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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 15:10

Alors que le repli nationaliste gagne du terrain dans bon nombre de pays de l'Union européenne comme en témoigne la campagne présidentielle en France (cf. la prestation du candidat Sarkozy, dimanche 11 mars 2012, devant une forêt de drapeaux tricolores, rangeant " l'Europe " dans une savante liste de boucs émissaires parmi lesquels on trouve pêle-mêle les étrangers, les spéculateurs et les intellectuels), l'ambition fédérale resurgit en Allemagne et en Italie. En soi, cela n'a rien d'étonnanrt. C'est sans doute dans ces deux pays que les intellectuels et les hommes politiques perçoivent le mieux les analogies entre la crise actuelle et celle des années 30, les risques nationalistes et populistes qui y sont associés et la chance unique que nous offre l'Union européenne d'échapper à cet engrenage funeste.

Au cours des derniers jours, plusieurs voix, qui ne sont pas sans rappeler certaines idées apparues dans les discours d'Angela Merkel ou de Radowslaw Sikorski à la fin de l'année dernière, sont venues plaider la relance de l'Union politique. " Nous devons ouvrir un nouveau chapitre dans la politique européenne ", a ainsi déclaré le ministr allemand des Affaires étrangères lors du Gymnich à Copenhague. Guido Westerwelle a préconisé de rouvrir le débat sur la Constitution européenne et sur l'élection au suffrage universel d'un président de l'Union européenne. Dans une tribune publiée dans la FAZ, Viviane Reding propose de transformer l'UE d'ici 2019 en une "Union politique européenne " fondée sur un renforcement des pouvoirs du Parlement européen et du président de l'UE qui obtiendrait le droit de dissoudre le PE. Sur cette voie, elle suggère de fusionner dès 2014 les fonctions de président de la Commission et de président du Conseil européen (idée déjà ancienne qui avait été examinée lors de la Convention). Ce président pourrait ensuite convoquer une convention chargée de rédiger le projet d'Union politique. Ce nouveau traité serait soumis au référendum dans tous les Etats membres et entrerait en vigueur pour ceux qui l'approuveraient, les autres pouvant continuer à participer au marché intérieur tel qu'il existe déjà.

S'y ajoute l'appel collectif signé par vingt-cinq personnalités (dont Giuliano Amato, Ulrich Beck, Emma Bonino, Elmar Brok, Daniel Cohn-Bendit, Pier Virgilio Dastoli, Monica Frassoni, Franco Frattini, Karl Lamers, Jo Leinen, Hans-Gert Pöttering et Romano Prodi) en vue de créer un " espace public de démocratie et de solidarité ". Les signataires appellent les parlements allemand et italien à assortir leurs ratifications du nouveau traité budgétaire et fiscal d'une déclaration commune en faveur d'une " Union politique forte " reposant sur un gouvernement fédéral, assortie d'une méthode et d'un calendrier de révision du Traité de Lisbonne visant à donner à l'Union la capacité d'agir dans les secteurs du développement durable, de la politique énergétique, de l'immigration, de la dimension sociale, notamment en ce qui concerne le chomage des jeunes et la pauvreté, de la politique industrielle, de la coopération judiciaire et de la politique étrangère et de sécurité. Ce transfert de compétences s'accompagnerait d'un transfert de ressources et de la constitution d'un véritable budgte fédéral. En termes de calendrier, un premier débat, avec la participation des chefs d'Etat et de gouvernement, pourrait avoir lieu au Parlement européen le 10 septembre 2012, à l'occasion du 60 ème anniversaire de la première sesssion de l'Assemblée commune de la CECA. Sur la base de ce débat, le Parlement européen pourrait ensuite adopter un rapport sur la réforme du Traité de Lisbonne et une Convention constituante serait convoquée dans la foulée des élections européennes de 2014.

Un moteur germano-italien peut-il voir le jour ? En tout cas, à Rome et à Berlin, les idées pour relancer la dynamique européenne ne manquent pas. Elles constituent un avertissement à ceux qui, par le jeu des combinaisons intergouvernementales et bilatérales, contribuent à la déconstruction européenne.

Cet article a été publié comm éditorial du n° 496 d'EUROPE DIPLOMATIE & DEFENSE - EDD - en date du 15 mars 2012

  Voir également :

 * Appel pour une Convention constituante européenne

 * L’Union européenne à l’écoute des citoyens : les outils d’analyse des opinions publiques, par Salvatore Signorelli (Notre Europe)

 * European Union : Federalism or Nothing (Spinelli Group - 26 March 2012)

 * L'Union européenne est confisquée par des cercles d'initiés qui paralysent le débat démocratique indispensable à la refondation de son projet politique !

et plus, généralement, les articles de la rubrique de ce blog intitulée Réfléchir à l'Europe que nous voulons


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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 07:08

Depuis 2001, le thème de la sécurité, ou plutôt son pendant, celui de l'insécurité, nourrit des discours, des postures et des dynamiques qui florissent un peu partout dans le monde ! Y compris sur ce blog !

Qu'elle soit abordée dans sa modalité la plus stratégique, la plus globale (la très grande variété des facteurs déclencheurs supposés ou avérés comme les interrelations possibles de leurs occurences les risques et menaces qui y sont alors attachés faisant système), qu'elle soit appréhendée dans sa modalité économique, environnementale,régionale ou locale, sociale, sanitaire, alimentaire, sociale, civile ou juridique, l'insécurité prospère d'autant mieux qu'elle emporte avec elle son cortège des revendications en termes de garanties supplémentaires !

Or ces garanties supplémentaires sont devenues la source d'une véritable économie de l'insécurité génératrice de "valeur ajoutée", y compris, voire d'abord, sur le plan financier !

Outre le marché florissant des technologies de sécurité et de défense qui inondent les différents segments de la vie quotidienne des individus, des entreprises, des Etats et des Nations, les organismes d'assurance et de réassurance en tous genres prospèrent d'autant mieux que la législation et la réglementation, qu'elles soient ou non à visée sécuritaire, en génèrant plus d''insécurité juridique, plus d'incertitude technique, plus d'aléa économique, pousse à "mieux" couvrir les risques !

Que sont les CDS sinon le type même de produit financier répondant à cette logique spéculative !

En cette période d'intensification de la financiarisation de l'économie et de recherche de niches de croissance, ajouter de l'insécurité à l'instabilité favorise indubitablement la surenchère assurantielle, et, partant, le profit financier des organismes et institutions en charge de produire ces garanties, ou de conseiller ceux qui les recherchent !

Outre les primes d'assurance, s'il y a un secteur d'activités qui prospère aujourd'hui, c'est bien celui du conseil en tous genres ! Comme il est bon, comme il est doux de percevoir les honoraires versés à des cabinets de conseil ou des cabinets d'avocats .. d'affaires !

De là à en jouer de manière outrancière .....  

Voir également :

 * Un jackpot de 600 millions pour Goldman Sachs (Le Monde)

 * Garantir à tout-va revient, quand on est hyperendetté, à ne plus rien garantir du tout ! (nouvelle édition)     

 



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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 10:21

Depuis la loi d'autonomie de l'université de la ministre de l'enseignement supérieur Valérie Pécresse, jamais les universitaires ne se sont à ce point trouvés dans la servitude. Ce diagnostic empirique pourrait être une petite leçon de philosophie politique : le pouvoir ne donne des libertés que pour mieux se faire obéir, et l'autonomie aura été, en grande partie, un processus par lequel désormais les enseignants du supérieur se surveillent, s'asservissent, se soumettent eux-mêmes, obéissent par anticipation aux menaces par crainte d'être exclus des lieux de décision.

Dure et impitoyable leçon qu'on espère falsifiable : c'est lorsque les universités étaient soumises à un pouvoir centralisé, vertical, "soviétique" disaient certains, que nous étions réellement libres. Libres de travailler, libres d'enseigner, de chercher, de publier, de diriger des thèses sans les entraves normatives, bureaucratiques, asphyxiantes que les pouvoirs horizontaux n'ont, depuis, cessé de multiplier.

Ce constat est d'autant plus amer qu'il est peu question de l'université depuis le début de la campagne électorale. Si Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche, est l'un des rares à proposer la remise en cause radicale des réformes, il ne semble pas déployer, hélas, une vision réellement refondatrice de l'enseignement supérieur et il se limite, en cela comme ailleurs, à une politique exclusivement corporatiste. Plus grave cependant est le flou dans lequel François Hollande, candidat du Parti socialiste, se situe jusqu'à présent. De ses propositions ne ressort qu'une simple amélioration de la loi d'autonomie, visant à atténuer les risques - il est vrai, réels - d'autocratie des présidents.

A peine l'autonomie des universités a-t-elle été mise en place dans les établissements que le gouvernement procédait à une succession de réformes et de restructurations autoritaires. La "mastérisation des concours" a été la première étape. Loi absurde visant, pour le recrutement des enseignants, à fusionner, dans un même parcours, un travail de recherche (master) et des épreuves sélectives de concours. Les universitaires étaient chargés, dans l'urgence, de produire de nouvelles maquettes des formations à partir d'informations floues et contradictoires pour un dispositif dont tout le monde savait à l'avance qu'il ne pouvait fonctionner.

On connaît ces techniques de management qui visent à déstabiliser le personnel concerné par une restructuration, en le plaçant dans une succession d'impasses. Cette réforme, inventée par Xavier Darcos, a échoué après avoir fait perdre un temps considérable aux enseignants, et avoir déstabilisé durablement les unités de formation (UFR). François Hollande veut apparemment revenir sur cette réforme. Mais il n'expose à aucun moment sa doctrine sur les concours de recrutement, dont toute la logique est désormais à repenser.

Deux questions importantes sont laissées dans le plus grand flou. Alors que jusqu'alors les enseignants étaient évalués individuellement par un unique organisme, le Conseil national des universités, qui a le grand mérite d'être composé d'enseignants élus, de toutes tendances, et qui, de ce fait, parvient à une forme d'équilibre, le gouvernement a inventé des procédures supplémentaires très coûteuses de contrôle tout à fait parasitaires, parmi lesquelles un organisme intitulé Agence d'évaluation de la recherche dans l'enseignement supérieur (Aeres), dont les membres sont nommés et cooptés dans des conditions opaques et chargés d'évaluer les équipes de recherche, les enseignements...

L'évaluation permanente, accompagnée d'incitations à l'autoévaluation, selon des normes, des protocoles inventés par des technocrates et doublés par l'enfer informatique, semble davantage avoir pour fonction de justifier l'existence des évaluateurs et de l'institution Aeres que de permettre de dresser un véritable tableau de la recherche en France. Des méthodes bornées peuvent quantifier des résultats mais, en aucun cas, permettre de saisir ce que font réellement les universitaires dont, en outre, le temps est dévoré par ces tâches stériles et abêtissantes d'évaluation. Sur ce point, François Hollande n'a, pour l'instant, lâché que des propos extraordinairement vagues.

Plus grave encore est le projet en voie de réalisation de créer des méga-universités par la fusion forcée des établissements actuels, sous l'apparent prétexte de pouvoir concurrencer les universités étrangères sélectionnées par le fameux classement de Shanghaï, alors même que celles-ci n'ont rien des mastodontes que l'on veut créer.

Il s'agit en réalité de supprimer des universités, des enseignements, sous le prétexte de doublons, voire sans doute des disciplines jugées non rentables. Sur ce point, la discrétion de François Hollande est d'autant plus inquiétante que, parmi les agents actifs de cette restructuration par bien des côtés destructrice, nombreux sont les jeunes loups sociaux-démocrates de l'université.

La confusion a été un outil puissant dans les opérations réformatrices, confusion pratique (accélération du tempo des prises de décision et des délais infantilisants d'exécution, opacité des lieux de décision et filtrage de l'information), confusion politique sur les objectifs des réformes et sur le rôle même des universitaires dans les choix opérés, c'est pourquoi, sans doute, plus que jamais, la clarté est nécessaire.

Comment, dans ces conditions, ne pas réclamer du principal opposant à la politique qui a été suivie pendant cinq ans dans l'université qu'il déclare, clairement, quelle est sa philosophie politique pour l'université de demain.

 

Eric Marty est professeur de littérature contemporaine à l'université Paris-Diderot

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 17:04

Les questions internationales n’envahissent pas la campagne électorale. Néanmoins, dans certains cercles, le débat sur le déclassement stratégique de la France a été lancé. Il se pose en effet dans un contexte général de la perte du monopole de la puissance par le monde occidental, qui vient s'ajouter à la fin de la rente de situation dont la France bénéficiait grâce à son positionnement singulier au cours de la Guerre Froide. Comment, dans un monde dont les évolutions stratégiques ne sont pas naturellement favorables, conserver des marges de manœuvre ?
On ne peut pas aborder le problème de notre déclassement stratégique par le seul biais du taux de dépenses militaires par rapport au PIB, comme cela est trop souvent fait.
L'industrie de défense est un atout essentiel pour l'indépendance de la France. Il ne faut pas méconnaître son utilité économique et stratégique. Elle doit néanmoins rester un moyen et non devenir une fin. On ne peut développer une analyse du rôle de la France dans le monde et de sa politique à partir du seul critère des dépenses militaires. Bien plus que la baisse des budgets, c'est une analyse erronée de nos intérêts et de notre situation, pire encore, une absence de réflexion stratégique globale qui pourrait conduire à notre déclassement.
Doit-on réellement faire dépendre notre budget militaire de l'augmentation des budgets chinois, indiens ou américains comme le suggèrent certains ? Les Américains ont après 2001 choisi une fuite en avant dans le tout militaire faisant passer leur budget de 280 milliards de dollars à 700 aujourd'hui. Sont-ils pour autant plus en sécurité et la sécurité collective a-t-elle réellement progressé ? Non bien au contraire. Faut-il dès lors tenir compte de l'avertissement donné par l'ancien Secrétaire à la défense Robert Gates dans son discours d'adieu prononcé à Bruxelles en juin 2011, demandant aux Européens d'augmenter leur budget de la défense parce que le Congrès américain serait fatigué de continuer à augmenter le financement du Pentagone ? Ceci n’avait aucune rationalité du point de vue de nos intérêts.
On nous dit qu'il faut combler les lacunes capacitaires révélées en Afghanistan et en Libye ? Mais n'est-il pas beaucoup plus urgent de réfléchir au bien-fondé de certaines opérations militaires extérieures, mises sur pied sans prendre en compte leur impact global sur le long terme ? Doit-on encore se lancer dans des interventions qui se transforment en guerre de contre-insurrection dont les puissances extérieures ne peuvent plus espérer sortir vainqueurs ?
Puisque l'on parle de déclassement stratégique ne faut-il pas réfléchir à ce qu'implique notre réintégration dans les commandements militaires intégrés de l'OTAN ? Certes sur le fond la réintégration en tant que telle n'a pas changé grand-chose à la situation préexistante. Nous étions déjà quasi intégrés. Mais contrairement à ce qui avait été avancé, elle n'a en rien aidé au développement d'une européanisation de la défense, toujours en panne. Et surtout nous avons un comportement relativement passif par rapport au projet de double extension géographique et des missions de l'OTAN. Le risque de transformer en Sainte Alliance, déjà dénoncé par Mitterrand en 1990, est plus actuel que jamais. Doit-on se laisser entrainer dans une organisation qui se transforme en bras armé de l’occident ? Quelle voix particulière faisons-nous entendre ? Allons-nous, lors du sommet de Chicago de mai, rester sans réaction par rapport au projet de défense antimissile, dont le coût est exorbitant, dont l'utilité stratégique est contestable, qui constituerait une relance inutile de la course aux armements, qui est plus destiné à satisfaire les désirs du complexe militaro-industriel que les besoins de sécurité, et qui par ailleurs constitue un désaveu implicite de la politique de dissuasion ?
Le risque de déclassement est bien réel, mais il est plus lié à une absence de réflexion globale sur les évolutions stratégiques mondiales et le rôle de la France dans un contexte mutant. Ce n'est pas la répétition d'arguments repris en boucle dans les cercles otaniens qui peut nous aider à avoir cette vision.
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Les explications alambiquées du Monde pour me refuser un article

Le 1er avril, Le Monde publiait un article du directeur de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). L'auteur plaidait contre toute réduction des dépenses militaires qui aurait eu pour effet de susciter un déclassement stratégique de la France. C'est un point de vue largement répandu dans l’industrie de défense, dont la FRS est très proche. Le Monde a co-organisé un colloque sur les questions stratégiques et les élections avec ce centre de recherche. J'ai proposé au journal un article dans lequel j'argumentais que le déclassement stratégique n'était pas seulement une affaire de crédits, mais également de choix politiques. J'ai envoyé ce texte au Monde aux « Pages débats ». J'ai reçu une réponse type disant que le manque de place empêchait de publier le papier. Il ne n'était même pas proposé de le mettre sur le net. J'ai alerté le responsable des « Pages débats » en m’étonnant qu'un point de vue un peu différent du premier, proposé par le directeur de l'un des principaux centres sur les questions stratégiques dont l'indépendance est reconnue, soit refusé. Il semblait gêné et m'a répondu qu'il allait régler le problème. Après plusieurs relances, je reçois le 13 avril une réponse disant que comme j'avais déjà publié récemment un article dans les « Pages débats » du Monde (en fait début janvier) il n'était pas possible de prendre celui-ci. Lorsque l’on donne des arguments différents et qui se contredisent, pour justifier un choix, on peut penser que les raisons non dites sont plus importantes que celles avancées officiellement. Le Monde a bien sûr parfaitement le droit de choisir les papiers qu’il publie, mais j'ai le droit de ne pas être dupe de ses « explications » et le public d'en être informé. Heureusement, internet, ici comme ailleurs, permet aux opinions non officielles d’exister.

 

Source : http://blogs.mediapart.fr/blog/pascal-boniface/130412/les-vrais-risques-du-declassement-strategique-de-la-france

 

Voir également :

 * Sarkozy, l'inconstance faite diplomatie, par Jacques Amalric (Alternatives Internationales n° 054 - mars 2012)

 * Comment la France doit-elle se positionner à l'égard du projet de défense antimissile balistique (DAMB) ?

 * Défendre le continent européen, avec qui, contre qui ? par Jean-Pierre Chevènement

 * Comment la France doit-elle se positionner à l'égard du projet de défense antimissile balistique (DAMB) ?

 * Des ambiguïtés de la notion de " sécurité globale " et de ses usages !

 * Jusqu'à quel niveau d'intégration l'agenda transatlantique nous entraînera-t-il, sans aucun débat démocratique ?

 * Les 7 péchés capitaux de la PESC !

 * Penser la stratégie signifie aujourd'hui penser et agir de manière à la fois globale et systémique

 * De la prise en compte des investissements de défense dans le prochain cadre financier pluriannuel de l’UE : les termes de l'enjeu

 * De la prise en compte des investissements de défense dans le prochain cadre financier pluriannuel de l’UE : éléments d’analyse complémentaires et pistes envisagées


 

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 15:32

Après une interruption de quinze mois, les discussions sur le programme nucléaire iranien ont repris samedi à Istanbul sans que les participants, la République islamique d'un côté et le groupe P5+1 de l'autre, s'attendent à des avancées significatives sur le fond. L'objectif serait plutôt de réamorcer un "processus durable".

La séance plénière a débuté peu avant 08h30 GMT, selon un diplomate proche des négociations.

"J'espère que nous assisterons aujourd'hui au commencement d'un processus durable", a dit Catherine Ashton, la porte-parole de la diplomatie européenne qui coordonne les six puissances impliquées dans la recherche d'une solution à la crise du nucléaire iranien (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie plus l'Allemagne).

"Ce pour quoi nous sommes ici, c'est pour trouver les moyens par lesquels nous pourrons construire de la confiance entre nous et les moyens par lesquels nous pourrons démontrer que l'Iran s'éloigne d'un programme d'armes nucléaires", a-t-elle ajouté dans un communiqué.

Dès vendredi 13 avril, un dîner de travail avait réuni à Istanbul Catherine Ashton et Saeed Jalili, le chef des négociateurs iraniens. Leur dîner a duré trois heures et s'est déroulé, selon un diplomate, dans une "atmosphère amicale". Mais les discussions, a-t-il ajouté, ne se sont pas concentrées sur la question nucléaire.

Jalili a indiqué lui avoir profité de ce dîner pour dire à son interlocutrice qu'il espérait que les grandes puissances gagneraient "la confiance de la nation iranienne". "L'Iran entrera dans ces négociations avec une attitude constructive et insistera sur ses droits", a-t-il ajouté, cité par la télévision publique iranienne.

LE POIDS DES SANCTIONS

Leur dernière entrevue s'était également tenue à Istanbul, en janvier 2011, et n'avait pas permis d'établir un calendrier de négociations.

Cette fois, les deux parties ont laissé entendre qu'elles étaient déterminées à donner une véritable chance au processus diplomatique.

Diplomates et analystes disent cependant ne pas s'attendre à voir des avancées significatives lors de cette réunion.

Au mieux, elle pourrait ouvrir la voie à de nouvelles négociations afin de résoudre un contentieux vieux de dix ans et écarter le spectre d'une intervention militaire contre les installations nucléaires de l'Iran.

Les discussions "seront le point de départ d'une négociation très complexe et durant plusieurs mois, la diplomatie permettra de faire baisser quelque peu la pression sur les cours du brut et de diminuer la probabilité d'une attaque israélienne", estime Cliff Kupchan, analyste spécialiste du Proche-Orient chez Eurasia Group.

L'Iran, dont l'économie fondée sur les hydrocarbures pâtit du durcissement des sanctions internationales, pourrait se laisser convaincre d'aborder enfin d'éventuelles restrictions à son programme nucléaire pour alléger la pression, espèrent ces diplomates occidentaux.

"Comme les revenus pétroliers comptent pour plus de la moitié des recettes du gouvernement, le budget va être soumis à rude épreuve cette année avec la chute des exportations de pétrole due aux sanctions et la réduction de la production iranienne", note Mohamed Chakil, analyste basé dans le Golfe.

Certains espèrent qu'un accord pourra être trouvé pour la tenue de nouveaux rendez-vous si l'Iran propose un calendrier de nature à convaincre les Six qu'il est prêt à discuter de son programme nucléaire, chose qu'il a refusée par le passé exigeant au préalable l'assouplissement des sanctions internationales.

"Chaque partie, pour ses propres raisons, veut donner à ce stade une chance à la paix, et lancer un processus plutôt que de forcer un règlement rapide", commente Michael Adler, du centre international Woodrow Wilson.

MOSCOU CONDAMNE LES SANCTIONS UNILATÉRALES

Si l'Iran accepte de réduire son programme d'enrichissement d'uranium pour obtenir du combustible à 20%, un assouplissement des sanctions pourrait être envisagé.

Un diplomate occidental écarte toutefois l'hypothèse qui verrait les Européens lever leur embargo sur les importations de pétrole, qui doit entrer pleinement en vigueur le 1er juillet. "Nous attendons l'entrée en vigueur de l'embargo pétrolier le 1er juillet et il serait surprenant que l'Iran propose quelque chose de nature à revenir sur ce point", a-t-il dit.

Le négociateur adjoint iranien, Ali Baqeri, a eu des entretiens séparés avec des hauts responsables chinois et russes à Istanbul tandis que les Six se sont rencontrés séparément pour coordonner leur stratégie.

Cité par l'agence officielle de presse iranienne Irna, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov a estimé qu'il n'existait pas de preuve tangible que le programme nucléaire de Téhéran possédait une dimension militaire comme le soupçonnent les Occidentaux.

Témoignant de l'absence de cohésion au sein du groupe P5+1, Riabkov a également dénoncé les sanctions américaines qui ont contraint de nombreux autres pays à réduire leurs échanges commerciaux avec l'Iran.

"La Russie condamne les sanctions unilatérales sous toutes leurs formes", a-t-il dit avant sa rencontre avec Baqeri. "C'est une approche, qui si elle est mise en oeuvre, ignore le droit légitime des autres pays et compagnies qui veulent avoir des accords légaux avec les Iraniens".

S'essayant à l'optimisme avant le début des discussions, un diplomate a toutefois admis: "Je ne pense pas que les Iraniens seraient venus s'ils n'avaient pas des intentions sérieuses."

Un autre diplomate juge lui que "les Iraniens envoient des signaux indiquant qu'ils veulent une rencontre sérieuse et constructive".

Source : Reuters (Pierre Sérisier, Jean-Loup Fiévet et Henri-Pierre André pour le service français)

Voir également sur ce blog : Penser la stratégie signifie aujourd'hui penser et agir de manière à la fois globale et systémique

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 15:25

Le photographe Nicolas Mingasson a passé près d'un an avec des soldats français déployés en Afghanistan. En accédant à l'intimité des militaires et en gagnant leur confiance, il a découvert l'envers du décors d'un conflit méconnu.

Atlantico : Vous titrez votre livre « La guerre inconnue des Français en Afghanistan ». Qu’a-t-elle d’inconnu ?
Nicolas Mingasson : Inconnue parce qu’il y a de nombreux à-côtés que l’on ne connaît pas. J’ai effectué ce travail huit ou neuf ans après le début de la guerre. Tout ce que j’avais vu dans les médias, c’était des images de combat. Pourtant, ce combat n’est qu’une toute petite partie du temps des soldats français en Afghanistan. J’ai voulu raconté le reste, la partie immergée de l’iceberg.

J’ai compris au fur et à mesure des aller-retours que j’ai effectués en Afghanistan que les gens pouvaient s’y intéresser. De manière très concrète, au cours d’un diner parisien : une amie, architecte, m’a assailli de questions sur ce que j’avais vu. Elle était demandeuse d’un grand niveau de détail sur ce que font et traversent les soldats en Afghanistan au quotidien. Comment ils vivent ? Qu’est-ce qu’ils mangent ?

C’est intéressant : on ne parle pas beaucoup d’eux, ils se sentent délaissés et pourtant, je reste convaincu que le sujet peut toucher le public.

Comment les soldats ont-ils accueilli l’idée de vous avoir sur le dos pendant une aussi longue période ?
Ils ont rapidement été enthousiastes. La première perception que j’ai eu d’eux, c’est une énorme frustration face au constat que les Français ne savent pas ce qu’ils font et ne s’y intéressent pas. Il y a un sentiment de désintérêt général.

Au départ, il y a eu une certaine méfiance. Ils ont parfois eu de mauvaises expériences et le sentiment que des reportages tournés avec eux n’ont pas présenté un rendu exact. Mais très rapidement, ils ont apprécié l’idée que quelqu’un s’intéresse à eux. Ils sont passionnés par leur boulot. Ils en parlent beaucoup et facilement. J’ai rarement été obligé de leur tirer les vers du nez.

J’ai eu la chance de tomber sur un chef de corps exceptionnel qui a accroché à mon projet. Il a estimé que pour que cela fonctionne parfaitement, il fallait que je me retrouve seul avec ses hommes. Il m’a permis de travailler sans avoir d’officier communication derrière moi. Un officier communication a bien tenté, la première fois, de suivre mon travail. Les hommes ont rapidement laissé entendre que tant qu’il serait là, ils ne se confieraient pas. Le chef de corps a rapidement remis les choses au clair.

A titre personnel, je m’étais engagé à faire relire les textes par l’armée. Surtout pour des raisons de sécurité. Il n’y a d’ailleurs pas eu de problèmes avec ce que j’avais écrit. Ils n’ont pas cherché à me restreindre sur certains sujets que j’avais abordés comme du matériel en mauvais état ou d’un soldat qui se prend une cuite, même si ces sujets ne les enchantent pas à priori.

Pourquoi les médias ne traitent-ils pas plus de l’Afghanistan ? Pourquoi se contenter d’évoquer les combats sans rentrer plus dans les détails de la situation et de la vie sur place ?
Il y a une double responsabilité. Une partie incombe à l’armée, qui n’ouvre finalement pas beaucoup les vannes. J’ai eu la chance de pouvoir suivre un soldat et donc d’échapper à la notion de masse de bonhommes en vert. Il y avait un homme, un personnage, un nom. L’armée m’a donc laissé une certaine liberté.

L’autre part de responsabilité revient aux rédactions. On peut s’interroger sur les rédactions et le temps qu’elles accordent à ce sujet. Les médias interrogent systématiquement les hauts responsables des armées, même pour parler du quotidien des soldats sur le terrain.

Avez-vous eu des retours sur votre travail, de la part des soldats ?
J’ai eu un premier retour l’année dernière lors de la publication du journal d’un soldat, auquel j’ai participé. Les retours étaient alors excellents. Ils y ont trouvé une peinture très exacte de ce que eux ont vécu et ressenti sur place. A tel point que ce premier livre a été un moyen de déclencher la parole au sein de leurs couples ou même d'expliquer ce qu’ils ont traversé.

Propos recueillis par Romain Mielcarek

Voir l'article sur Atlantico.fr : http://www.atlantico.fr/decryptage/soldats-francais-en-afghanistan-sont-frustres-que-personne-ne-interesse-eux-nicolas-mingasson-330996.html

 Voir également : Pour une analyse approfondie du comportement des médias à l'égard des évènements qu'ils relatent puis ... oublient avec la même démesure - nouvelle édition -

 

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 08:19

Eurex, filiale du groupe allemand Deutsche Börse, lancera le 16 avril prochain un nouveau contrat à terme sur les obligations souveraines françaises.

Le lancement des contrats Eurex entretient l'idée selon laquelle la qualité de la dette française serait susceptible de se dégrader par rapport à celle de la dette allemande.

En présentant un instrument de couverture contre le risque souverain, ce contrat à terme permettra en réalité aux investisseurs de parier sur la hausse ou la baisse des titres obligataires français et risque de favoriser une prophétie autoréalisatrice, de la même facon que les fameux Credit Default Swaps (CDS), sur lesquels le Parlement européen a arraché un encadrement réglementaire digne de ce nom en novembre dernier.

Ces nouveaux produits indiquent qu'Eurex anticipe une spéculation contre la dette française alors même que les tensions exercées sur les marchés souverains ne cessent de s'exacerber, l'Espagne ayant dû s'acquitter d'un taux usurier de 6% pour couvrir ses besoins de financement.

La multiplication de ce type de contrats à terme adossé aux obligations souveraines n'est pas neuve : ainsi, un contrat à terme lié à la dette italienne a été créé en 2009, sans remporter le succès escompté.

Une telle initiative acte une fragmentation croissante du marché des capitaux européens et hypothèque un peu plus la création d'euro-obligations, c'est-à-dire la mutualisation des dettes souveraines des pays membres de la zone euro fondée sur une responsabilité conjointe et solidaire.

Alors même que l'Union européenne s'enfonce un peu plus dans la récession, la droite européenne continue à refuser à l'autorité européenne des marchés financiers (AEMF)les moyens de garantir les fondations d'un marché européen de la dette souveraine.

Les initiatives d'acteurs financiers privés pariant sur l'accroissement des divergences economiques entre pays de la zone euro doivent être combattues.

Il est temps que la democratie reprenne ses droits face aux innovations des apprentis sorciers de la finance.  

Voir également sur ce blog : La très étrange absence de la question technologique dans les agendas multilatéraux consacrés à la régulation financière internationale

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 09:16

UE/Maroc : Eneko Landaburu, Chef de la Délégation de l'Union européenne au Maroc a salué, mardi 10 avril 2012, le lancement par S.M. le Roi Mohammed VI, du Régime d'assistance médicale (RAMED).

Pour lui, le RAMED "permettra une extension de la couverture médicale de base et l'amélioration de l'accès aux services de base à près de 8.5 millions de citoyens parmi les plus défavorisés" soit environ 28% de la population.

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 15:39

Jacques Delors, l'ancien président de la Commission européenne considéré comme l'un des pères de l'Europe, a déclaré, le mercredi 28 mars, lors d'une conférence au Parlement Européen, que les dirigeants européens étaient en train de tuer l'Europe en remplaçant la méthode communautaire par des solutions intergouvernementales et le nationalisme avec la complicité des institutions de l'Union.
Jacques Delors, président de la Commission européenne de 1985 à 1994, a reproché au président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, de ne pas défendre la méthode communautaire. Il a également accusé les leaders européens de détruire l'héritage des pères de l'Europe.
Il s'en est aussi pris à la Commission européenne et à son président, José Manuel Barroso, pour son manque d'initiative et pour avoir joué au « pompier pyromane » dans la crise de la zone euro.
Parmi les dirigeants nationaux, il a pointé du doigt le président français, Nicolas Sarkozy, et la chancelière allemande, Angela Merkel.
M. Delors a tenu ces propos au Parlement européen où il s'est exprimé en faveur d'une « Alternative Socialiste Européenne », ce qui reviendrait selon lui à une « offensive de la social-démocratie au sens large ».
Devant un public conquis, M. Delors a expliqué que le Conseil européen, qui rassemble les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE, était moralement responsable de la crise économique.
Jeux de pouvoir nationalistes
M. Delors a affirmé qu'au cours des dernières années, la méthode européenne avait été « travestie », marquant un retour vers le Congrès de Vienne de 1814-1815 et au « cynisme » des rapports de puissance nationalistes. 
« Si l'on fait ça, c'est qu'on veut tuer l'Europe, c'est qu'elle n'existe plus, qu'elle n'aurait même pas dû exister », a-t-il expliqué.
Il a brièvement fait référence à Nicolas Sarkozy qui, selon lui, tente de rassurer le peuple français en lui disant que l'intergouvernementalisme est la règle en Europe, « comme si l'Europe pouvait être une Europe française ».
Visant directement M. Van Rompuy, qui dirige discrètement les sommets européens depuis qu'il a pris ses fonctions il y a deux ans et demi, il a déclaré :
« Non, M. Van Rompuy, vous ne défendez pas la méthode communautaire [...] La méthode communautaire, c'est la présence constante de l'intérêt européen. C'est la responsabilité de chaque commissaire, non pas d'être là parce que c'est bien d'être là et qu'on gagne bien sa vie, mais d'être toujours dans le souci de l'intérêt européen. »
Faisant allusion au fait que les dirigeants justifient souvent leurs décisions en affirmant qu'il s'agit de la seule solution en raison de la crise économique, il a affirmé :
« Attention a cette explication qui nous est donnée actuellement et qui a pour but de détruire complètement l'héritage des pères de l'Europe. C'est cela qui est en cause, sous prétexte de la nécessite ou de je ne sais quoi. »
M. Delors, qui s'est adressé aux membres du groupe des Socialistes et Démocrates du Parlement européen en les appelant ses « camarades », a déclaré que l'UE actuelle était le contraire de ce qu'il avait tenté de mettre sur pied dans les années 1980 et 1990. Le dialogue social et la méthode communautaire sont sur le déclin, a-t-il affirmé. La montée de l'individualisme et le recours à l'intergouvernementalisme promus par les conservateurs prennent le dessus.
Solidarité en berne
« J'ai le regret de dire aujourd'hui que le dialogue social est absent. Et pourquoi cela me contrarie ? Non pas parce que c'est le contraire de ce que j'ai essayé de faire, mais parce que le dialogue social est à côté du système parlementaire l'un des fondements de la démocratie », a-t-il expliqué.
M. Delors a déclaré que la principale cause de la crise était « l'excès de l'idéologie du financement » et la philosophie selon laquelle la valeur ajoutée est « l'augmentation du cours en bourse ».
Selon lui, les leaders de la zone euro sont moralement responsables de la crise et ils ont fait fi des propositions qu'il avait formulées en 1997 en sa qualité de président du groupe de réflexion Notre Europe en matière de coordination des politiques économiques.
Les dirigeants n'ont fait qu'ajouter le terme « croissance » à celui de « pacte de stabilité », a-t-il expliqué.
« Quelle absurdité, quelle folie, quelle irresponsabilité ! »
M. Delors a toutefois admis avoir commis une erreur en pensant que si le fédéralisme n'était pas possible, la coopération serait une alternative. Il a poursuivi en expliquant que le marché commun avec sa monnaie commune avait mené à une plus grande diversification de la productivité dans l'intérêt de l'Allemagne et au détriment des autres pays.
« L'Europe est bâtie sur la diversité. Doit-elle vivre sur cette diversité, ou doit-elle accepter une domination implicite de l'Allemagne, that is the question », a-t-il déclaré, rendant hommage à Shakespeare en anglais.
Coopération renforcée vs méthodes punitives
L'ancien président de la Commission a affirmé que les leaders européens n'avaient pas souhaité avoir recours à la méthode de coopération renforcée instaurée par le traité de Maastricht de 1992, grâce à laquelle plusieurs pays peuvent décider de collaborer plus étroitement dans certains domaines sans porter atteinte à la méthode communautaire.
« Quelles que soient les contestations sur Schengen, elles sont surtout sarkoziennes. Est-ce qu'il y aurait eu Schengen si quelques pays n'avaient pas essayé de le faire ? », a-t-il demandé, faisant référence au discours électoral du président français qui a appelé à un changement radical de la manière dont l'Union gère ses frontières communes.
« La zone euro devrait être une zone de coopération renforcée avec ses propres instruments, c'est ça qui nous a manqué », a-t-il précisé. Il a ajouté que des « instruments de transfert » étaient nécessaires, dans la mesure où la réévaluation /dévaluation n'était pas possible.
M. Delors a fustigé le traité sur le pacte budgétaire et l'a qualifié d'« usine à gaz ». Il a affirmé qu'il manquait de références à la croissance et qu'il ne précisait pas clairement les rôles de chacun.
L’ancien président de la Commission a expliqué qu'il avait essayé de comprendre le sens du pacte budgétaire, du paquet de six « et du reste » en les rassemblant sur un document de sept pages, mais qu'il n'était pas parvenu à les comprendre en substance.
Au lieu d'un processus décisionnel impliquant les 17 pays de la zone euro, il a plaidé en faveur d'une délégation de pouvoirs avec l'accent placé sur le fédéralisme.
« La question est aussi brutale que ça », a-t-il affirmé.
Il a plaidé en faveur de politiques sur la gouvernance de l'Europe et contre des règles punitives. Selon lui, tous les pays ne peuvent pas adopter le modèle allemand et l'UE est une « union de la diversité ».

Pompier pyromane
M. Delors a fustigé la Commission pour la manière dont elle a abordé les problèmes des pays en difficulté. Il a cité en exemple l'Espagne et son gouvernement de centre-droit pour lequel il a affirmé ne ressentir aucune sympathie ou antipathie.
« Le gouvernement espagnol a expliqué qu'il ne pouvait pas en faire davantage », a-t-il expliqué, faisant référence au regain du déficit budgétaire dans le pays. « Ils lui sont directement tombés dessus, au nom de quoi ? De la peur des marchés. Mais c'est le syndrome du pompier pyromane ! En disant ça, ils ont renforcé la panique sur les marchés. Où est passé le sens des responsabilités de ces personnes ? », s'est-il exclamé, ajoutant que les Etats-Unis et la Chine s'inquiétaient pour l'Europe en raison de sa manière de gérer la crise.
« Ca a été la cacophonie pendant trois ans. Où est la responsabilité de l'Europe ? Mais ils n'ont rien compris ! » a-t-il martelé, acclamé par son public.
M. Delors a affirmé que l'Europe avait laissé des territoires en proie à la pauvreté, y compris en France, et que la politique de cohésion était un échec. Il a insisté sur le fait que l'alternative serait d'avoir recours à des euro-obligations afin de mettre en place un marché financier pour l'euro.
« Les Eurobonds ce n'est pas la fantaisie du moment. Ce n'est pas pour venir sans condition au secours de la Grèce ou l'Irlande. Les Eurobonds sont le complément nécessaire à l'existence de l'euro et d'un marché financier », a-t-il affirmé.
M. Delors a expliqué que les marchés eux-mêmes réclamaient ces euro-obligations et que seul « l'entêtement de Mme Merkel, peut-être d'autres », empêchait la mise en oeuvre de ce projet. Il a précisé qu'il ne faisait que lire les journaux et qu'il n'était pas le confident de la chancelière allemande.
Le ministre belge des entreprises, Paul Magnette, un socialiste influent, s'est lui aussi exprimé lors de cet évènement. Il s'est rallié à l'avis de M. Delors et a critiqué la microgestion des politiques nationales par la Commission qui a prétexté vouloir faire respecter les règles de gouvernance économique.
M. Magnette a fustigé la Commission sur l'une des ses recommandations concernant le « paquet de six » relatif à la gouvernance économique, à savoir l'abandon de l'indexation automatique des salaires. Il a affirmé qu'il s'agissait là d'une grande réussite qui datait des années 1920 et que ce système introduit par les socialistes ne devait pas être abandonné.
M. Magnette a également affirmé qu'au lieu d'approuver un traité sur le pacte budgétaire, les dirigeants européens auraient dû adopter un texte juridiquement contraignant dans le cadre des objectifs 20/20/20 sur le CO2 en mettant en place de « réelles institutions » pour mener ce projet à terme.
Il a ajouté que son pays, la Belgique, n'avait pas les moyens financiers de revenir à la croissance et que ce n'était que via l'UE que cet objectif pourrait être atteint. Il a argué qu'une taxe sur les transactions financières (TTF), des euro-obligations et une Banque centrale européenne plus ambitieuse pourraient constituer des instruments efficaces pour le retour à la croissance.

Source : Euractiv.com
http://www.euractiv.com/node/511852?utm_source=EurActiv+Newsletter&utm_campaign=51bf235c45-newsletter_dernieres_infos&utm_medium=email  

Voir également : Jacques Delors salue "l'offensive sociale démocrate pour une renaissance de l'Europe »     

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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 15:38

Les passes d'armes qui ont eu lieu ces derniers jours entre Nicolas Sarkozy et la Commission européenne à propos de l'expulsion des Roms roumains sont extrêmement révélatrices de la manière dont l'actuel gouvernement français conçoit l'Union européenne.

Pour Nicolas Sarkozy, l'Union européenne est une simple organisation intergouvernementale menée par des grands Etats qui n'ont aucune leçon à recevoir de la part d'institutions européennes composées de technocrates irresponsables. Si les historiens ont souvent du mal à trouver une quelconque trace d'héritage gaulliste chez l'actuel président français, l'agressivité flamboyante à l'égard de la construction européenne en est peut-être la seule. Ce constat ne signifie pas que Nicolas Sarkozy ait sur la scène européenne et mondiale la même crédibilité que le général de Gaulle en son temps ; il faut toujours comparer ce qui est comparable.

Mais il y a au moins quatre éléments qui confirment la conception strictement intergouvernementale qu'a Nicolas Sarkozy de la construction européenne.

En premier lieu, il existe à ses yeux deux types d'Etat : les grands auxquels la Commission et le Parlement européens doivent respect, et les petits et moyens Etats qui, le cas échéant, peuvent se voir inculquer des leçons. L'Union européenne est d'abord une affaire de grands Etats qui exercent leur puissance dans le respect du bon vieux principe de la souveraineté nationale.

On est à mille lieues de l'idée supranationale de Jean Monnet pour lequel l'Union européenne devait servir à corriger des asymétries de puissance entre des grands et des petits Etats. Comme l'a dit Pierre Lellouche, secrétaire d'Etat français aux affaires européennes - aussi "intergouvernementaliste" que son président - à la suite des déclarations de la commissaire européenne à la justice, Viviane Reding, sur la circulaire visant à expulser en priorité les Roms : " Ce n'est pas comme cela que l'on s'adresse à un grand Etat. "

Deuxièmement, la Commission et le Parlement européens sont des institutions politiquement irresponsables. Peu importe qu'elles aient des compétences garanties par des traités (comme le contrôle de la bonne exécution du droit européen pour la Commission, ou le pouvoir législatif pour le Parlement), elles sont loin des citoyens et ne connaissent pas les "vrais" problèmes. Nicolas Sarkozy épouse ici le sens commun eurosceptique selon lequel les "managers" de la politique, au contact des réalités de terrain, sont les seuls politiciens nationaux.

Troisièmement, les institutions européennes sont sous le contrôle des Etats, puisque l'intérêt européen est une chimère. Il est ainsi très symptomatique que Nicolas Sarkozy ait rétorqué aux propos de Viviane Reding en lui disant que les Roms n'avaient qu'à aller au Luxembourg. Ce que Nicolas Sarkozy voit en priorité dans un commissaire européen, ce n'est pas sa fonction mais sa nationalité. Et peu importe que les traités stipulent que les commissaires européens "n'énoncent ni n'acceptent d'instructions d'aucun gouvernement".

Enfin, seuls les Etats peuvent incarner la démocratie. Les propos très critiques de Pierre Lellouche à l'encontre du Parlement européen (élu tout de même au suffrage universel direct) et ceux concernant le fait que le respect des traités appartient non pas à la Commission, mais "au peuple français" sont à cet égard limpides.

La conception strictement intergouvernementale de l'Europe qu'incarne Nicolas Sarkozy n'est pas une nouveauté qui a surgi à propos des controverses récentes sur les Roms. Elle est celle qui caractérise son action depuis le début de son élection, y compris d'ailleurs pendant la présidence française de 2008. L'opinion française a, en effet, souvent retenu le fort leadership de Nicolas Sarkozy pendant cette présidence, en particulier sa médiation lors de l'invasion russe en Géorgie d'août 2008. Vue de Bruxelles et des autres capitales, l'analyse n'a jamais été complètement la même : la présidence française de 2008 a incarné aussi les avancées au forceps au détriment des règles de procédure et de l'association de la Commission aux décisions.

Cette stratégie de l'intergouvernemental flamboyant est bien entendu parfaitement contre-productive pour la France. Elle incarne un style diplomatique qui, au lieu de créer du leadership, suscite à l'inverse de l'isolement. La diplomatie européenne moderne est affaire de légitimité plus que de force. Dans la question des Roms, l'intérêt objectif de Nicolas Sarkozy eût été clairement de porter l'affaire de manière raisonnable au niveau européen afin de susciter des solutions à vingt-sept avec les pays de départ et d'accueil. Le président français a préféré la marginalisation. Nicolas Sarkozy se trompe s'il pense, qu'en 2010, la France ne peut encore se sentir vraiment la France au plan international que lorsqu'elle est seule. Il devrait précisément prendre conscience qu'il n'est pas le général de Gaulle.


Christian Lequesne est directeur du Centre d'études et de recherches internationales (CERI)

Ouvrage : "La France dans la nouvelle Europe" (Presses de Sciences Po, 2008).  

Cet article a été publié une première fois sur ce blog le 22 septemnre 2010.

 

 

 

 

 

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