face aux défis globaux
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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 11:42

En 2009, l’UE (les 27 États membres et la Commission européenne) fut de nouveau le premier pourvoyeur d’aide au développement au monde, apportant plus de la moitié de l’aide publique, soit 48,2 milliards d’euros.

Sur cette somme, 10 milliards ont été déboursés par la Commission européenne et 39 % ont été consacrés à l’Afrique (comparativement, la part consacrée à l’Asie était de 18 %). Ce soutien a été apporté par divers instruments et canaux (approche par projets et sectorielle, aide budgétaire, ONG et institutions multilatérales telles que la Banque mondiale et l’Organisation des Nations Unies).

Financement de la stratégie commune UE-Afrique : une responsabilité partagée

Le partenariat stratégique Afrique-UE est le cadre politique général qui guide les relations entre les deux continents. Il a été adopté en décembre 2007 à Lisbonne par 80 chefs d’État et de gouvernement africains et européens. Le troisième sommet Afrique-UE (novembre 2010) a confirmé que la stratégie commune et ses 8 domaines thématiques constituaient le cadre général des relations entre l’Afrique et l’UE.

Pour mettre en œuvre la stratégie commune Afrique-UE , l’Afrique et l’Union européenne se sont engagées à collaborer étroitement pour assurer un financement adéquat.Le même document stratégique stipule que le financement de la stratégie commune Afrique-UE est une responsabilité commune qui dépasse de loin la Commission européenne: « Dans la mesure du possible, [les] instruments [communautaires] seront complétés par des contributions supplémentaires des États membres. En outre, chaque fois que cela sera possible, les instruments financiers africains et les États membres de l’UA contribueront à ce processus, et la participation d’institutions financières africaines telles que la Banque africaine de développement sera assurée le cas échéant. »

Le financement de l’UE : des instruments différents pour des besoins différents

La Commission européenne s’est efforcée d’intégrer la stratégie dans les instruments existants au sein du budget communautaire et du Fonds européen de développement (FED).

À ce jour, et sous réserve des dispositions futures prises dans le cadre de l’horizon financier post-2013, ces instruments comprennent:

D’autres instruments financiers de l’UE ont également été utilisés à des fins spécifiques, comme le 7e programme-cadre pour la recherche et le développement technologique, communément appelé 7e PC. Ce dernier est un programme principalement destiné à soutenir la politique européenne intérieure, mais il comprend également une composante substantielle de politique extérieure qui a contribué à soutenir la stratégie commune.

La Banque européenne d’investissement finance plusieurs types de projets, notamment par le biais du Fonds fiduciaire UE-Afrique pour les infrastructures (EN) (368 millions d’euros), qui soutient le partenariat Afrique-UE en matière d’infrastructure.

En complément, la Banque de développement du Conseil de l’Europe dispose également d’instruments de financement spécifiques qui peuvent être utilisés pour soutenir la stratégie commune par le biais de partenariats internationaux.

Union européenne: les instruments géographiques

.../...

Voir la suite de cette page dédiée à ce partenariat : http://www.africa-eu-partnership.org/fr/node/1955

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