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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 00:05

Comment avez-vous réagi devant la situation libyenne avant l'intervention militaire alliée ? Selon vous, la nature de la répression du régime du colonel Kadhafi contre les insurgés justifiait-elle cette guerre ?

Rony Brauman Face à la menace d'un écrasement du soulèvement de Benghazi, j'ai d'abord eu une réaction de stupeur et d'angoisse : oui, il fallait contrer une offensive blindée de Kadhafi. Bien que je me méfie de l'engrenage qu'enclenche fatalement un engagement militaire, la crainte de voir des flots de sang dans les rues de Benghazi l'a emporté. Dans ce contexte, une intervention limitée à la protection de la ville était justifiable. Je n'ai pas tardé à changer d'avis en m'apercevant que les menaces dont il était question relevaient de la propagande, et non de réalités observables.

Personne n'a ainsi été capable de nous montrer les tanks qui se dirigeaient prétendument sur Benghazi. Or, une colonne de chars, à l'époque des téléphones mobiles et des satellites, ça se photographie. D'ailleurs, s'il a suffi de détruire quatre tanks en un raid aérien pour briser ladite offensive, c'est bien que cette colonne, dont on n'a plus entendu parler par la suite, n'existait pas ! De même pour les plus de 6 000 morts dont faisait état le Comité national de transition (CNT) dès le début du mois de mars. Les enquêtes d'Amnesty et de Human Rights Watch ont montré que le nombre de victimes s'élevait en réalité à 200 ou 300, dont la plupart étaient mortes au combat.

Un bilan similaire à celui qu'avaient enregistré la Tunisie ou l'Egypte. Quant aux attaques aériennes sur les manifestants de Tripoli, il s'agit d'une invention d'Al-Jazira. En somme, il m'a semblé rapidement clair que la décision d'entrer en guerre a précédé les justifications de cette guerre.

Bernard-Henri Lévy Comment cela, une invention d'Al-Jazira ? Comment pouvez-vous, vous, Rony Brauman, nier la réalité de ces avions de chasse piquant sur les manifestants de Tripoli pour les mitrailler et que le monde entier a vus ? Et, quant au bilan de la répression, peut-être n'était-il pas de 6 000 morts : mais dire "200 ou 300" relève soit de l'insulte soit de la plaisanterie ! Morts au combat, ajoutez-vous. Mais quel combat ? D'un côté, vous aviez une armée surpuissante qui s'équipait depuis des décennies et se préparait au soulèvement populaire. De l'autre, vous aviez des citoyens désarmés. Et puis les chars...

Nul ne vous les a "montrés", dîtes-vous. Mais moi je les ai vus. Aujourd'hui encore, la route entre Benghazi et Ajdabiya est jonchée de leurs carcasses. Ils étaient sur le point d'entrer dans la ville. Ils ont été arrêtés à la dernière minute. Et je ne parle pas du massacre de Misrata dont j'ai vu, de mes yeux, le résultat et dont je puis vous assurer qu'il n'était pas une opération de propagande.

Misrata a été réduite à l'état de décombres. Le massacre n'y fut pas seulement annoncé : il y a bel et bien été opéré.

Rony Brauman La militarisation du soulèvement a été presque immédiate, dans les jours qui ont suivi les premières manifestations. A Misrata, la résistance a été particulièrement vigoureuse, et il est faux de prétendre que des civils se soient battus à mains nues contre des troupes suréquipées. Si l'intervention de l'OTAN n'a certes pas été anodine, c'est localement qu'a été accompli l'essentiel de l'effort militaire. Je me trouvais à Misrata en juillet : je m'attendais à voir une ville détruite, j'ai commencé par constater que le port, cible de bombardements répétés, disait-on, était absolument intact.

Les affrontements ont en fait été circonscrits à deux quartiers, dans lesquels les dégâts sont énormes, tandis que le reste de la ville est normal. Aucun des habitants avec lesquels j'ai parlé ne se présentait d'ailleurs comme un survivant. En mai et juin, les équipes de Médecins sans frontières qui étaient sur place recevaient très peu de blessés et envisageaient même de plier bagage. Qu'il y ait eu des combats acharnés, que le siège ait été violent, c'est indéniable. Mais Misrata n'est pas cette ville réduite à l'état de décombres que vous décrivez.

Bernard-Henri Lévy Je n'ai rien vu à Misrata, nous dit Rony Brauman ! Eh bien je suis scandalisé. Arriver le 15 juillet, c'était arriver après la bataille. Les lignes de front s'étaient alors déplacées à Derna et Abdoul Raouf, à 40 kilomètres du coeur de la ville. Mais la bataille, avant cela, a été terrible. La ville, avant d'être libérée, a été littéralement ravagée. Et comment osez-vous arguer de l'héroïsme de ces hommes qui ont, en effet, repoussé les chars pour conclure que la menace n'était, au fond, pas si terrible que cela ?

Que ces hommes aient résisté, qu'ils se soient héroïquement battus, qu'ils aient rivalisé d'imagination pour inventer des ruses tactiques du type de ces tapis de prière enduits d'huile disposés nuitamment sous les chenilles des chars pour qu'ils patinent et deviennent des cibles plus faciles, tout cela ne prouve pas la faiblesse de l'armée de Kadhafi, mais l'ingéniosité tactique et la force d'âme et de caractère des insurgés.

La guerre de Libye marque-t-elle la victoire du droit d'ingérence ?  

Rony Brauman Oui, incontestablement, bien que ce modèle ne soit pas généralisable. Certains se réjouissent de cette victoire ; moi, je la déplore car j'y vois la réhabilitation de la guerre comme mode de règlement des conflits. Rendons à Bernard Kouchner et à Bernard-Henri Lévy ce qui leur est dû : depuis vingt ans, ils soutiennent le principe d'interventions militaires engagées sous le drapeau de la protection des populations civiles.

Pour la première fois, une telle intervention a été légalisée par le Conseil de sécurité de l'ONU. Elle n'en est pas légitime pour autant. Je m'inquiète de ce triomphe d'une conception militaire de la protection, non par pacifisme de principe mais parce que son bilan est calamiteux. La victoire par les armes sur le régime à abattre n'est en effet que le début de l'histoire.

En fin de compte, le choix de la guerre entraîne un coût humain bien plus lourd. Pour preuve, le bilan officiel avancé par le CNT : 30 000 à 50 000 morts, soit dix fois plus que les victimes de la répression syrienne. Si ces chiffres sont exacts, c'est effroyable. Or, et c'est à mon avis révélateur de la gêne qu'ils inspirent, ils n'ont soulevé, à ce jour, aucune interrogation.

Bernard-Henri Lévy On ne sait rien de ce bilan. Et on ne sait rien, en particulier, de la "répartition" entre civils pris dans les feux des combats, éventuelles victimes des bombardements de l'OTAN et victimes des forces kadhafistes massacrées par un pouvoir aux abois qui voulait noyer cette révolution dans des "rivières de sang".

Mais, de toute façon, le problème n'est pas là. Quand un Etat s'avère incapable d'assurer le minimum de sa souveraineté, à savoir la protection de ses citoyens, quand il met lui-même en danger son peuple en le détruisant délibérément, alors la communauté internationale a le devoir de se substituer à lui. C'est ça, le devoir d'ingérence. C'est ce qui me reste de l'internationalisme de ma jeunesse. La communauté internationale a, dans ces situations, un devoir de subsidiarité ou de substitution. Et cela parce que les droits de l'homme n'ont pas de frontières : l'autre est mon prochain, même quand il est timorien, darfouri ou libyen.

Rony Brauman Cette logique procède d'un dualisme métaphysique cher à Bernard-Henri Lévy réduisant la politique à l'affrontement du Bien et du Mal, c'est-à-dire des fascistes et des antifascistes. Dans ce monde simple, il revient à une avant-garde éclairée d'anticiper et de prévenir les massacres à venir, afin d'accoucher par la violence l'histoire de son grand dessein démocratique.

La notion de "guerre humanitaire" a de fortes affinités, c'est le moins qu'on puisse dire, avec cette conception néoléniniste d'une supposée politique des droits de l'homme. Elle fonctionne par nature sur un mode chirurgical : les complexités de la société sont effacées au profit d'une vision binaire faite de bourreaux et de victimes.

Mais les réalités invisibles et agissantes des rapports de pouvoir complexes et des alliances inattendues, à l'oeuvre dans toute société, ne tardent pas à se manifester. A cette idéologie, j'oppose le long et sinueux travail de la démocratisation, la nécessité de la négociation et du compromis dans le combat politique. C'est ce que la guerre interdit et c'est pourquoi je défends l'option opposée, que j'appellerai le "paradigme syrien", fait d'une mobilisation populaire large et d'un refus admirable de céder à la tentation des armes et à la spirale de la violence. Je précise que, dans mon esprit, la démocratie se définit avant tout par la démilitarisation de la lutte pour le pouvoir.

Bernard-Henri Lévy La démocratie est un processus laborieux, certes. Pour autant, faut-il, sous prétexte de patience "métaphysique", condamner les peuples à un long supplice ? Et fallait-il, au motif que le peuple libyen était, d'une certaine façon, comptable de ces années de dictature, le laisser aller au bout de la pénitence, attendre que les quelques milliers de morts soient devenus des dizaines ou des centaines de milliers ?

C'est vous qui avez une conception "normative" et "procédurière" des choses avec votre idée d'un sage et lent travail nécessaire avant que le modèle démocratique n'ait le droit d'entrer en scène. Non. La libération de la Libye a été, certes, l'oeuvre des Libyens. Mais, à un moment donné, ils se sont adressés à nous.

Et il n'était pas question de refuser d'entendre cet appel. Le légitime souci de la complexité ne pouvait pas, comme en Bosnie, nous faire rester l'arme au pied. Nous ne l'avons pas fait. Nous n'avons pas, comme à Sarajevo, attendu que le compteur soit à 200 000 morts pour arrêter le carnage. Et c'est bien.

Peut-on donc qualifier la guerre en Libye de "guerre juste" ? Et que faut-il entendre selon vous par ce concept ?

Rony Brauman De saint Thomas jusqu'à Michael Walzer, la guerre juste se définit selon cinq critères : un souverain légitime, des buts légitimes, des moyens proportionnés, la guerre comme dernier recours et des chances raisonnables de succès. Si l'on peut considérer, avec des réserves, que les trois premiers critères sont satisfaits, les deux derniers ne le sont pas. J'ai dit ce que je pensais de la menace imminente.

Quant au succès, ce n'est pas le lynchage de Kadhafi ni les tueries et pogroms qui en sont de bons augures. Il n'y a pas selon moi de "guerre juste". La guerre ne doit être qu'un ultime recours contre une agression ou une occupation. En l'occurrence, l'invocation de la "responsabilité de protéger" a réhabilité l'usage de la violence comme réponse à une crise politique. Plus grave, on redonne ses lettres de noblesse à la notion de guerre préventive. Cela me consterne.

Bernard-Henri Lévy Eh bien, on s'est honoré en faisant cela ! C'est Kadhafi, ne l'oubliez pas, qui a déclenché cette guerre. Quand Saïf Al-Islam, son fils, numéro deux du régime, dit que les habitants de Benghazi sont des rats et qu'il faut les noyer dans des rivières de sang, c'est d'une déclaration de guerre qu'il s'agit.

Maintenant, la "guerre juste". Les théoriciens de la guerre juste établissent une distinction, que vous effacez allègrement, entre la guerre préventive (l'Irak) et la guerre préemptive (on a les preuves qu'un massacre est programmé, qu'il commence d'être mis en oeuvre - et on l'arrête avant qu'il ne soit allé au bout de son programme). En Libye, on est clairement dans ce second cas.

Rony Brauman Bien sûr, mais il ne suffit pas d'affirmer qu'un massacre est programmé pour qu'il le soit ! La guerre a été voulue par Nicolas Sarkozy dès le mois de février. Avant même la constitution du CNT, quatre sous-marins nucléaires français patrouillaient déjà le long des côtes libyennes et, le 25 février, Nicolas Sarkozy déclarait : "Kadhafi doit partir."

On n'a jamais vu qu'un chef d'Etat décrète, après une semaine de troubles, qu'un autre chef d'Etat, aussi antipathique soit-il, doit partir. L'invocation des atrocités, dont le nombre et l'horreur grandissaient chaque jour, est un montage propagandiste. Kadhafi était une cible idéale par son isolement diplomatique, par les crimes dont il s'est rendu coupable dans le passé... mais en l'occurrence, je le répète, les justifications sont intervenues après la décision. C'est bien en France et en Europe, ainsi qu'au Qatar, qu'il faut chercher les origines de la guerre en Libye.

Bernard-Henri Lévy Qu'on ait déclaré, dès février, que Kadhafi devait partir, cela ne veut rien dire. On a fait la même déclaration sur Bachar Al-Assad, et vous savez bien que cela n'a été suivi d'aucun effet. Non. Pour que cette guerre advienne, il fallait que l'Europe le veuille, naturellement. Il fallait, en France, un président de la République obsédé, entre autres soucis, par celui d'empêcher un nouveau Srebrenica. Mais il fallait, surtout, que les Libyens le désirent et le demandent. C'est en ce sens, aussi, que la Libye est le contraire de l'Irak. On n'y a pas envoyé des moniteurs politiques. On n'a pas fabriqué un président ou un Conseil fantoche, parachutés avec son modèle démocratique en kit. On a aidé un mouvement préexistant. On a répondu à un appel.

Et je pense d'ailleurs que cette expérience libyenne devrait nous inciter à enrichir vos cinq critères canoniques d'un sixième critère de la guerre juste : juste est la guerre qui, outre le fait qu'il n'y a plus d'autre recours pour éviter des crimes contre l'humanité à grande échelle, répond à un appel venu du peuple concerné. C'est la vraie différence avec la Syrie. Pourquoi, demandent certains, ne fait-on pas à Damas ce qu'on a fait à Benghazi ? La réponse n'a rien à voir avec je ne sais quelles arrière-pensées complotistes de nos dirigeants.

C'est juste que, à l'heure où nous parlons, les Syriens ne le veulent pas ; il n'y a pas d'instance représentative pour solliciter officiellement, comme l'a fait le CNT libyen, l'aide militaire de la communauté internationale ; cette sollicitation viendrait-elle que la donne en serait changée et que l'option militaire devrait être considérée.

Pensez-vous que l'intervention armée en Libye ait vraiment favorisé l'installation de la démocratie dans le pays ?

Rony Brauman L'opposition à Kadhafi peut procéder de différentes raisons, de même qu'il existait un anticommunisme démocratique et un autre qui en était la négation. Il ne suffit pas de s'opposer à un régime dictatorial pour recevoir d'emblée un brevet de démocratie. La première intervention publique de Moustapha Abdeljalil en arrivant à Benghazi en tant que chef provisoire de la Libye libre a été l'invocation de la charia comme source du droit. Je sais bien que la charia se prête à une interprétation démocratique aussi aisément qu'à son contraire. Il n'empêche : c'était un drôle de choix que de l'invoquer à ce moment fortement symbolique.

Bernard-Henri Lévy Un "brevet" de démocratie - eh bien ! Nous n'avons entendu, dans cette affaire, que ce que nous voulions entendre : ce gros mot de charia dont l'Occident analphabète a fait un épouvantail. La réalité c'est, d'abord, que Moustapha Abdeljalil avait, en face de lui, ce jour-là, un certain nombre de combattants islamistes auxquels il voulait donner des gages avant de quitter la scène.

Mais c'est surtout qu'il a, dans le même discours, déclaré que la Libye de demain serait, aussi, attentive au respect des libertés fondamentales. Comment ceci se mariera-t-il avec cela ? L'islam conservateur avec le souci des droits de l'homme ? Ce sera un processus long et compliqué, bien sûr. Mais c'est ça, la démocratie.

Rony Brauman Outre la légèreté avec laquelle le CNT, dont la plupart des membres étaient inconnus, a été immédiatement présenté par Bernard-Henri Lévy comme un mouvement démocratique laïque, il y a une certaine naïveté à vouloir ignorer le fait que la guerre crée des dynamiques favorisant les radicaux au détriment des modérés. Cette guerre n'est pas terminée.

En faisant le choix de militariser la révolte, le CNT donnait leur chance aux plus violents. En soutenant cette option au nom de la démocratie, l'OTAN a pris une lourde responsabilité qu'elle ne peut assumer. C'est parce que la guerre est mauvaise en soi qu'il ne faut pas la faire, ce n'est pas parce que le modèle libyen ne peut pas être généralisé par ailleurs.

Bernard-HenrI Lévy La guerre n'est pas "mauvaise en soi" ! Si elle permet d'éviter une violence plus grande, elle est un mal nécessaire - c'est toute la théorie de la guerre juste. Maintenant, la question de la "généralisation". Bien sûr qu'on ne peut pas reproduire mécaniquement en Syrie ce qu'on a fait en Libye.

Mais il y a là une maxime en formation. Un principe universalisable. Et, voyez-vous, l'idée même que ce principe existe, l'idée qu'il soit comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête de tyrans qui se considèrent propriétaires de leur peuple, c'est déjà un progrès formidable. Depuis la fin de la guerre de Libye, Bachar Al-Assad dort moins bien la nuit ; Mahmoud Ahmadinejad, aussi ; et, de cela, je me réjouis.

Rony Brauman est médecin et essayiste

Né en 1950 à Jérusalem, il obtient, en 1975, après des études au lycée Lakanal de Sceaux et à la faculté Cochin Port-Royal de Paris, un doctorat en médecine tropicale, santé publique et épidémiologie. Riche de plusieurs expériences comme médecin en Afrique, il rejoint, en 1978, Médecins sans frontières (MSF) et devient, de 1982 à 1994, à la suite de missions accomplies notamment en situation de conflit armé, président de MSF France. Humanitaire convaincu mais critique, professeur associé à l'Institut d'études politiques de Paris, lauréat du prix de la Fondation Henry-Dunant, et toujours actif au sein de MSF, il a alerté à de nombreuses reprises sur le danger que représente le "devoir d'ingérence" - publication d'essais dont "Humanitaire : le dilemme" (éd. Textuel, 1996), "L'Action humanitaire" (Flammarion, 1993), "Devant le Mal. Rwanda, un génocide en direct" (Arléa, 1994), "Le Crime humanitaire: Somalie" (Arléa, 1993) ou "Penser dans l'urgence" (Seuil, 2006), et interventions dans les médias. Pour lui, les opérations militaires et humanitaires que suscite ce "devoir d'ingérence", invoqué pour justifier la guerre en Libye, sont souvent plus destructrices que favorables à la diffusion de la démocratie.

Bernard-Henri Lévy est écrivain et philosophe

Né en 1948, en Algérie, il passe sa petite enfance au Maroc. En 1954, la famille Lévy s'installe en France, à Neuilly-sur-Seine, où leur fils Bernard-Henri effectue sa scolarité avant d'entrer, en 1968, à l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm. Dès cette époque, agrégé de philosophie, il est un intellectuel engagé mais critiqué, bientôt l'une des figures de proue des "nouveaux philosophes". Il voyage beaucoup - au Pakistan, en Afghanistan, à Sarajevo, au Darfour... - pour soutenir sur place, mais aussi dans l'opinion, par une présence médiatique revendiquée, les causes qu'il défend. Il a publié de nombreux ouvrages et a mis en scène des films et des documentaires. Lauréat du prix Médicis en 1984 pour son roman "Le Diable en tête" et du prix Interallié en 1988 pour "Les Derniers Jours de Charles Baudelaire" (Grasset). Directeur de la revue "La Règle du jeu", il est, depuis 2010, membre du conseil de surveillance du groupe Le Monde. Dernièrement, il a soutenu le combat du Conseil national de transition libyen face à Mouammar Kadhafi, poussant, notamment dans les milieux politiques, à l'intervention militaire alliée, au nom du "devoir d'ingérence". Sa vision du conflit et les détails de son action sont consignés dans son dernier ouvrage "La Guerre sans l'aimer" (Grasset, 400 pages, 22 euros).

 

Voir également :

 * Du très troublant relativisme sémantique occidental à propos de la notion de « civils »

 * L'après-Gaddhafi au Sahara-Sahel

 

 

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 23:15

La Russie et la Chine ont perdu de leur crédit diplomatique dans le monde arabe en opposant leur veto au projet de résolution sur la Syrie présenté au Conseil de sécurité des Nations unies, a déclaré lundi 6 février au Caire le secrétaire général de la Ligue arabe.

Dans une interview à Reuters, Nabil Elarabi a dit craindre qu'après le rejet de ce texte samedi à l'Onu, les autorités syriennes ne pensent avoir les mains libres pour réprimer le mouvement de contestation qui a fait plus de 5.000 morts en près de onze mois.

Il a toutefois souligné que la Ligue arabe continuerait à travailler avec Moscou et Pékin, ainsi qu'avec les autres membres du Conseil de sécurité, afin de mettre un terme aux affrontements en Syrie, où de nouveaux bombardements sur la ville rebelle de Homs ont fait 50 morts lundi, selon un bilan fourni par l'opposition.

Les groupes d'opposition syriens, qui ont toujours refusé jusqu'ici de prendre contact avec le gouvernement de Bachar al Assad malgré les appels de la Ligue arabe en ce sens, ont été "ramenés à la réalité" par le veto opposé par la Russie et la Chine au projet de résolution, a poursuivi Nabil Elarabi, interviewé au siège de la Ligue dans la capitale égyptienne.

Ils ont vu que ce n'était pas le monde arabe qui bloquait des sanctions plus fermes contre le régime de Damas, mais bien les désaccords entre les grandes puissances.

"Malheureusement, les délégations russe et chinoise ont décidé au dernier moment d'opposer leur veto et je dois dire que cette question de l'utilisation du droit de veto, que ce soit par la Russie ou par un autre pays, est quelque chose d'inacceptable", a dit le chef de la Ligue arabe.

PAS DE SCÉNARIO "À LA LIBYENNE"

"Je ne les critique pas mais les opposants syriens croyaient que la Ligue arabe était un obstacle entre eux et la solution - une solution suivant un scénario 'à la libyenne'. Mais le scénario à la libyenne n'est pas envisageable."

Lors du soulèvement contre Mouammar Kadhafi l'an dernier, la Ligue arabe avait soutenu l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye pour protéger la population civile des attaques de l'aviation gouvernementale. Une résolution de l'Onu avait ensuite autorisé des frappes aériennes de l'Otan, toujours pour protéger les civils. Aujourd'hui, les pays arabes et les puissances mondiales ont exclu une intervention militaire en Syrie.

Prié de dire si, à son avis, Moscou et Pékin avaient perdu de leur crédit diplomatique dans le monde arabe à la suite de leur veto, Nabil Elarabi a répondu: "Pour faire court, la réponse est 'oui'". Il a toutefois souligné que les pays arabes continueraient à travailler avec les Russes et les Chinois car ils "ont besoin d'eux".

Il a précisé qu'il avait parlé au téléphone lundi avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qui sera mardi à Damas pour présenter une initiative diplomatique. Prié de dire si cette initiative, dont rien n'a filtré, pouvait mettre fin à la crise, Elarabi a répondu: "Ils (les Russes) le pensent".

CONSTAT D'IMPUISSANCE ?

A propos des discussions de la semaine dernière à l'Onu, il a raconté qu'il avait quitté New York mercredi en étant persuadé qu'un accord était possible. "Je suis parti avec cette idée le mercredi soir. Mais le vendredi d'autres questions avaient surgi."

"Il n'y avait pas besoin de recourir au veto. Nous étions sur le point de parvenir à une version de la résolution qui aurait obtenu les suffrages de tout le monde", a-t-il poursuivi.

"Maintenant, le gouvernement syrien peut interpréter cet échec comme un constat d'impuissance de la communauté internationale et se dire qu'il peut tout se permettre."

Les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe se réuniront une nouvelle fois la semaine prochaine pour discuter de l'avenir de la mission d'observation dépêchée fin décembre en Syrie et suspendue après le départ des observateurs des Etats du Golfe, de la Jordanie et du Maroc qui, a dit Elarabi, "ne jugeaient pas cette mission assez efficace".

"Si nous devions envoyer une autre mission, ce que nous envisageons, il faudra qu'elle soit plus forte en effectifs et en équipement. Son mandat aussi devra être différent", a-t-il déclaré, évoquant la nécessité d'un soutien international et non plus seulement arabe.

"Mais on ne peut y aller qu'avec l'accord des autorités syriennes. Celles-ci réalisent maintenant qu'elles ont un sérieux problème et qu'elles ne peuvent pas continuer comme cela."

Nabil Elarabi a précisé être en contact régulier avec le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid al Moualem, dont le gouvernement impute la crise actuelle à une conspiration soutenue par l'étranger.

"Nous avons mis toutes nos cartes sur la table (...) Maintenant, c'est aux Nations unies de décider. Le Conseil de sécurité a échoué. Nous ne pouvons rien faire de plus..."

 

 

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 21:26

BHL pointe un doigt accusateur contre le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar, qualifié de raciste, l'invective ne renvoyant pas au Président mais à sa plume Henri Guaino. Quelques spécialistes se prononcent.

Depuis son élocution, le 26 juillet dernier, le discours africain de Nicolas Sarkozy n’en finit pas d’alimenter les polémiques. Très mal reçu par son auditoire, il a immédiatement donné lieu à des critiques sévères dans la presse sénégalaise, avant d’être attaqué par six écrivains africains dans Libération. Mais au cœur de l’été et de l’état de grâce, en France, après l’impact, les secousses n’ont pas fait trembler la bonne image présidentielle. D'autant que certains leaders africains, comme le Président de l'Afrique du sud, ont applaudi le Président français.
Bernard-Henri Lévy a ravivé le débat sur France Inter il y a quelques jours, en traitant Henri Guaino, auteur présumé du discours, de « raciste ». La plume de Nicolas Sarkozy, qui a clairement revendique sa contribtuion au discours, a répliqué sans se départir de sa verve, que BHL était « un petit con prétentieux ». Deux hommes de lettres et de pouvoir, médiatiques de surcroît, qui s’envoient des noms d’oiseaux comme à la cour de récré, ça fait toujours rigoler. Mais après un échange aussi haut en couleur que ras des pâquerettes, on perd un peu le fil. Le discours de Dakar est-il vraiment raciste ? Mérite-t-il qu’on s’indigne ? Et que dit-il, au fond, des rapports de la France à son Histoire et au grand continent ?
L'homme africain au centre de la polémique

En dehors de Malek Boutih qui ne souhaite pas le lire… les militants antiracistes et les associations communautaires sont très prompts à marquer leur accord avec BHL, ce qui est très nouveau dans cet univers. Cible de toutes les indignations : le petit paragraphe litigieux du discours prononcé par Nicolas Sarkozy sur l’ « homme africain » qui ne serait « pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. » Pour Patrick Lozès, président du Conseil représentatif des associations noires (Cran), si « le racisme, c’est imputer des comportements normés à un groupe d’individus », alors « c’est ce que fait Nicolas Sarkozy dans son discours. » Une lecture partagée par Mouloud Aounit, président du Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples (Mrap) pour qui « ce discours est un hymne à la gloire des forfaits du colonialisme qui rassemble l’ensemble des clichés racistes qui introduisent « l’homme noir » comme un sous-homme. ».
Pourtant, à le lire dans son ensemble, l’argument s’érode. Avant ce paragraphe très malheureux, de nombreuses formules condamnent la colonisation et la traite négrière « crimes contre l’humanité toute entière ». Par quatre fois, l’orateur répète que « la colonisation fut une grande faute ». Et lorsqu’il évoque « l’homme noir », il introduit une formule littéraire plutôt qu’il ne stigmatise la couleur de peau des habitants subsahariens. Ce discours provoque en réalité un malaise plus profond, qui dépasse peut-être le simple débat de savoir s’il est proprement « raciste ».
Un discours daté

Pour Pascal Blanchard, chercheur au CNRS et spécialiste de la colonisation, « Ce discours est plus colonialiste que raciste.» Un discours prenant à la fois acte des erreurs passées mais sur un ton finalement assez paternaliste… un discours, surtout, aux références datées. Jean-François Probst, légende de la chiraquie qui a connu l’ère Foccart, du temps du conseilleur de de Gaulle aux Affaires africaines et malgaches, se moque : « Guaino a peut-être voulu faire du Jaurès, mais il a fait du Desroulèdes ». A l’écouter, le discours pèche finalement plus par ignorance que par idéologie.
Son analyse rejoint ainsi celle d’un journaliste spécialisé, Antoine Glaser, directeur deLa Lettre du continent,, qui est frappé par l’ « anachronisme » de cette allocution : « Tous ces débats sur la repentance ou le racisme nous parlent d’un autre temps. Aujourd’hui, que ce soit la Chine, à la recherche de nouveaux marchés et de matières premières, les Etat-Unis pour le pétrole, Dubaï, les pays du Golf, le Brésil ou même l’Allemagne, tout le monde se tourne vers l’Afrique. Avec Chirac, la France a voulu se faire croire qu’elle pouvait garder sous cloche le pré-carré françafricain. Mais les caisses sont vides, ces relations sont caduques. L’Afrique évolue sans la France, pas seulement dans l’Histoire mais dans l’économie mondialisée. » Reste à savoir comment la France de Sarkozy compte s’y prendre pour raccrocher les wagons plus concrètement qu’en s’enferrant, sur un ton moralisateur, dans des querelles idéologiques dépassées. Et ça, BHL et Guaino n’en disent rien. C’est dommage. Car à écumer les références qui vont de Desroulèdes à Maurras en passant par Houphouët Boigny et Foccard, la France qui polémique autour de Dakar semble tellement obnubilée par sa propre Histoire qu’on en vient à craindre qu’elle ne devienne une puissance du passé.


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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 19:43

Es ist eine grosse Ehre und Freude hier heute zu Ihnen zu sprechen. Hier in der altehrwürdigen Humboldt Universität, in Deutschland, in Berlin. Ich bedaure dass ich zu oft nur als Politiker "einen Koffer in Berlin" habe. "Berlin ist eine Reise wert."

Lassen Sie mich zunächst in English fortfahren.

The speech delivered here by Joschka Fischer in May 2000 triggered a Europe-wide constitutional debate. As you know it ended seven years later when European leaders reached an agreement on today’s Lisbon Treaty.

During those seven years, I was as a Belgian former vice-prime-minister, in the opposition… So I did not take part in negotiating or drafting the Lisbon Treaty.

After another two years, the leaders of 26 European countries asked the then Belgian Prime-minister to be the first to embody one of the Lisbon Treaty’s most visible innovations: the full-term and longer-term Presidency of the European Council – and I accepted.

That is why tonight, I am happy to come to the Humboldt University and say to you:

Vielen Dank for the brilliant idea of inviting Herr Fischer to deliver that speech!

Since then, in what has become the Humboldt Series, many distinguished speakers have spoken here, setting out their vision of Europe’s future. Where is Europe heading? How will our Union develop? What impulses does it need?

Today this question is taking an even more dramatic turn. The future of the Union as such is being questioned, or at least that of the euro, the Union’s symbolic heart.

Until recently, when considering this future, it seemed natural to imagine that Europe would become more centralised. Today we are seeing a stronger presence of the member states and of national leaders, who have been forced to take centre stage in the euro crisis, later in my speech, I will try to prove that this is not contradictory. In dealing with the crisis, the bonds between member states have also been put to the test. At times, moving forward meant some countries being left behind – by the 17 of the Eurozone, the 23 of the Euro Plus Pact or the 25 of the Fiscal Compact…. Some see in such signs the return of the ghosts of the past and worry about a “renationalisation of European politics”.

Tonight I will argue that in fact, we are going through a crucial phase for the future of Europe. The debt crisis, difficult and painful as it is, brings home the fact that the Union is us. Right here and now, in everyone's daily life. Europe not a great abstract idea for the future, no it is Alltagserfahrung!

I will underline two key words tonight: interdependence and co-responsibility. First the economic and political interdependence of our countries, which was accelerated by the euro. Second the new awareness of co-responsibility among Europe’s leaders which it has provoked.

I further believe, and all my work is directed toward this end, that this awareness of coresponsibility needs to grow further, in order for our Union to live up to its deepest political vocation: bringing peace and prosperity for the peoples on our continent, acting strongly on the global stage.

Co-responsibility hit the Union’s 27 Heads of State and Government almost by surprise.

Many of my colleagues would actually have been quite happy to take a less prominent role in solving this crisis! However, since the start of the Greek crisis – almost two years ago to the day, and it is not over yet – the events forced such momentous decisions upon us that Heads of Government had to step in, together. They are particularly well-placed to assume the responsibility needed to carry these decisions through, to convince parliaments and voters across our Union of what has to be done when the future of our common currency is at stake.

I am convinced that this experience will have an impact on the way the Union operates beyond the crisis, on the way we shape the Europe of tomorrow. Sixty years of integration has taught us that Europe is not built by dissolving Member States, but by infusing them ever more deeply. A slow process which sometimes gets a sudden push. As Chancellor

Merkel said in an interview two weeks ago: “In this crisis we have reached a whole new level of cooperation; we have arrived at a sort of European home affairs. Europa ist Innenpolitik.”

This is precisely why my message to you tonight is this: what we are currently going through is not a “renational/isation of European politics”, no, it is the “European/isation of national political life”. And ultimately, with all its limits and its risks, this change will make the European project stronger.

I want to set out to you tonight why this matters for leaders, why it matters for parliaments, why it matters for Germany. We are facing a long crisis. It affects the very idea of Europe.

Of course, one could say that all political institutions in Western societies have to adapt to deep social, cultural and economic processes, to a slow decline of the sense of the public good. And Europe also suffers from that. But there is more to it.

The mistrust that we witness towards the EU’s actions and decisions, and to the European idea as such, is first and foremost due to the fact that the crisis is still very much with us.

The results are not there yet.

Legitimacy arises when people see, hear and feel that a political order benefits their prosperity, their freedom and security, that it safeguards their future. In that respect, it doesn't help that in the eyes of the public, the word "Europe" these days resonates with austerity and painful reforms. Even if the decisions are national – and even if a public deficit of 15 pct and a public debt of 160 pct are unsustainable, EU or no EU –, in the process the Union loses its shine.

All the more since austerity is often perceived as unfair, and revives the question of redistribution of income. The financial crisis, extravagant bonuses, growing inequalities in our societies -- all of this contributes to making it more acute. Among academics, you would maybe call it: a debate on "redistributive justice". Yet politically and socially it means: rising social tensions, maybe strikes and protests.

The fact that solving the crisis is taking much time -- more time than expected, let's be honest -- and that the crisis impacts on peoples' lives, sometimes their place in society, brings the question of legitimacy to the fore.

I am not one to underestimate the obstacles on our way. Getting to grips with the crisis takes time because there is real social and political resistance that needs to be overcome, in all member states. Deep-seated resistance both in countries with weaker economies who have to reform and reduce their public debt and deficit, and an understandable reluctance in stronger countries to step in with loans for the others, when these loans by themselves do not solve the underlying problems. Moreover, both sides worry that the end is not yet in sight.

In view of these obstacles, what we did manage to achieve in the past two years is actually quite remarkable. Stronger self-control by the member states (the Schuldenbremse).

Stronger surveillance on budgets, bubbles and banks. Better means to enforce the rules.

Conditional rescue loans to three countries in difficulty. A permanent firewall against contagion in the making. In fact, two years ago, nothing of all this existed. Building a lifeboat in the middle of the storm has taken time and energy.

It is not my purpose tonight to go into details, let alone to sing the song of major achievements. What interests me today is that many of the decisions we took over the past two years were quite simply unthinkable only a few months before.

Why have we been able to achieve these things? How has the Union as a whole tried to respond to the crisis? For me, the key is the unprecedented economic and political interdependence between euro countries and between all members of the Union.

Observers often focus on the economic side of this: on capital flows and the like. But there are also recent examples that highlight the political side of this interdependence. Let me mention a few of them.

The fact that the Prime Minister of one European country, last autumn, decided to sacrifice her government in order to be able to honour her personal commitment towards a stronger firewall to protect the euro from contagion.

The fact that votes in the Bundestag, because of their Europe-wide ramifications, are being covered by daily newspapers from Portugal to Poland.

The fact that the European six-pack legislation, that was adopted last year by the European Parliament and the Council of ministers, is already having a direct impact on budgetary negotiations and relations between political parties in Belgium.

The fact that peer pressure among leaders in the European Council has never been so strong – so that situations like the one we went through in 2003-2005 when the rules of the Stability Pact were discarded, not least by Germany and France, will not be repeated.

And also, the fact that announcing a referendum on the euro in one country caused a collective gasp all over Europe, in newspapers, on websites, in coffee corner talk. It was like a sudden lightning revealing what it means to be part of one Economic and Monetary Union. Aus der Schicksalsgemeinschaft wird eine Verantwortungsgemeinschaft!

Interdependence: a new reality developing before our eyes, and more importantly, citizens are accommodating to it. Grudgingly, half-heartedly, reluctantly, but would you really expect otherwise, when a stable framework like the euro is suddenly questioned, when people personally have to face hard facts like higher taxes or a later retirement age?

Yet for governments this interdependence means something else; for them it means the discovery of co-responsibility. A call of duty. They have to act together. Some would say dismissively the national leaders have only acted for the European good under the pressure of events, not out of inner conviction. Well, the pressure of events can be very effective too. Ideas can guide men; hard facts teach them.

Today we face such a moment of co-responsibility. Each country -- and I am in particular thinking of Greece -- is not only responsible for itself but also for the monetary union as a whole. We carry a common project, even if the choices are made nationally. Forgetting this in our actions undermines the common good.

Coming back to the role of national leaders: they have taken this up as an obligation, notone imposed by the Treaty, but by the course of history. Let us pause a moment at this concept of responsibility, a deeply political term.

Understandably, it is not a frequent word in official EU language. Lawyers and civil servants and even parliamentarians are more used to the language of “competences”. “Why does an institution act?” “Because it has the legal competence.”

Yet a crisis calls for legitimacy of a deeper nature than that granted by competence alone.

A crisis is a moment for responsibility. This is as true in life in general, as in politics.

Responsibility is not easily defined, but it is not arbitrary. For one thing, it is a response to something (a situation, a social bond, suffering).

Responsibility is also linked to capacity and power. That is why we can say (unlike for equality before the law) that some people or countries are expected to be more responsible than others. Importantly, it ultimately is also a free act. Strictly speaking, in the final analysis, nobody can be obliged to behave responsibly.

When I say the crisis put Europe’s national leaders face to face with co-responsibility, two reasons spring to mind why it fell upon them, personally.

First of all: there is a lot of money at stake. The public debt crisis, like the banking crisis in 2008, requires taxpayers’ money (albeit also in loans and guarantees). Given that the central EU budget is relatively small (ca. 1 pct of GDP), the EU institutions as such cannot act decisively on their own. It is therefore essential for the Member States to step in. And the amounts are such – around 212 billion euro for Germany in commitments to the rescue fund EFSF and ESM – that within countries the decision can only be taken at the highest political level. Many prime ministers would prefer this issue to stay in the hands of their Finance Minister… The need for national money and therefore the involvement of national leaders and parliaments is simply a fact.

Secondly: in times of crisis, we reach the limits of institutions built on attributed competences. When we enter Neuland and new rules have to be set, the European Council, bringing the 27 country leaders, the President of the Commission and the President of the European Council around the table, is well placed to play its part. It is one of the reasons the European Council was founded in the 1970s. A formal institution since the Lisbon Treaty, the body still combines the force of the Member States with the qualities of the older institutions.

As President of the European Council, my aim is to involve everybody, to find compromises that respect the interests and sensitivities of each member state, the prerogatives of the institutions, and also the interests of the Union as a whole, it sounds easier than it is!

It is not surprising that this crisis has confirmed the vocation the European Council has acquired since its foundation. Keeping out of day-to-day business which the other institutions do much better (in the well-tested framework of the “Community Method”), yet springing into action to deal with the special cases – changing the treaty, letting new members in the club, dealing with a crisis. In all these cases it draws upon the collective legitimacy of its members.

Nevertheless, not everybody is satisfied by this situation. Some citizens may criticise that far-reaching decisions concerning their own lives are being taken by a small group of leaders. Some political actors feel side-lined in the crisis management. Some say the traditional "Community method" is abandoned.

I have a more nuanced view. Over the past two years, we have worked to make sure that Europe’s institutions can deal with this new interdependence. To translate this experience of co-responsibility into stable institutions.

But even if we had to use the “intergovernmental” road…, I'd like to underline that the work we have been doing has actually resulted in stronger central institutions. The Commission has received unprecedented supervisory power. The Court will control the transposition of the debt brake (the Schuldenbremse). The European Parliament was decisive in designing the new budgetary and macro-economic surveillance, the so-called "six-pack", which is the backbone of the whole enterprise.

In the three major recent efforts by the Union to give itself a better economic governance – the Task Force on economic governance, the Euro Plus Pact, the Fiscal Compact – I worked hard together with the Commission to bring the results within the normal EU framework. The EU's history is full of examples which started outside the Treaty and are now part of it, just think of Schengen for instance.

When it comes to budget policies, the division of labour is subtle. Member States set the ceiling on debt and deficit together, at the Union level, and they decide individually how to raise money and spend it.

Within this new division of labour, the national parliaments fully keep their budgetary Königsrecht (at least as long as national policies do not threaten the financial stability of the euro itself!). Nevertheless there is some uneasiness among national politicians about the EU’s new tasks. Even some governments who have always favoured stronger European institutions and who expect “Brussels” to point fingers at badly performing countries, now realise that one day the finger may be pointed at them… But you have to be consistent: we cannot develop European policies only for weak countries, because “Europe”, that is all of us together! Still, the feeling of co-responsibility isn't felt as strongly in national parliaments as it could be.

Recent events show that each and every part of national political life can take on a European dimension! Every national MP should therefore take an interest in talking to fellow parliamentarians in Strasbourg and in other member states – a member of the Bundestag can only gain from speaking with, let's say, Italian or Slovenian colleagues -- and vice-versa!

The new Fiscal Treaty introduces meetings of the budget committees of national parliaments with the European Parliament. Even if this forum does not take decisions, it is important as a forum of exchange, as an eye-opener.

In meetings of the European Council, one feels the presence of all these parliaments. Not only do we listen to the President of the European Parliament at the beginning of each of our meetings – a Parliament to which one of our colleagues, the Commission President, is directly accountable. Many national leaders, in our discussions, refer to the position of their parliament, to defend specific amendments.

In that respect I sometimes have the impression that I am the only one in the room without a parliament! As a long-time elected politician, and a former President of a national parliament, I miss this dearly!

I do have voters of course, but they are not so numerous, only 27. In terms of an earlier example from the European constitutional tradition, it is more like having 27 “Kurfürsten”…! (I thought here in Berlin with its Ku'damm, you might appreciate the reference ..)

But unlike those from the past, my 27 electors are all democratically elected themselves! I could add, if the President of the European Council were to be directly elected in the future himself, his role would change and it would be the end of the honest broker.

I have set out why, all in all, I do not see a fearsome return of the past, but something else: a European/isation of national politics. I hope the students and academics among you will take this perspective up in your analyses. But only we all, politicians and citizens alike, can make it really come true!

Ich würde eine Chance auslassen, hier in Berlin nicht über die Rolle Deutschlands in der Finanzkrise zu reden, gerade auch wenn es um die Gesamtverantwortung geht.

Dabei ist es natürlich nicht meine Aufgabe, Mitgliedstaaten über ihre spezifische Verantwortung zu belehren. Erlauben Sie mir aber die folgenden Bemerkungen.

Wenn es um Wirtschafts- und Währungsfragen geht, ist es normal, dass einem Land, das -- jedenfalls in absoluten Zahlen --den größten Beitrag leistet, eine besondere Rolle zukommt.

Aber dabei heißt größter Beitrag nicht alleiniger Beitrag. Manchmal habe ich den Eindruck, dass einige Deutsche das Gefühl haben, allein für die Schuldenkrise verantwortlich gemacht zu werden. Das stimmt einfach nicht. Ein Viertel aus der

deutschen "Brieftasche" heißt gleichzeitig drei Viertel aus den "Portemonnaies" der anderen Euroländer!

Die EU ist eine Union mit 27 Mitgliedern, die Eurozone mit 17 Mitgliedern. Im Europäischen Rat brauchen wir jede Stimme. Unsere Entscheidungen werden einvernehmlich getroffen. Auch hat glücklicherweise niemand allein das Patent für Haushaltdisziplin oder Wettbewerbsfähigkeit.

Hinzu kommt, die Union ist nicht nur allein eine Wirtschaftsunion. Sie deckt eine breite Themenpalette, ab, zu der es unter den 27 unterschiedliche Sensibilitäten und Kapazitäten gibt. Oft ist es schwer zu sagen, wer die Federführung hat. Denken Sie nur an die Konstellation in der Europäischen Außenpolitik.

Ich lehne es deshalb ab, beim Thema „Deutschland in Europa“, vereinfachende Karikaturen oder oberflächliche Analysen zu verwenden. Wir müssen gemeinsam die Krise bewältigen, und das Endresultat kann nur "mehr Europa" heißen.

Je mehr Länder - auch große Länder - sich dafür begeistern, desto besser ist es. Es ist unsere einzige Zukunft.

Erleben wir gerade, dass die Deutschen ihre eher zögerliche Haltung überwinden und ihr ganzes Gewicht für "mehr Europa" in die Waagschale werfen? Keine einfache Frage, aber meine Antwort ist "Ja".

Wenn ich verfolge, wie dieses Land seinen Platz in Europa in beispielhafter Weise debattiert -- zwischen Parlamentariern, Intellektuellen, aber auch in einer breiten Öffentlichkeit -- und wenn ich verfolge, wie es dabei zunehmend sein Bekenntnis zur Europäischen Schicksals- und Verantwortungsgemeinschaft erneuert... - Ja, dann glaube ich, dass wir gerade das erleben. Und ich glaube auch, dass dies ein Akt der Verantwortung ist. Ein gemeinsamer und freiwilliger Akt.

Europa braucht nicht nur politisches Handeln, sondern auch positive Stellungnahmen zu seiner Mission. Vor allem von seinen politischen Repraesentanten. Die Sprache der Chefs ist das Fundament, auf dem Politik aufbauen kann. Nicht zuletzt deshalb habe ich die heutige Gelegenheit gerne ergriffen, über Europa zu sprechen, unser Europa, unser aller Europa.


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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 14:57

Dans le cadre de l'édition 2011 du Forum de Genshagen intitulé "Flux migratoires et intégration : défis nationaux, enjeu européen", la Fondation Genshagen et l'Institut Montaigne ont commandé une enquête d'opinion réalisée parallèlement dans nos deux pays par Harris Interactive et le dimap afin de nourrir la réflexion sur ces questions et l'enrichir du point de vue des citoyens allemands et français.

SYNTHÈSE DES RÉSULTATS DE L'ENQUÊTE

L'afflux de migrants en provenance du Maghreb ou encore les prises de position concernant la réintroduction du contrôle aux frontières au sein de l'espace Schengen ont relancé le débat public sur l'immigration et les politiques d'intégration en France comme en Allemagne. Cette actualité a également souligné les difficultés et les contradictions des politiques nationale et communautaire en matière d'immigration et d'asile.

Que pensent les citoyens français et allemands des processus d'intégration des personnes immigrées à l'oeuvre dans leur pays ? Quels sont selon eux les principaux obstacles à une meilleure intégration de ces populations ? Se prononcent-ils pour davantage d'action à l'échelle européenne en matière de politique d'immigration ? Ces réponses reflètent-elles un mouvement de repli national ou appellent-elles à une plus grande harmonisation des politiques d'immigration en Europe ? L'enquête d'opinion commandée par la Fondation Genshagen et l'Institut Montaigne révèle des différences importantes entre nos deux pays, non seulement dans le regard que portent les Français et les Allemands sur les populations immigrées et les mécanismes nécessaires à leur accueil et à leur intégration, mais également dans l'approche de l'immigration et des politiques migratoires dans leur dimension européenne.

Dans l'ensemble, les Allemands sont plus satisfaits des résultats de l'intégration que les Français. 42 % des Allemands interrogés considèrent que l'intégration des personnes immigrées fonctionne plutôt bien en Allemagne, alors que seulement 19 % des Français interrogés sont de cet avis pour leur propre pays. Notons également que seuls 9% des Allemands considèrent que l'intégration des personnes immigrées fonctionne très mal en Allemagne contre 31 % des Français interrogés. En revanche, pour un Allemand sur deux "le manque de volonté des populations immigrées" est l'un des principaux obstacles freinant l'intégration des immigrés au sein de la société tandis que cette réponse n'a été retenue que par 39% des Français interrogés.

Sur quoi faut-il faire porter l'effort en priorité pour améliorer le processus d'intégration dans nos pays ? Une grande importance est donnée en Allemagne à l'apprentissage de la langue (60 %), tandis que les personnes interrogées en France privilégient la connaissance des lois et des traditions du pays d'accueil (44 %). Modèle allemand de la "culture dominante" (Leitkultur) d'un côté, modèle républicain de l'autre ? Dans les deux pays, plus le niveau d'études des personnes interrogées est élevé, plus la nécessité d'améliorer l'intégration scolaire des populations immigrées est mise en avant. Par ailleurs, un Allemand sur quatre et un Français sur trois sont convaincus que leur pays n'a pas besoin d'immigration. Cette opinion est surtout répandue chez les personnes plus âgées et à faible niveau d'études.

En revanche, pour une nette majorité des enquêtés, la France et l'Allemagne sont des pays d'immigration. Français et Allemands affirment de manière unanime que la diversité culturelle et la responsabilité humanitaire constituent les arguments les plus importants en faveur de l'immigration. Cependant, les enjeux propres aux contextes nationaux – par exemple le poids du vieillissement démographique en Allemagne ou encore les difficultés d'accès au marché du travail en France – se reflètent dans les résultats de l'enquête. Ainsi l'immigration est-elle davantage perçue par les personnes interrogées en Allemagne comme une réponse au manque de main d'oeuvre qualifiée et comme un facteur d'équilibre des systèmes sociaux.

En outre, quel échelon est le plus pertinent aux yeux des Français et des Allemands pour faire face aux enjeux de l'immigration ? 50 % des Allemands se prononcent en faveur de compétences communautaires renforcées en matière de politique d'immigration, contre 45 % des Français qui estiment que la politique d'immigration devrait plutôt être du ressort de l'Union européenne.

A cette occasion, la Fondation Genshagen et l'Institut Montaigne ont également interrogé des échantillons représentatifs des populations allemande et française au sujet de la relation franco-allemande.
La France et l'Allemagne sont citées par 75 % des Allemands et 80 % des Français comme étant les principaux partenaires l'un pour l'autre au sein de l'Union européenne. Les Français et les Allemands divergent cependant sur l'avenir de l'Union européenne. Alors que les Allemands sont très partagés sur la question de la répartition future des pouvoirs entre le niveau communautaire et celui des Etats membres au sein de l'Union, une majorité relative des Français (40 %) se prononcent en faveur du maintien du statu quo actuel. Dans les deux pays, ce sont surtout les jeunes dont le niveau d'études et le revenu mensuel sont élevés, ainsi que les générations de l'après-guerre, contemporaines des débuts de la construction européenne, qui souhaitent un approfondissement de l'intégration européenne.

 

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 13:58

La chancelière allemande Angela Merkel a déclaré, lundi 6 février à Paris, qu'il était "normal de soutenir des partis amis" à propos du soutien qu'elle a apporté à Nicolas Sarkozy pour la présidentielle, lors d'une conférence de presse commune avec le président français. "Je soutiens Nicolas Sarkozy sur tous les plans, car nous appartenons à des partis amis", a déclaré Mme Merkel, interrogée sur le soutien qu'elle comptait apporter au chef de l'État français lorsqu'il aurait officialisé sa candidature. "Il est normal que nous soutenions nos partis amis", a-t-elle souligné.

Mme Merkel a aussi rappelé que M. Sarkozy était venu la soutenir en 2009 quand elle briguait un second mandat à la chancellerie. "Le candidat François Hollande s'est rendu au congrès du SPD", a-t-elle ajouté, allusion au déplacement au début du mois de décembre à Berlin du candidat PS. Elle n'a pas répondu à la question de savoir si elle rencontrerait François Hollande pendant la campagne électorale. La chancelière allemande soutient le président Sarkozy dans la campagne électorale française, comme chef de l'Union chrétienne-démocrate (CDU), et non comme chef du gouvernement, avait précisé lundi matin à Berlin un porte-parole, après des critiques émises en Allemagne.

"Je revendique cette amitié et cette confiance", a commenté lors de cette conférence de presse à l'Élysée Nicolas Sarkozy, dénonçant sévèrement - sans le nommer - l'intention de François Hollande de renégocier le nouveau traité européen sur la discipline budgétaire s'il était élu en mai (cf. à cet égard François Hollande ne court aucun risque en affirmant que, dans l'hypothèse où les électeurs français le désigneraient Président de la République, il renégocierait le Pacte budgétaire ! ).

 

 

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Published by Pierre de Taille - dans La France et ses partenaires
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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 13:47

Le XIXe siècle et le début du XXe siècle se sont nourris de pseudo-théories scientifiques sur les différences entre les races, permettant de les situer sur une échelle. Maintes "recherches" visaient à prouver cette hiérarchie avec sérieux et rigueur. La forme des crânes et la taille supposée des cerveaux valaient preuves. Reprises, déclinées, amplifiées par les Nazis, ces divagations leur permirent de placer la race aryenne tout en haut, et la "race" juive - il n'y en eut évidemment jamais - tout en bas. Cette dernière, dont la nocivité était démontrée, devait disparaître, pour laisser la place aux races supérieures, parties à la conquête de l'Europe. On connaît la suite : l'extermination des membres de cette prétendue race inférieure dans les camps de la mort.  

Nous, historiens, savons très bien que les "leçons de l'histoire" ne hantent guère la mémoire de la plupart de nos politiciens. Elles n'y affleurent même pas. Ils préféreront toujours mettre en exergue leur pragmatisme et leur professionnalisme. Comme si la politique était une profession.

Dernier exemple en date, notre cher ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, qui n'est pas à une polémique près, déclarait, le samedi 4 février, lors d'un colloque organisé par l'association étudiante de droite dure, l'UNI, à l'Assemblée nationale, que "toutes les civilisations ne se valent pas" et appelait, en bonne logique, à "protéger notre civilisation". Il récidivait le lendemain sur France Inter : "toutes les civilisations, toutes les pratiques, toutes les cultures, au regard de nos principes républicains, ne se valent pas ». Bien qu'affirmant qu'il ne visait aucune religion en particulier, il donnait deux exemples de pratiques non acceptables évoquant l'islam, le voile intégral et les prières de rue.

Jusqu'à quand stigmatisera-t-on aussi grossièrement les musulmans ? M. Guéant, qui prétend s'exprimer au nom des Français, juge qu'"il y a des civilisations que nous préférons, (...) pour nous, tout ne se vaut pas". Il n'ose pas utiliser le mot "religion". Mais c'est clairement à cela que son "civilisation" renvoie. C'est même de cette confusion qu'il joue. Or, tout esprit un peu sensé sait que toutes les civilisations, que toutes les religions si diverses qu'elles soient se valent. Elles peuvent enfanter le pire, comme le meilleur. L'Europe et le christianisme ont été riches en exemples des deux sortes. Seuls les régimes politiques, les organisations sociales ne se valent pas, en effet.

Le jeu pervers auquel se livre Claude Guéant fait froid dans le dos. Il s'agit certes pour lui d'aller à la pêche aux voix du Front National pour son patron, maintenant que Marine Le Pen rencontre des difficultés à rassembler ses 500 signatures et qu'un sondage publié dimanche montre que si elle n'était pas dans la course, Nicolas Sarkozy et François Hollande seraient à égalité au premier tour.

Voilà qui donne des ailes à la droite pour tenter de séduire sans vergogne l'électorat du FN. Et qui autorise M. Guéant à reprocher aux socialistes de ne pas être assez laïcs et de tolérer "une civilisation qui asservit la femme, qui bafoue les libertés individuelles et politiques, qui permet la tyrannie". Rien que ça.

Comment supporter cette surenchère politique d'inspiration bassement xénophobe, qui fait son chemin dans les esprits, et y instille jour après jour la haine du musulman ? Qui veut-on donc convaincre de cette inégalité des civilisations et finalement pour quoi faire ? A supposer que les musulmans appartiennent à une civilisation "inférieure", M. Guéant peut-il nous dire clairement ce qu'il entend en faire ? A-t-il conscience que l'accumulation des petites phrases assassines ne peut, inéluctablement, que mener à la violence ?

Monsieur Jourdain de l'anthropologie, notre ministre de l'Intérieur, enfermé dans son bureau, l'œil rivé à la lorgnette de son cynisme électoraliste, devise et théorise sur les bonnes et les mauvaises civilisations. Quelle honte pour la France d'être dirigée par des politiciens sans éthique, prêts à sacrifier la cohésion nationale et notre capacité à vivre ensemble sur l'autel de leurs petits intérêts à court terme ! A quand « La France aux Français » ?

  

Esther Benbassa est directrice d'études à l'EPHE (Sorbonne) et sénatrice EELV du Val-de-Marne. Elle vient de publier De l'impossibilité de devenir français (Les Liens qui Libèrent, 2012).



Cette tribune est parue dans le Huffington Post le 6 février 2012.



 

 

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 13:16

Justifier les nouvelles sanctions pétrolières prises par le Conseil des ministres de l'Union européenne à l'égard de l'Iran par la volonté de couper les ressources financières destinées au programme nucléaire iranien comme le justifie Mme Ashton (cf. Speech of High Representative Catherine Ashton on Iran and its nuclear programme (European Parliament - Brussels, 01 February 2012) ) est aussi stupide que de justifier la baisse des budgets de défense en Europe par le fait que les menaces à la sécurité stratégique de l'Europe ont baissé !

Par contre, ce dont tout le monde peut être certain, c'est que de telles sanctions vont cruellement affecter l'économie de base iranienne tout en resserant les liens entre les différentes factions au nom de l'unité nationale nécessaire à la préservation des intérêts essentiels de sécurité de la Nation !

L'ignorer relève soit de l'incompétence, soit de la manipulation, soit des deux !

C'est probablment là la cause première de la division de l'Occident sur l'approche à adopter vis-à-vis de l'Iran (cf. L'Occident divisé sur l'approche à adopter vis-à-vis de l'Iran)

En tout cas, celà participe à conforter à la baisse la mauvaise note que les observateurs européens médusés ont tendance à affecte à la PESC (cf. Les 7 péchés capitaux de la PESC ! ).

 

 

 

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 12:51

La visite de la chancelière allemande Angela Merkel la semaine dernière à Pékin a été l'occasion pour le Premier ministre Wen Jiabao de rappeler qu'une Europe stable était dans l'intérêt de la Chine. En effet, "le premier marché pour nos exportations est l'Europe", a-t-il déclaré, avant d'ajouter qu'"aider à stabiliser le marché européen, c'est en fait nous aider nous-même (...). Nous devons stabiliser les politiques d'importation et d'exportation", cite l'AFP.
C'est ainsi que la Chine, deuxième économie mondiale, a multiplié les rachats d'entreprises en Europe, dans des secteurs on ne peut plus divers (l'eau, l'énergie ou les yachts de luxe), ces investissements étant décidés sur de pures perspectives de rentabilité. En novembre, le ministre chinois du Commerce Chen Deming a annoncé l'envoi en 2012 d'une délégation d'investisseurs en Europe, d'après l'AFP.
En dépit de la détérioration des perspectives économiques dans la zone euro, les investissements directs de la Chine en Europe ont plus que doublé en 2011 pour atteindre 6,7 milliards de dollars, nous explique Reuters. Les entreprises chinoises cherchent à se diversifier en raison de l'accroissement de la concurrence sur le marché intérieur. De plus, les achats chinois sont facilités par des emprunts à faible taux d'intérêt offerts par les banques d'Etat.
Mais l'Union européenne profite également de ses relations avec la Chine. Selon Markus Ederer, ambassadeur de l'UE, "Il y a des signes qui montrent qu'en 2012, la Chine pourrait devenir le premier marché à l'exportation de l'Europe", dépassant ainsi les Etats-Unis, avant d'ajouter que "Les exportations européennes croissent à un rythme plus rapide que les importations européennes en provenance de Chine". D'après les statistiques des douanes chinoises mentionnées par Les Echos, les exportations chinoises vers l'UE n'ont progressé que de 14,5% en 2011, contre 25,6% pour les importations. Mais le déficit commercial des échanges entre l'UE et la Chine demeure toujours important, celui-ci s'étant élevé à 145 milliards de dollars l'an dernier.
Le Premier ministre chinois a manifesté à la chancelière son inquiétude quant à "l'urgence" pour l'Europe de régler la crise de la dette. Selon Wen Jiabao, "La Chine cherche, à travers le Fonds monétaire international, à participer à la résolution du problème de la dette européenne via le FESF et le MES". D'après l'AFP, La Chine détiendrait pour plus de 550 milliards de dollars de dette souveraine européenne, et fait état de réserves de change frôlant les 3 200 milliards de dollars. Elle n'a toutefois pris aucun engagement chiffré quant à sa participation au FESF.

 

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 11:57

L'Allemagne est à la mode. Nicolas Sarkozy s'est référé un nombre incalculable de fois à notre voisin d'Outre-Rhin dans son allocution multi-télédiffusée de dimanche dernier. Pour le président français, la référence est socio-économique. Il vante, en multipliant les inexactitudes, les réformes mises en oeuvre en Allemagne depuis une quinzaine d'années et qui ont permis aux entreprises allemandes de doper leur compétitivité internationale.

Les analyses actuelles montrent cependant que l'Allemagne s'est engagée depuis quinze ans dans une politique de désinflation compétitive douloureuse pour ses principaux partenaires européens et fondée sur un triptyque peu enviable : stagnation des salaires, atonie de la consommation et explosion des inégalités sociales. Cette stratégie représente une part non négligeable des progrès allemands à l'export.

Pour le reste, l'Allemagne tire un meilleur parti de la globalisation que ne le fait la France pour des raisons structurelles que les sociologues du travail et de l'emploi ont mises en lumière dès les années 70. Ainsi la compétitivité internationale des entreprises allemandes s'appuie sur la qualité de la formation et sur la coopération avec les salariés qui sont informés et associés à la gestion des firmes.

Enfin, les grandes banques et surtout les grandes entreprises soutiennent les PME de leur secteur d'activité, dans leurs projets d'exportation, de formation professionnelle ou encore d'équipement industriel. En Allemagne, la compétitivité industrielle se construit de façon organisée et solidaire, dans les branches d'activité. On voit que trop bien se dessiner en creux les choix de gestion des grandes entreprises françaises. Celles-ci n'ont pratiquement jamais le souci d'organiser leur secteur et s'accaparent des aides de l'Etat dans les domaines du soutien à la recherche, à l'innovation, ou encore à l'export. Les organisations patronales françaises n'ont guère su se professionnaliser ni se responsabiliser quant à des objectifs collectifs. La rotation des élites françaises entre le sommet de l'Etat et les CA des plus grandes entreprises, si elle a un temps réussi à imposer des coordinations économiques cohérentes, a continuellement étouffé le développement du soutien aux PME et ne remplit plus de rôle positif pour l'intérêt général. Au contraire, on voit aujourd'hui la caste qui circule entre politique et économique forger son illégitimité dans l'irrespect qu'elle manifeste au bien public.

Sarkozy se trompe donc de modèle quand il semble vouloir s'inspirer de la stratégie de désinflation compétitive. S'il est un modèle allemand qu'il faut choisir, c'est le modèle démocratique. Ce modèle est celui de la décentralisation, de l'implication responsable des corps intermédiaires ou encore des grands débats publics. Alors que l'Allemagne était aux prises avec la tâche historique de la réunification, le Chancelier Kohl a lancé dans les années 90 un débat public intitulé "Standort Deutschland" qui portait sur la place du pays comme lieu de production dans un monde globalisé et marqué par l'économie de la connaissance. On peut ne pas partager toutes les réponses politiques, économiques ou sociétales apportées à ce débat. Cependant, ce débat a mobilisé la société et l'actualité pendant des mois et a débouché sur des priorités claires et négociées : la recherche, l'éducation, l'accroissement de la place du marché dans les régulations sociales en furent les principales conclusions. Les Français sont les champions du monde de l'angoisse devant la mondialisation peut-être parce que les politiques n'ont pas fait ce travail d'organisation du débat public.

On moque parfois en France la lenteur du processus décisionnel allemand. La supériorité du partage du pouvoir sur sa concentration apparaît cependant clairement dans le contexte actuel. La procédure de nomination personnelle par le président de la République des chefs de l'audiovisuel public au prétexte que le système antérieur était dysfonctionnel est paradigmatique des récents errements démocratiques français. En Allemagne, les responsables de l'audiovisuel public sont désignés par de grands collèges de professionnels, composés pour l'essentiel de responsables de médias locaux et régionaux. Des conseils d'administration pluralistes mettent en œuvre des contrôles collégiaux et transparents. En ce moment celui de la deuxième chaîne publique, la ZDF, est présidé par le leader de l'opposition SPD, Kurt Beck. On a pu cependant justifier dans la France du 21e siècle le choix de la réforme autocratique sur celui de la réforme démocratique. Mais il n'était pas l'heure de se référer à l'Allemagne à tout bout de champ.

La rénovation du modèle démocratique français est un préalable à celle du modèle socio-économique. De l'audiovisuel public, au " débat " sur l'identité nationale en passant par la relation aux partenaires sociaux ou au système judiciaire, les dérives démocratiques récentes furent une caricature qui s'est avérée aussi inefficace pour l'organisation économique et sociale du pays que dangereuse pour sa cohésion. Le candidat Sarkozy a su imposer les bons clivages politiques pour emporter l'élection présidentielle de 2007. Le président qu'il est devenu n'a pas compris que la fonction impose de passer de l'art du clivage à celui de leur dépassement. Le modèle démocratique français est donc devenu dangereux parce que la concentration du pouvoir qu'il organise prévoit trop peu de garde-fous à des élus aussi mal inspirés.

La potentielle concordance des majorités dans les deux composantes du parlement est pour la gauche une obligation morale de réformer la démocratie française. Il faut lancer le débat maintenant. Il doit structurer la campagne. Mehr Demokratie wagen disait Willy Brandt. Inspirons-nous de ce modèle qui a si bien réussi à nos voisins pour marquer une vraie rupture. Il faut en effet plus de démocratie, à l'école et à l'université, dans les entreprises et les administrations, dans les communes et les pouvoirs locaux, et bien sûr.... à "Paris".

 

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