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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 11:01

Contexte

Le 18 avril dernier, la Suisse a annoncé qu'elle réintroduirait provisoirement le régime des permis de travail pour les travailleurs en provenance des huit Etats d'Europe de l'Est qui ont rejoint l'UE en 2004 (la République tchèque, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Slovaquie et la Slovénie).

La Suisse a ouvert son marché du travail aux huit pays de l’Union européenne concernés le 1er mai 2011. Le pays a toutefois décidé d’utiliser une « clause de sauvegarde » de l’Accord sur la libre circulation des travailleurs.

La décision des autorités helvétiques a été vivement critiquée par la haute responsable de l'UE pour les affaires étrangères, Catherine Ashton. Elle a affirmé que cette mesure enfreignait l'accord bilatéral entre l'UE et la Suisse qui, selon elle, ne permet aucune distinction entre les citoyens de l'UE.

Mme Ashton a ajouté que cette décision n'était ni justifiée sur le plan économique par l'état du marché du travail, ni par le nombre de citoyens de l'UE demandant à résider en Suisse.

Les éléments nouveaux

Les Suisses veulent limiter l'accès de leur territoire aux Européens, acquis depuis 15 ans.  Les accords économiques mis en place depuis pourraient être remis en question par Bruxelles.

La votation sur les quotas d'immigration que la Suisse souhaite imposer aux Européens a été accueillie avec consternation en Europe. Les Suisses ont voté dimanche en faveur de la réintroduction de quotas d'immigration avec l'Union européenne.

Au cours de cette « votation », cette idée de fermer partiellement les frontières aux Européens a été approuvée par 50,3% des électeurs,  et adoptée avec la majorité nécessaire dans plus de la moitié des 26 cantons.

Ce résultat oblige le gouvernement à transformer cette initiative en loi dans un délai de trois ans.

Le texte « contre l'immigration de masse » était défendu par l'Union démocratique du centre (UDC), un parti de droite, mais dénoncé par les milieux d'affaires et les entreprises soucieux d'attirer une main d'oeuvre hautement qualifiée.

Regrets de Bruxelles

A Bruxelles, la Commission européenne a dit « regretter » que le « oui » aux quotas l'ait emporté. « Ceci va à l'encontre du principe de libre circulation des personnes entre l'Union européenne et la Suisse », a-t-elle déclarer la CE dans un communiqué.

Elle indique qu'elle « examinera les implications de cette initiative sur l'ensemble des relations entre l'UE et la Suisse" mais qu'elle tiendra compte de la position du gouvernement qui avait recommandé de voter « non ».

« Pour nous, les relations entre l'UE et la Suisse sont un tout », a pour sa part déclaré le député européen du Parti social-démocrate d'Autriche (SPÖ) Hannes Swoboda. « Si la Suisse suspend l'immigration en provenance de l'UE, elle ne pourra pas compter sur tous les avantages économiques et commerciaux dont elle bénéficie actuellement.

L'association des banques suisses a appelé à des discussions « constructives d'urgence » avec l'UE dans un message sur Twitter.

L'argent des Européens, sans les Européens

Cette décision risque d'avoir des conséquences sur les relations entre l'Union européenne et la Suisse. L'accord de libre-circulation signé en 1999 entre la Suisse et le reste de l'Europe devrait tomber en désuétude. Selon Sylvie Guillaume, eurodéputée PS, « tous les autres accords bilatéraux conclus et en débat doivent en toute vraisemblance tomber » 

Le regard de la population helvétique sur la question de l'immigration a changé avec un récent afflux d'immigrés - ils sont 70.000 en moyenne à arriver chaque année sur le sol suisse. On les rend responsables de l'augmentation des loyers, de l'encombrement des transports ou de la hausse de la délinquance.

Les étrangers représentent 23% de la population de ce pays de huit millions d'habitants, soit le deuxième ratio le plus élevé du continent après le Luxembourg.

Tentation xénophobe

Au printemps dernier, la Suisse avait déjà restreint l'accès à son marché du travail, en interdisant l'accès à plusieurs pays d'Europe. Ce qui avait fortement irrité l'Union européenne, dont la réaction n'avait pourtant pas été très audible.

La tentation xénophobe manifestée par ce vote n'est pas isolée en Europe. Au Royaume-Uni, le gouvernerment de David Cameron s'interroge sur la restriction de la liberté de circulation.

Et à l'approche des élections européennes, les partis nationalistes appellent au repli sur soi, non sans succès.

En France, le parti d'extrême-droite de Marine Le Pen est donné gagnant aux élections européennes.


Réactions : 

Le ministre des Affaires Etrangères français, Laurent Fabius, a condamné ce choix lundi 10 février.

«C’est un vote préoccupant parce qu’il signifie que la Suisse veut se replier sur elle-même (...) et c’est paradoxal car la Suisse fait 60% de son commerce extérieur avec l’Union européenne», a souligné le ministre des Affaires étrangères sur RTL.  «On va revoir nos relations avec la Suisse» a-t-il encore promis.

« Le message de la Suisse est aussi clair qu’inacceptable : « L’argent des européens, oui, mais les Européens, non », estime Sylvie Guillaume, eurodéputée PS.

Pour le journal espagnol "El Pais",  "la victoire des opposants à +l'immigration de masse+ en Suisse aura des conséquences pour tout le monde en Europe". "Non seulement cela remet en question l'accord sur la libre circulation des personnes établi avec l'UE, mais cela reflète aussi l'agitation populiste et xénophobe parcourant le Vieux Continent moins de trois mois avec les élections européennes". "Il s'agit là du pire résultat possible pour la majorité des hommes politiques et les entreprises suisses".

 

Prochaines étapes : 

 D'ici 2017, la Suisse devra traduire dans une loi le choix issu de la votation des Suisses sur la réintroduction des quotas d'immigration

Source : http://www.euractiv.fr/europe-dans-le-monde/les-eurodeputes-fustigent-la-sui-news-512980

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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 11:00

La question de savoir comment l’État d’Israël devrait répondre à la nouvelle vague d’antisémitisme, et s’il doit y répondre, devenue partie intégrante de la protestation violente en Ukraine, n’est pas entièrement nouvelle pour Israël. En fait, elle touche à nouveau au noyau même de l’existence de l’Etat juif. Le profond dilemme peut être réduit à une simple question. Si vous mettez de côté la question de savoir si Israël doit être un “Etat de tous ses citoyens", se pose à gauche la question non moins intéressante de savoir si Israël est uniquement la patrie des Juifs qui y vivent, ou s’il s’agit de la patrie de tous les Juifs, peu importe où ils vivent.

La question n’a jamais été un sujet de débat public, mais la réponse a été donnée il y a longtemps : Israël perçoit son rôle comme une patrie pour tous les Juifs, responsable pour eux et qui les encourage ouvertement à venir vivre ici. Les Juifs de par le monde sont donc confrontés à un dilemme parallèle : ils chérissent le fait d’avoir une patrie en cas de problème d’une part, mais sont partout confrontés à des sentiments anti-israéliens. Dans le cas de l’Ukraine, la situation est encore plus complexe.

L’antisémitisme, souvent étroitement associé à un fort sentiment nationaliste, se retrouve dans les deux camps rivaux. Il faut se rappeler d’un facteur : le rideau de fer est tombé depuis longtemps, mais malgré les difficultés, les Juifs ukrainiens, au moins pour le moment, ont choisi de rester là-bas. Ce choix et ses conséquences doivent être soigneusement pesés.

Alors que le monde suit la crise en cours en Ukraine pour différentes raisons - politiques, économiques, humaines - la sphère politique et sociale israélienne a une motivation supplémentaire : les 180.000 Juifs qui vivent encore dans la grande république post-soviétique. Il y a beaucoup de raisons d’être inquiets. L’Ukraine a une histoire longue et amère d’antisémitisme vicieux qui ne peut être classé comme "passé". Il y a à peine quelques mois une lettre signée par 61 membres de la Knesset israélienne de tous les partis, Juifs et Arabes, exigeant des sanctions symboliques en réponse à la position antisémite de certains politiciens ukrainiens associés avec le Conseil européen, a été transmise au Conseil européen.

L’antisémitisme en Ukraine est bien vivant, et le bouleversement actuel va de pair avec le nombre croissant d’incidents antisémites. Si dans des temps plus paisibles les Juifs sont blâmés pour voler le pays - à présent ils sont blâmés pour tenter de voler la révolution. Un membre d’un groupe parlementaire de l’opposition est venu récemment sur la Place de l’Indépendance, principal lieu de la manifestation à Kiev, habillé comme un Juif orthodoxe, et a montré une maquette qui disait : "J’ai beaucoup d’argent, je peux acheter les politiciens, les médias et dans les faits l’ensemble du pays". Il était à peine drôle. Les participants juifs des manifestations entendent souvent : " ce n’est pas un endroit pour les Zhydim" - un mot offensif pour dire juif. Les manifestants juifs se plaignent d’être chassés de la place. Un Juif orthodoxe a été agressé et hospitalisé. Les institutions religieuses juives ont embauché des sociétés de sécurité privées qui emploient d’nciennes forces de sécurité israéliennes et des champions de boxe ukrainiens. L’atmosphère de peur règne. Le harcèlement verbal est facilement transformé en menace physique. Alors que la situation se détériore et le sentiment nationaliste se développe - l’antisémitisme prospère.

Les officiels israéliens suivent la situation de loin avec une certaine perplexité. Malgré tout ce qui a été dit ci-dessus, seuls 1997 juifs ont choisi d’immigrer en Israël en 2013, 7% de moins que les 2.138 juifs arrivés en Israël en provenance d’Ukraine en 2012. Des chiffres très décevants pour l’establishment israélien, toujours désireux de "sauver" les Juifs ou d’équilibrer la démographie israélienne. Aussi, soit la menace n’est pas si effrayante, soit la terre promise n’est pas si attrayante pour les Juifs d’Ukraine pour le moment. Il se pourrait aussi qu’ils se sentent profondément ancrés dans le tissu de la société ukrainienne et restent se battre pour elle.

Telle est la question : Israël doit-il faire plus que simplement suivre la situation avec préoccupation ? La semaine prochaine, le comité de l’Aliyah à la Knesset va consacrer une réunion spéciale pour discuter du sort des Juifs d’Ukraine. Le Chef de la commission, le député Yoel Razbozov ( lui-même immigrant d’ex-URSS ) a dit à I24News : "Lorsque les Juifs en Ukraine sont exposés à cette violence, nous devons leur montrer en tant qu’Etat que nous sommes auprès d’eux.

Je crains qu’un jour nous nous réveillions avec une nouvelle "Nuit de cristal" . Nous gardons le contact avec les dirigeants de l’opposition en Ukraine, et demandons que les décideurs dans ce pays renforcent et imposent des peines sévères à toute manifestation d’antisémitisme".

Ça sonne bien, mais qu’en est-il ? Toute étreinte fraternelle à distance ne fait qu’accentuer la double identité des Juifs, et les étiquette comme "différents". Un haut fonctionnaire de l’établissement de l’Aliyah considère même ce genre de "participation à distance" de l’establishment juif et israélien comme très risqué en Ukraine. En attendant, il est important de se rappeler : les portes sont ouvertes pour que les Juifs d’Ukraine partent et les portes d’Israël sont ouvertes pour qu’ils viennent. Tant qu’il s’agit de leur choix, la responsabilité d’Israël est d’obéir à ce choix et non à l’ethos israélien.

Lily Galili est analyste de la société israélienne. Elle a cosigné un livre, "Le million qui a changé le Moyen-Orient" sur l’immigration d’ex-URSS vers Israël, son domaine de spécialisation.

Source : http://www.jforum.fr/forum/international/article/comment-reagir-a-la-montee-de-l

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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 10:59

Nous reproduisons ci-dessous un texte de Pascal Boniface, directeur de l’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques). Le sujet en est l’inoxydable et inévitable Bernard-Henri Lévy. Les incursions de BHL dans les domaines de la politique et de la stratégie sont monnaie courante depuis de nombreuses années et illustrent une évolution caractéristique de la situation des élites occidentales, où le moralisme publicitaire à tendance impérative tend à remplacer l’analyse politique et stratégique. Elles concernent notamment l’appréciation qu’il est fortement recommandé d’avoir de la politique d’Israël. (Pascal Boniface a développé une réflexion sur ce cas étrange de l’analyse politique qui tient en général BHL en alerte: comment l’appréciation critique de la politique d’Israël semble si souvent considérée comme une faute inacceptable et un tabou intransgressible, – Voir son livre Est-il permis de critiquer Israël, Robert Lafont, 2003.) Le texte ci-dessous, du 22 octobre, que nous reproduisons avec l’autorisation de l’auteur, constitue aussi bien l’exemple d’une critique polémique de cette incursion des moralistes publicitaires dans le domaine de la stratégie et de la politique. BHL en est l’exemple le plus affirmé et le plus impudent.

L’évolution dont nous parlons a son origine dans une entreprise de recyclage joliment tournée à la fin des années soixante-dix. Les “nouveaux philosophes”, on connaît, une si belle opération de marketing. Sentant le roussi des causes gauchistes, les philosophes venus de mai 68 on sait comment ont cherché à se re-positionner. Ils ont pris leurs aises dans les années 1980, en s’installant dans l’anti-communisme sans trop de risque. Ils ont verrouillé dans les années 1990, grâce à l’excellent champ de manœuvre que furent l’ex-Yougoslavie et la Bosnie. D’une façon générale, il s’agissait de s’approprier de façon décisive les domaines de la politique et de la stratégie. Il faut bien admettre que cela tombait à merveille pour mettre en place une solide structure de défense, en général à coup d’arguments terroristes, de la politique israélienne, – laquelle, après l’assassinat de Rabin et 9/11, en avait bien besoin. L’opération est du type passez muscade, ou bien, pour être plus précis, plus mathématique, du type équation aboutissant aux équivalences qu’on imagine, où la place laissée à l’initiative intellectuelle non contrôlée est bien contenue pour ne pas faire de bruits intempestifs, avec appréciation positive de la CIA transformée en ONG pour intellectuels occidentaux en fin de piste. (L’équation se résumerait à ceci: critique de la politique israélienne = antisémitisme = antiaméricanisme.) Inutile d’aller au-delà pour l’explication du fond du “débat”, on en a vite compris les termes.

Si l’époque est une imposture (elle l’est, bien sûr), BHL est l’imposteur en chef. Personne ne l’a jamais contesté, comme s’il y avait décret de nature. Le fait est donc qu’il ne dépare pas son époque et son triomphe a quelque chose de logique. Cette appropriation de la politique et de la stratégie par la morale publicitaire est une grande tragédie de notre fin de siècle (le XXème), – mais une tragédie qui se conçoit aisément, qui est en même temps une fatalité de cette époque, tant elle lui ressemble. C’est un courant général de dissolution de nos structures de civilisation, l’appropriation des matières nobles (dans ce cas, le réalisme nécessaire pour la politique et la stratégie) par le poison courant de l’idéologie publicitaire, son verbiage, son sentimentalisme primaire, son affirmation terroriste. Là-dessus, BHL rajoute ses vertus habituelles, ses habitudes communautaires, ses imprécations elles aussi terroristes (ce qualificatif, entêtant, ne décolle pas de la plume), – son sens délicat de faire dépendre la liberté des autres d’une définition de la liberté qu’il a su arranger à sa sauce. L’imposteur s’est fait cuisinier. La mayonnaise a pris parce que le restaurant est du niveau McDo standard. Il est vrai que cela mérite un peu de bois vert, à la volée. Boniface s’y met.

BHL ou l’empereur de la morale aux habits neufs

Par Pascal Boniface, IRIS, 22 octobre 2007

Personne n’oserait imaginer Floyd Landis ou Lance Armstrong prendre la tête d’un grand débat sur la lutte contre le dopage. Pourtant, nul ne semble s’offusquer que Bernard-Henri Lévy soit devenu la référence de celui sur la place de la morale en politique nationale ou internationale et de la refondation de la gauche.

Comment comprendre que quelqu’un qui n’a jamais exprimé de préoccupations sociales puisse jouer ce rôle ? Comment expliquer surtout que celui dont plusieurs livres d’auteurs différents ont mis à jour les multiples mensonges (de ses rencontres avec Massoud, à sa ceinture noire de judo) puisse encore être crédible ? Sans doute suis-je d’une naïveté infantile, mais je pensais qu’on ne pouvait être à la fois un menteur multirécidiviste et se prendre pour une figure morale.

Comment quelqu’un ayant une pensée binaire (bien-mal, ami-ennemi, eux-nous), puisse passer pour un intellectuel incontestable ? Comment expliquer que dans un pays qui n’est pas totalitaire, nul ne se sente la force de refuser de l’inviter pour évoquer son livre ? De deux choses l’une, soit les journalistes vedettes qui le font n’ont entendu parler d’aucun des ouvrages qui méthodiquement ont démonté le système BHL, et on peut se poser des questions sur leur compétence. Soit ils invitent néanmoins BHL en connaissance de cause et c’est leur conscience professionnelle qui est en cause. Certes, c’est probablement la simple prudence qui les pousse à agir ainsi. Pourquoi risquer de se fâcher avec un homme qui a à la fois la rancune tenace et de solides appuis dans le monde des affaires, de la presse et de l’édition, qui récompense les services rendus et punit sévèrement ce qu’il considère comme des outrages ? Mais où est alors le respect dû au public ? Est-il éthiquement acceptable de le tromper par peur des représailles de BHL ou dans l’espoir de ses renvois d’ascenseur ? ...

Voir la suite de l'article :

http://www.dedefensa.org/article-bhl_comme_symbole_d_un_temps_historique_12_11_2007.html

Voir également :

 * L'opération libyenne était-elle une "guerre juste" ou juste une guerre ? (Débat 'BHL / R. Brauman' - Le Monde)

 * Si vous souhaitez changer un régime politique, faites comme BHL : composez le numéro du standard de l'Elysée et demandez le président !

 

 

 

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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 10:44

La « révolte de Kiev » sera à l’ordre du jour, ce lundi 10 février, de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Bruxelles, lors du « lunch » (déjeuner en français, dîner en belge). La tactique de « pourrissement » jouée par le régime – n’est cependant pas de bon augure. Et chacun peut craindre qu’après les jeux de Sotchi – et la relative trêve olympique -, la répression ne reprenne son cours, de façon plus intensive. Les Européens auront-ils le temps de réfléchir aussi au long terme de leurs relations avec l’Ukraine et au-delà ? On l’espère. Car l’Union européenne ne peut plus avancer les yeux bandés sur sa politique « d’association » comme sur les « bordures » de l’Europe, qu’il parait nécessaire de revisiter ou redéfinir.

Revisiter la politique de voisinage

« Revisiter » ne signifie pas abandonner la politique de voisinage. Il faut réexaminer cette politique sous un angle nouveau : celui d’un élargissement de l’Europe en passe de se terminer et d’un voisin russe qui a réaffirmé sa volonté de présence politique, de façon éclatante en 2008 avec le passage en force de la frontière géorgienne. 1991 est loin aujourd’hui… Le temps d’une Russie affaiblie par la fin de l’ex-Urss doit être vu comme une page de l’histoire qui est en train de se tourner.

Un accord d’association n’est pas neutre

Même si les Européens s’en défendent, signer un accord d’association avec un pays n’est pas « neutre ». Cela signifie une ouverture profonde d’une économie sur l’autre, certaines réformes structurelles et un certain engagement en matière de gouvernance comme de Droits de l’Homme, qui a une réelle signification politique comme économique. Cela signifie également un contrecoup sur les autres accords que pourrait signer le pays concerné avec ses autres voisins. Ce n’est donc pas un simple accord d’importation de voitures ou de produits laitiers. C’est un acte d’importance à la fois pour les habitants du pays concerné, ceux des pays aux alentours et les Européens plus généralement.

L’Est n’est pas le Sud

Avoir une politique de « voisinage » fondée sur les mêmes « calibres » entre l’Est et le Sud c’est oublier certaines données géopolitiques.

Au Sud, nous sommes face à une multitude de pays qui ne sont que très peu liés entre eux, sinon par un sentiment d’appartenir à une communauté arabe (pour certains), ou sont en hostilité latente et ont achevé leur processus de décolonisation. Pour ces pays, il est aussi assez clair qu’un accord d’association (Turquie mis à part) ne signifie pas un premier pas vers l’intégration dans l’Union européenne. Car manque une condition primaire : être sur le territoire européen.

A l’Est, il y a des pays certes aujourd’hui indépendants mais qui n’ont pas encore achevé leur « décolonisation » de leur ancien suzerain, russe. D’une part, il y a cette « ombre » permanente de Moscou. Un géant russe qui ne peut être ni ignoré, ni méprisé. D’autre part, ces pays sont, plus ou moins, sur le territoire européen et ont « vocation » intrinsèque à entrer dans l’Union européenne, du moins en l’état de la définition politique de l’élargissement. Et ils y croient. Ce n’est pas l’association que les Ukrainiens visent, c’est faire partie de l’Europe. Ce d’autant qu’ils sont très proches de certains pays avec qui ils partagent une même histoire : l’Ukraine avec la Lituanie et la Pologne et la Moldavie avec la Roumanie. Il ne faut pas minimiser ces liens, cette histoire et cette psychologie communes qui ne sont pas seulement le hasard de la géographie. Un accord d’association apparait donc pour ces pays de la bordure comme une simple étape nécessaire vers l’intégration dans l’Union européenne. Même si un pays comme l’Ukraine ne ressemble à un État de droit que de nom…

Ouvrir les yeux sur les liens entre la Russie et ses voisins

En promettant un accord d’association, en voulant le négocier à « deux » avec Kiev et en n’impliquant pas Moscou, l’Europe a joué et joue toujours avec le feu. Même si la théorie politique veut que chaque État soit indépendant, il est une réalité géographique, politique, historique : l’Ukraine a de forts liens avec la Russie. Sauf à revenir à une époque où ce territoire faisait partie… de la Pologne, négocier aujourd’hui un accord « d’association » avec Kiev oblige d’une certaine manière à avoir l’accord de Moscou. Négocier « contre ou sans Moscou », comme le rappelait à la conférence sur la sécurité de Münich, dernièrement, le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, ne semble donc pas possible dans la vie réelle.

Une différence d’approche

Les Européens ne veulent (et ne peuvent) pas s’engager dans un nouveau conflit de guerre froide avec leur voisin russe. Moscou qui mène sur ce plan une « vraie approche globale », celle dont se vantent les Européens mais qu’ils n’arrivent pas à mettre en œuvre. Le Kremlin a la haute main sur l’instrument juridique et politique, comme sur les principaux éléments économiques (le gaz notamment). Face à lui, les Européens apparaissent divisés. Poutine le sait et peut jouer de ses divisions.

Le voisinage a besoin d’une vraie politique, l’Europe a besoin de stabilité

Il faut trouver « autre chose » qui soit à la fois plus fort et plus utile pour les pays à sa bordure, qui ne sonne pas comme une provocation ou un détachement pour les puissances régionales, et qui organise le pourtour européen non pas comme des pays « associés » de façon unitaire à l’Europe mais les organise selon des logiques régionales. L’Europe a, avant tout, besoin de stabilité à ses frontières. Ce qui est en train de se produire en Ukraine pourrait ouvrir sur une grave période d’instabilité sur un pays important de notre voisinage qui couvre quasiment toute la frontière Est de l’Europe : des pays baltes à la Roumanie. De façon réaliste, Bruxelles comme Moscou n’ont pas intérêt à ce que le « baril de poudre » ukrainien explose de façon incontrôlée. Et la Russie est, quelque part, un allié « objectif » de la construction européenne (même si nous ne partageons pas vraiment toujours les mêmes valeurs). Il paraît nécessaire donc d’ouvrir un dialogue Bruxelles-Moscou-Kiev.

Délimiter l’Europe

Un flou sur les frontières à éclaircir

Cette affaire met en lumière, le flou qui règne aujourd’hui sur les limites de l’Europe. Ce flou – utile – dans le passé – se révèle néfaste aujourd’hui, à l’intérieur comme à l’extérieur. Quand le commissaire à l’Elargissement Stefan Füle, indique qu’il faudra un moment se poser la question de l’adhésion de l’Ukraine à l’UE, il rallume un baril de poudre, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’UE. (Füle a dit à Münich : « Si nous sommes sérieux pour aider la transformation de l’Ukraine, nous devons envisager des instruments sérieux, notamment utiliser l’instrument d’élargissement »).

A l’intérieur, il génère un certain sentiment d’insécurité, une absence d’appropriation de ce qu’est l’Europe : à Quinze hier, à 27 puis 28 aujourd’hui, à 33 demain (avec les pays des Balkans). Où s’arrêtera ce qui ressemble de plus en plus à une fuite en avant ? D’autant que la plupart des questions liées à l’élargissement ne sont toujours pas réglées. Les sommets « constitutionnels » successifs : à Nice dans le début des années 2000, comme à Lisbonne en 2007 n’ont pas vraiment réglé le problème de gouvernance à l’Européenne, notamment sur le « comment » organiser à 35 les structures européennes.

A l’extérieur, cette expansion progressive peut être regardée de manière inquiétante. Comme une tentative d’appropriation. A commencer par la Russie, si jalouse de son ancien empire, avec des dirigeants qui pensent encore en zone « ex-Union soviétique ».

Il importe donc clairement de définir la limite à l’Union européenne. Et vite. Point n’est besoin d’un changement de Traité, il suffit d’une réaffirmation des critères accompagnée d’une déclaration politique que l’Union européenne a atteint aujourd’hui (avec l’intégration des Balkans) son seuil de maturité. Et qu’aucune décision de nouvel « élargissement » en dehors des négociations déjà engagées ou promises (Balkans, Norvège, Islande, Turquie) ne sera plus entamée.

PS : Un test ! En politique, comme en recherche scientifique, il faut parfois raisonner en « test ». Faisons donc le « test de Moscou ». Supposons que le Kremlin change d’avis (d’ici dix ans par exemple) et demande à signer un accord d’association puis à négocier une adhésion à l’Union européenne, en s’engageant à respecter tous les critères indiqués. Sera-ce possible sans dévoyer l’Union européenne et menacer les équilibres, souvent difficiles à trouver entre les pays européens, d’accepter une telle candidature ?

Source : http://www.bruxelles2.eu/politique-etrangere/quelques-lecons-de-la-crise-ukrainienne.html#comment-39725

Voir également :

 * L'Ukraine n'est absolument pas prête à une association avec une Union européenne qui peine à assurer sa mission à l'égard de ses propres nations !

 * Euromaïdan, ou la « bataille d’Ukraine », par Jean-Marie Chauvier (Mondialisation.ca)

 

 

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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 10:37

La caractéristique principale du Minable, c’est sa propension à donner des leçons. D’où sa présence massive parmi les profs, les journalistes, le personnel politique. Ce qui bien sûr n’exclut pas qu’il n’y ait de grands profs, de bons journalistes, voire des politiques intelligents. Mais bon…

« Après l’émission Des Paroles et des Actes ce jeudi 6 février, deux membres du Conseil National du PS, Mehdi Ouraoui, ancien directeur de cabinet d’Harlem Désir, et Naïma Charaï, présidente de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ACSE), ont saisi le CSA. Dans une lettre envoyée à son président, ils qualifient l’intervention d’Alain Finkielkraut «d’inacceptable» et «dangereuse». Ils s’inquiètent précisément de l’usage par le philosophe de l’expression «Français de souche», «directement empruntée au vocabulaire de l’extrême droite». 

Le malheureux Finkielkraut a cru bon de répondre — non pour se justifier, mais parce que c’est son métier de rendre les autres intelligents, treizième des travaux d’Hercule :

«Je suis totalement abasourdi. Hier soir, lors de l’émission Des paroles et des actes, j’ai dit que face à une ultra-droite nationaliste qui voulait réserver la civilisation française aux Français de sang et de vieille souche, la gauche a traditionnellement défendu l’intégration et l’offrande à l’étranger de cette civilisation. La gauche en se détournant de l’intégration abandonne de fait cette offrande. Manuel Valls a expliqué que nous avions tous trois -lui-même, David Pujadas et moi – des origines étrangères et que c’était tout à l’honneur de la France. J’ai acquiescé mais j’ai ajouté qu’il «ne fallait pas oublier les Français de souche». L’idée qu’on ne puisse plus nommer ceux qui sont Français depuis très longtemps me paraît complètement délirante. L’antiracisme devenu fou nous précipite dans une situation où la seule origine qui n’aurait pas de droit de cité en France, c’est l’origine française. Mes parents sont nés en Pologne, j’ai été naturalisé en même temps qu’eux en 1950 à l’âge de un an, ce qui veut dire que je suis aussi Français que le général de Gaulle mais que je ne suis pas tout à fait Français comme lui. Aujourd’hui, on peut dire absolument n’importe quoi! Je suis stupéfait et, je dois le dire, désemparé d’être taxé de racisme au moment où j’entonne un hymne à l’intégration, et où je m’inquiète de voir la gauche choisir une autre voie, celle du refus de toute préséance de la culture française sur les cultures étrangères ou minoritaires. L’hospitalité se définit selon moi par le don de l’héritage et non par sa liquidation.»

Admettons que l’expression « Français de souche » soit aujourd’hui délicate à employer, surtout depuis qu’elle sert d’étiquette à un site dont la mesure ni le bon goût ne sont les qualités dominantes. Admettons qu’un philosophe (je rappelle que Finkielkraut ne l’est pas, de formation) doive utiliser les mots avec circonspection. Oui, admettons…

Mais comment admettre qu’un parti (le PS) décide d’interdire les mots qui le défrisent ? À l’intolérance de ceux que leur étiquette « de gauche » ne préserve pas du malheur d’être des abrutis, répondra tôt ou tard l’intolérance massive d’une foule d’abrutis qui revendiqueront crânement, et dans la rue, une étiquette « de droite ».

D’ailleurs, ils la revendiquent déjà. L’un des exploits les plus remarquables de ce gouvernement de fantoches est d’avoir rassemblé des centaines de milliers de personnes qui n’existaient pas collectivement, et qui désormais s’expriment d’une seule voix. On salue bien bas.

Au passage, et quitte à chicaner sur les mots, comment distinguer les Français nés en France depuis plusieurs générations et ceux de toute fraîche importation, nés à l’étranger — Finkielkraut lui-même ? Parce que la distinction, quoi qu’on en pense, fait sens : on n’est pas français comme le camembert est normand : on l’est parce qu’on le mérite.
On ne naît pas Français — on le devient, même quand on a des parents inscrit au registre national depuis lurette. On le devient en s’affranchissant des coutumes, des relents familiaux, des communautarismes de toutes farines, des habitudes religieuses exotiques, des impératifs gastronomiques exogènes. J’ai parlé ici-même de cet excellent livre paru l’année dernière, La République et le cochon (Pierre Bimbaum), dans lequel l’auteur analyse avec une grande finesse le rôle du porc dans l’intégration à la communauté française, et la façon dont les Juifs (et les Musulmans, mais ce n’est pas son sujet directement) ont accepté (ou non) d’entrer dans les usages alimentaires de la République. On est français parce que l’on maîtrise la langue (ce que Finkielkraut fait à un niveau supérieur — très supérieur aux deux hurluberlus qui veulent le traîner aujourd’hui en justice au nom du politiquement correct, très supérieur aux membres du gouvernement, très supérieur à l’ensemble de la classe journalistique qui le juge), et parce que l’on a accepté les caractéristiques de la civilisation française.

Il ne s’agit pas de nationalisme — encore que « mourir pour la France », expression qui paraît de plus en plus désuète aux jeunes générations, qu’elles soient « de souche » ou non, me paraisse la pierre de touche de la nationalité. Encore moins d’esprit cocardier — même si ce drapeau « plein de sang dans le bas et de ciel dans le haut » a une histoire que nous pouvons revendiquer autant qu’au temps d’Edmond Rostand, dont les vers de mirliton me font toujours tressaillir.
Il s’agit de terre et de terroir.
Il faut être bête comme peut l’être Claude Askolovitch pour croire que « terroir » est une expression pétainiste, alors que c’est la façon la plus simple de distinguer un bayonne taillé dans la croupe d’un honnête porc pie noir basque d’un jambon issu d’une quelconque carcasse danoise élevée en batterie (ou, pour en rester au cochon, distinguer un prizuttu d’origine, dont le gras adhère à la chair et possède un merveilleux goût de noisette et de châtaigne, des horreurs proposées dans les restaurants insulaires et pour lesquelles il n’y a, justement, pas de nom).

Alors, d’accord, sur nos papiers d’identité, rien ne spécifie l’origine de nos origines, et c’est tant mieux. C’est tout à la gloire de la France, justement, que de refuser l’inscription de la religion, telle qu’elle se pratique dans nombre de pays — y compris en Europe — et telle qu’elle se pratiquait sous Pétain. Mais c’est d’une hypocrisie sans nom que de prétendre que l’on ne peut pas, par exemple, analyser les résultats scolaires en fonction du contexte familial tel qu’il se lit à travers les patronymes (l’étude qui a été faite sur le sujet en région Aquitaine est à la fois exemplaire et en théorie illégale). Nous sommes tous français par principe, et plus ou moins dans les faits.

Parler la langue et la culture, comprendre que ce vieux pays est laïque sur un antique fond chrétien et gréco-romain, admettre qu’il y a des caractéristiques communes (la combinaison paradoxale d’une réelle fierté nationale et d’une tendance à l’auto-dépréciation, par exemple), sourire même à une certaine bêtise française, voilà ce qui caractérise le « Français de souche ». Les détracteurs de Finkielkraut sont loin, très loin, de posséder sa maîtrise de la langue et de la culture françaises. Ni son sens de la dérision.

Tout cela pour dire… Pour dire que la débauche de politiquement correct, en dehors de ses velléités castratrices typiques d’un parti (le PS) qui manque essentiellement de cou… rage, engendrera fatalement, à terme, une réaction bien plus terrible que prévue. Ce qui est prévu de toute évidence, c’est la montée du FN, en prévision d’un 2017 où l’UMP, débordée sur sa droite, serait absente au second tour, et laisserait le PS étaler sa morgue face à une droite bleu-marine réduite à ses appuis traditionnels : stratégie imbécile, parce qu’il n’y aura pas, en faveur d’un président qui est actuellement tombé à 19% d’opinions favorables (mais il peut mieux faire…), de retournement comme on en a vu en faveur de Chirac en 2002. Non, ce que le politiquement correct attise, c’est la montée d’une droite extrême, qui s’exprimera dans la rue avant de s’exprimer par la violence — et qui s’exprimera dans les urnes aux municipales et plus encore aux européennes. Ce qui nous guette, c’est la venue d’un fascisme dur — parce que le PS est fini, fichu, foutu, à force de se caricaturer dans des initiatives qui sont autant de chiffons rouges, faute de drapeaux de la même couleur. Incapable d’affronter les réalités économiques, le gouvernement et ses affidés ont décidé de bouger essentiellement sur le plan « sociétal » — et ça ne leur porte pas bonheur. Les bobos parisiens qui nous gouvernent devraient de temps en temps redescendre dans le pays réel, et mesurer exactement l’exaspération : nous sommes à deux doigts de l’émeute, et ils perpétuent leurs délires.

Ce n’est pas l’UMP qu’ils descendent (avec la politique libérale qu’ils mènent, qui a encore besoin de l’UMP ?), c’est le fascisme qu’ils alhttp://www.causeur.fr/francais-de-souche,26170imentent. Parce qu’ils fonctionnent déjà comme des fascistes.

Source : http://www.causeur.fr/francais-de-souche,26170

Voir également : Attention à ne pas faire monter l'antisémistisme en prétendant vouloir le combattre !

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9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 10:12

La BCE est-elle la seule à pouvoir nous sortir de la grande crise de 2008 ?

La Banque centrale européenne a maintenu son principal taux d'intérêt directeur inchangé jeudi, au niveau historiquement bas de 0,25%, lors de sa réunion mensuelle de politique monétaire. Une non décision qui va dans le sens d'un certain nombre d'observateurs, selon lesquels tout assouplissement monétaire aurait tendance à créer des bulles financières.

Atlantico : Que faut-il penser de la (non) décision de la Banque centrale européenne ? Pourquoi la BCE n'a-t-elle pas pris de décision sur les taux comme beaucoup l'espéraient ou l'attendaient ? Comment jugez-vous le diagnostic de l'économie européenne formulé par le président de la BCE ?

Jean-Marc Sylvestre : Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, a été très explicite puisqu’il a expliqué que le conseil des gouverneurs n’avait pas les informations suffisamment claires sur l’évolution des prix ou de l’activité pour engager une intervention, notamment sur les taux d’intérêt.

Beaucoup d’observateurs, d’analystes, pensent que la zone euro est en risque de déflation. La BCE n’adhère pas à cette analyse et c’est vrai que si on prend la moyenne de la hausse des prix en Europe, on n’est pas en déflation. Mario Draghi  reconnaît que nous sommes sur une tendance de prix très bas, mais on n’est pas en déflation (c’est à dire dans une spirale à la baisse). 

En revanche Mario Draghi réaffirme qu'il surveille les indicateurs et confirme que tous les instruments d’intervention sont étudiés en cas de tension sur le marché monétaire par exemple.

Nous avons  déjà des taux historiquement bas, 0,25 %, ce n’est pas tenable à long terme parce que dans ce cas l’épargne est complètement stérilisée. Donc baisser à nouveau les taux d’intervention ne serait pas sans risque. C’est sans doute la raison pour laquelle la BCE prépare  d’autres outils au cas où la situation dériverait davantage. Elle a beaucoup d’instruments à sa disposition mais elle fonctionne comme une caserne de pompiers. Elle ne sort ses munitions qu’en cas de crise grave. Ce qu’elle a toujours fait pour éviter un blocage de la circulation monétaire. 

Si on lit Mario Draghi entre les lignes on s’aperçoit qu'il a de nouveau apporté l’assurance qu'il veillerait à l’équilibre du système.

Nicolas Goetzmann : Mario Draghi a tenté de justifier l’immobilisme de la BCE en indiquant que ses services économiques sont en cours de rédaction de rapports détaillés sur les prévisions économiques de la zone euro. Les gouverneurs attendent la production de ce rapport afin d’en savoir plus sur l’état de l’économie avant une éventuelle action au mois de mars. Pourtant, le mandat de la BCE est de maintenir l’inflation à un niveau inférieur mais proche de 2.00 % et nous sommes actuellement à 0.7 %, avec un risque manifeste d’aggravation de la situation. La BCE avait donc toute légitimité pour agir dès aujourd’hui mais il y a une peur évidente d’aller plus loin. Les taux sont d’ores et déjà à 0.25 %, et toute baisse suggérait un taux à 0 ou très proche de 0, ce qui est un pas qui semble difficile à franchir pour certains membres du conseil des gouverneurs.

Le diagnostic est assez juste, ils ont conscience des risques, notamment provenant des émergents, ils ont conscience du fait que l’inflation est trop basse et de ses conséquence sur le niveau de dette, mais ils ne veulent pas encore agir. Ce qui est assez difficilement supportable, c’est de constater que 12 % de chômage ne font pas le poids dans la balance. Par contre il y a un refus clair et net de constater un risque de déflation, le rejet est massif sur ce point. Sur ce point précis, il vaudrait mieux ne pas se tromper car les conséquences sont très lourdes.

Qu'aurait-elle pu faire d'autre ? Pourrait-elle participer plus qu'elle ne le fait au redressement de l'économie ?

Jean-Marc Sylvestre : Faut-il rappeler que  la priorité de la Banque centrale européenne est de respecter le mandat qui est le sien, à savoir,  « maintenir la stabilité monétaire » ? La mission de la Banque centrale n’est pas de créer de l’activité ou des emplois, mais de créer un écosystème monétaire le plus neutre possible afin que l’économie réelle puisse fonctionner et créer des emplois. Mais la BCE n est pas le seul pilote de cet écosystème.

La BCE  est indépendante de tous les pouvoirs politiques, (« y compris du pouvoir politique allemand », dit souvent Mario Draghi). Par conséquent Mario Draghi, comme son prédécesseur, n’a pas à sur-réagir aux injonctions politiques ou aux variations à très court terme d’un indicateur de conjoncture. Il garantit à la monnaie une certaine neutralité  par rapport à la politique économique de façon à ce que les producteurs de richesses aient une visibilité et une stabilité.

Les gouvernements sont aujourd’hui incapables d’assurer une stabilité fiscale ou sociale (ça bouge tous les jours), la monnaie, en revanche, offre cette visibilité.

Avant la mise en place de l’euro et  de la BCE, les chefs d’entreprises étaient traumatisés par l’évolution des changes et les États européens s’entretuaient à coup de dévaluations compétitives. On a oublié tout cela, mais l’Italie et la France ont perdu des pans entiers de leurs industries à cause de ces guerres de change. L’Angleterre a perdu son industrie avant de s’apercevoir qu’elle pouvait retrouver une certaines prospérité  dans l’industrie financière, c’est à dire dans la spéculation.

La Banque centrale européenne  a pour fonction d’ajuster la masse monétaire au niveau des besoins de l’économie réelle.

Alors, elle peut distribuer un peu plus de liquidités, mais elle le fait si la machine a des risques de blocage. Et la BCE a toujours fait ce qu'il fallait pour débloquer le marché . Cela a été vrai au lendemain de Lehman Brothers  ou au moment de la crise grecque en décembre 201… mais d’une façon générale et sans le crier, Mario Draghi ouvre les guichets aux banques quand elles ont besoin de liquidités. Et aujourd’hui, il faut savoir que l’argent libéré par la BCE revient en dépôt à la Banque centrale. Le système bancaire n’utilise pas cet argent sous forme de crédit aux entreprises.

La BCE pourrait participer plus au redressement de l’économie en obligeant les banques à faire plus de crédits aux entreprises et aux particuliers, ce qu'elles ne font pas . Une des idées de Mario Draghi pour décourager les banques de thésauriser les crédits serait  d’appliquer des taux négatifs de rémunération pour les dépôts de banque placés à la BCE. Dans ce cas, les banques auraient intérêt à proposer des crédits aux entreprises.

Mais Il est aussi certain qu’en cas de crise grave, la BCE peut intervenir en rachetant de la dette souveraine. Il y a actuellement pour 180 milliards de dettes grecques, italiennes et espagnoles stérilisées. La BCE pourrait très bien refinancer du jour au lendemain. Elle l’a déjà fait. Elle pourrait même racheter des obligations d’entreprise  Elle pourrait aussi  refaire du LTRO (Long Term Refinancing Operations), prêts massifs aux banques, en cas de blocage de l’interbancaire.

Encore faudrait-il que l’économie réelle réagisse, ce qui n’est pas le cas. Encore que les trois pays les plus fragiles, la Grèce, l’Italie et l’Espagne ont commencé à se redresser, principalement grâce à leurs efforts d’assainissement interne.

Donc les outils pour éteindre les incendies existent mais la BCE ne les sortira pas avant le début de l’incendie. 

Nicolas Goetzmann : La question est délicate parce que le mandat de la BCE est très strict : la stabilité des prix prime sur toute autre considération. Le niveau de chômage n’est pas réellement pris en compte par les gouverneurs, ce sont les anticipations d’inflation qui dictent leur loi. Ce carcan empêche légalement la BCE d’agir comme le font la FED ou la Banque du Japon par exemple.

En dehors de cela, et dans les limites qui lui sont imparties, la BCE pourrait annoncer qu’elle juge le niveau d’inflation trop faible et qu’elle se donnera tous les moyens pour parvenir à un niveau proche de 2.00 %.  Si tel était le cas, elle devrait appuyer son annonce par un programme de rachat d’actifs qui lui donnerait de la crédibilité. Un tel mouvement reste possible pour le mois de mars, en attendant les prévisions des économistes de la BCE. Cette action aurait pour effet de soutenir la demande intérieure européenne, et aurait pour conséquence d’affaiblir le niveau de l’euro par rapport aux autres devises. Mais aussi longtemps que le mandat reste ce qu’il est, la BCE n’a fondamentalement pas les moyens d’apporter une réponse à la hauteur de la crise. Elle le pourrait si elle avait un mandat calqué sur celui de la Fed. Ensuite il reste la question des hommes, qui est primordiale.

La BCE détient-elle les clés de la sortie de crise, notamment en France ? Ou certains ont-ils tendance à sur-estimer les solutions de politiques monétaires au profit de solutions à l'échelle de l'économie réelle ? Les réformes de compétitivité doivent-elles rester prioritaires ?

Jean-Marc Sylvestre : Le problème de la zone euro n’est pas d’ordre monétaire , le problème est d’ordre économique et structurel.

 

Il faut arrêter de prendre la Banque centrale pour un bouc émissaire. Beaucoup de responsables politiques à droite comme à gauche, mais surtout à l’extrême droite et à l’extrême gauche considèrent  aujourd’hui que la BCE nous  entraîne vers la faillite. Mais c’est complètement  faux.

Ils tiennent ce raisonnement parce qu’ils n’ont pas le courage d’assumer leurs responsabilités de gouvernants dans la réforme des structures. Ce n’est pas la BCE qui va engager les reformes de compétitivité. 

En fait, c’est tout le contraire, la Banque centrale indépendante a été créée pour obliger les gouvernements à prendre leurs responsabilités.

Le problème spécifique à la BCE, c’est que la monnaie s’applique a plusieurs espaces politiques. Il faut donc que les pays membres coordonnent leurs politiques et harmonisent  leur situation. C’est toute la question de l’harmonisation politique qui est en jeu. Il n y a pas de risque de déflation en Europe, il peut y en avoir en Espagne ou en Italie. Mais ce n’est pas à la BCE de régler ce problème. Elle le constate.

La Banque centrale fait son job, les politiques ont du mal à faire le leur…

Au cœur de ce job, il y a bien évidemment les politiques de compétitivité. Il faut faciliter le fonctionnement de l’économie de marché, la concurrence qui est un facteur de progrès, l’innovation, etc. Il faut nécessairement baisser le montant des charges et par conséquent des dépenses publiques. C’est incontournable.

Et on ne peut pas penser que la BCE, en distribuant des liquidités fera le Job à notre place. Des liquidités, il y en a déjà beaucoup , il faut simplement les investir dans des projets industriels, et pour cela il faut que les chefs d’entreprise qui ont les idées et le talent aient intérêt à le faire . Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Aujourd’hui, les liquidités servent à financer les dépenses publiques, donc la consommation, donc les importations ou alors la spéculation purement financière…  

Dans les pays développés comme les nôtres, l'activité, le progrès, les emplois sont le résultat de l’action des entrepreneurs. Il n'y a pas d’autre solution.  

Nous ne sommes plus dans les années 1960, où il fallait équiper des pays en développement. Il fallait soutenir ou solvabiliser la demande. Le métier d’entrepreneur était moins difficile.

Aujourd'hui c’est différent mais plus gratifiant, il faut fabriquer une offre compétitive dans tous les secteurs, pour capter et séduire tous les marchés .

Nicolas Goetzmann : Ce sont les dirigeants européens qui ont les clés. Une révision du mandat de la BCE serait à même de relancer la demande intérieure de façon massive, ce qui aurait comme conséquence de restaurer la croissance, de faire baisser le chômage et enfin de donner de l’air aux gouvernements dans leur volonté de réformer. Une politique de l’offre est nécessaire en France, baisse du coût du travail, baisse de l’IR, mise en place d’un contrat unique, construction immobilière dans les villes qui bénéficient le plus de la croissance, etc. Mais tout cela ne sera véritablement efficace que si, et seulement si, la croissance est de retour. Et la croissance n’est rien d’autre que la dérivée de la demande agrégée qui est elle-même sous contrôle unique et total de la BCE. Et sans cela, tout objectif de réduction des dépenses publiques est un vœu pieu. Les deux visions, offre et demande,  ne sont pas antinomiques, elles sont complémentaires.

L’économie réelle et la monnaie ne font qu’un. Ce que nous vivons aujourd’hui peut être schématisé grossièrement. La situation ressemble à ceci : Notre capacité de production vaut 100 et l’offre de monnaie actuelle est de 90. Soit nous choisissons de rabaisser la capacité de production à 90 pour trouver l’équilibre, ce qui signifie mettre des gens au chômage, fermer des usines, et fragiliser toutes les entreprises, soit nous choisissons de relancer la monnaie pour que celle-ci atteigne le niveau de 100. Les États-Unis, le Japon… ont choisi la seconde solution, l’Europe a choisi la première. Le coût humain est immense. Il est également à noter que la solution européenne n’est pas que douloureuse, car il n’y a aucun exemple historique où ce choix a fonctionné.

Quels enseignements tirer à cet égard des effets produits par les expériences de relance monétaire en cours aux États-Unis ou au Japon ? L'Europe gagnerait-elle à s'en inspirer davantage, ou s'agit-il dune voie dangereuse qui stimulerait l'économie de façon artificielle ?

Jean-Marc Sylvestre : L’expérience japonaise est intéressante. Ce pays a vécu une déflation grave pendant plus de quinze ans. La Banque centrale du Japon n’aurait pas fait ce qu’il aurait fallu faire pour sortir le japon de la crise, très longue. Mais c’est faux, le Japon est tombé en dépression parce que sa démographie a vieilli, les dirigeants également, et ils ont refusé de laisser le pouvoir, ils se sont enfermé dans des structures familiales très conservatrices, le marché intérieur s'est appauvri et les exportations se sont étouffé faute d’une offre compétitive. La Banque centrale du japon n’y est pour rien.

Quant à l’Amérique, c’est diffèrent, la Réserve fédérale émet la monnaie mondiale. Le dollar n’est pas garanti par l’économie des USA, (ou par un stock d’or comme avant Nixon), mais sa valeur est garantie par tous ceux qui dans le monde font confiance au dollar. Le dollar est devenu la monnaie d’échange acceptée partout sur la planète. Avantage énorme. L’Amérique peut donc en fabriquer autant qu’elle veut. Elle exporte le risque d’inflation à chaque fois. C’est formidable. Est-ce que cela profite à l’économie américaine ? oui, parce que cela crée du financement interne pour pas cher, permet des dévaluations compétitives... jusqu’au moment où on s’aperçoit qu’il y a des risques de bulles. D’où le retrait amorcé par la FED. La conséquence première, c’est que les pays émergents inondés de dollar se retrouvent en porte-à-faux.

D’où l’inquiétude des opérateurs de marchés qui ont sur Wall Street spéculé comme des laquais sur des champs de course et qui ont peur pour leur bonus. Parce que l’état de l’économie réelle ne justifie pas les valorisations (dans l’actualité la plus récente Tweeter en est un bel exemple).

Les grands bénéficiaires d’une politique monétaire généreuse sont les acteurs de la sphère  financière, à Londres et à New-York. La Façon dont Jean-Luc Mélenchon ou Marine lepen regrettent que la BCE ne fonctionne pas comme la Réserve fédérale est plutôt cocasse quand on sait le bénéfice que les milieux financiers ont toujours tirés d’une politique monétaire expansionniste. Mélenchon, Goldman Sachs, même combat. On rêve !

L'économie américaine a heureusement d’autres facteurs de soutiens plus réels : l’exploitation des gaz de schiste, qui lui donne un avantage compétitif considérable, et l’existence d’une classe d’entrepreneurs logée sur la côte ouest, hyper dynamique, et qui a bien compris ce qu’on pouvait tirer d’une  économie de l’offre

Après l’explosion de la bulle internet, et après la faillite de Lehman Brothers, les étudiants de Chicago (le temple de l’école monétariste ) défilaient a Francfort dans le bureau de Jean-Claude Trichet pour étudier le fonctionnement de la BCE.

Nicolas Goetzmann : Les États-Unis et le Japon ont réagi différemment. Les États-Unis sont restés dans le cadre de leur mandat et ont simplement appliqué des moyens « non conventionnels » pour parvenir au résultat, je parle ici des assouplissements quantitatifs. Ces moyens ont vu le jour car l’outil principal d’une banque centrale, qui est de fixer les taux d’intérêts, était épuisé car ces taux étaient déjà à 0. Il fallait donc trouver une autre solution pour relancer la machine.

Le Japon est différent, car il a été choisi de réadapter le mandat en fonction de la volonté du gouvernement. Il y a encore 2 ans, l’objectif de la banque du Japon était d’atteindre une stabilité totale des prix, puis il a été décidé de rehausser ce niveau à 1 % d’inflation et enfin à 2.00 % d’inflation depuis le début de l’année 2013. Ce qui veut dire que la Banque du Japon a choisi d’augmenter structurellement le niveau de croissance de l’archipel, et ce de façon permanente. Ce qui n’est pas le cas des États-Unis, mais cela n’est pas non plus à exclure.

Oui, l’Europe devrait s’en inspirer, mais au-delà de la BCE, c'est aux dirigeants de porter un tel projet. Il s’agit clairement de la responsabilité de François Hollande et d’Angela Merkel.

Une relance monétaire pourrait être qualifiée d’artificielle si nous étions au plein emploi et que l’inflation montrait le bout de son nez. Dans un tel cas, la relance ne générerait aucune croissance supplémentaire et résulterait simplement en un surplus d’inflation, qui lui-même agirait à la hausse sur le chômage. C’est la configuration des années 70. C’est précisément l’inverse de ce qui se produit aujourd’hui. Je dirai même que c’est le taux de chômage qui est artificiel aujourd’hui car il n’est pas une fatalité, il n’est que le résultat d’une politique stricte de stabilité de prix, qui ne prend pas en compte le chômage.

La relance monétaire est-elle génératrice d'inflation, et responsable de "l'euthanasie des rentiers" ?

Jean-Marc Sylvestre : L’inflation était une maladie des économies fermées. Le monde globalisé est sans doute à l’abri de l’inflation. il y aura toujours quelqu'un dans le monde capable de fabriquer et vendre un produit moins cher que le vôtre. L’inflation avait cette vertu autrefois de ruiner les rentiers et les vieux. Donc on écrasait les dettes de cette façon.

Sans inflation, on ne peut pas écraser les dettes, sauf à exécuter les rentiers. Ce qui est politiquement gênant. Le problème de l’Europe est là. L’endettement des États a été financé par les épargnants. Si les États font défaut, ils ruinent leurs épargnants qui sont aussi leurs électeurs... Compliqué.

Nicolas Goetzmann : Les rentiers sont protégés par le système de stabilité des prix. Mais cela se fait au détriment du niveau de l’emploi. On ne peut demander aux uns de payer pour les autres, il s’agit de trouver un équilibre et c’est exactement le sens du mandat "dual" de la FED : maîtrise des prix et emploi maximum : la Banque doit agir au mieux pour équilibrer ces deux intérêts. Le résultat est bien meilleur aux États-Unis, 6.7 % de chômage et 1.5 % d’inflation contre 12 % de chômage et 0.7 % d’inflation en Europe. La situation est totalement déséquilibrée en Europe, donc, il s’agit bien plus d’une euthanasie des chômeurs et de précaires que d’une euthanasie des rentiers. L’économiste Steve Waldman déclarait à ce titre « Ce qui est immoral c’est de cacher ce qui peut être démontré comme étant le plus grand programme d’assurance sociale derrière la phrase technocratique de “stabilité des prix”. C’est un schéma qui force les membres les plus précaires de notre société à assurer le pouvoir d’achat des plus sécurisés, et ce, sans aucune limite ou même comptabilité de l’échelle de ce transfert ».

Est-elle à l'origine de bulles ?

Jean-Marc Sylvestre : Une politique monétaire excessive alimente les bulles. Comme il n’ y a plus d’inflation et que les excédents de liquidités ne se retrouvent pas dans l’économie réelle, on assiste à la création de bulles, dans l’internet, l’immobilier (les subprimes)... La politique monétaire de celui qu'on appelait "le sorcier de l’Amérique", Alan  Greenspan, a eu des effets catastrophiques dans le monde entier .

Nicolas Goetzmann : Nous pourrions conclure à la responsabilité d’une banque centrale dans la formation de bulles si celle-ci s’évertuait à soutenir la demande alors que l’inflation est déjà élevée. Ce qui est bien entendu l’exact opposé de ce qui passe depuis l’entré en crise. Et contrairement à la vision générale, les États-Unis n’ont pas eu d’inflation élevée depuis la fin des années 70. Il faut bien se rendre compte qu’une banque centrale ne peut agir que sur l’économie en agrégée, c’est-à-dire dans son ensemble. Si un secteur particulier se trouve en situation de bulle, par exemple l’immobilier, que peut-elle faire ? Si l’inflation « globale » ne dépasse pas le cadre de son mandat, ce serait même de la folie d’agir car cela pénaliserait l’ensemble de l’économie alors qu’un seul secteur serait visé. Ce qui veut dire que si un secteur est en bulle, il revient au législateur d‘intervenir en fixant des limites par exemple sur les niveaux de prêts. Mais la banque centrale ne peut cibler un secteur particulier, si elle serre la vis, elle la serre pour tout le monde. Ce genre d’épisode a déjà pu se produire, par exemple en 1929, quand la FED a voulu intervenir contre la spéculation financière. C’est bien l’ensemble de l’économie qui a trinqué.

Quelles solutions les maux dont souffre l'économie française appellent-il ?

Jean-Marc Sylvestre : Les maux de l’économie française sont connus de tout le monde. Un modèle social trop cher, une sous-productivité de l’administration, une sous-compétitivité des entreprises et un manque de courage politique évident pour redresser le bateau. La Banque centrale n’y est pour rien. 

Nicolas Goetzmann : L’économie française souffre d’abord d’un manque de croissance, ce qui relève au premier chef du pouvoir monétaire. En complément, le pouvoir budgétaire, les réformes de l’offre, sont nécessaires pour améliorer le potentiel de l’économie dans son ensemble. Par exemple, lorsque nous parlons de l’emploi, il y a une différence entre le chômage structurel et le chômage conjoncturel. Le conjoncturel relève de la monnaie, et représente au moins 3 points en France. Une fois que ce chômage conjoncturel est en cours de traitement, il est alors possible de s’attaquer au structurel, c’est-à-dire par exemple de passer au contrat unique, de baisser les charges, de baisser l’IR, d’offrir une meilleure éducation etc. Ici aussi il y a bien 3 points à gagner, pour arriver au final à un taux de plein emploi de 5 % (en partant du taux de chômage actuel de 11 %).

Mais sans la monnaie une réforme de l’offre ne peut aboutir à des résultats satisfaisants, ce serait même jeter le discrédit sur ce type de réforme, plus personne n’y croit. Quand la Grèce a commencé son programme, la « Troïka » lui a promis une seule année de récession pour une contraction totale de 2.6 %. Dans la réalité il y a eu 5 années de récession et 25 % de contraction.

Il ne faut pas se leurrer, une politique de l’offre est impérative pour remettre la France sur les rails, mais celle-ci est inutile voire dangereuse aussi longtemps que la BCE n’agira pas. A cela il est souvent rétorqué que l’Allemagne y est parvenue, ce à quoi je réponds que l’Allemagne a réformé son droit du travail en 2005, lorsque la croissance européenne permettait de tels ajustements. Les réformes allemandes n’ont été possibles que parce que les pays du sud, mais aussi la France, avaient un niveau de croissance satisfaisant. Il ne sert à rien d’opposer offre et demande, il faut cumuler les deux approches pour obtenir le meilleur résultat. Si la demande est relancée, les réformes de l’offre porteront leurs fruits.


Source : http://www.atlantico.fr/decryptage/bce-est-elle-seule-pouvoir-sortir-grande-crise-2008-jean-marc-sylvestre-nicolas-goetzmann-975250.html#lXusL0ZEUk3FirO1.99

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ. Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il est l'auteur de Tout va bien ! (ou presque), la preuve en 25 leçons aux éditions Fayard. Il est également l'auteur du site http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico

Pour en savoir plus sur ce sujet, lisez le nouveau livre de Nicolas Goetzmann : Sortir l'Europe de la crise : le modèle japonais, (Atlantico éditions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

 

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9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 09:31

 

En quelques jours, les médias nous offrent 2 informations utiles pour notre décryptage hebdomadaire :
  • Le Monde du 30 janvier nous offre l’information d’un « nouveau record pour le nombre d’embauches en CDD ». On y apprend que  « Le nombre d'embauches en CDD a atteint un nouveau record au quatrième trimestre 2013, selon les données publiées jeudi 30 janvier par l'Urssaf. Selon l'organisme, 86,8 % des embauches ont été faites en CDD, contre 86,2 % le trimestre précédent. Des niveaux jamais atteints depuis les débuts des statistiques, en 2000. Ce nouveau record s'explique par une hausse de 2,6 % des CDD de moins d'un mois et de 0,5 % de ceux de plus d'un mois. Dans le même temps, les embauches en CDI ont reculé de 1,3 %. Depuis le 1er juillet, l'usage des CDD courts est pourtant taxé pour les entreprises. » 
  • Se basant sur l'exemple de l'Allemagne, Arte, dans son émission « Déchiffrage » du 4 février 22h35, nous indique que « Le taux de chômage ne dit pas tout de la situation du travail dans un pays. Certaines formes d'emplois précaires ou à temps partiel ne font en effet que transformer des chômeurs en travailleurs pauvres. Il est donc nécessaire d'aller au-delà du chiffre du chômage. »
 


Alors que les nombres d’emplois à temps partiel étaient similaires entre la France et l’Allemagne dans les années 80, on observe un véritable décrochage de l’Allemagne qui a vu ce nombre augmenter très fortement (>+60% en 10 ans) tandis qu’il est resté inchangé en France.


Cette augmentation très nette du nombre de CDD très courts (moins d’un mois) semble indiquer que la France prend, avec 20 ans de retard, le chemin de l’Allemagne et ses 20% de travailleurs pauvres. C’est d’ailleurs tout le sens de la politique de l’offre et de l’alignement tardif de la politique française sur l’axe Blair-Schroeder.


C’est un point politique fondamental : n’est-il possible de réduire le chômage qu’en augmentant le nombre de travailleurs pauvres ? 


Alors que la France s’est considérablement enrichie (patrimoine national passant de 2.700 milliards € en 1980 à 14.000 milliards € en 2011), et que la part des dividendes dans l’EBE* des entreprises a doublé sur la même période, au détriment de la part des salaires, nous pensons qu’il y a là de la matière pour une politique économique redistributive, une Nouvelle Voie Socialiste qui passerait par la meilleure distribution des fruits du travail.


Une grande réforme fiscale, se basant plus sur le patrimoine et moins sur les revenus des entreprises et des personnes, ainsi qu'une meilleure répartition du travail entre ceux qui travaillent plus de 35h/semaines et ceux qui n'ont pas accès à l'emploi, sont 2 pistes de solutions.
        

 
Définition : 
  • EBE = Excédent Brut d'Exploitation, différence entre les recettes de l'entreprise et ses dépenses, hors amortissements et frais de financements (intérêts).
Source : Rémi Demersseman-Pradel et les équipes du pôle "Economie" de l'association "Nouvelle Voie Socialiste"

 

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8 février 2014 6 08 /02 /février /2014 10:08

A l'occasion du lancement de la nouvelle plateforme de débats du Figaro, Bruno Le Maire publie une tribune sur les défis de la droite, plaidant pour une réforme profonde de la vie politique.

"Le conservatisme est l'ennemi de la droite, l'audace, sa meilleure alliée. Nos faiblesses et nos renoncements après dix ans de pouvoir nous ont fait perdre les élections de 2012. Notre audace nous fera gagner en 2017. Une certaine politique est finie, un certain mode de gouvernement est fini, une certaine manière de décider de tout par la loi est finie, pourtant la France garde en elle une vitalité et une capacité de résistance exceptionnelles. La droite peut-elle demain incarner un espoir? Certainement. Mais la route de la reconstruction sera longue et nous demandera une vraie force de caractère.

Premier pas: le renouveau démocratique. Quand il ne reste plus qu'une poignée de Français pour défendre leurs élus nationaux, mieux vaut que ces élus prennent - vite - les mesures nécessaires pour renouveler la classe politique et redonner confiance dans nos institutions. De la réduction du nombre de parlementaires à la limitation à trois du nombre de mandats nationaux successifs en passant par l'obligation de démission pour les hauts fonctionnaires qui entrent en politique, les idées simples et fortes ne manquent pas. Une seule solution pour les faire adopter: la consultation par référendum du peuple français. Une seule condition: le courage. Tout change en France, sauf la politique, il est temps que la politique change aussi, pour redonner vie à notre démocratie. En faisant résolument ce choix, nous pouvons espérer que nos concitoyens cessent de nous écouter avec une moue distraite et de nous envoyer à la figure cette remarque: «Vous avez tellement promis et si peu tenu, nous nous ne vous écoutons plus.» Pour reconquérir les amoureux déçus de la droite, il ne suffira pas de belles paroles, il faudra des actes. Des actes sur nous-mêmes.

Sur cette base, notre famille politique doit bâtir un nouveau modèle français. Personne en France ne se contentera de nouvelles rustines sur un modèle usé jusqu'à la corde. Sinon, pourquoi ne pas continuer avec la valse-hésitation de François Hollande, qui nous fait danser au-dessus du déclin? La revalorisation de la place des entrepreneurs dans notre contrat social, la redéfinition du rôle et de la place de l'Etat, le rapprochement du monde éducatif et du monde professionnel, le renforcement de la responsabilité individuelle contre la tutelle permanente des pouvoirs publics, ce sont les premiers piliers de ce modèle.

«Et comment? Comment comptez-vous vous y prendre pour mettre en place ce nouveau modèle?» Nous devrons à la fois adopter en urgence absolue les mesures économiques qui libèreront le potentiel productif du pays, et engager des chantiers de long terme, par exemple en matière éducative. On ne gagne pas des batailles idéologiques en un jour, mais en dix ans. Pour passer du vieil objectif de 80% d'une classe d'âge au bac au défi de 100% d'une classe d'âge avec un emploi, nous devrons redéfinir les filières, oublier le collège unique, préciser les orientations, revaloriser les formations en alternance, trouver une mission claire pour nos universités. Ces défis, nous ne les relèverons pas seuls, nous ne les relèverons pas la nuque raide et le regard fermé. La France demande une autorité ferme ; mais autorité ne veut pas dire autoritarisme. La France se gouverne avec les Français, pas contre eux. La droite n'accomplira rien de grand si elle n'adopte pas une pratique différente du pouvoir, qui associe le citoyen, qui lui rend régulièrement des comptes, qui fait preuve de transparence sur les résultats, qui le fait participer à la décision et lui ouvre des voies de recours. La droite ne construira rien de durable si elle ne prend pas la peine de se tourner vers tous les Français, vers ces jeunes qui désespèrent et plient bagage, vers ces enseignants lassés de leurs conditions de travail difficiles et des perspectives de carrière bouchées, vers ces salariés modestes qui n'arrivent plus à joindre les deux bouts, vers ces immigrés qui veulent être reconnus dans leur respect de la France, vers ces personnes dépendantes qui voudraient finir leur vie chez elles et que la société relègue en silence.

«Mais pourquoi? Pourquoi avancerions-nous dans cette direction?» La politique a besoin de sens. Affirmons nos valeurs. Rappelons que les mots de solidarité, de responsabilité, de famille ou de justice veulent dire quelque chose pour nous. Rappelons que nous croyons à une intégration dans la société par le travail et par les valeurs républicaines. Rappelons que nous croyons dans la possibilité de vivre mieux en France. Nos propositions ne doivent pas être des dogmes: elles doivent donner à chacun le moyen de vivre demain ses aspirations.

Enfin ne laissons pas tomber la grande absente des débats actuels: l'Europe. Il suffit de prononcer le mot pour que chacun réprime difficilement un bâillement d'ennui. Ou un geste de colère. Contre une Europe qui cède et qui se dilue, affirmons donc haut et fort une Europe qui protège nos intérêts économiques, qui se construit en priorité dans le cadre de la zone euro, qui dit clairement non à la Turquie, qui clarifie son organisation politique.

Quoi? Comment? Pourquoi? Trois questions. Trois défis pour la droite. Elle peut relever le gant, si elle pense à demain, plutôt que de rêver à hier, si elle pense un peu moins à elle, et un peu plus à la France."

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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 17:23
Contexte 

En novembre 2010, la Commission européenne a ouvert une procédure sur les activités de Google relatives au marché européen de la recherche en ligne. Cette procédure fait suite à plusieurs plaintes pour position dominante, qui est contraire aux règles de la concurrence loyale.

La Commission a négocié avec Google une proposition d’engagements en vertu de l'article 9 du règlement 1/2003. Cet article contraint juridiquement l'entreprise à faire des concessions et à introduire des questionnaires auprès des consommateurs et des entreprises concurrentes. Les 28 États membres doivent encore donner leur aval.

Après deux tentatives ratées de la part de Google, la Commission a accepté la troisième proposition de concessions, ce qui permet d'éviter un conflit juridique. Si ce dernier cas de figure avait eu lieu, le conflit aurait duré des années et aurait pu aboutir à une sanction financière pour des violations des règles en matière de concurrence. Une telle amende pourrait aller jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires annuel mondial de l'entreprise.

Les éléments nouveaux

La Commission met fin à une enquête de longue haleine sur Google pour abus de position dominante. Une décision mal perçue en France, comme chez les concurrents de Google.

 

 

 

L'enquête conduite par la Commission sur l'éventuelle position dominante de Google se termine bien pour le mastodonte de l'Internet.

Google a simplement convenu de faire des concessions sur la manière dont les résultats de ses concurrents s'affichent sur ses pages de recherche.

Joaquín Almunia, le commissaire à la concurrence, a déclaré lors d'une conférence de presse que Google afficherait la promotion de ses propres services au sein d'un encart, qui serait également accessible à ses concurrents.

Depuis novembre 2010, la Commission européenne mène une enquête sur Google à propos de soupçons de violation de la réglementation en matière de concurrence. Le géant américain du web met par exemple en avant les résultats de Google Maps ou Google Shopping quand les utilisateurs font des recherches sur son site principal. Mais il n'offre pas la même possibilité à ses concurrents.

Concessions de Google Europe

Kent Walker, vice-président senior de Google, a déclaré : « Nous mettrons en place des changements significatifs dans la méthode de fonctionnement de Google en Europe. Nous avons collaboré avec la Commission européenne pour aborder les questions qu'elle se posait, et résoudre ce problème. »

En acceptant les concessions, Google évite des années de litiges juridiques avec la Commission, qui auraient pu aboutir à une amende de plusieurs milliards d'euros (voir « Contexte »).

Dans le cadre de cet arrangement, Google a accepté qu'un « mandataire indépendant » surveille de près les activités du géant américain en matière de promotion. Même si la Commission européenne est responsable de la désignation de cet organisme de surveillance, personne ne peut déterminer lequel ce sera.

Les fournisseurs de contenu concurrents pourront refuser l’utilisation de leur contenu dans les services de recherche spécialisés de Google. S'ils ne souhaitent pas apparaître dans les encarts de publicité des pages de Google, ils ne seront pas rétrogradés dans les résultats de recherche ni dans les algorithmes qui déterminent l'ordre d’apparition dans les résultats de recherche.

Une décision qui augmenterait les coûts des concurrents

L'annonce de la Commission a déclenché un vent de critiques auprès d'autres partis prenantes.

FairSearch Europe, qui représente les intérêts d'entreprises comme Microsoft et Tripadvisor, a affirmé que les engagements proposés instaurent une discrimination et « augmentent les coûts pour les concurrents au lieu de résoudre le problème ».

D'après l'accord, les concurrents sont tenus de payer pour obtenir un emplacement similaire à celui du propre matériel de Google, ce qui ne permet pas aux autres de rivaliser et d'offrir le choix aux consommateurs », selon FairSearch.

L'accord est en partie fondé sur des éléments visuels, qui garantissent une combinaison des services de Google et des services concurrents dans les encarts de promotion publicitaire dans les pages de recherche. Les concurrents redoutent que Google change simplement la configuration de ces encadrés, ce qui rendrait l'accord obsolète.

Chris Sherwood de l'Allegro Group, un concurrent de Google sur le marché de l'Europe centrale et orientale, a déclaré à EurActiv : « Les solutions que la Commission européenne a présentées pourraient être dépassées d'ici quelques semaines seulement. »

Le commissaire en charge de la concurrence a rejeté ces critiques : « les concessions faites par Google dissipent ces inquiétudes ». L'exécutif européen doit envoyer des lettres pour rejeter les 18 plaintes reçues lors de l'enquête. L'objectif est de défendre les concessions et Joaquín Almunia a souligné qu'il ne voyait pas comment il changerait d'avis. « Je sais que les concessions proposées permettent de résoudre leurs querelles et ces problèmes. »

La baleine dans la baignoire

En France, où le fisc poursuit Google depuis plusieurs années pour un redressement fiscal supérieur à 1 milliard d'euros, l'annonce de la Commission a été plutôt mal perçue. "Le fait que Google soit la baleine dans la baignoire sur Internet saute aux yeux de n'importe quel internaute, et maintenant la Commission leur donne un blanc-seing !" s'étonne un fonctionnaire du ministère des Finances.

Le ton est monté ces dernières semaines entre le ministère du redressement productif et la Commission, au sujet des aides d'Etat. Les hommes politiques se sont envoyé des missives qui montrent clairement leurs divergences.

Arnaud Montebourg, qui tente de mettre en avant les entreprises françaises, reprocherait de son côté à Google une politique trop laxiste sur les données qu'il collecte. Il souhaiterait notamment que les données collectées en France soit stockées en France.

Et la question de la fiscalité appliquée au géant de l'Internet reste ouverte. Le projet français qui consistait à vouloir taxer les géants de l'Internet a pour l'heure tourné court, mais la Commission européenne a mis en place un groupe de travail sur le sujet. La concurrence fiscale entre Etats européens pénalise les ressources des Etats, dont la France, où leur activité est importante.

 

Prochaines étapes : 
  • 12 févr.: prochaine réunion du collège des commissaires à Bruxelles

 

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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 17:21

C’est un des mots les plus prononcés aujourd’hui à Bruxelles. « Fuck » ou « F… the word » ainsi que le dénomme un diplomate.

Fuck’ le mot « tendance aujourd’hui

Le mot de la Secrétaire d’Etat adjointe pour l’Europe (*), Victoria Nuland, sur l’Union européenne (Fuck the UE), est aujourd’hui dans toutes les bouches et dans toutes les conversations à Bruxelles (lire : Quand Victoria « fuck » l’Europe. Ou l’Amitié vache). Le taux de buzz est tel au point qu’il est en train de rendre ses lettres de noblesse, à un mot prononcé souvent à messes basses, ou dans un énervement compulsif, voire de façon habituelle par certains adeptes du parler franc. Pas une rencontre, pas une conférence de presse où on ne demande l’avis de l’un, une réaction de l’autre. Et assurément, tous les ministres des Affaires étrangères, qui se réunissent lundi à Bruxelles, seront testés sur leur connaissance de ce terme. Un Britannique a dénié cependant que ce soit un terme employé souvent dans les couloirs diplomatiques. « C’est quand même très fort comme terme » précise-t-il, un rien amusé de la situation.

« fuck US » ? Pas du tout !

Deux jours avant la réunion des ministres des Affaires étrangères, un haut diplomate européen a ainsi dû répondre, durant de longues minutes à une bonne dizaine de questions des journalistes – britanniques et américains mais aussi d’autres nationalités – pour savoir la réaction après « F… the word » ; chacun étant plus intéressé que sur le fond. Il s’en est tenu cependant à une seule ligne de conduite : « no comment ». Même à ma question de savoir si la bonne réponse était « Fuck US », il s’est bien gardé d’aller sur ce terrain-là, « C’est peut-être votre réponse. Pas la nôtre »… Le tout accompagné d’un large sourire, ironique, montrant ainsi qu’il n’entendait à la fois pas tomber dans « le piège » journalistique consistant à répliquer aux Etats-Unis, mais aussi que cette mini-polémique était, en soi rafraichissante….

Un « no comment », avec un grand sourire

A la Commission européenne, c’est la même ligne de conduite. On ne veut pas répliquer non plus et augmenter l’embarras des Américains. La Commission européenne ne fera « aucun commentaire » sur ce genre de « communications interceptées par principe », a expliqué Pia Ahrenkilde, la porte-parole de la Commission, également tout sourire. Et d’ajouter plus sérieusement, voulant revenir au sujet de fond. « Notre préoccupation est ailleurs, sur le terrain, pour assister les Ukrainiens sur le terrain, pour trouver des solutions pour l’Ukraine. C’est aux Ukrainiens de décider. Mais nous sommes là pour les assister »

La méthode, illicite, condamnée

Si aucun commentaire n’est fait, la Commission européenne a cependant condamné, assez discrètement, la méthode employée. « L’interception de communications privées ne fait pas partie de notre boite à outils pour aider l’Ukraine ». Et d’ajouter, sur une question de B2 : « Ce genre de méthodes n’est pas les nôtres ». La Commission européenne se refuse cependant à aller plus loin et désigner l’origine de ces « interceptions ». La porte-parole a refusé d’en dire plus refusant également de « commenter les mesures de sécurité (qui sont) en place », afin de pallier ou prévenir ces fuites.

(*) Assistant Secretary of State for European and Eurasian Affairs

Source : http://www.bruxelles2.eu/europe-pouvoir-traite-de-lisbonne/f-the-word-acquiert-droit-de-cite-diplomatique.html

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